‹ Manuel pratique du fabricant d'alcools; alcools de vin, de cidre, de poire, de betteraves, de mélasses, etcChapitre 58 sur 72 · RECHERCHE DES ALCOOLS IMPURS · texte numérisé non relu

RECHERCHE DES ALCOOLS IMPURS

. De ce qui précède, nous avons vu quel intérêt immense

202 FABRICATION DE l'aLCOOL

il y a, pour le distillateur, à posséder des moyens pratiques d'essayer lui-même la pureté des alcools qu'il livre an commerce ; c'est cette étude que nous allons entreprendre, mais en écartant tout ce qui pourrait compliquer ce travail et dans le but de le mettre à la portée de tous.

Le gouvernement, justement préoccupé des conséquences graves, au point de vue de Thygiène, de Kmpureté des alcools livrés à la consommation, a chargé une commission spéciale d'étudier les procédés de rectification en usage et les moyens fournis par la science pour contrôler les résultats obtenus. Par l'organe de M. Léon Say, cette commission a adopté les conclusions suivantes :

La commission émet en conséquence Tavis que, dans l'état actuel de la science, la méthode de Rose peut être employée pour distinguer les alcools qui peuvent être admis dans la consommation de ceux qu'il est nécessaire de proscrire.

Dans tous les établissements de rectification, le service des contributions indirectes devra prélever des échantillons qui seront soumis au jugement des laboratoires.

Les laboratoires distingueront les alcools comestibles pouvant être admis à sortir librement des alcools qualifiés impurs, impropres à la consommation.

Les alcools impurs constitueront des résidus auxquds il nepourra être donné qu'une des trois destinations suivantes:

1* Le repassage à l'épuration ; 2* la dénaturation pour ceux destinés à être employés en France aux usages industriels ; 3* l'exportation.

Quant au type, la commission a pensé qu'il était possible d'adopter une limite de pureté supérieure à celle que l'administration suisse considère comme suffisante.

Tout alcool dans lequel on constatera plus de deux

miUîèmes à Tcssaî Rose devra être exclu de la consommation.

Ces conclusions sont dures pour Tindustrie, qui, dans l'état actuel, ne peut les supporter, sauf cependant ceux d'un seul procédé, celui de M . Bang, dont nous aurons à nous occuper, car pour les autres, seuls les alcools de cœur, soit 37 •/• ^^ rendement, peuvent résister à cet essai, qui est loin d'être à l'abri de la critique, comme nous le verrons. Voici sa description telle qu'elle est donnée par différents auteurs :

Procédé Rose [dit procédé Suisse)

Le procédé Rose est basé sur l'emploi du chloroforme : Dans un tube fermé à sa partie inférieure, gradué dans sa partie moyenne et qui s'évase à la partie supérieure en une boule, qu'on peut boucher hermétiquement, on introduit 20 centimètres cubes de chloroforme pur et 100 centimètres cubes de l'alcool suspect, lequel doit marquer 50 degrés è: l'alcoomètre centésimal.

On ferme la boule au moyen d'un bouchon à Témeri et on plonge Tinstrument dans un vase profond renfermant de l'eau à -j- i3o. Après quelque temps, on agite fortement, puis on plonge de nouveau Tinstrument dans l'eau.

Le chloroforme se sépare et occupe alors un volume d'autant plus considérable que le liquide essayé est riche en huHe de fusel. L'augmentation de volume est en moyenne de 2 centimètres cubes par centième d'alcool amylique.

Ce procédé, adopté en Allemagne et en Suisse, semble avoir satisfait les experts de îa commission des alcools, mais il est loin de répondre au programme indiqué, et les critiques dont il est Tobjet de la part de praticiens, tels

204 FABRICATION DE l' ALCOOL

que M. Durin et autres, nous permet d'avoir des doutes sur sa valeur.

Son adoption par l'administration des contributions indirectes serait un vrai désastre pour la distillerie ; aussi, sommes-nous convaincus que la commission, nommée par l'Académie des sciences, pour l'étude des procédés h employer, ne lui donnera pas sa sanction, car, comme nous le verrons plus loin, d'autres procédés donnent des résultats beaucoup plus parfaits. Il y a dans la pratique du procédé Rose une difficulté très grande à. maintenir les tubes h une température constante de -\- 15^, et du moindre changement dans la température, découle une foule de modifications dans les résultats obtenus, comme dans la durée de l'opération. M. Bardy, chef du laboratoire du ministère des finances le défend, mais un grand nombre de chimistes éminents en demandent le rejet. Nous ne nous prononcerons pas pour ou contre, nous renvoyons nos lecteurs à l'étude de la controverse qui s'est élevée à ce sujet, elle est du plus haut intérêt, mais ne peut trouver place dans un manuel pratique.

