‹ Manuel pratique et raisonné de l'amateur de tableauxChapitre 5 sur 18 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

DES CARACTÈRES DISTINCTIFS DES ÉCOLES ET DES PRINCIPAUX MAITRES EN PEINTURE

On appelle généralement école un lieu consacré à un enseignement quelconque : scientifique ouprofessionnel; mais on donne aussi ce nom h un assemblage d'objets d'art identiques ou à une réunion d'artistes on cie savants agissant d'après les mêmes principes :

Soit par rapport à l'époque ; ainsi : Ecole gothique, Ecole ancienne, Ecole moderne ; — soit par rapport au pays : ainsi Ecole italienne, espagnole, flamande, hollandaise, allemande, française ; — soit par rapport à différentes parties du môme pays : comme pour l'Itahe, on connaît les Ecoles florentine, vénitienne, romaine , lombardo-bolonaise , napohtaine , siennoise ; pour l'Espagne, celles de Valence, de Madrid, de Séville ; pour les Pays-Bas, les Ecoles flamande et hollandaise ; — soit enfin par rapport aux maîtres sous l'inspiration desquels les objets d'art ont été exécutés

ou les artistes ont travaillé : ainsi Ecoles du Titien, de Raphaël, du Corrége, de Murillo, de Vélasquez, d'Albert Durer, du Poussin, de Le Sueur, de Van Loo, de Watteau, de Boucher, de David.

Etudions lesEcoles sous leurs différents points de vue, en faisant toutefois remarquer que souvent un tableau, comme tout objet d'art, peut tenir de plusieurs Ecoles, quand son auteur a étudié dans un lieu sous l'influence de tels ou tels maîtres, et qu'il a quitté ce pays pour venir habiter un autre lieu, où sa manière s'est transformée, ne conservant rien ou que peu de chose des traits caractéristiques de ses premières études. C'est ainsi que Raphaël, dans ses premières œuvres, se ressent de l'école florentine à laquelle appartenait le Pérugin son maître ; que Murillo a eu successivement trois manières qui n'ont presque rien de commun entre elles; que Rembrandt a peint tour à tour dans le ton clair et dans le clair-obsciu*, etc.

Un peintre peut aussi sortir accidentellement du genre qu'il a généralement adopté et dans lequel il est connu : c'est ainsi, pour ne pas trop multiplier les exemples, qu'on voit à Amsterdam de superbes portraits de KarelDujardin, si renommé pour ses animaux et ses paysages; qu'on connaît des Saintes P'amilles de Boucher et des pastorales de David ; que nous avons tout récemment vu à Anvers deux sujets mythologiques,formantdessusdeportes, signés Nicolas Berghem, que nous eussions volontiers attribués à Le Moine. De là, pour la classification, des difficultés dont l'étude et l'expérience mettent seules à même de triompher.

'il. - ÉCOLE GOTHIQUE.

On donne communément le nom de gothiques à tous les tableaux peints avant l'époque dite de la Renaissance, c'est-à-dire avant 1450. Ainsi donc, bien

que dans l'Ecole italienne les tableaux de Gimabue paraissent à quelques personnes déjà assez avancés dans l'art pour être compris dans la Renaissance, tous ceux qui l'ont suivi jusqu'au Pérugin exclusivement sont ordinairement classés parmi les gothiques.

Les tableaux gothiques portent aussi bien, et mieux encore peut-être que tous les autres, le caractère du pays où ils ont été peints, parce que dans ces temps éloignés, les peuples communiquant moins entre eux, conservaient mieux les types qui leur étaient propres.

A quelque pays qu'appartiennent ces tableaux, ils sont tous remarquables par l'incorrection de leur dessin; les figures en sont généralement longues, les doigts sont, comme on le dit, d'une seule venue, les couleurs en sont crues ; mais ces défauts sont souvent compensés par une grande distinction et une grande simplicité dans la tenue des personnages. Si les étoffes ne font pas suffisamment sentir les formes qu'elles sont destinées à recouvrir, elles sont généralement jetées avec grâce. Les têtes, vues souvent de profil, sont surtout d'une grande noblesse et d'une naïveté remarquable. Dans quelques-uns des maîtres primitifs de l'Ecole italienne, le sentiment rehgieux est très-souvent porté au suprême degré.

De quelque provenance qu'ils soient, les tableaux gothiques manquent tous de perspective ; c'est-à-dire que les anciens ne connaissaient pas l'art de faire fuir les lointains par la dégradation ou l'indécision progressive de la teinte. Les fonds en sont crus, sans profondeur, d'un bleu sans nuages, et laissent souvent entrevoir des personnages dont les artistes n'ont pu faire sentir l'éloignement que par leur i>etitesse relative. On en voit beaucoup qui contiennent plusieurs épisodes du môme sujet, comme dans le tableau du Giotto inscrit dans notre musée sous le n° 209. La loi des trois unités étant inconnue des anciens, leur composition est souvent morcelée et offre fréquemment des anachronismes ou des erreurs de temps, de lieux et de costumes.

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Beaucoup de tableaux gothiques sont peints sur fond d'or, surtout ceux faits en Italie par des artistes gi'ecs qui avaient séjourné dans l'ancienne Byzance et qu'on nomme pour cela Byzantins, comme nous le voyons dans notre Musée aux n°= 503, 505, 506, 507, 508, 509, et même dans ceux de Goddo-Gaddi, n° 199, et dans celui inscrit sous le ii° 212, qu'on croit appartenir à l'Ecole du Giotto. Le célèbre Margaritone d'Arezzo, qui fut à la fois sculpteur, architecte et peintre, et tenait le premier rang parmi les imitateurs des Grecs avant Gimabue et le Giotto, n'a peint que sur des fonds d'or. Ces fonds d'or sont souvent ouvragés, c'est-à-dire parsemés d'étoiles ou d'autres dessins qui dénotent chez islusieurs une grande habileté dans l'art de manier le burin. Les fleurs et autres accessoires en sont quelquefois peints de manière à faire un léger relief.. Les manteaux chez les vierges sont souvent couverts d'étoiles et ornés de riches passementeries d'or.

Les tableaux gothiques des Ecoles du nord, flamande, hollandaise, allemande , d'une époque moins reculée que ceux du midi, n'ont cependant pas dans les figures la distinction de ceux-ci : les têtes vues fréquenmient de face sont souvent courtes, arrondies, vulgaires, manquent d'expression ; ils sont plus rarement peints sur fonds d'or, mais ils sont infiniment plus riches de détails ; ce qui trahit déjà la tendance de ces Ecoles à rechercher le fini aux dépens du grandiose. Les plis des étoffes y sont cassés carrément, et très-souvent ces étoffes sont non-seulement, comme nous l'avons dit, façonnées ou brodées en or, mais encore garnies de perles et de pierreries, commp on le voit dans les magnifiques tableaux de Van Eyck et de Memling, n"' 163 et 289 de notre Musée, qui, pour l'Ecole flamande, figurent encore parmi les gothiques.

Les tableaux gothiques sont presque tous sur bois : les italiens sur bois de cèdre, et ceux des écoles du nord sur chêne , ce qui sert très-souvent à les distinguer. Ils sont peints avec des couleurs détrempées ôti

délayées dans la colle, le blanc d'œuf, ou quelque autre matière glutineuse passant rapidement de l'état liquide à l'état sec, ou bien incorporées dans du bitume ou toute autre résine. Néanmoins, ceux qui ne datent que de 1430, époque à laquelle les frères Van-Eyck inventèrent la peinture à l'huile, quoique offrant encore les caractères des gothiques, sont peints de cette dernière manière, qui fut aussitôt adoptée que connue. Enfin, la couleur des gothiques du nord est plus marquée que celle des italiens, mais elle est plus crue, souvent discordante, même criarde.

Notre Musée est malheureusement peu riche en tableaux gothiques; nous le regrettons vivement parce que ces tableaux, en donnant une idée de la peinture à ses diverses épocjues, montreraient mieux que toutes les dissertations les phases si variées par lesquelles l'art a dû passer pour arriver jusqu'à nous. L'acquisition du musée Campana comblera plusieurs lacunes depuis longtemps signalées.

La galelie la mieux partagée à Cet égard est la collection .royale de Berlin qui compte, indépendamment de plusieurs Giotto, cinq Boticelli, trois madones et deux antres tableaux importants de Philippine Lippi ; quatre de Gosinio Roselli ; deux madones et une Madeleine pénitente de Lorenzo di Gredi ; une sainte famille d'André Verocchio, le maître du Pérugin et de Léonard de Vinci, dont les œuvres sont trèsrares ; deux grandes vierges glorieuses et plusieurs portraits de Dominico Ghirlandajo; une magnifique adoration des mages de Pinturicchio ; deux tableaux de Lorenzo Gosta: enfin plusieurs œuvres fort remarquables des écoles dites de Saxe et de Franconie, qtii florissaient dans le cours des xin« et xiv^ siècles, comme un Ghrist de N. Wurmser de 1350, et différents épisodes de la vie de J.-G. de maître Williehn de Gologne, datés de 1380.

Les galeries particulières de l'AngieterrB sont aussi très-riches en tableaux de ce genre. Comme on les recherche beaucoup en France depuis quelques années,

nous entrerons dans quelques détails sur les maîtres primitifs à l'occasion des écoles auxquelles chacun d'eux appartient.

g II. —ÉCOLE ITALIENNE

Les peintres italiens sont sans contredit ceux qui ont porté le plus haut la gloire de leur art, et l'ont fait briller du plus vif éclat. Ils ne se sont montrés inférieurs dans aucune de ses parties, et sans dédîtigner les tableaux de chevalet, c'est-à-dire de petite dimension, ils ont surtout pris à tâche de se signaler dans les grandes compositions historiques, et ils y sont parvenus au point de n'avoir à redouter aucune rivalité.

Quelqu'un a-t-il en effet jamais atteint le style de Michel- Ange; le Titien, n'est-il pas le prince des coloristes? Où trouver des figures plus gracieuses et des nuances de chair plus fraîches que celles du Corrège? Qui sut jamais composer une grande scène plus savamment que Paul Véronèse, et donner à une figure plus de noblesse, plus de majesté, et une expression plus dramatique que Léonard de Vinci? Enfin, Raphaël ne résume-t-il pas avec un égal succès toutes les parties les plus élevées de l'art ?

A quoi faut-il attribuer cette supériorité de l'école italienne sur toutes les autres ? Les uns la regardent comme l'effet naturel du riant climat sous lequel elle s'est formée ; d'autres l'attribuent aux richesses que le triomphe de la religion catholique accumula au tour de la capitale du monde chrétien ; d'autres enfin y voient un résultat du refuge que trouvèrent dans ces riches contrées les débris de la civilisatioii grecque que le fanatisme musulman chassa de tous les points soumis à ses lois. Aucune de ces raisons n'est peutêtre la véritable; mais on ne peut nier que leur réunion puisse donner une solution satisfaisante de la question.

L'école italienne, malgré sou immense et incontestable supériorité, a pourtant beaucoup perdu de sa valeur dans le commerce des beaux-arts. Les maîtres en ont été si souvent copiés et ont eu des imitateurs si habiles, que les plus experts craignent toujours de se fourvoyer et de n'avoir que de belles copies au Jieu des originaux.

Cette crainte n'est malheureusement que trop fondée; c^ir il est bien évident que les grands maîtres n'ont pas fait le quart des tableaux qu'on leur attribue et qui figurent dans les plus riches collections.

Quand, pour notre compte personnel, nous avons vu les immenses fresques dont Raphaël a orné les seuls murs du Vatican, nous nous sommes demandé, par exemple, comment, dans l'espace de dix-hùit ou vingt ans au plus qu'il a pu consacrer à de pareils travaux, car il est mort à trente sept ans, il a eu encore le temps de produire cette multitude de tableaux de toute espèce qu'on lui attribue ?

Aussi, les amateurs scrupuleux et prudents n'accordent-ils de confiance qu'aux œuvres itahennes qui, au mérite d'une exécution irréprochable, joignent l'avantage d'une origine certaine ou d'une authenticité que la filière qu'elles ont suivie rend plus que probable.

Nous avons tout récemment eu occasion de reconnaître combien cette défiance nous rend quelquefois injastes et mauvais juges en pareille matière. Un tableau de Raphaël, d'une authenticité irrécusable, est extrait du Musée sur l'ordre du roi Louis XVIII pour être prêté à un haut personnage qui désire en avoir une copie. Ce haut personnage étant mort quelque temps après, le tableau resta dans la famille, et -plus tard fut vendu aux enchères publiques, en présence de plusieurs grands amateurs, pour la modique somme do cinquante-neuf francs. L'acquéreur, d'ailleurs assez bon connaisseur, l'avait pris comme tout le monde pour une copie, et l'eût peut-être revendu pour tel si, dans un recollement des tableaux du Musée, on ne se

fût pas aperçu de sa disparition. On prit aussitôt des renseignements et on découvrit qu'il avait été vendu avec le mobilier du personnage auquel il avait été prêté. Le . procès-verbal de la vente indiquant le nom de l'acquéreur, on exerça contre lui le droit de revendication qui appartient à l'État, et le tableau est réinstallé au musée où il continuera probablement, €omme avant, à passer pour un cliei-d 'œuvre. Ab uno clisce omnes.

Quoiqu'il en soit, on subdivise généralement l'école italienne en florentine, vénitienne, romaine, lom-, ])ardo-bolonaise, ombrienne, napolitaine, génoise et ferraraise. Etudions les caractères généraux propres à chacune d'elles, surtout des six premières; les deux dernières se confondant avec la lombardo-bolonaise.

Florentine

Si lespeintures étrusques ne suffisaient pas pour faire de la Toscane le berceau de la peinture en Italie, l'école.qui s'est formée dans son sein peut du moins se glorifier, non-seulement d'avoir plus qu'aucune autre préparé les prodiges de la Renaissance, mais encore d'avoir constamment marché d'un pas égal et régulier vers le perfectionnement de l'art.

