‹ Manuel pratique du fabricant d'alcools; alcools de vin, de cidre, de poire, de betteraves, de mélasses, etcChapitre 57 sur 72 · ÉTUDE PHYSIOLOGIQUE DE L'ALCOOL ET SES PROPRIÉTÉS · texte numérisé non relu

ÉTUDE PHYSIOLOGIQUE DE L'ALCOOL ET SES PROPRIÉTÉS

Avant de nous livrer h l'étude des alcools impurs et des moyens de les éloigner de la consommation, il serait, nous pensons, utile de passer rapidement en revue les propriétés physiologiques de l'alcool en général sur l'organisme humain; sans approfondir la question, quelques notions sur ce sujet ont leur application dans ce travail.

L'alcool versé dans l'estomac s'absorbe rapidement, il produit sur les voies digestives une irritation locale, c'est une vive chaleur qui commence à la bouche, puis sur les parois de l'œsophage et enfin dans l'estomac, action d'autant plus vive que le degré du liquide est plus élevé. Il active la salivation et accélérant les fonctions des

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glandes peptinicres, il agit sur les phénomènes chimiques. de la digestion, ce qui Ta toujours fait considérer comme un digestif. Il accélère les battements du cœur, car la pression du sang augmente dans les artères. Son action sur la température du corps est variable selon les sujets ; chez les uns il l'élève, chez d'autres il l'abaisse. Une de ses actions les plus remarquables, c'est son influence sur les urines. Il en augmente considérablement la sécrétion^ et il agit également sur l'urée ; mais, sans aller plus loin,, nous pouvons déjà, admettre qu'il excite l'appétit, stimule le système nerveux, vivifie les fonctions vitales et est d'un grand secours pour la classe ouvrière qui se livre à des occupations pénibles, il le soutient, lui donne une nouvelle vigueur. L'homme âgé, le vieillard surtout, en a besoin pour ranimer ses fonctions animales qui tendent à se paralyser, c'est comme un coup de fouet qu'il leur donne. L'enfant même qui se livre à un travail pénible en a besoin pour exciter les fonctions de l'estomac, car il doit absorber un volume assez considérable de nourriture pour remplacer ce que la fatigue lui fait perdre et subvenir aux besoins de sa croissance. L'alcool au point de vue alimentaire est donc une bonne chose, l'abus seul est nuisible.

Mais poussons plus loin nos études sur l'action de ce corps et voyons comment il pénètre dans notre organisme et y agit si directement. Nous avons vu qu'il s'est rapidement absorbé par les vaisseaux de cet organe ainsi que par les intestins. Magendie, le premier, a démontré que cette absorption se fait par les veines et qu'ainsi il pénètre dans le sang, ce qui explique son invasion dans toute notre économie. 11 irrite topiquement la substance nerveuse et les vaisseaux qui le conduisent et produisant d'abord de l'excitation, puis plus tard de la paralysie dans tous les centres cérébro-médullaires, ce qui explique

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une partie des phénomènes observés dans son abus. Ghîmiquementy sa décomposition dans l'estomac, en présence des matières organiques et de la température, en aldéhyde, acide acétique, acétone; sa transformation dans le foie et enfin ses dédoublements dans la circulation, sont autant de phénomènes qui justifient les faits observés.

A la dose rationnelle, Falcool est un aliment respiratoire utOe ; mais, avant les travaux de M. Jaillet, bien des faits restaient inexpliqués, c'est lui qui a donné la solution de la question en exposant sa théorie sur Faction de l'alcool sur les globules rouges du sang. Nous n'exposerons pas cette théorie, trop savante pour un travail de ce genre, contentons-nous de constater qu'elle a permis d*expliquer une partie des accidents produits par l'excès d'absorption de ce liquide, bienfaisant h doses modérées, mortel quand on outrepasse les limites admises, et qu'on en arrive à ce qu'on appelle Falcoolisme.

Dans tout ce qui précède, il est bien entendu que nous n'avons entendu parler que de l'absorption de l'alcool éthylique pur ou aussi pur que possible, mais malheureusement il n'en est pas ainsi dans la pratique journalière, l'alcool de vin, que nos pères avaient l'habitude de consommer, et qui, pris à doses modérées, avait une action salutaire sur les fonctions vitales, a été remplacé par d*autres produits dont les propriétés sont bien diiférentes. Les mœurs ont changé, les cabarets se sont multipliés, l'habitude de boire s'est développée à l'excès, et bientôt le vin, devenu trop cher, a été remplacé, parl'ouvner, par l'alcool sous toutes espèces de formes.