Procédé Ch. Girard

Ce chimiste emploie le procédé suivant pour s'assurer de la pureté en général d'un alcool et surtout déterminer la présence du furfurol. Dans une éprouvette en verre, on verse de 3 à. 4 centimètres cubes d'alcool, on y ajoute 2 ou 3 centimètres cubes d'acide acétique pur, puis on laisse tomber une ou deux gouttes d'aniline pure. Si' l'alcool contient du furfurol, le mélange se colore en rouge plus ou moins foncé, selon que le furfurol s'y trouve en plus ou moins grande quantité. Si l'alcool n'en contient pas de trop, le mélange reste incolore.

La présence du furfurol dans l'alcool indique qu'on est

en présence d'alcool d'industrie, ou d'alcool mal rectifié, il doit être rejeté de la consommation. .

Essai par la potasse

Lorsqu'on mélange volumes égaux d'alcool et d'une solution de potasse à 20 */©, et qu'on porte ensuite lentement le mélange à l'ébuUition, il se présente deux cas. Si l'alcool est pur, il n'y a pas coloration, s'il est impur, il se colore en jaune plus ou moins foncé, suivant son degré de pureté. Cette coloration est, croit-on, due en partie aux aldéhydes.

Essai par r acide sulfurique

On verse dans un tube 15 centimètres cubes d'alcool et 15 centimètres cubes d'acide sulfurique pur à 66^, et bien blanc ; on agite fortement. L'alcool pur ne colore pas l'acide, l'alcool impur le colore en brun plus ou moins intense. Cette coloration est due aux huiles essentielles. Cette réaction laisse beaucoup à désirer et est d'une pratique difficile, car il faut avoir de l'acide sulfurique absolument pur.

Le capillaromètre

Le capillaromètre est un petit instrument basé sur ce fait : que l'élévation dans un tube capillaire, de solutions étendues de corps organiques d'une même série, diminua fortement, même à teneur égale, si le poids moléculaire du corps devient plus considérable. 11 en fut déduit que la présence des alcools supérieurs, qui constituent la majeure partie du fusel ou impuretés alcooliques, peut être constaté dans l'alcool par la diminution très sensible de la hauteur de la colonne capillaire, d'un liquide connu.

L'appareil est un tube très petit et pourvu d'une échelle

â06 FABaiGAJION DB L*ALCOOL

finement divisée, sur laquelle on lit la hauteur des colonnes alcooliques correspondant aux alcools à essayer, ramenés à 20 Vo.

Les résultats fournis par cet appareil ne donnent d'indications que pour les alcools supérieurs, et si les alcools inférieurs dominent, les résultats obtenus sont absolument faussés.

Le stalagmomèùre de Trcmbe

Le stalagmomètre ou compte-gouttes repose sur cette observation que les alcools d'une richesse donnée (30 •/« en volume) fournissent, lorsqu'on les fait écouler par un orifice très étroit, un nombre de gouttes d'autant plus grand qu'il est plus riche en impuretés. Du nombre de gouttes obtenu, comparativement à celui fourni par l'alcool pur, on déduit sa plus ou moins grande pureté

L'sdcool pur donne iOO gouttes, par exemple, le même volume d'alcool renfermant un millième de fusel, en fournira 10 L6.

M. Duclaux a fait de nombreuses observations au moyen, non du stalaigmomètre de Traube, mais d'un simple compte-gouttes. 11 avait déjà, dès 1874, constaté l'augmentation du nombre de gouttes obtenu avec un volume déterminé d'alcool h. mesure que son titre d'impureté s'élevait; mais, par contre, il rencontra de grandes difficultés dans l'application pratique de ce mode d'opérer.

Le point dâicat à déterminer était le degré de l'alcool le plus favorable pour avoir nn résultat coifêtanU Ses essais furent fait à différents degrés, et il arriva à cette conclusion, c'est q[ue le maximum de force ne doit pas dépasser 25* (Gray Lussac) et ne pas être inférieur à 20 .

Un mélange de quatre-vingt-dix-huit parties d'alcool pur et deux parties d'alcool amylique ramené à 20^ par

l'eau donne 118 gouttes, tandis que l'alcool pur en donne 100. Cette différence sensible permet d'apprécier 1/500 environ d'alcool amylique dans l'alcool ordinaire. Ces deux procédés sont d'une extrême délicatesse et exigent une grande habileté de main ; aussi généralement a-t-il été abandonné parles commissions d'^expertise.

Procédé Godefroy

. Ce procédé est basé sur l'emploi de la benzine cristallisable et de l'acide sulfurique.

On yerse dans un tube à essai ordinaire 6 à 7 centime* 4res cubes de l'alcool à essayer^ on y ajoute une seule goutte de benzine cristallisable, parfaitement pure, on agite, on yerse dans le mélange 6 à 7 centimètres cubes d'acide sulfurique pur à 66*», et Ton agite de nouveau de .manière à opérer un mélange parfait.

Produits de tête, — Aldébydfâ et autres. Si Talcool renferme de ces composés réducteurs, il se produit aussitôt une coloration qui peut varier du jaune brun clair au noir, et qui fonce pendant quelques instants.

Avec l'alcool éthylique chimiquement pur, il ne se produit rien au début, mais au bout de dix minutes le mékmge prend une teinte légèrement rosée.

Cette réaction, très sensible, permet de déceler un millionième de produits réducteurs^ soit 1 centimètre :cQbe dans iOO litres d'alcool.