En effet, à dater de Cimabue, Jean (1240-1310), qui, instruit ou mieux inspiré par des peintres grecs mandés par le sénat de Florence, devint avec le pâtre Giotto di Bondonne(1276-1336) son élève,le véritable fondateur de cette école, jusqu'à Verogghio, André (1432-1488), qui eut l'honr.eur d'être le maître de Léonard de Vinci et du Pérugin, c'est-à-dire pendant deux cents ans ; c'est de Florence ou du moins de la Toscane qae sont sortis les plus grands noms dont s'honore l'école primitive, tels que :

Gaddo-Gaddi (1239-1312), ami de Cimabue, que le pape Clément V chargea de plusieurs travaux pour la basilique de Saint-Pierre de Piome;

Les deux Orcagna, André et Bernard (1329-1389), dont on voit encore, à Florence, deux belles fresques : le Paradis et l'Enfer, où ils ont peint leurs amis dans le séjour des bienheureux, et leurs ennemis parmi les réprouvés ;

FiESOLE, Jean, dit Fra Angelico (1387-1455), dont les têtes d'anges, de vierges et de saints ont une grâce naïve et une beauté vraiment surnaturelles, comme on peut le voir par son Couronnement de la Vierge .du no 214 de notre musée, et qui refusa l'archevéclié de Florence, autant par humilité que pour rester attaché à ses travaux.

Le Massagcio, ou Maso Thomas (1401-1443), dont la composition, le dessin et l'expression ont fait pressentir Raphaël; un des premiers qui donnèrent véritablement de la vie, du mouvement et des proportions régulières aux figures ;

Castagno, André (1406-1481), dont la fierté de pinceau, les raccourcis et la perspective étonnent pour l'époque. C'est lui qui, ayant surpris de Dominique de Venise le secret de la peinture à l'huile, qu' Antonello avait communiqué à celui-ci, l'assassina, le croyant seul dépositaire de ce secret. On le connaît aussi sous le nom d'André Degrimpiccati, d'un tableau de pendus, qu'il avait peint, d'une effrayante vérité ;

Fra Filippo Lippi (1412-1469), dont notre musée a .une Nativité, n° 233, dans laquelle se révèlent une composition variée, une touche vigoureuse et franche; c'est à son fils Filippino (1460-1505), élève de fra Dia- MENTE, qu'on doit les superbes fresques qui ornent la chapelle Branccacidel Carminé de Florence, longtemps attribuées au Massaccio, qui sont le début de l'art moderne, et qu'ont étudiées les plus grands artistes de l'époque ;

RossELLi, Cosimo (1430-1506), qui fut un des collaborateurs de fra Angelico Fiesole, ainsi que Benozzo, dit Lèse Gozzoli, élève de Fiesole (1424-1485), qui a

peint sur une muraille du Campo-Santo de Pise une fresque formant une série de vingt-quatre sujets tirés de l'Ancien Testament : œuvre importante qui lui valut un tombeau dans ce célèbre cimetière ;

André Verocchio (1432-1488), qui fut le maître du Pérugien, de Léonard de Vinci et de Lorenzo di Credi, et qui se voyant devancé par de Vinci dans une Sainte Famille qu'il était cliargé de peindre avec lui, et qu'on voit aujourd'hui au musée de Berlin, renonça à la peinture et se livra à la sculpture. On voit de lui, à Florence, le Baptême de Jésus-Christ, et à Munich les Trois Archanges, dont les têtes ont les plus grands ra]> ports de sentiment avec celles de Léonard ;

Orefi CE Pierre, dit Pierre de Gosimo (1441-1521), élève de Rosselli, dont l'esprit fantasque s'exerça sur des sujets bizarres et lugubrès, mais dont le nom ne peut être omis, parce qu'il fut un des maîtres d'André del Sarte ;

SiGNORELLi, Luc (1440-1521), un des premiers artistes qui se livrèrent à des études anatomiques sérieuses, et dont le dessin exact et sévère a souvent servi de guide à Michel-Ange lui-môme ;

BoTTiCELLi Sandro, dit Alex. diFiUpepi (1447-1515), dont les vierges ont un profil à la fois si pur, si modeste et si gracieux , et dont nous avons au musée deux ravissants tableaux sous les n°s 195 et 196;

Enfin, les trois frères Ghirlaîsdajo, dont le premier, Dominique (1449-1498), artiste tout à la fois sévère, noble et gracieux, fut appelé à Rome pour orner la chapelle pontificale, et eut l'honneur d'être le maître de Michel- Ange ; c'est lui qui, le premier, imita avec la couleur les ornements qu'à cette époque on avait l'habitude de dorer. Le second, Benoît (1 458-1 499), aida son frère Dominique dans ses travaux, en termina même plusieurs avec son autre frère David , qui s'occupa surtout de mosaïque, puis vint en P'rance, où il reçut un bon accueil. La belle Visitation de notre musée, n» 204, est de Dominique; Jésus-Christ mr le chemin chi Calvaire, u» 203, est de Benoît; le Cou-

mintiiunt de la Vierge, n° 205, est de Ridolphe, fils de Dominique, dont nous parlerons bientôt.

Depuis eux, Michel- Ange, Léonard de Vinci et André del Sarte, dont les œuvres forment la seconde époque de cette école, l'ont élevée à un degré que d'autres ont pu atteindre, mais qu'aucune n'a surpassé.

L'école florentine est éminemment classique : ses caractères distinctifs sont une grande correction de dessin, une élévation de sentiment portée fort loin, et un goût exquis dans le choix de ses modèles. Son expression dramatique est exoellente, et les têtes des madones qu'elle a produites sont toujours remplies de noblesse et de majesté; elle pêche malheureusement, en général, par la couleur, ou du moins elle ne peut, sous ce rapport, soutenir la comparaison avec l'école romaine et, à plus forte raison, avec celle de Venise. Il semble qu'elle ait moins cherché à plaire qu'à imposer l'admiration; elle a généralement sacrifié la grâce à la grandeur, la beauté à la correction.

Son véritable chef, dans sa grande époque, est Michel- Ange, Buonarroti ( 1474-1564), dont le caractère austère se traduisit dans les chefs-d'œuvre que son ciseau et son pinceau léguèrent à la postérité. Cet homme extraordinaire, qui ne fut pas moins grand architecte que sculpteur et peintre, regardait la fougue et l'élévation de la pensée comme les premières conditions de l'art; aussi, en peinture, leur a-t-il sacrifié les autres branches. Et cependant, la couleur chez ce grand artiste n'est pas telle que son défaut 4'éclat nuise à l'effet que produisent sur l'imagination ses sublimes peintures de la chapelle Sixtine, où il semble être parA'enu par son Jugement dernier^ sa Création du monde, ses Episodes du Testament, au plus haut degré qu'il soit donné à l'homme d'atteindre.

Michel-Ange n'a guère peint au delà de cinquante ans ; le reste de sa longue carrière a été consacré à des travaux d'architecture et de sculpture. On a dit avec rais^m que si l'expression de grandiose

n'existait pas, elle aurait dû être inventée iDOur caractériser sa manière. Nous n'avons aucune peinture de lui, et la plupart des tableaux qu'on lui attribue sont apocryphes ; on ne connaît guère comme authentiques, indépendamment de ses fresques, que sa Vierge agenouillée,ses Parques et sa, Sainte- Famille deFlorence; son Songe f qui est à Londres, son Jupiter enlevant Ganimede, de Saint-Pétersbourg ; Jésus-Christ aux oliviers de Munich ; son Christ à la colonne de Madrid ; toutes productions dont la beauté n'empêche pas de reconnaître que son génie était plus à l'aise dans la sculpture monumentale et les grandes fresques, que dans la peinture de dimension ordinaire.

Léonard de Vinci (1452-1519) se présente dans cette école sur la rhême ligne que Michel- Ange, car si ses «oeuvres ne décèlent pas une imagination aussi ardente, une exécution aussi hardie, elles portent le cachet d'un èâprit plus régulier et d'un sentiment plus rationnel de la grâce et de la véritable beauté. Ses têtes de Vierges et de femmes en général ne peuvent, en effet, sous ce dernier rapport, être comparées qu'à celles de Raphaël, sur lesquelles elles l'emportent même encore par le clair-obscur. Le désir de donner à son dessin fa plus grande régularité possible, rend quelquefois ses contours un peu secs, de même que sa couleur revêt souvent aussi une teinte violacée, qui, par le temps, est arrivée au point de masquer l'élégant modelé de ses superbes têtes.

C'est ce que nous ne voyons que trop dans le portrait de la belle Mona Lisa, dite la Joconde, du n" 484 de notre musée, dans le Saint-Jean 480, et dans plusieurs autres productions plus importantes, comme sa Vierge aux rochers du n° 482, en admettant qu'elle soit de lui. Quelques érudits attribuent, en effet, ce tableau, dont il existe d'ailleurs plusieurs belles reproductions, les uns à Uggione Marc (1480- 1530), un âe ses meilleuts élèves, mais de l'école lombarde, et Ôont ïious avons une belle Sainte- Famille, n" 430; ô'àutres à André Solario, son disciple, dit-on, qui l'a quelquefoisparfaitetnent imité,quoique tenantaussiplus

de Técole lombarde à laquelle il appartien t évidemmeiiL par sa Vierge du n° 403 de notre musée. Nous reviendrons plus loin sur Solario en môme temps que nous parlerons de Luini, auquel on attribue tous les tableaux qu'on n'ose pas donner à Léonard, dont ils ont souvent le dessin et la couleur.

Quoi qu'il en soit, Léonard de Vinci est un artiste éminemment classique ; on l'a désigné avec raison comme le plus savant des peintres',: Désireux d'embrasser l'universalité des connaissances humaines, il fut en même temps sculpteur, ingénieur, chimiste, mécanicien et poète distingué. D'un caractère aimable et généreux, il ne put cependant supporter la rivalité qui existait entre lui et Michel- Ange ; aussi acceptat-il les olîres que lui fît François l'\ de venir en France.. Il y fut comblé d'honneurs, mais il n'eut pas le temps d'y fonder l'école dont sa mission semblait avoir pour principal but de nous doter.

Léonard de Vinci a eu dans Lorenzo di Gredi(1453- 1531), élève comme lui d'André Verocchio, un émule qui, en s'appropriant sa manière, l'imita assez bien pour que de leur temps on confondît déjà leurs tableaux. On voit de Lorenzo à Florence plusieurs compositions religieuses, entre autres une Annonciation, qu'on cite comme un chef-d'œuvre. Le seul tableau que nous avons de lui, n« 177, le met au-dessus de la plupart de ses devanciers par la grâce de la composition, le sentiment et l'expression des figures, le fini précieux et le moelleux de la touche.

Il ne faut confondre ce Lorenzo ni avec Lotto dit Lorenzo de Venise, dont nous parlerons plus loin ; ni avec Lorenzo Costa (mort en 1530) de l'école ferraraise , mais qui étudia aussi à Florence , et laissa en mourant une nombreuse famille d'artistes, dont un 'dernier, Francesco Costa, travaiha sous Jules Romain au palais du T de Mantoue, en 1531 ; ni avec Lorenzo de Pavie, qui vivait en 1513, de chacun desquels notre inusée a un tableau ; ni avec les frères Lorenzetti de Sienne. Lorenzo diCredi a eu pour élève

SoGLiANi J.-Antoine, qui a beaucoup travaillé avec lui, et dont les figures ont avec les siennes un grand rapport d'expression, de douceur et de bonté.

André DelSarte, Vannucchi (1488-1530) est, après Michel- Ange et Léonard de Vinci, l'artiste qui a le plus honoré l'école de Florence. Si on ne le jugeait que par les quelques vierges ou les saintes familles que nous voyons de lui en France, on le placerait au rang des artistes ordinaires ; mais quand on a eu occasion de voir les grands ouvrages qu'il a laissés à Florence, seulement à l'église de l'Anumiziata, où il a été enterré, et qui a de lui sa belle Madone del Sacco, ainsi nommée du sac de blé qu'il a reçu pour son payement, on lui rend justice, et on regrette que sa vie agitée l'ait arrêté dans son essor.

Son dessin, sans être toutefois aussi régulier que celui de Léonard de Vinci, est correct ; sa CQuleur est franche et ne le cède point en harmonie, surtout pour les enfants, à celle de Raphaël. Ses compositions sont bien conçues, ses mouvements naturels, et ses draperies sont jetées atec goût. Telle fut d'ailleurs la réputation dont il a joui de son temps, que, lors du siège de Florence en 1520, les soldats respectèrent une de ses fresques qui ornait le réfectoire du monastère de Saint-Salvi. Notre musée a trois tableaux de lui.

André a eu pour imitateur Puligo (voy. l'Ecole napolitaine) qui devint son ami, quoique élève de Ridolphe Gnirlandajo ; de même que Sguazzella, André, qu'il avait amené avec lui en France, quand il y fut appelé par François et oCi il le laissa, après son départ, attaché au service du cardinal de Tournon. Il a eu aussi pour élève, puis pour rival, le Pontorme, Carrucci, Jacques (1493-1558), qui avait d'abord étudié sous Léonard de Vinci, Albertinelli et P. de Gosimo, et qui, de l'aveu de Michel-Ange et de Raphaël, comme le prouve d'ailleurs la Sainie- Famille qu'a de lui notre musée sous le n» 157, serait devenu un grand artiste, aurait même égalé André, s'il se fût arrêté dans l'excelleote manière qu'il s'était ovéée daas ses premières

études, au lieu de se faire plus tard l'imitaLeur d'Albert Durer. Mais les deux principaux élèves d'André sont Rossi François dit il Salviati, et Vasari.

Rossi (1510-1563), qui prit son surnom du cardinal Salviati, auquel il resta longtemps attaché, voyagea beaucoup et visita successivement Bologne, Rome, Mantoue, dont il orna plusieurs édifices; il vint môme en France, appelé par le cardinal de Lorraine, dont il décora le château de Dampierre; puis il retourna dans sa patrie, et obtint du pape Pie IV des travaux que la mort rempêclia d'achever. Nous avons de lui, sous le no367, Y Incrédulité de saint Thamas, qui, tout en démontrant un beau talent, le tient encore a une grande distance d'André.

Rossi a eu pour élève à Rome Porta, Joseph, dit Salviati le jeune (1520-1572), peintre, mathémacien et architecte, qui fut désigné par le Titien pour peindre avec Paul Véronèse la décoration de la bibliothèque de Saint-Marc à Venise, et dont nous avons un tableau: souslen" 309, dont le coloris rappelle l'école vénitienne.