Les maladies de la vigne, cryptogames ou insectes, ayant amené une diminution considérable dans la quantité de vin produite, son prix s'est élevé et il n'a plus été possible de le brûler pour en extraire l'alcool sous forme d'eau-de-vie. Cette opération n'était plus possible que

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pour des produits dont le prix de vente très élevé donnait im bénéfice certain au producteur. Pour la consommation de la classe ouvrière, il a fallu que le commerce s'adresse à d'autres sources, c'est alors que les distillateurs du Nord ont inondé les marchés de leurs produits, alcools de betteraves, alcools de mélasses, alcools de pommes de terre, alcools de grains, produits en somme d'une pureté douteuse et auxquels les hygiénistes attri* boent les ravages exercés par Falcoolisme. Cest cette étude qui va nous occuper, car elle a une importance capitale dctns la question ; nous n'entrerons pas à fond dans tous les travaux publiés à ce sujet, mais nous ne pouvoir nous dispenser d'en donner un résumé aussi rapide que possible.

Depuis cinquante ans environ, la consommation dea akools a augmenté du triple en France et dans quelque smtres pa^s d'Europe. Cet accroissement des habitudes cTintempàrance a amené des accidents fâcheux à bien des égards, accidents dont les médedns ne s'expliquent pas les causes déterminantes par la forme nouvelle qu'ils revêtent, mais qu*ils attribuent en général à l'introduction dans la fabrication des liquides de produits nouveaux dont la source est incontestaMement dans les alcools d'industrie* Ces alco<^ sont loin d'être épurés d'une manière satis» faisante, car, en présence de la concurrence, le commerce recherche le bon marché et c'est naturellement au détriment de la qualité qu'il y arrive, et, loin de livrer l'alcool éthylique pur, il vend des flegmes imparfaitement purifiés, contenant une partie des produits de tête qui se composent des aldéhydes et des éthers ; puis les produits de queue ou les alcools propyliques, butyliques, amélyques, etc.

Une rectification correctement faite ne devrait laisser passer aucun de ces produits, mais ji»qu'à ce jour on ne

possédait aucun procédé pour les éliminer. C'est à ces produits divers que les hygiénistes attribuentles accidents nouveau3^ constatés par les médecins. Aussi, en présence de leurs plaintes, l'Académie des sciences n'a pas hésité ài nommer une commission chargée d'étudier cette question complexe. Examinons donc, d'après l'opinion de cette savante corporation, la nocuité de ces diiférents éléments.

Des expériences multiples ont été faites au moyen de l'alcool éthylique sur des animaux comparativement avec les alcools considérés comme toxiques, c'est-à-dire ceux de tète et de queue. Ces expériences ont été faites à doses massives, c'est-à-dire capables de produire rapidement la mort, soit dans les vingt-quatre ou le^ trente-six heures. MM. Dujardin-Beaumetz et Audigé ont démontré, par exemple, que l'aldéhyde et l'alcool amylique sont bien plus actifs que Talcool éthylique. Il faut six fois moins d'aldéhyde et quatre fois moins d'alcool amylique que d'alcool ordinaire pour tuer, dans les mêmes conditions, les mêmes animaux.

Mais ces expériences par voie hypodermique à dose massive ou par simple ingestion ne pat'aissent pas suffisamment concluantes pour démontrer l'influence toxique des alcools d'industrie, et permettre de déterminer exactement dans quelles proportions il serait possible de tolérer leur présence dans les alcools livrés à la consommation.

Des expériences faites, par M. Le Bel, d'Henninger, et MM. Ordonneau et Morin, puis M. de Luynes au nom de la commission extra-parlementaire, laissent une marge assez grande dans la tolérance quantitative à accorder à ces produits. ^

La diversité de ces opinions sur la nocuité de ces produits a naturellement mis cette commission dans ua

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grand embarras ; aussi ne s^ est-elle pas prononcée d'une manière formelle et a-t-elle porté toutes ses études sur la recherche des produits étrangers à Talcool éthylique pur. C'est ce qui a amené le gouvernement à fonder un prix de 50,000 francs pour récompenser le meilleur travail sur ce sujet.

- Examinons quels sont les principaux produits contenus dans les alcools d'industrie avant de nous occuper de leur recherche.

Voici, d'après MM, Dujardin-Beaumetz et Audigé, la nomenclature de ces alcools et leurs doses moyennes toxiques par injections hypodermiques :

Dësiguation des alcools Dose toxique par kilogr. du poids

et de dn cor ps du s ujet.

leurs dérirés à l'état pur à l'état de dilution

Alcool éthylique, C* H« 0* Aldéhyde acétique, C* H* 0* Ether acétique, eH^O*

Alcool propylique, C H* 0* Alcool butylique, C« H*^0* Alcool amylique, C*«H**0*

L'examen de ce tableau fait voir que, plus la formule de l'alcool est élevée, plus il est toxique, et qu'il y a un grand intérêt au point de vue de l'hygiène de les éloigner de la consommation.

C'est ce qui explique tout le soin que nous avons pris, dans l'exposé qui suit, de la recherche des produits toxiques contenus dans les alcools de mauvaise qualité, livrés aux consommateurs par une industrie qui n'est pas assez surveillée et qui a besoin d'une réglementation toute nouvelle.

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