•Prodtiits de queue. — Si le mélange reste incc^ore ou se colore à peine, au bout de quelques minutes, c'est l'indice certain qu'il ne contient pas de produits réducteurs. Pour y chercher les produits de queue, il suffît de le faire bouillir quelques instants, puis de l'abandonner à luimême pendant deux ou trois minutes. Avec l'alcool éthylique pur, il se produit une coloration faible jaune d'ocre,

208 FABRICATION DE l' ALCOOL

avec Talcool qui renferme des produits de queue, on obtient une coloration franchement brune à fluorescence verte, et d'autant plus foncée que ces produits y sont plus

abondants.

On peut, par cette méthode, déceler ,^ ^v^ d'huiles ,

elle est d'ailleurs simple et expéditive.

Le seul reproche qu'on puisse lui adresser, c'est que, si l'alcool contient des produits de tête et de queue, la coloration se produit de suite et il devient difficile par l'ébullition de distinguer les produits de queue. Cependant on peut y arriver en transformant d'abord les produits de tête par l'amalgame de sodium, puis rechercher les produits de queue.

On peut encore tourner la difficulté en fractionnant les produits de la distillation de cet alcool et en opérant sur les deux produits obtenus à des températures différentes.

Ce procédé n'a cependant pas été adopté par la commission d'enquête parlementaire dans le rapport de M. le docteur Brouardel.

Procédé Guyon et Dupetite de Bordeaux

Les auteurs de ce procédé ont utilisé la coloration rose violacée que donnent les aldéhydes et les acétones dans une solution de fuchsine décolorée par l'acide sulfureux.

Pour préparer le réactif, on mélange successivement :

Solution aqueuse de fuchsine au -rr^ i.OOO c. c.

Bisulfite de soude à 30^ Beaumé . . 20 c. c.

Acide chlorhydrique pur et concentré . 10 c. c.

On verse d'abord le bisulfite de soude dans la solution de fuchsine; puis au bout d'une heure, quand la décoloration est à peu près complète, on ajoute l'acide chlorhy-

drique. On conserve le réactif dans des flacons bien bouchés.

Pour faire Fessai, on ramène l'alcool h 50^ par Teau distillée, puis on mélange dans un tube 2 centimètres cubes de cet alcool dilué et 1 centimètre cube de réactif. On agite et on laisse reposer. Si l'alcool est exempt d'aldéhydes, le liquide reste incolore. Si au contraire il en renferme, le liquide se colore en rose violacé, d'autant plus intense qu'il y a plus de produits réducteurs. On opère k froid.

On peut constater kqq aqq d'aldéhyde ordinaire, soit 1 centimètre cube dans 500 litres d'alcool. . - Pour opérer le dosage quantitatif, il suffît d'avoir des tubes témoins avec des doses connues d'aldéhydes.

Le côté faible de ce procédé, c'est qu'il n'est pas question du dosage des produits de queue. Il y a donc lieu de le perfectionner.

De tout ce qui précède, nous pouvons donc conclure ceci, c'est que, pour déterminer les produits de tête, on peut employer les procédés suivants :

La diazosulfanilate de potasse qui donne avec les aldéhydes une coloration rouge intense.

' La solution aqueuse de rouge d'aniline décolorée par le bisulfite de soude et l'acide chlorhydHque qui se colore en rouge par les aldéhydes.

Pour les produits de queue, les procédés à l'acide sulfurique, l'acétate d'aniline, etc., etc., tous procédés que nous avons décrits, maisrieii de bien positif ; aussi la commission extra-parlementaire a cru devoir adopter le procédé Rose, procédé imparfait et sujet à grandes critiques. Nous terminons en donnant le procédé de M. Bang qui nous a paru le plus parfait, quoiqu'il n'ait pas été bien reçu par la commission qui l'a trouvé trop compliqué ; |k

210 FABRICATION DE l' ALCOOL

notre point de vue, c'est le plus sûr et le plus positif connujusqu'à ce jour.

Procédé Yvor Bang

M. Bang a basé son procédé sur les principes fondamentaux suivants :

i* Les alcools de queue (amylique, isobutylique, etc.), sont entièrement solubles dans les hydrocarbures lourds ou légers (huile ou essence de pétrole), tandis que l'alcool ordinaire y est tout à fait insoluble, lorsqu'il est suffisamment étendu d'eau (flegme à Î28 ou 30 % d'alcool par exemple).

2* L'aldéhyde et les autres produits de tête sont insolubles dans les hydrocarbures, mais les composés que les produits de tête forment, lorsqu'on les met en présence, des alcalis (polymérisation des chimistes), se dissolvant intégralement dans les hydrocarbures.

Ce& combinaisons des aldéhydes avec les alcalis sont assez solubles dans l'alcool qu'elles colorent d'une manière plus ou moins intense, suivant leur quantité. Des traces de ces corps polymères sont décèles par la coloration qu'elles communiquent à l'alcool.

Partant de ces principes, il a composé son mode d'opérer comme suit :

Page 1