Quant à Vasari, Georges (1512-1574), qui avait d'abord étudié sous Michel- Ange, il est plus connu par sa Vie des peintres qu'il a écrite sur les conseils du cardinal Farnèse. Gomme peintre, il doit plutôt être considéré comme une habile décorateur, son extrême facilité l'ayant empêché de donner aux nombreux ouvrages dont il a orné les édifices de Pise, de Bologne, d'Arezzo et de Rome, tant en architecture qu'en peinture, tout le soin nécessaire. On lui reproche d'avoir introduit le style dur qui régna de son temps, et après lui, dans l'Ecole florentine, et dont les deux tableaux que nous avons de lui, n»s 453 et 454, ne se ressentent que trop, quoique renfermant d'ailleurs, sous plusieurs rapports, de belles qualités.

Sur la fin du xv" siècle, il était encore sorti de cette savante Ecole plusieurs grands artistes dont les noms sont restés célèbres dans les fastes de l'art, parmi lesquels on doit surtout citer :

Fra Bartolomméo dit Baccio délia Porta, ou il Frate

(1469-1517) , qu'il ne faut pas confondre avec Porta Salviati que nous venons de citer. Cet habile artiste fut l'ami de Raphaël lors de son séjour à Florence, et reçut de lui des conseils sur la perspective en échange Â'utiles leçons qu'il lui donna sur l'emploi des couleurs. Ou Voit de lui dans la galerie de Berlin une magnifique Assomption de la Vierge, qu'il peignit avec Albertinelli, Mario tto (1467-1512), et à Florence une Vierge et l'enfant entourés des saints protecteurs de la ville, tableau qu'on regarde généralement comme un chef d'œuvre, ainsi que la superbe Salutation angeligue qu'a de lui notre musée sorus le n" 64, qui est sans contredit une œuvre des plus remarqualDles des premières années de la Renaissance ;

Granacci, François (1477-1544), élève de Dominique G-hirlandajo, condisciple et ami de Michel-Ange, dont il prit la manière large et vigoureuse de composer, à laquelle il joignit une exécution des plus soignées. On voit de lui à Berlin une superbe Vierge glorieiùse, Çu'il a peinte avec son maître ;

Perdzzi, Bal thazar (1481-1536), qui étudia àSienne, puis à Rome, fut habile architecte et serait devenu un des plus grands maîtres de l'école italienne, si sa vie agitée lui avait permis de donner un libre cours à ses vues élevées, comme compositeur et dessinateur ;

GurRLANDAJO, Ridolphc, fils de Dominique (1485- 1560), neveu de Benoît, et élève de David son autre oncle et de Fra Bartolommeo ; il fut aussi Fami de Ra-

fhaël qui, lors de son séjour à Florence, chercha à attirer à Rome. C'est de lui que sont les belles décorations du dôme de Sienne, et plusieurs travaux importants dans lesquels il fit preuve d'un beau style et d'un riche coloris, qualités qui ressortent si bien dans son admirable Couronnement de la Vierge, n° 205 de notice muséô, qu'il exécuta à vingt-deux ans ;

Rid. Ghirlandajo a eu pour élève Barbatelli, Bernard (1542-1612), dit de Groteschi de son habileté à

peindre les grotesques. Il exécuta dans ce genre à Florence des clioses vraiment admirables, travaillant habituellement de pratique, tout en conservant une touche fine et un dessin étudié ;

Le Rosso, dit maître Boux (1496-1541), qui se forma sur les ouvrages de Michel- Ange et du Parmesan, et fut appelé en France par François I-"" qui lui confia tons les travaux d'embeUissement du palais de Fontainebleau, où il devint l'émule, le rival même du Primatice ; la mort de ce dernier lui laissa le champ libre pour l'achèvement de ces embeUissements. Peu d'artistes ont porté aussi loin la science des ornements. Il ne reste de trace de lui à Fontainebleau que dans la galerie de François I". On voyait autrefois au château d'Ecouen un Saint Michel archange et un Christ mort, qui lui faisaient le plus grand honneur.

Le xvi" siècle s'ouvre à Florence par le nom d'un des plus grands dessinateurs de l'Ecole itahenne : c'est celui de Pebino ou Pierino del Vaga, Buonaccorsi, Pierre (1500-1547) élève de Ridolphe Ghirlandajo. Il prit le nom de Vaga par reconnaissance pour un peintre de ce nom auquel il dut ses premiers succès. Il est regardé comme un des plus habiles des peintres gui allèrent à Rome aider Raphaël.

On lui doit le plus bel ouvrage qui ait été fait à Rome de son temps : la salle royale, commencée sous Paul III et seulement terminée en 1572, vnigl-cinq ans après la mort de ce grand artiste. 11 se retn-a à Gênes et y mourut, ayant laissé une école d'où sortirent plusieurs artistes distingués. Nous n avons rien de lui. On lui a bien longtemps attribué le Deft des Pierides, n° 369, qu'on donne aujourd'hui à maître Roux, sans beaucoup plus de raison qu'à lui ; mais on trouve plusieurs de ses travaux à Rome, à Berlm, a Londres et à Dresde surtout, où l'on voit de lui une Vterge et l'enfant Jésus, qu'on regarde comme une œuvre des plus remarquables. Puis viennent :

Daniel de Volterre, lUcciarulli (1509-1566), le dis-

ciple favori de Michel-Ange , mais d'abord élève du IBodoma de Sienne, qui se trouvait à Florence, puis de Périno del Vaga. C'est à lui qu'on attribue le tableau si connu de notre musée, n° 347, représentant David tuant Goliath, peint sur les deux côtés d'une plaque d'ardoise; tableau qu'on a longtemps attribué à Mivihel-Ange, et auquel quelques érudits persistent a r.roire que le grand artiste n'est pjis complètement étranger. Daniel de Volterre fut aussi un grand statuaire; il ne sut pas dans sa peinture se dégager des allures parfois trop grandioses, disons même bizarres, dont il avait pris le goût de Michel-Ange; sa couleur est quelquefois aussi d'un gris roussâtre qui altère la beauté de ses formes de femmes, qu'il aimait à peindre de préférence aux hommes ;

Les trois Allori, dits Bronzin : Angiolo (1502-1572); son neveu Alexandre (1535-1607); et Cristofano, fils de ce dernier (1577-1621). Angiolo, dont les deux neveux ont pris le nom par reconnaissance, est cependant le seul que les Italiens désignent sous le nom de Bronzin. Elève du Pontorme, il a fait des portraits et des tableaux d'histoire. Ses portraits ont pris par le temps un ton brun tirant sur le noir, et ont par cela perdu de leur modelé, et conséquemment de leur valeur, comme on peut le voir par celui inscrit au musée sous le n° 94. Dans ses tableaux d'iiistoire sa touche est d'un grand fini, mais son dessin tourmenté donne à ses figures des poses forcées ; ce qui n'est que trop évident, dans son Christ apparaissant à la Madeleine, n° 93 ; son style sous ce rapport, s'éloigne de Michel- Ange, qu'il cherchait à imiter.

Alexandre fit aussi beaucoup de portraits, et resta attaché à l'école florentine, prenant, comme son oncle, Michel-Ange pour modèle; mais Christophe cliercha à se rapprocher du style vénitien en suiv.iut la manière fine, gracieuse et chaude de ton qu'un artiste fort en renom à cette époque, Titi Santi (1538 1603), lui-même élève d'Alexandre, s'efforçait d'introduire à Florence. Il n'en resta pas moins plus Florentin que

Vénitien, comme le prouve son Isabelle d'Aragon, n" 30, il a aussi fait des portraits étudiés avec un grand soin. Ses ouvrages, d'ailleurs assez rares, sont généralement donnés à son oncle ;

Le chevalier GARDidaCigoli, Louis (1559-1613),aussi habile architecte que peintre. Elève d'Alexan. Allori, il imita Michel- Ange, le Corrége, André del Sarte, le Baroche et même Titi. Nous avons trois tableaux de lui , entre autres un Saint-François , d'un profil aigu qui n'est pas très-magistral ; mais on cite comme un chef-d'œuvre son Martyre de Saint-Etienne, qu'on voit à Florence ; c'est sans doute ce tableau qui, par la douceur et le modelé des figures, lui a mérité le nom de Corrége florentin que lui ont donné quelques contemporains. Il a publié un Traité de perspective, dont son frère Bastion a gravé les figures ;

LoMi, Horace, dit Geiitileschi (1562-1646), qui parcourut successivement les principales villes d'Itahe, la Savoie, la France et l'Angleterre, où il est morl^ laissant partout des traces honorables pour son talent et son caractère. Son fi-ère, Aurèle, qui imita le Bronzin dont il était élève, est regardé comme un des chefs de l'école de Pise, où il est mort en 1622. Sa fille, Artémise, qui l'a accompagné dans ses voyages, a peint 1 histoire et le portrait avec talent ;

RossELLi, Matteo (1578-1650), arrière petit-fils d'un irère de Gome Bosselli, l'un des derniers artistes de

I ancienne école florentine, qui travailla avec BotticelJi et que nous avons cité ; il étudia sous Grég. Pagani, et se perfectionna en étudiant les œuvres d'André del Sarte.

II a beaucoup peint à fresque et a fondé une école qui a soutenu la réputation dont ont longtemps joui différents membres do sa fîimille. Son dessin rappelle Raphaël; son style est doux, élevé et harmonieux; nous avons deux tableaux de lui, 365 et 366.

Le xviie siècle, à Florence, comme dans toute l'Italie, fut le moment de sa décadence. En efl"et, nous trouvons d abord :

Lippi, Laurent (1606-1664), qui fut aussi hou poëte,

habita la Bavière, où l'avait attiré l'archiduchesse Claude et revint à Florence, où il prit Santi di Titi pour modèle, et fit, sous l'inspiration de ce maître, heaucoup de tableaux de moyenne dimension dont les figures , d'un dessin pur, d'un ton harmonieux et d une bonne couleur, manquent d'expression. Puis :

Carlo DoLCf (1616-1686), dont les œuvres rachètent à peine par la hberté de pinceau la douceur et l'harmonie de la touche, ce qui leur manque dans le style. Sa fille Agnès, qui n'a généralement peint comme lui que des demi-figures, a reproduit la plupart de ses tableaux et l'a si bien imité que leurs œuvres se confondent. C'est à elle qu'on attribue la Tête du Sauveur de notre musée, n" 182, qui n'est qu'une copie de la tête du Christ mourant du musée de Dresde, de son père. L'œuvre la plus remarquable de C. Dolci est sa Madeleine repentante du même musée.

G. Dolci a eu pour élève Marinaki, Honoré (1627), qui l'imita d'abord, mais prit ensuite une touche plus ferme. Les principaux tableaux de Marinari sont restés à Florence, dont ils ornent la galerie ducale. On y admire surtout un Saint-Jérome et un Saint-Maur guérissant des infirmes;

Gastiglione, Jean-Benoît, dit il Benedetto (1616- 1670), qui, bien que né à Gênes, se place dan s l'école de Florence. Il a peint de bons tableaux d'histoire dans lesquels il introduisait presque toujours des animaux. Son style est ferme , quelquefois même sec , mais sa couleur, d'ailleurs vigoureuse, a passé au brun-roux, ■ comme on le voit par les huit tableaux que nous avons de lui ; il est pour cela peu recherché dans le commerce. Son frère, Salvator et son fils François, tous deux ses élèves, ont tellement peint dans sa manière que leurs œuvres lui sont généralement attribuées ;

Le chevalier Luti, Benoît (1666-1724), qui se perfectionna à Rome sous Giro Ferri, un des meilleurs élèves de Piètre de Cortone, exécuta beaucoup de tabeaux tant à l'huile qu'à fresque pour les éghses de FkM.'^nce, et se livra aussi avec succès au pastel. Il a

été un des maîtres de J.-B. et de Carie Van Loo. Nous avons de lui une Madeleine, n° 243, qu'il a souvent répétée. C'est un des artistes florentiîis qui attachèrent plus d'importance à la couleur qu'au dessin. Ses têtes de femmes et d'anges sont des plus attrayantes ;

Reddi, Thomas (1665-1726), qui alla aussi se perfectionner à Rome sous Carie Maratte, puis revint à Florence, et y forma des élèves, au nombre desquels se trouvèrent quatre gentilshommes que le Czar Pierre avait envoyés étudier sous lui pour rapporter en Russie le goût de la peinture ;

Enfin, Servandoni, J. Jérôme (1695-1766), plus connu comme architecte que comme peintre. Il a longtemps habité la France, où il est mort, ayant été l'ordonnateur des fêtes qui s'y donnèrent dans la première moitié du siècle dernier. C'est à lui qu'on doit la façade de l'égKse Saint-Sulpice de Paris. Son coloris manque de vigueur et ses ciels sont trop bleus ; il est peu recherché dans le commerce.

Vénitienne

L'école vénitienne ne peut pas se glorifier d'une origine aussi ancienne que celle de Florence ; car elle compte peu de peintres parmi les primitifs. Les plus anciens sont :

Veneziano, Antoine, qui travaillait dans le milieu du xiv« siècle, de 1319 à 1383, par conséquent plus d'Un siècle après Cimabue et le Giotto. Il était élève d'Angelo Gaddi, qu'il surpassa. Son dessin et sa composition sont sages ; son coloris est harmonieux. Il a dû avoir un procédé particulier pour peindre à fresque, car ses ouvrages se sont assez bien conservés pour qu'on voie encore de lui, à Pise, des fresques qu'avait commencées Simon Memmi ;

Squarcione, François (1394-1474), le plus habile des maîtres de l'école vénitienne de son temps, dont les

œuvres ont une tendance à se rapprocher du style grec. Il est le père adoptif de Mantegna, André (1430-1506), si remarquable par la grande pureté de ses contours, son exécution finie, ses figures élégantes et ses carnations délicates ; qualités dans lesquelles les tableaux que possède de lui notre musée nous mettent à . même de reconnaître à un plus haut degré encore que dans Squarcione, son maître, une savante imitation de l'antique. Les neuf tableaux à la détrempe représentant le Triomphe de Jules-César , que possède de Mantegna, en Angleterre, la galerie d'Hampton-Court, le placent d'ailleurs au premier rang des peintres précurseurs de la Renaissance.

