AVANT-PROPOS
Le goût des objets d'art , particiiiièrement des tableaux, est aujourd'hui tellement répandu en France, qu'il n'est pas une de nos villes de quelque importance qui n'ait ou ne veuille avoir son musée, pas une personne intelligente ou riche, et à plus forte raison si elle possède ces deux qualités à la fois , qui ne forme sa collection et qui , en attendant, ne garnisse ses appartements de tableaux.
Le moment n'est peut-être même pas éloigné où l'histoire des beaux-arts étant reconnue se lier intimement à l'histoire générale, leur étude sommaire, celle de la peinture surtout, sera jugée devoir faire partie de l'éducation générale; tout iioriime instruit, en effet, ne voudra pas, en voyant partout des tableaux, les regarder indifférominent ou, ce qui serait encore plus désagréable, s'exposer en en parlant à
porter des jugements mal fondés, pour ne pas dii'e ridicules.
Que ce soit là l'effet du progrès de notre civilisation, ou le résultat d'une plus égale répartition de la fortune publique, qui admet toutes les classes au partage des jouissances intellectuelles, deux causes qui se commandent réciproquement; peu importe, ce n'est pas le lieu d'approfondir cette question ; nous n'avons ici qu'à constater le fait, à nous en applaudir, et à le citer comme une preuve de plus de notre supériorité sur certaines nations rivales, chez lesquelles la concentration de la fortune publique entre les mains d'une classe privilégiée réduit la masse à n'aspirer qu'à la satisfaction des besoins purement matériels.
Il en est malheureusement de cela comme de ce qui entre dans le mouvement habituel de la vie-: si le nombre des amateurs augmente, celui des spéculateurs s'accroît dans une proportion pour le moins égale, et la lutte qui s'établit dès lors entre eux tourne le plus souvent à l'avantage de ces derniers. Les chances pourraient être les mêmes pour chacun si les objets d'art, les tableaux surtout, pouvaient être jugés par les règles ordinaires du raisonnement ou du bon sens.
Il n*ên est pas ainsi ; on dira bièn que la peinture n'ayant en définitive d'autre but qile la représentation de la nature, chacun peut juger si ce but est atteint; mais beaucoup de ceux qui parlent ainsi succombent à la première épreuve, parce qu'en pareille matière le bien, quoiqu'on ait pu dire, n'est pas rigoureusement le beau. Il y a dans les sciences des vérités qui sont absolues : pàr exemple, d'un point à l'autre, le plus