Quoiqu'il en soit, cette école s'est surtout distinguée par l'éclat de sa couleur, par la science avec laquelle elle s'est appliquée à distribuer la lumière et à rendre le véritable ton de la nature. D'où lui vient cette prédilection pour la couleur ? C'est ce qu'on ne saurait trop dire. Serait-ce parce que n'ayant pas eu, comme les Florentins, des contacts fréquents avec les artistes grecs qui se réfugièrent en Italie, et qui cherchaient un refuge loin des villes commerçantes ; ou bien parce que, n'ayant pas eu constamment sous les yeux, comme les Romains, les magnifiques restes de l'antiquité que la fortune entassa dans la capitale du monde chrétien, les Vénitiens manquèrent de modèles pour se former une idée juste de la variété des types et de la beauté des formes, et cherchèrent alors une compensation dans la force des couleurs ?

Serait-ce aussi, comme on l'a dit, parce que leurs yeux, fréquemment frappés de l'éclat et de la richesse des costumes des peuples du Levant, avec lesquels Venise trafiquait, ils en auraient été éblouis au point de croire la couleur, sinon la principale, du moins une des plus importantes de toutes les conditions inhérentes aux choses ayant pour but la représentation de la nature? On ne peut faire à ce sujet que de simples conjectures ; la véritable raison de cette préférence échappe.

Les peintres qui signalèrent le début de la Renais-

sance, à Venise, sont les crois Bellin, Antoine de Messine, Carpaccio et les deux frères Vivarini.

Les Bellin sont au nombre de trois : Jacques, dont on connaît des tableaux, surtout des portraits, datés de 1 456, et qui fut un des artistes les plus en renom à Venise, à la mort de Veneziano, dont il s'était déclaré le rival ; et ses deux fils, Gentile et Jean. Gentile (1421-1507) , auquel sa famille donna ce nom en souvenir de Gentile da Fabriano, son maître, fit, sous la direction de son père, un tableau qui eut tant de succès • que Mahomet II, ayant demandé au sénat de Venise un peintre pour orner son palais, il fut désigné. G*est ce voyage qui nous a valu le tableau que nous avons au musée sous le n° 68. Nous avons aussi de lui son portrait et celui de son frère, d'un beau coloris, d'une grande force d'expression et d'une exécution des plus soignées.

Jean (1426-1516), également élève de son père, et même de Mantegna, parvint à réunir toutes les qualités de ses prédécesseurs à celles des grands artistes qui l'ont suivi. Il a eu de plus l'insigne honneur d'être le maître du Titien et du Giorgion. On peut donc avec raison le considérer comme le véritable fondateur de la grande école vénitienne. C'est sous lui que se formèrent CiMA, dit de Conegliano, J. Bapt. (1480-1520), qui eut une école nombreuse, d'où sortirent plusieurs artistes habiles, parmi lesquels se distinguèrent surtout son fils Charles, dont les œuvres se confondent avec les siennes ; et Belliano ou Belliniano, Victor (1529), appelé à tort Bellin par Vasari, qui se fit remarquer par des œuvres importantes en perspective.

Antoine de Messine, dit Antonello, est surtout connu pour avoir apporté de Bruges en Italie le secret de la peinture à l'huile, qu'il tenait de Jean Van Eyck ; mais à quelle époque est-il né ? C'est ce qu'on ignore complètement; la date donnée de 1425 est évidemment une erreur, comme je l'ai prouvé dans un article consacré à ce sujet dans le numéro du 14 avril 1865 du

Mo7iiteur des Arts; car Jean Van Eyck étant mort en 1411 et Antoine, n'ayant alors guère que seize ans, n'aurait pu, ne fût-ce que deux ans avant cette mort, se rendre à Bruges pour un motif aussi important que celui pour lequel il y est allé. Il est donc plus rationnel de porter sa naissance de 1405 à 1415. C'est à lui qu'on attribue le beau portrait d'homme acheté récemment 113,500 francs à la vente Pourtalès, et qui figure aujourd'hui dans notre musée comme un des plus beaux portraits de l'école vénitienne.

Garpacgio, Victor, qui vivait encore en 1522. On le connaît surtout par sa belle composition de la Vie de sainte Ursule, en neuf tableaux, et le Supplice des dix mille Vierges, qu'on voit à Venise, ainsi qu'une Présentation de Jésus au Temple. Nous avons de lui, sous le n° 123, un beau tableau représentant une Prédication de saint Etienne à Jérusalem, qui faisait partie d'une suite "de compositions formées de sujets empruntés à la légende de ce saint.

Cet artiste, qu'on connaît aussi sous le nom de Scarpaccia, a eu pour contemporain Marc Bazaïti, duquel on connaît d'assez beaux paysages, et pour élève Lazarre Sébastien, qui imita sa manière, mais n'eut pas sa belle entente de la composition et son exécution naturelle et ]3leine de charme ; ce en quoi consiste surtout son principal mérite.

Quant aux frères Vivarini, dits de Murano, Antoine (1460), et Barthélémy (1480), dans les'œuvres desquels on trouve souvent un chardonneret, par allusion à leur nom, ils travaillèrent en concurrence des Bellin, et se sont fait remarquer par de belles formes, une bonne entente de la couleur et de la perspective.

Mais si J. Bellin est le fondateur de l'école vénitienne, le Titien, Vecellio Tiziano (1477-1576), en est le véritable chef; car ses œuvres en résument au plus haut degré toutes les qualités. Le talent de ce grand artiste se déploya tour à tour dans les sujets sacrés et profanes, et il sut faire briller ses compositions par le

prestige d'une conleur plus vraie que celle de RubBnè^ et plus séduisante que celle de Van Dyck, eOmme on peut le voir par la seule comparaison de sar Mise ait Tombeau, de notre musée, n° 465, avec les œuvrês leâ plus importantes de ces deux autres maîtres;

Et cependant, pour apprécier le Titien à sa juste valeur, ce que nous avons de lui ne suffit pas ; il faut pour cela,, d'abord, voir tout ce que possède encore de lui Venise, où se trouvent, entre autres chefs-d'œuvre^ son Assomption de la Vierge et son Martyre de saint Pierre ; ensuite visiter la galerie impériale de Vienne^ qui a trente-cinq de ses ouvrages. Parmi ces ouvrages est le magnifique Ecce homo, qu'il fit à Toccasion de sa nomination au titre de chevalier de l'empire par Charles-Quint, et ne contenant pas moins de vingttrois figures de grandeur naturelle, qui sont autant de" portraits, au nombre desquels sont ceux déremperèui' en armure, et de Solimâîi II, dit le Magnifique, en costume turc; véritable ppodige de style et de couleur.

Les œuvres de ce grand artiste se rencontrent rare- . ment dans les ventes publiques ; le seul tableau que nous y avons vu est son Rêm'er de César, qui, à la vente du maréchal Soult, en 1852, S'est vendu 62,000 francs; chiffre très modeste, assu'rénlent, si on le comparé aux prix qu'atteignent dépuis quelque temps plusieurs maîtres des écoles françaises qui, malgré toute l'estime qu'on doit avoir pour eux, né seront probablement jamais à la hauteur du Titien ; ou alors Tart rié serait plus qu'un vain mot. Après lë' Titien vienrièht :

Le Giougion, Barbarelli, Georges (1477-15H), dont le coloris est plus prononcé, mais moins harmonieux que celui du Titien. On le reconnaît surtout à ses airs de tête, à la bizarrerie dé ses costumes et de sés armures. Nous avons deux tableâuxdé cegrand coloristë" qui a beaucoup travaillé, quoique mortjeiiiie. La gatlériedu Palais-Royal possédait j)lusietif s ouvragés im-\ portants de lui, parmi lesquels Sè trbuvàiëiit plusiéiil-i portraits de la valeur dé ceux, des doges Barbari^Q et Loredano, qui ornent encore îe palais ducal à Vëriiàé,

où l'on voit aussi son Saint-Marc -apaisant une tempête, sa belle Descente du Christ aux limbes. Son célèbre tableau du Sahot de Jacob fait partie de la galerie de Dresde, et c'est dans la collection de Malmesbury que se voit son Jugement de Paris, cité par Rudolfl comme son meilleur ouvrage ;

Palme le vieux, Jacob (1 480-1548), qui imita habilement le Giorgion pour l'éclat et le brillant du coloris et le Titien pour l'harmonie des teintes, comme on peut le voir par son tableau de l'Annonce aux bergers de notre musée, n° 277, qui le cède si peu à ces deux maîtres, qu'on a cru pouvoir le signer du nom du Titien. Ce Palme est nommé le vieux pour le distinguer de son neveu, également Palme, qui ne vint que plus tard (1544-1628). Celui-ci, bien qu'ayant étudié d'abord â Venise, modifia cependant sa manière vénitienne par l'étude qu'il fit à Rome des ouvrages de Michel- Ange, de Raphaël et de PoUdore de Garavage. Il a produit beaucoup; ses œuvres, qui sont restées pour la plupart à Venise, se ressentent souvent de la précipitation qu'il a mise à les terminer ; elles portent cependant toutes le cachet d'un talent supérieur;

Calcar, Jean Stephan (1499-1546), d'origine flamande, mais élève du Titien, dont il imita si bien la manière que ses portraits sont souvent attribués à celui-ci ; ce qui n'étonne pas quand on voit celui que nous avons de lui au musée sous le n*^ 95, véritable chef-d'œuvre, tant sous le rapport de la tenue que sous celui du sentiment et de l'exécution. C'est lui qui dessina les figures de la première édition du Traité d'anatomie de Vèsale, ainsi que les portraits qui ornent la Vie des peintres de Vasari ;

Le Bassan, Jacopo da Ponte (1510-1592), bien qu'imitateur du Titien, est néanmoins remarquable par son style original. Ses compositions naïves, souvent empruntées à l'Ecriture Sainte, ses attitudes naturelles, quoique parfois communes et ses teintes d'émeraudes, le rendent assez recherché des vrais amateurs; mais il est peu goûté dans le commerce,

Il a eu plusieurs fils, dont les plus connus sont le chevalier Léandre (1558-1623), et Jérôme (1560-1622), qui se sont exercés sur des sujets sacres et mythologiques qu'on donne généralement à leur père, dont ils ont le style et surtout la couleur ;

LeTiNTORET, Robusti Jacopo (1512-1594), qui est devenu le rival, et aurait été l'égal du Titien, dont il avait été l'élève, s'il n'avait pas cédé trop souvent à son imagination et abusé de sa facilité pour aborder les Buiets terribles, les scènes émouvantes, et s'il avait su éviter le danger de l'exagération en voulant suivre trop servilement le dessin de Michel-Ange. H eut rv)ur fille Mariette Robusti, dite la Tintoretta, qui piu-nit trés'-hien le portrait, et mourut dans ses bras ^ iTflPur de l 'âge. Cette mort a fourni à un de nos artistes vivants los plus distingués, M. Léon Cogniet le «niet d'un magnifique tableau qu'on voit aujourd hm nn*^ musée d^Borc-leaux. Le Tintorei a aussi eu un ms Dominique, qui, de môme que sa sœur, se livra nartiSrement poi-trait et y acquit une bonne ré- SSrC'estàSain et à l'Académie desbeaux-

arts d^ Venise que s(mt ies plus beaux tab eaux du Tintoret parmi lesquels est le Miracle de Samt-Marc, Sn chef-d'œuvre. La plupart de ses biographes pretendenfque tout ce qu'on voit de Im ailleurs ne petit ïnrnw aVune idée de ses défauts et non de ses quajonne^ qu une^i^ de notre Musée, n« 351, est pourtant lité.. "vre admirable qui suffit pour montrer qu il une œu nmae de génie ;

était un ho.. ^ Caliari (1528-1588), est, par ordre PaulVÉRONès^ ' des six grands màîtres de cetf.e de date, le dernier '"s plus remarquables par le ta- «ç-; mais il est un a^. seulement par les deux im-

mm le iugic)ûs . avons de lui: les hoces — .mnositos-que nou. Wii-^m, nous serions menses c^^^^^^..,^ chez Simoiv h p. ^ nuissance d ima- (U Canaei le .^naître ratib -t les fastes de

déjà ohhgés de mi ^^l' exécution, ctou encore de fiinatloii et un ^^^f^' mais on tsvu dans les f'art offrent P^^^.^^^ ^3 aussi importantes ^

églises de Venise, de Vicence, de Trévise, de Vérone. Il joignait à une composition noble et majestueuse une couleur lumineuse et douce qui tient le milieu entre celles du Titien et du Tintoret.

On reproche à P. Véronèse de n'avoir pas toujours été correct de dessin, d'avoir souvent bigarré ses figures et ses costumes de trop de couleur, et de ne pas avoir donné à ses airs de têtes toute l'expression convenable. Il a eu un frère, Benoît, qui l'aida dans ses travaux, et deux fils, dont l'un, Charles (Garletto), élève de lui et du Bassan, produisit un grand nombre de tableaux; l'autre, Gabriel, mourut fort jeune. Il a eu pour élève Scarsella, Sigismond(1530-1614), qui imita assez bien sa manière, et dont le fils, Hippolyte, habile dessinateur et bon coloriste, a fait à Ferrare, son pays natal, une Noce de Cana peinte sous l'inspiration de celle de P. Véronèse, mais d'un faire pltis sec et d'un ensemble moins harmonieux.

En même temps que ces grands maîtres jetaient tant d'éclat sur l'école vénitienne, elle comptait encore plusieurs autres artistes que leurs travaux ont rendus célèbres. Les principaux sont :

LoTTO, Lorenzo (1480-1560), condisciple et ami de Palme le Vieux, qui, bien qu'élève des Bellin, passe pour avoir étudié sous Léonard de Vinci, dont on retrouve la manière dans sa Sainte Catherine du musée de Munich, sa Vierge glorieuse de Vienne, et môme dans sa Femme adultère de notre musée ;

Gampagnuola, Dominiq. (1482-1550), élève et imitateur du Titien. On le reconnaît à sa touche libre, à son . coloris plus frais qu'accentué et au naturel de ses figures. Il était parent de Jules et de Jérôme Campagnuola,dont le premier, de Padoue, fut â la fois peintre et littérateur distingué, et l'autre peintre de grand talent, surtout bon coloriste ; "

Le PoRDENONE, le chevalier Licinio, Jean- Antoine, (1483-1540), dont le talent fier, l'imagination hardie ne reculèrent devant aucune difficulté de l'art, et qui, rival du Titien , s'il ne l'égala pas comme coloriste.

sut néanmoins détacher ses figures par d'admirablës effets de clair-obscur. Il fut, comme le Titien, créé chevalier par Charles-Quint. Venise a de lui son portrait au milieu de cinq de ses élèves. Il a eu trOîs neveux qui portèrent tous trois le nom de Licinio. Le plus connu est Jules, qui travailla en concurrence de Paul Véronèse et de Schiavone, André ; Ce Schiavone (1 522-1 582)futun des plus habiles artistes de l'époque ; malgré son talent et l' estime qu'avait pour lui le Titien, il en fut réduit à peindre sur des planches, des coffres et des meubles, et finalement mourut de misère, laissant des œuvres dont la compositioïi et ■ la couleur auraient conduit tout autre à la fortuné. Nous avons de lui, sous le n» 396, une Tête de saint Jean-Baptiste, mais il a à Venise un tableau, représentant dieu au milieu des Anges, d'une couléur et d'une touche éminemment magistrales ;

Fra SébastieuDEL PiOMBO,Luciano(1485-1547), élève de Jean Bellin et du Giorgion, qui racheta ce qui lui manquait sous le rapport de l'imagination par une grâce, une douceur et une vérité extraordinaires, et un relief des plus prononcés. Michel- Ange estimait assez son talent pour croire qu'il pourrait l'Opposér à Raphaël pour les peintures du Vatican ; mais, vaincu de ce côté, il se contenta de lui permettre de peindre sur ses dessins. On a même avancé que la tête de la Vierge du beau tableau de la Visitation, qu'a de lui notre musée, n° 239, est de Michel-Ange. Ses portraits sont fort estimés; un des plus beaux est celui de ïàmiral Doria, qu'on voit à Rome ;

Paris BoRDONE (1500-1570), élève du Titien. Cet artiste a laissé en France, où l'avait appelé François I«% des preuves de son tcilent comme peintre de portraits. Il fit surtout ceux du roi et des principaux personnages de la cour ; mais son tableau le plus important est le Pêcheur présentant au doge l'anneau de saint Marc, qui se voit encore à Venise. Sa couleur ne répondait pas à son dessin et à sa composition hardie en même temps que savante. On voit de lui plusieurs composi-

tions religieuses dans la cathédrale de Trévise, mais ses plus beaux portraits sont au palais Pitti, à Florence BoNiFAzro (1500- 1562), dit Boniface de Venise pour ne pas le confondre avec Bonifazio de Viterbê élevé de P de Gortone qui est venu longtemps après ?V PO^i' la couleur, se place entre Palme

et le litien fea ressemblance avec le premier est même telle que des trois tableaux que nous avons de lui. celui du 11° 83 a longtemps été attribué à Palme lui-

MuziANo, Jérôme, dit le Mutien (1528-1599) ^nî alla fort jeuneàRome,oùl'appelèrent plusieurs g^^^^^^^ artistes pour son habileté dans le paysage I Sta de son séjour à Rome pour étudier les'antiqnes et devint assez habile pour y orner plusieurs édifices de ses tableaux Ce fut lui qui fut chargé de terminer les RomZf '''' commencés par Jules

MichiÈli, André, dit il Vicentino (1539-1614) aui se forma sur les œuvres de P. Véronèse, du Tit ^n e de Pa me dont il rappelle les trois manièrk GW \ lui qu'on doit URéception de Henri IlI à nnZ enmi

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et de P n7vi i et imitateur du Titien

dn rL.' yeionese. Apres avoir étudié les œuvres du Gorrege, il vint se fixer à Rome, où il travailla en concurrence d'André Sacchi et de Pic tm do S^^^^^^^^

il chercha vainement à réunir k couleur vénitienne au dessin de l'école romaine ; sa manière tient plus du style vénitien dans lequel il avait débuté. Notre Musée a cinq lahkaux de lui. On cite comme son 'chef-d'œvre David portant la tête de Goliath, du musée de Dresde.

Le Padouan, Varotari , Alexandre (1590-1650), se forma en copiant les fresques peintes à Padoue par le Titien et les ouvrages de Paul Véronèse ; il se fit un stylG particulier, qu'on reconnaît au soin qu'il met à rechercher les raccourcis. Sa composition est sage d'ailleurs, et dénote une grande facilité ; sa couleur a souvent poussé au rouge et même au noir. Ses ouvrages sont restés en partie à Venise et à Rome; nouâ en avons cependant un, n° 452, Yènus et l'Amour, qui nous donne une bonne idée de son talent. Il a eu pour élève le chevalier Liberi, Pierre (1605-1687), dont là. manière, bien que vénitienne au fond, tire sur celle des Carrache.

Plus tard, l'école vénitienne, sans être restée à la hauteur où l'avaient portée les artistes dont nous venons d'énumérer les principales qualités, a eu encore d'habiles représentants, par exemple dans ;

Sébastien Bicci (1662-1734), dont le pinceau facile, quoique souvent incorrect de dessin, se prêtait admi-. rablement aux grandes compositions historiques, et qui possédait une grande habileté pour imiter la ma^ niere des grands maîtres de l'école italienne. Ses ouvrages, aujourd'hui assez recherchés, se trouvent non-seulement dans sa patrie, mais en Allemagne, en Angleterre et en France, où l'Académie de Paris l'admit au nombre de ses membres.

On reconnaît Séb, Ricci à ses touches fermes, à sa couleur plus accentuée que brillante, à un certain papiUotage de draperies qui n'est pas désagréable. Il ^1, est jamais d'un prix élevé dans le commerce. Son neveu Riccr. Marc (1679-1730), qui fut son élève, aoaudonna 1 histoire pour Ifr paysage, et devint en ce genre un des plus habiles artistes itahens. On dit

qu'il aida souvent son oncle dans ses travaux. Ses paysages, comme nous le dirons plus tard, sont souvent donnés à Salvator Rosa, dont ils ont la fougue et la couleur ; on en voit représentant des sites montagneux dans lesquels sont des ermites en prière.

Ce Ricci, Marc, a eu pour élève Zuccarelli, François (1702-1788), qui fit sa fortune à Londres, où Ton faisait grand cas de ses paysages, peints d'ailleurs avec une grande facilité» On confond souvent dans le commerce les paysages de Zuccarelli avec ceux de LucATELLi, André, mort en 1741 ; mais ceux-ci sont plus piquants et plus variés de composition.

C'est dans ce moment que vécut la célèbre Rosalba, Carriera (1672-1757), dont les œuvres au pastel furent et sont encore recherchées dans toute l'Europe. On croit généralement qu'elle n'a fait que des pastels ; c'est une erreur, car on connaît d'elle plusieurs portraits à l'huile, et elle a peint des madones et autres sujets sacrés remarquables par la grâce des figures et la délicatesse des touches. Ses pastels avaient quelquefois la force des portraits à l'huile. La collection de dessin de notre musée en contient plusieurs dont le temps a pu altérer la couleur, mais non l'élégance et la correction. On en voit au moins cent cinquante à Dresde, Elle a eu une sœur, Jeanne, qui a aussi peint au pastel. Puis viennent :

Pelleghini, Antoine (1675-1741), élève de Sébastien Ricci, qui, malgré sa touche parfois indécise, son coloris un peu superficiel et son dessin souvent incorrect, n'en fut pas moins reçu à l'Académie de Paris, où il est venu peindre quelques plafonds. Il ne faut pas le confondre avec plusieurs ancres artistes du même nom, comme Pellegiuni, dit le Vieux de l'école bolonaise; Pellegrini le Jeune, qui fut, vers 1650, architecte de la cour d'Espagne ; et Pellegrino de Modène, dont le véritable nom est Munari;

Piazetta, Jean-Baptiste (1683-1754), qui joignait à une bonne couleur, quoique un peu crue, une admi-

rable entente du clair- obscur. Comme il procédait surtout par touches, il réussissait très-bien dans la caricature; on voit beaucoup de ses ouvrages à Madrid, où Goya Fa probablement pris pour modèle. Piazetta a eu pour élève Angeli, Joseph (1717-1795), dont les œuvres S3 confondent tellement avec les siennes qu on lui a longtemps attribué le Petit Tambour, du a° 41 de notre musée, inscrit sous le nom d' Angeli;

PiTTONi. J.-Bapt. (1686-1766), qui eut à la fois un style élevé, un dessin cori-ect, un coloris vigoureux, et travailla presque inconnu. On voit de lui à Dresde un très beau tableau représentant le Corps d'Agrippme ouvert en présence de son fils Néron, et à Saint-Pétersbourg, un Sacrifice d'Iphigénie, d'un effet très-remarquable ;

TiÉPOLO, Jean-Bapt. (1692-1770), dont le pinceau agréable et sûr, la touche hardie et pourtant harmonieuse rappellent Paul Véronèse, et qui a rempli de ses œuvres un grand nombre d'éghses et de palais, tant en Itahe qu'en Espagne, où il est mort. Cet habile artiste, fort recherché aujourd'huij'quoi qu'il ne soit jamais d'un prix élevé, avait un talent particuher pour Tornementation des plafonds ; il est à regretter que nous n'ayons rien de lui. Il a eu un fils, Jean-Dommique, son élève, dont les œuvres lui sont souvent attribuées, quoique celui-ci lui soit de beaucoup inférieur;

Canaletti, Antoine Canal (1697-1768), dont les belles vues de Venise sont aujourd'hui très-recherchées par leur heureuse imitation de la nature, leur exécution sûre, hardie et pourtant harmonieuse, et que Tiépolo a très souvent ornées de figures touchées avec esprit. On prétend qu'il a été le premier à se servir de la chambre obscure pour obtenir une perspective exacte.

Nous avons de magnifiques tableaux de Canaletti au musée, et le palais de Saint-Cloud en a aussi de très beaux ; lord Hertford en a huit de belle qualité ; mais la collection qui en compte le plus est celle du duc de Bedford, en Angleterre, qui en a vingt-quatre,

dont quelques-uns d'nne grande dimension et des plus beaux. Ses prix augmentent tous les jours à un tel point u "il atteindrait aujourd'hui le double, le triple même e ceux qu'il aurait obtenus il y a cinq ou six ans.

Gailaietti à eu poui' élèves Ëernard Bellotto, son neveu, quelquefois nommé Canaietto ou îe Petit Canal (1724-178€), dont les œuvres, souvent prises pour celles de Canaletti, sont restées en grande partie en ÂUemagne, où il est mort; — etGuARnr, François (1712- 1 /93), dans les tableaux duquel on retrouve plusieurs qualités du taaîtrej mais conservant toujours une exécution originale et vive ; il n'a, cependant, jamais la perspective lumineuse de Ganaletti, auquel il ressemble d'ailleurs plus que Belloto. Ganaletti a eu aussi pour iaiitateurs Visentini, Ant. (1689-1782), et MaB^eschi, Jacq., dont Tiepolo a aussi orné les tableaux de ses figures. Mariesclu est plus connu comme architecte ;

lomui, Pierre (1702), élève de Balestra et de Grespi, qui excella dans les Mascarades et les Conversations galantes, au point que ses œuvres ont quelquefois été attribuées à Watteau, dont elles n'ont cependant ni la belle couleur ni la gracieuse composition.

Enfin, le dernier représentant de l'école vénitienne est GuARNANA ou Vanara, Jacques (1720-1807), élève fie Sebastien Ricci et de Tiepolo, qui refusa la place de premier peintre de l'impératrice de Russie. On voit de jui a baint-Petersbqurg un Sacrifice d'Iphigénie, dont ie style et U couleur rappellent ses deux maîtres,

L école romaine est ov^<.

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peinture. C'est àmoiu mr . . ""'^'f '^^^les de t'o^n qu'elle brille ;Xsemh P '^^f'^^^ composivénitienne, ue s'être oZmî^''T^^^

entre la peinture et la sculpture, ou mieux entre la peinture variée en couleur et celle exécutée simplement en clair-obscur.

On a fait aussi bien des suppositions sur la cause de sa supériorité sur les écoles des autres parties de l'Italie. La plus vraisemblable, c'est que l'ancienne Rome, comme nous l'avons déjà dit, riche des ouvrages apportés ou exécutés dans son sein par les artistes grecs, que la tolérance de chefs de l'Eglise y avait attirés, a laissé dans ses admirables débris à la Rome moderne les éléments de la gloire que cette dernière s'est acquise dans la peinture.-

C'est, en effet, par l'étude des antiques' que se sont formés ses artistes; ils y ont trouvé la science du dessin, la justesse de l'expression portées précisément au degré où elles relèvent la beauté sans lui porter aucune atteinte, l'art des draperies, le sentiment des poses nobles ; en un mot, l'heureux accord de la forme et de l'expression, qui sont et. seront toujours les conditions essentielles de l'art.

Cette école ne peut, pas plus (jue celle de Venise, se glorifier d'une origine bien ancienne ; car elle compfo peu d'artistes parmi les peintres dits primitifs. Si Raphaël, Sanzio, d'Urbin (1483-1520), dont la vie est trop connue pour qu'il soit utile de nous en occuper ici en détail, et dont le nom seul semble être l'expression de tout ce que les arts ont produit de beau et la peinture de sublime, en est le chef, le Pérugin, Pierre Vannucci (1446-1524), pourrait, à juste titre," en être nommé le fondateur ; car c'est sous lui que s'est formé l'illustre Raphaël.

Sous ce rapport, cette école ne serait qu'une continuation de celle de Florence, puisque le Pérugin, bien qu'ayant débuté à Pérouse, et placé pour cette raison par plusieurs biographes dans l'école Ombrienne ou Siennoise, s'est véritablement formé à Florence, en y suivant, avec Léonard de Vinci et Lorenzo di Gredi, les leçons d'André Verocchio.

Plaçant donc le Pérugin dans l'école romaine, pour ne pas le séparer de Raphaël, qui, comme lui, a beaucoup travaillé à Pérouse, où l'on voit encore de ses œuvres, nous le reconnaissons à l'harmonie générale de ses compositions, à ses airs de têtes qui, quoique toujours frappés sur le môme type, pour les femmes et les enfants, sont d'une grâce charmante et d'une grande naïveté, à la souplesse de ses mouvements, si appparente dans son tableau du no 442 de notre musée. Ce magnifique tableau, acheté, en 1850, cinquante trois mille francs à la vente du roi des Pays-Bas, vaut au moins trois fois autant. Il nous donne du Pérugin une toute autre idée que celle que nous pouvions avoir de lui sur ses autres tableaux, surtout sur sa vierge du ïi° 446, qui est sans doute de son début.

Quant à Raphaël, on a tellement prodigué à son égard toutes les formules élogieuses. que nous devons nous borner à dire que ce qui le caractérise essentiellement c'est la puissance réunie à la grâce. Notre musée, quoique riche en tableaux de lui (douze), ne présente cependant qu'un côté de son incomparable talent. C'est à Rome, où sont les immenses compositions que nous allons indiquer, et que nul homme s'occupant d'art, par état ou par goût, ne peut se dispenser d'aher admirer, qu'on reconnaît qu'il mérite à tous égards le titre de prince de la peinture.

La Sainte Famille portant le n° 377 de notre musée, passe généralement pour le plus beau tableau de chevalet de Raphaël. Ce qui est certain, c'est que cette œuvre admirable est tout entière de sa main puisqu'il l'a faite pour en faire hommage à François I"". Les deux tableaux du même genre qui viennent après elle sont la Sainte Famille dite la Perle et la Vierge au poisson, toutes deux du cabinet de "Madrid, qui a aussi le célèbre christ dit le Spasimo di Sicilia.

C'est surtout, avons -nous dit, par la science de la composition que brille l'école romaine. Pour s'en convaincre il suffit de voir les immenses fresques ou peintures murales dont Raphaël et ses nombreux

élèves, sous sa direction, ont orné le Vatican et plusieurs édifices de Rome, par exemple : Y Entrelien de Saint-Léon et d'Attila, la Prison de Saint-Pierre, la Dispute du Saint- Sacrement, le Miracle arrivé pendant la messe de Bols'ene, le Parnasse, Grégoire donnant ses décrétâtes; l'Histoire d'Héliodore ; l'Incendie du bourg, les Sarrasins chassés du port d'Ostie ; la Justification de Léon II devant Charlemagne, la Bataille de Constantin, sa Vie, son Baptême, et le Don qu'il fait au pape de la ville de Rome; et la suite des tableaux qui ornent ce qu'on appelle les Loges ; enfin la Tr an figuration, qu'on regarde avec raison comme le chef-d'œuvre de l'école, peut-être de toutes les écoles, et une foule d'autres productions dans lesquelles l'éclat et la magnificence de l'exécution le disputent au génie de la conception.

Malheureusement le mérite de ces immenses et incomparables compositions a tourné presque exclusivement à la gloire de Raphaël, et le nom de plusiem-s de ses disciples, qui lui ont prêté le secours de leur puissant pinceau, serait à peine connu si sa mort prématurée n'avait pas laissé inachevés plusieurs grands travaux qu'il avait entrepris, et qu'ils ont été chargés de terminer. Tels sont, par exemple :

• Vite ou Viti, Timothée délia, dit Timothée d'Urbin (1470-1524), qui fut appelé à Rome par Raphaël, dont il fut l'ami et un des maîtres, dit-on, et dont il fit un magnifique portrait qu'on voit encore à. Rome; expressions douces et gracieuses,- rappelant le maître ;

Sabbatini, André, dit André de Salerne (1480-1545), qui, bien qu'employé par Raphaël, travailla plus à Naples qu'à Rome, et figurerait mieux pour cela dans l'école napolitaine, ainsi que le Caravage, dont il fut l'ami et qu'il fit admettre dans les meilleures.maisons de Naples. Il est peu d'égUses de cette ville qui n'aient été ornées des tableaux d'André, dont les ouvrages, comme ceux du Caravage, pèchent par des ombres trop chargées et une musculature trop prononcée ;

Vincent da san Gimignano (vivait encoje en 1527),

un de ceux qui travaillèrent le plus aux Loges, où il se fit remarquer par son coloris harmonieux, son fini précieux et le caractère agréable de ses têtes ;

Ramenghi, Bartolommeo, dit le Bagnacavallo (1484- 4 542), dont la manière à la fois ferme et souple est pleine de distinction ; c'est de lui qu'est le beau tableau de la Circoncision du n» 319 de notre musée, qu'on a longtemps attribué à Jules Romain, dont il est digne ;

Colle délia Raphaël (1490-1530), dont la manière approche tellement de celle de Raphaël, qu'on ajouta son nom au sien ; il travailla beaucoup avec Jules Romain, dont il prit aussi le style noble et sévère. On voit de lui à Rome un beau Saint-Michel et plusieurs ouvrages d'une grande importance au Vatican;

MuNARi, dit Pellegrino de Modène (1489-1525), dont les airs de têtes ressemblent à ceux de Raphaël au point de faire la plus complète illusion. Ses ouvrages sont presque tous restés à Rome ; ceux qui en sont sortis sont généralement donnés à Raphaël.

Cependant, malgré la célébrité du grand maître, plusieurs de ses véritables disciples occupent un rang des plus distingués dans les fastes de l'art et jouissent d'une grande popularité. Arrêtons-nous sur les principaux, en les prenant par date de naissance :

Le Garofalo, Tisio Benvenuto (1481-1559); il aurait été un des plus habiles imitateurs de Raphaël si une réminiscence de l'école de Ferrare, où il avait d'abord étudié, et où la plupart des biographes le placent, n'avait pas donné à ses figures une grâce un peu affectée, comme on le voit par ceux de ses tableaux que possède notre musée, et dont la Sainte- Famille, portant le n" 420, a longtemps été attribuée au maître lui-môme, duquel elle est digne. On voit souvent un œillet dans ses tableaux pour faire allusion à son nom, qui est, en italien, celui de cette fleur ;

^Le Fattoke, Penni (1488-1528), qui eut l'honneur d'être avec Jul. Romain, l'héritier de Raphaël, dont il

avait d'abord été le garçon d'atelier. Grand dessinateur auauel on doit plusieurs belles compositions rappelant toutes les qualités de l'école. Il a fait plusieurs tableaux avec J. Romain, entre autres un Couronnement delà Vierge, qu'on voit encore à Rome II a eu un frère (François) plus jeune que lui. mais également eleve de Raphaëi qui vint en France et y fit partie de 1 école dite de Fontainebleau ;

Jean d'Udine (1489-1561), auquel Raphaël confia les détails d'ornementation de plusieurs de ses grandes compositions, et dont on voit encore à Rome plusieurs belles fresques ornées de fleurs et de grotesques d une vérité surprenante. C'est de lui qu on raconte que, se hâtant d'achever un des tapis qu'on voit au-dessus des pilastres des loges, parce que le pape approchait, unvafet accourut pour le lever, croyant quil couvrait un tableau; ,

Mattjrino (mort en 1528) qui, quoique né a Florence, fut disciple de Raphaël à Rome: habile dessinateur, dont on voit encore de belles fresques ; mais, se voyant inférieur aux grands maîtres de son école, il résolut de ne peindre qu'en clair-obscur ou dune seule couleur, et il acquit dans ce genre une grande perfection. Il a été le maître, puis l'ami intime et le collaborateur de Polidore Caldara ;

PoLiDORE DE Caravage, Caldara (1495-1543), dont le talent se révéla en voyant travailler aux loges, ou il était employé à porter le mortier dont on garnissait les murs. Egalement grand dessinateur, dont le style rappelle l'antique, qui sut donner à ses figures autant de Ulesse qued'eipression. 11 ne faut pas le œnfondie avec le Caravage Amerighi, dit Michel Ange de Caravage, qui vint plus tard, et dont le dessin et la couleui n'ont rien de l'école de Raphaël ;

Jules Romain, Pippi Giulio (1499-1546) est le plus connu de tous, et se place naturellement à leur tete. Son imagination inépuisable, sa composition pleine de feu, sa connaissance approfondie de 1 antique ia,u-

raient même mis au niveau du maître si la fougue de son exécution ne l'avait pas souvent entraîné à des poses forcées, et si son coloris était plus harmonieux et moins briqueté. Qualités et défauts qui se rencontrent dans ses nombreux travaux, et dont le n^ 295 de notre musée donne une idée assez juste.

J nies Romain fut au moins aussi habile architecte que grand peintre. Il en donna surtout des preuves dans la constructien du palais du T, qu'il éleva à Mantoue, où il avait été obhgé de se réfugier pour se soustraire à la punition qu'il avait encourue pour ses dessins des œuvres del'Arétin. C'est dans ce palais du r qu il a peint la Chute des géants^ dont les personnages ont plus de quinze pieds de hauteur, et le Char de l Aurore, dont les quatre chevaux, vus par dessous produisent un effet merveilleux.

Les cinq grands cartons de Jul. Romain peints sur papier pour être mis en tapisseries et représentant les Amours de Jupiter, ont passé de la collection du dvic d'Orléans en Angleterre. Ceux qui ornent les salles destinées dans notre musée aux dessins ne leur sont pas inférieurs pour la majestueuse élévation du style. En résumant les quahtés de ce grand artiste, on trouve qu'elles consistent surtout en une grande force d'imagination, une connaissance approfondie de l'histoire, et une tendance marquée à quitter les voies suivies, et surtout à agrandir, en l'ennoblissant, le domaine de l'art.

Mais en dehors de l'école de Raphaël sont arrivés successivement :

Le Baroche, Frédéric (1528-1612), qui imita le Correge pour la douceur et la grâce des airs de têtes, 1 harmonie des tons, le savant clair-obscur, et qu'un peu plus de naturel et une musculature moins prononcée, une couleur moins souvent bleuâtre et violacée auraient placé à côté des plus grands maîtres, ainsi que le prouvent suffisamment les deux tableaux que nous avons de lui, n«' 61 et 62; mais surtout son Agar dans le désert du musée de Dresde, qui est son chef-d'œuvre ;

Le Josepin, Gesari- Joseph, souvent nommé le chevalier d'Arpin (1560-1640), qui, Men que né à Nciples, a constamment travaillé à Rome, où il a été employé aux décorations du Vatican, et fait réellement partie de l'école romaine, dont il a malheureusement hâté le déclin par son exécution négligée, ses expressions exagérées ou nulles; défauts dont son tableau de Diane et Actéon de notre musée, n» 171, donne une juste idée;

Feti, Domenico (1589-1624), qui étudia les œuvres de Jul. Romain, sur lesquels ils se forma, qu'il dépassa même par le moelleux de la touche. Il aurait atteint un rang des plus distingués, si une vie de débauche, qui l'entraîna à trente-six ans, ne l'eût brusquement arrêté dans sa carrière. Le désir d'imiter les maîtres vénitiens le fit tomber dans des tons qui ont poussé au noir et ont altéré la plupart de ses ouvrages ;

Sacchi, André (1598-1661), qui, bien qu'ayant étudié sous l'Albane à Bologne, n'en est pas moins de l'école de Rome, où il est né. Sa manière est simple et peu prononcée, ses contours sont légers et coulants, ses ombres et ses lumières habilement distribuées, ses têtes pleines d'expression ; il plaît par la vérité de son style et son agréable simplicité. Il ne faut pas le confondre avec SA.CCHI, P--Franç., de Pavie, qui vivait avant lui ;

Gerquozzi, dit Michel -Ange des Batailles (1600- 1660), artiste infatigable, d'une grande facilité d'exécution, d'un pinceau hardi et pourtant harmonieux, qui adopta la manière et le style flamands, et fit, sous l'inspiration de cette école, beaucoup de tableaux à sujets communs, comme des marchés, des batailles, des haltes de chasseurs. Il a aussi peint des fleurs et des fruits, qu'on reconnaît à leur vigoureuse couleur et à leur bel empâtement, et que les vrais amateurs estiment beaucoup pour cela ;

Philippe le Napolitain, Angeli (1600-1660), quibien que né à Rome, séjourna néanmoins assez longtemps à Naples, dans sa jeunesse, pour qu'on le nommât le

Napolitain. On connaît de lui plusieurs fresques à

Rome; il a fait des batailles et des paysages d'un beau . style, mais d'une couleur qui autorise à penser que le . tableau qu'on lui attribue sous le n° 40 de notre musée,

le Satire et le Paysan, est d'un maître vénitien, par

exemple, de Sébast. Ricci ;

Sasso-Ferrato, J.-Bapt. Salvi da (1605-1685), dont la manière rappelle l'école bolonaise par l'étude qu'il a faite de l'Albane et du Gorrége. 11 n'a guère peint que des figures à mi-corps, surtout des vierges, qui ne sont pas d'un style très-élevé, mais gracieuses, d'un beau modelé, et dont celles qu'a de lui notre musée sont le type. Il est peu de tableaux qui aient été aussi souvent copiés que ses vierges, qu'il a d'ailleurs fréquemment répétées lui-même ;

RoMANELLi, J. -Franc. (1610-1662), que sa manière douce et gracieuse fit surnommer Ratïaellino, le petit Raphaël, mais dont les œuvres, dépourvues de vigueur et d'expression, sont peu recherchées aujourd'hui. Il a habité la France, oùl avait appelé le cardinal Mazarin, et fut chargé de la décoration de plusieurs salles du musée des antiques, ce dont il s'acquitta assez bien pour en être magnifiquement récompensé, au delà même de son mérite ;

Lauri Filippo, d'origine flamande (1623-1694), élève à Rome de Caroselli ; ha])ile à peindre, en pelit surtout, les sujets mythologiques. Il a orné de figures plusieurs tableaux de Claude Lorrain. SonA^acrifice au dieu Pan de notre musée, n° 232, donne une bien plus juste idée de sa manière et de son talent, que son Extase de saint François du n» 231, qui, quoique beau, s'éloigne totalement de sa manière habituelle et le fait juger peu favorablement comme coloriste.

Carie Maratte (1625-1713), qui, de môme que Sasso-Ferrato, a fait un si grand nombre de vierges qu'on l'appelait à Rome Carluccio délie Madonne, le petit Charles des madones, et que ses contemporains admiraient tellement qu'ils disaient de lui, dans leur

enthousiasme, que les anges et les vierges qu'il a peints semblaient venir d'une main divine; éloge que la postérité n'a pas sanctionné, car les œuvres de cet artiste, qu'on a appelé comme Brutus, le dernier des Romains, efcelles de ses nombreux élèves, sont le signal de la décadence de cette grande école romaine. Parmi les élèves de Carie Maratte on connaît surtout :

Teevisani, François, dit le Romain (1656-1746), d'abord élève, à Venise, d'Antoine Zanchi, dont il abandonna totalement la manière pour aller étudier à Rome celle de Carie Maratte, qu'il rappelle par le beau choix de ses modèles, le fini de sa touche et la douceur de son coloris. De même que Maratte, il n'a presque peint que des sujets sacrés, et les vierges qu'il y a introduites ont toutes, à défaut d'un grand style, » une grâce admirable, comme on peut le voir par les deux tableaux qu'a de lui notre musée. On a donc tort de le placer dans l'école vénitienne.

Il a eu pour contemporain, mais non pas, comme on le croit communément pour frère, Trevisani Angelo, qui vivait encore en- 1753, à Venise, qu'il n'a jamais quittée, et où il acquit une assez bonne réputation, surtout comme peintre de portraits ;

Balestra, Antoine, de Vérone (1666-1740), dont les œuvres ont beaucoup noirci, mais auquel on reconnaît u.n dessin pur, un pinceau facile et une agréable composition. Elève de Carie Maratte, il a eu plusieurs disciples qui ont peint comme lui ;

Masucci, Augustin (1691-1758), élève aussi de Carie Maratte, ne fit également, comme son maître, que des compositions religieuses et quelques portraits ; ses têtes d'anges et de vierges sont peintes avec grâce, mais manquent souvent d'expression.

Puis viennent : Panini. Jean-Paul (1695-1768), élève deLucatelliet de BenedettoLuti, que personne ne surpassa,pas même les Flamands Peeter-Neefs,en tableaux d'architecture pour la richesse de l'ordonnance, la pré-

Cision des détails, la connaissance de la perspective et l'agencement des fignres, comme le prouvent les huit tableaux que nous avons de lui, dont le dernier acquis, la basilique de Saint-Pierre, n° 285, est véritablement un chef-d'œuvre dans le genre. Ce tableau, qui n'a coûté que trois mille francs, en vaut au moins vingt. Notre Académie de peinture a admis Panini au nombre de ses membres ;

Pompeo Battoni (1708-1787), qui s'est fait remarquer par de louables efforts pour soutenir son école, en empruntant au Corrége une partie de son beau coloris, de ses contours gracieux et de son admirable modelé. Il a fait des tableaux d'histoire et a peint beaucoup de portraits qui auraient même honorablement figuré à une meilleure époque.

Enfin, le chevalier Aï^piani, André (1761-1817), a fermé dignement, comme homme et comme artiste, cette grande école romaine qui a brillé pendant près de deux siècles d'un si grand éclat, et qui ne vit aujourd'hui que du souvenir de sa gloire.

Lombardo-bolonaise

L'école lombardo-bolonaise, à laquelle nous joignons celle de Ferrare, n'est guère inférieure aux trois précédentes, desquelles elle procède. Si elle n'a pas donné, excepté le Corrége, des artistes d'un talent aussi éminent etd'une célébrité aussipopulaire que Raphaël, Michel-Ange, le Titien et Léonard de Vinci, elle les égale non-seulement, par le grand nombre d'excellents artistes qu'elle a produits, mais encore parce qu'elle a abordé avec un égal succès toutes les parties de l'art. Elle s'en est cependant généralement tenue à des compositionsde moyenne dimension, quil'ont beaucoup répandue dans le commerce.

Cette école, moins ancienne que les trois autres, n'a pris, à vrai dire, de caractère prononcé qu'à dater des

Carrache. Quelques auteurs lui donnent le Corrége pour chef; nous n'adoptons pas cette opinion, parce que le Corrége forme dans l'histoire, comme dans la pratique de l'art, une individualité exceptionnelle que tous les artistes de son temps ou qui sont venus après lui ont étudiée, mais dont la manière, résumant tout ce que l'art peut produire de noble, d'élégant et de gracieux, n'a pu se transmettre dans son ensemble d'une manière assez tranchée pour faire école.

Prenant donc les Carrache pour le type caractéristique de l'école lombardo-bolouaise, nous devons néanmoins reconnaître qu'ils ont été précédés de plusieurs artistes qui leur avaient bien dignement ouvert la voie; tels que :

Le Francia, Francesco Raibolini (1450-1517), qui forme pour cette école, comme le Pérugin pour l'école romaine, le passage des peintres primitifs à ceux de la Renaissance. Cet habile artiste, dont Raphaël vantait le talent, a une manière qui tient du Pérugin et de J.-B. Bellin. S'il a peut-être moins de douceur que le premier, il a autant d'élévation dans le style que le second ; c'est de lui qu'est le Saint-Sébastien qui a longtemps été le modèle de l'école bolonaise pour les proportions ; aussi pourrait-on par cela même revendiquer pour lui le titre de chef de cette école. Le Francia excellait à peindre les madones, et si le portrait qu'a notre musée sous le n" 318 est de lui, il est digne d'occuper un des premiers rangs parmi tous les peintres Italiens, car il a longtemps passé pour être de Raphaël. Son fils, Jacques, a cherché, mais n'est pas parvenu à l'imiter, car sa couleur est blafarde et^a touche molle. Le Fiancia a eu pour élève le célèbre graveur Marc- Antoine Raimondi.

On lui donne aussi pour élève Costa, Laurent, de Ferrare (1460-1535), qui étudia également à Florence. Costa s'exerça surtout dans les scènes gracieuses, où il pouvait déployer ses connaissances en perspective. Notre musée a de lui deux tableaux qui lui font le plus grand honneur sous ce rapport. Il laissa plusieurs pa-

î-ents portant son nom, mais dont aucun ne doit être confondu avec lui, parce qu'aucun n'a eu son talent ni sa manière ;

SoLARio, André, dit il Gobbo (1458-1510), qu'il no faut pas confondre avec Antome qui vivait a Naples ï^ur la fin du xiV^ siècle, comme nous le dirons plus tard Nous ne connaissons guère cet André, qui pourtant est venu en France vers 1507, appelé par le cardinal d'Amboise pour orner son château de Gaillou: nous ne le connaissons guère, disons-nous , que par son tableau du n» 403 de notre musée, la Vierge, allaitant l'enfant Jésus.

Ce tableau est charmant sans doute, mais quelques amateurs exigeants le trouvent, d'un style maniéré et d'un dessin anguleux qui ne méritaient peut- Atre pas la place d'honneur qu'on lui a donnée. Quoi (lu'il en soit, il ne rappelle pas à notre avis la manière (le Léonard de Vinci, à l'école duquel on voudrait le rapporter ;

Ltiini, Bernard (1460, vivait encore en 15-20); on le croit généralement élève de Léonard de Vinci, ce qui n'est pas prouvé, mais il en imita assez bien le style, la grâce et la fine exécution pour qa'on attribue souvent ses œuvres au grand maître de l'école florentine. Il a malheureusement comme lui poussé au noir. Celui de ses tableaux de notre musée qui se rapproche le plus de Léonard est sans contredit saSalomée recevant la téte de saint Jean-Baptiste, acheté comme étant de Solario, auquel il ne ressemble pourtant en rien, pas plus que son Sommeil de Jésus du n° ^41 ne ressemble à Sebastien del Piombo, auquel on 1 a longtemps faussement attribué ;

Beltr\ffio, Jean-Antoine (1467-1516), élève de L de Vinci, qui, bien que ne s'étant occupé de peinture que comme amateur, s'est placé, ne fût-ce que par le tableau que nous avons de hii sous le n» /l,au rang des plus habiles. Ce tableau est d'ailleurs le seul qu on connaisse de lui comme bien authentique ;

Le Parmesan, François Mazzola,ou Mazzuola (1503- 1540), qui se forma en copiant le Gorrége, Michel-Ange et Raphaël, tout en restant Bolonais. Les deux tableaux que nous avons de lui, et qui pourraient bien n'être que des copies, ne montrent guère ce grand artiste que sous son aspect le moins favorable, surtout le n" 260, oà Ton reconnaît par la longueur de ses personnages, de leurs cous, de leurs doigts, qu'il a voulu trop imiter Michel- Ange.

Mais c'est à Parme qu'on voit ses plus beaux ouvrages, comme son Baptême de Jésus- Christ et plusieurs Saintes-Familles, dont le coloris doux et harmonieux, la touche ferme, le style noble, quoiqu'un peu maniéré, lui i)ermettent de soutenir, sans trop de désavantage, la comparaison avec le Gorrége. Il a malheureusement le défaut de répéter souvent ses mêmes airs de têtes, et de donner à ses figures de la grâce aux dépens de l'expression. On voit de lui à Florence une vierge désignée sous le nom de Vierge au long cou, qui résume ses qualités et ses défauts.

Il ne faut confondre Mazzola ou le Parmesan ni avec Mazzolini, Louis, dit le Ferrarèse (1481-1530), élève de Gosta Laurent, qui excellait surtout dans les petites compositions et s'y fit remarquer par un fini précieux, mais d'un ton dur et peu harmonieux : — ■ ni avec Mazzoijno, Jérôme, qui travaillait encore en 1566, dont notre mus 5e a une Adoration du Messie, et qui termina plusieurs ouvrages commencés par le Parmesan, dont il avait épousé une cousine ;

Le Primaticb, François (1504-1570), qui en travaillant plusieurs années à Modène avec Jul. Romain, en prit le style, moins la couleur. Il n'en est pas moins classé parmi les peintres Bolonais, dont il s'écarte aussi par ses réminiscences de l'antique. On sait qu'appelé en France par François I<='', il fut en grande partie chargé de décorer le château de Fontainebleau, et y devint le chef d'une école qui prit le nom de cette célèbre résidence, où l'on voit encore quelques-uns de

— es-

ses ouvrages, entre autres le X30rtrait de Diane de Poitiers, peinte nue d'après nature en Diane chasseresse, véritable chef-d'œuvre.

Le Primatice amena en France dell' Abbate, Nicolas, dit Messer Nicolo (1512-1571), Bolonais comma lui, qui travailla beaucoup à Fontainebleau, où il se fit admirer par la noblesse et la grâce qu'il donnait à ses figures. Ses ouvrages sont fort rares, ce qu'il a fait à Fontainebleau ayant été détruit. On ne connaît guère de lui aujourd'hui que son grand tableau de saint Paul et saint Pierre de la galerie de Dresde, et quelques fresques qu'on voit encore à Bologne ;

Procaccini, Hercule, dit le Vieux (1520-1591), chef d'une ihustre famille, qui ouvrit avec ses fils Camille, J. -César et Antoine, une école devenue célèbre. César, fut le plus habile, se rapprocha de la manière du Corrége, orna plusieurs palais de Gênes et vint s'établir à Milan; Camille suivit la manière du Parmesan, et se fit remarquer par une grande fécondité et un beau coloris ; Antoine s'occupa surtout de fleurs et de fruits, et travailla beaucoup pour la cour d'Espagne De tableau que nous avons d'eux sous le n° 317 est de Jules- César, et passe pour celui où il s'est le plus approché du Corrége ; ce qui n'est pas très-évident ;

Sabbatini Lorenzo, de Bologne (1533-1577), qu'il ne faut pas confondre avec Sabbatini de Salerne; son dessin est régulier; sa touche fine, sa composition pleine de goût le rapprochent du Parmesan et même de Raphaël, qu'il avait eu occasion d'étudier à Rome, ayant été choisi par Grégoire XIII pour conduire les travaux du ^.Vatican, où l'on voit encore de ses ouvrages. Notre musée a un tableau de lui;

Passarotti, Barthélémy (mort en 1592), qni après avoir étudié les grands maîtres à Rome, revnit à Bologne, et y forma une école rivale de celle des Carrache. Il composa un Traité sur les prapor lions du corps humain, et fut le premier à introduire des figures nues dans les tableaux de sainteté, afin de faire preuve de

connaissances anatomiques. Il excella dans les portraits. Sa manière est facile, franche et correcte. Ses principaux ouvrages sont restés à Bologne, sa patrie; on les reconnaît à un moineau qu'il y mettait souvent pour faire allusion à son nom.

Le Passarotti a eu pour élève Gwedone, Jacques ,(1577-1660), dont les débuts furent des plus heureux, comme on peut le voir par sa sainte Cécile du n° 1 68 de notre musée, mais que des chagrins domestiques conduisirent à la fohe, et par suite cà une telle misère qu'il tomba exténué de faim dans une rue de Bologne, où il mourut à 83 ans.

Les caractères distinctifs de l'école Lombardo- Bolonaise sont donc une vérité séduisante, une composition sage et raisonnée, une entente sufTisante de l'effet de la lumière et de la couleur pour ne pas les faire prédominer aux dépens des autres parties, un dessin correct, une connaissance approfondie de la théorie de l'art, Une belle mais non servile imitation des maîtres qui l'ont précédée ; enfin une harmonie d'ensemble qu'on ne trouve, pas toujours ailleurs.

Les Carrache, dans lesquels cette école s'est personnifiée, sont au nombre de cinq : Louis qui est l'aîné ; ses deux cousins, Annibal et Augustin ; Antoine, fils naturel de ce dernier ; et François, frère puîné d' Annibal et d'Augustin, artiste médiocre qui alla mourir à Rome dans un hôpital, où l'avait amené son inconduite.

^Annibal, le plus connu (1560-1609), a plus de feu, d'éloquence et de noblesse que son frère Augustin. Complètement illettré, il se contenta d'abord d'imiter la nature avec la plus rigoureuse exactitude; mais ayant vu à Rome les ouvrages de Raphaël et des autres grands maîtres, il corrigea sa manière, modéra sa fougue, châtia ce qu'il avait de trop chargé dans ses formes, et chercha de son côté à imiter la beauté du caractère antique; il y parvint à peiiie, n'ayant

Jamais pu, comme tonte son école, dépasser les limites d'un habile et savant réalisme.

Augustin (1557-1602), qui fut aussi poëte et musicien, a plus d'imagination, est plus expressif, plus vigoureux que son frère ; fatigué de la rivalité qui existait entre eux, il abandonna la peinture pour la gravure, et se retira chez les capucins parmi lesquels il termina ses jours, ayant d'ailleurs produit de beaux ouvrages, dont les principaux se voient à Parme et à Bologne.

Louis (1555-1619), qui a été le véritable maître des deux précédents, était un savant théoricien, portant à un très-haut degré la correction du dessin et l'imitation de la nature. Il est d'une grande hardiesse dans les raccourcis, ses draperies sont savamment disposées, mais sa couleur est quelquefois matte, même briquetée ; ses figures ont généralement un assez beau caractère pour ne pas avoir beaucoup à souffrir de cette infériorité de la couleur.

On a dit avec raison que ces trois Garrache rappelaient : Louis le Titien, Augustin le Tintoret, Annibal le Gorrége. G'est, il nous semble, le plus bel éloge qu'on puisse faire d'eux. Quant à Antoine, lo disciple favori d'Annibal, son oncle (1583-1618), s'il n'arriva jamais à la hauteur des trois précédents, il n'en fut pas moins un artiste habile, comme le prouve le tableau que nous avons de lui sous len*^ 156, assez beau pour avoir été attribué par quelques personnes au Dominiquin.

Notre musée possède cinq tableaux de Louis, vingtsix d'Annibal, un d'Antoine. De ces tableaux, le plus beau et le plus connu est le Christ mort sur les genoux de la Vierge, du n° 140dAiinibal. On met au-dessus de lui sa Descente de croix ou les Trois Marie, qui faisait partie de l'ancienne galerie du Palais-Royal, et qui est aujourd'hui en Angleterre

A la gloire d'avoir été eux-mêmes de grands artistes, les Garrache joignent celle non moins grande d'avoir formé trois élèves qui sont devenus à leur tour

de grands maîtres : ces maîtres sont le Guide, l'Albane et le Dominiquin.

Le Guide, Guido-Reni (1575-1642), a une immense popularité ; il la mérite, parce qu'il est riche noble et éléj-ant de composition ; son coloris est vrai et deUoat; iix distribution de sa lumière est tendre et liarmonieuse, sa touche ne manque ni de grâce, m d expression : son pinceau est moelleux, vif et léger; son dessin laisse quelquefois à désirer dans les mains surtout, et le renversement de ses tètes en arrière, en diminuant la hauteur du front, le fait aisément reconnaître.

Notre musée est riche en tableaux du Guide ; le musée de Nantes a de lui \m saint Jean Baptiste caressant un agneau; celui d'Angers une Madeleine mourante, et celui de Marseihe une Charité romaine. L étude de ces tableaux prcmve qu'il a eu deux manières : les quatre uni, dans notre musée, se rapportent aux Travaux d'Hercule,-^emh\mt se ressentir du style vigoureux du Caravage; la Purification de la Vierge et Jésus-Clirtst donnant à saint Pierre les clefs de l'Eglise sont évidemment de la seconde qu'il tenait des Garrache, et qui est pius douce. L'artiste qui a le mieux imité le Guide est le Pésabèse, Simon Gantarini (1612-1648), dont laSamte- Famille du n» 117 de notre musée a été donnée au Guide ; elle en a en effet toutes les qualités.

L'Albane, François (1578-1660, a été surnommé (avec un peu d'exagération peut-être), le peintre des grâces, l'Auacréon de la peinture, parce qu'il choisissait de préférence les sujets les plus séduisants de la fable et se plaisait à représenter des femmes et des amours, pour les(iuels il trouvait de parfaits modèles dans sa propre famille. Evitant par goût, peut-être aussi un peu par impuissance, les élans du génie et les écarts de l'imagination, il avait néanmoins l'invention originale, quoiqu'il se répétât souvent; ses carnations sont riches de ton, ses paysages traités d'une manière naturelle et soignée.

1 a peint moins de sujets sacrés que de suiets mytliologiques ; cependant les sept ou huit tableaux religieux que nous avons de lui ne sont pas inférieurs à ceux dans lesquels il se plaisait de préférence à exercer son talent. Parmi ses tableaux les plus remarquables de notre musée, sont sans contredit ses Amours désarmés et sa loilctte de Vénus, qui ne le cèdent qu'à sa Vénus wguant sur la mer entourée de Génies de la calerie de Vienne. °

/i<fe'^}^fnf ^ P^^^' principal élève Gignani, Carlo (lb^8-1719), qui non-seulement l'imita très-bien, mais encore dans bien des cas le surpassa par la correction ne son dessin, le fini de ses contours, l'éclat de son coloris. Comme son maître il traita tour à tour des sujets sacrés et profanes. C'est ainsi qu'on voit de lui a Munich 1 Enfance de Jupiter à côté du Sommeil de Jésus, et a Berhn une Assomption de la Vierge vis-àvis d Anchise et Vénus.

Le DoMiNiomN, Zampieri (1581-1641), a peint aussi des sujets religieux et profanes ; mais il a généralement ete plus heureux dans les premiers, parce que les seconds, s'adressant plus à l'imagination qu'à 1 esprit, entraient moins dans les dispositions de son caractère sérieux et réfléchi. Il n'eût fait que son célèbre tanieau de la Communion de saint Gérôme , (mi est à Home, qu'il devrait être placé à côté des plus grands maîtres, car ce tableau, que nous avons eu quelque temps a Pans, est un chef-d'œuvre dans toute l'acception du mot.

^Ce qui caractérise le Dominiquin, c'est une pensée profonde et sévèrement rendue, un dessin correct, un coloris vrai, une touche franche. Ses draperies sont quelquefois lourdes, et néghgées, et sa lumière manque souvent de transparence dans ses paysages Aux treize tableaux que nous avions de lui et qui mettaient a même de le juger convenablement, on vient 1 en ajouter un représentant des amours formant cartouche dans une guirlande de fleurs de Daniel Segners, d une admirable fraîcheur de ton et d'une conservation parfaite.

- tâ -

Si on compare ces trois maîtres, dont les œuvres sont très répandues dans le commerce, on trouve que le Guide a plus d'élévation et de noblesse'; TAlbane est plus suave et plus gracieux ; le Dominiquin a plus de gravité dans la composition et plus de correction dans le dessin.

On peut encore mettre au nombre des élèves des Garrache le Guercliin et Lanfranch. Le Guerghin, Barbieri, J. -François (1591-1666), se forma en effet sur les ouvrages de Louis, dont il ne prit malheureusement que la manière heurtée. Ses œuvres, évidemment inférieures à celle des trois artistes précédents, se reconnaissent à la dureté de ses ombres, à la jDrécaution qu'il prenait de tirer sa lumière d'en haut pour obtenir plus de relief. Son dessin d'ailleurs est correct, mais ses poses, aussi bien que ses formes, manquent généralement de noblesse. Nous avons quinze tableaux de lui, mais c'est à Rome que sont sa belle Sainte-Pétronilk et son Ecce homo.

Le Guerchin a eu pour maître direct Gennari Benoît, dit le Vieux, qui l'associa à ses travaux ; pour beau-frère Gennari Hercule (1597-1658), et pour neveu et élève Gennari César (1641-1688) ; leurs œuvres se confondent avec les siennes et lui sont pour la plupart du temps attribuées.

Quant à Lanfranch, Jean, dit le chevalier Stephano (1580-1647), il suivit quelque temps Augustin Garrache, travailla à Rome sous Annibal, et étudia le Gorrége; mais il changea sa manière sous l'influence de Ribera qu'il avait eu l'occasion de voir à Naples, et auquel il ressemble souvent par la vigueur de ses teintes, la hardiesse de ses raccourcis. Nous avons de lui cinq tableaux, dont le plus beau, à notre avis, est son Couronnehient de la Vierge,, n° 229. Visnnent en. môme temps et immédiatement après :

Le Garavage, Ameriglii, dit Michel- Ange (1569- 1609), qui ne prit pour guide que la nature, fut un de ceux qui surent donner le plus de rehef à leurs ta-

bleaux, et se place ainsi à la tête des peintres réalistes. Il s'est exercé dans les sujets sacrés et dans le genre mythologique, et partout on retrouve sa manière accentuée, sa couleur vigoureuse, mais souvent plombée, son dessin sévère, quoique parfois incorrect, sa composition bien ordonnée, mais dépourvue de grâce. On le place quelquefois dans l'école de Naples, qu'il a habitée et où il a fait de bons élèves, au nombre desquels est l'Espagnol Ribéra;

TiARiNi , Alexandre (1 577-1 668), qui se fit aussi remarquer par la science des raccourcis. Il savait donner à ses figures des physionomies, des mouvements et des costumes variés ; mais son style pèche par la gravité et sa couleur par son défaut d'éclat. Obligé de quitter Bologne, il se retira à Florence, où il devint l'ami du Passignano dont il imita le style. Il a successivement habité Reggio, Parme, Modène, où il a joui d'une réputation dont son Repentir de saint Joseph du n» 416 de notre Musée montre qu'il est bien digne ;

Spada, Léonel (1H76-1622), fut l'ami et l'élève du Garayage, mais a cherché à imiter le Dominiquin, et a réussi asse^ bien pour qu'on confonde' quelquefois leurs œuvres. L'erreur n'est guère possible quand on sait qu'il a souvent signé ses ouvrages au moyen d'une épée, par allusion à son nom. Ses deux tableaux à'Enée et Anchise et du Co?icm des n»' 409 et 410 ont été souvent attribués au Dominiquin, sous le nom duquel le second même a été gravé ;

Manfredi, Barthélémy (1580-1617), à tort placé par quelques auteurs dans l'école romaine, puisqu'il se forma uniquement sur les œuvres du Caravage. Il a fait beaucoup de réunions de buveurs attatdés, des concerts, des scènes de corps de garde ; on le reconnaît aussi à son dessin et à sa couleur accentués, au soin qu'il a de faire ressortir ses personnages par des ombres prononcées. Il a fait plusieurs tableaux religieux assez remarquables, tels que son Jésus- Christ renié par Saint-Pierre, de la galerie de Vienne, et un Christ couronné d'épines, qu'on voit à Munich.

Manfrédi a eu pour élève, à Rome, Mabtjséo, Nicolas Raniéri, qui imita sa manière en l'adoucissant un peu. Ce Mabuséo a eu quatre filles qui cultivèrent également la peinture, et eurent beaucoup de succès à Venise. — On cite aussi Luini, Thomas, dit le Caravaggino, comme nn imitateur assez habile du Garavage et de Manfrédi ; mais sa couleur est encore plus noire que celle de ces deux maîtres et son dessin infiniment plus sec.

Mainardi, Lactance, dit le Bolognèse, sur la vie duquel on n'a pas de renseignements précis, est encore un des artistes remarquables de cette époque, qui étudièrent avec succès sous les Garrache ; mais il vint se perfectionner à Rome, et promettait de devenir un homme célèbre, si des excès de tout genre ne l'avaient pas conduit au tombeau à peine âgé de 28 ans. Il avait un talent particulier ipour les fresques ; celles que l'on voit encore de lui à Rome sont considérées comme les plus belles de cette ville.

ScHmoNE ou Schedone, Barthélémy (1580-1615), qui passe pour avoir été un des élèves des Garrache ; mais ses œuvres se ressentent i^lus de l'école romaine. A l'élégance de quelques-unes et à son fini moelleux, on reconnaît aussi qu'il a étudié le Gorrége; sa perspective est souvent incertaine, et ses ombres manquent quelquefois de transparence, comme on peut le voir par sa Sainte- Famille, du n" 395 de notre musée. Il a fait beaucoup de portraits d'un grand ton de couleur. Les oeuvres de Schidone sont rares dans le commerce ; elles sont restées en grande partie à Naples, à Rome et à Florence. On en voit aussi plusieurs en Russie et en Allemagne : par exemple, dans le musée de Munich, qui a de lui Loth et ses deux fi lies Aeux Madeleines repentantes et un Repos en Egypte pendant la nuit. Puis viennent :

Stkozzi, Bernard, dit il Capucino Genovèse (1581-

1644) peu connu, mais qui mériterait de l'être davauta«e - car il est remarquable par le feu, l'énergie et môme le désordre de sa composition ; sa coule ar est pleine d'harmonie et se rapprocha tellement des maîtres de l'école de Sévihe, qu'on a attribué à Munllo lui-même les tableaux que notre musée a de lui : /oseph expliquant les songes, 414, et le Saint Jean-Baptiste dn 11° 415.

^ Cre.pi, Daniel (1590-1630), élève des Procaccini, travailla beaucoup à Milan; ses compositions rappellent surtout Annibal Garrache, dont il a 1 expression, les attitudes et le coloris. Il ne faut pas le confondre avecGRESPi, Mario, dit l'Espagnol, qui ymt plus tard (1665-1747), et que son caractère original entraîna dans le fantastique, cherchant les raccourcis, pour avoir occasion de briller, et papillotant par de faux effets de lumière. Ses ouvrages ont d ailleurs tellement noirci qu'on n'en voit plus.

Ce Mario Grespi a eu deux fils : Antoine, qui a été un peintre assez habile, et Louis, qui fut chanoine, peintre et hommè de lettres fort distingué.

Dans le xvii^ siècle, on trouve d'abord : Grimaldi, J. François, appelé aussi le Bolognèse (1606-1680), qui • étudia s'ous les Garrache, s'occupa surtout de paysage et vint àParis,oùillaissadesœuvresd'unbeaustyle^^^^ d'une bonne couleur ; — Mo la, Francesco (lbl2-lbb«), élève du Josépin, à Rome, et du Guerchm, à Venise, qui se rapprocha beaucoup de i'Albane, comme on le voit par son Agar dans le Désert de notre musée, 11° 268. Sa louche, en effet, est excellente; malheureusement ses tons ont poussé au brun; puis :

Pasinelli, Laurent (1629-1700), qui chercha à ramener l'école de Bologne au grand style quon avait abandonné. Il créa, dans cette louable intention, une école en concurrence de celle de Gignani; mais, voulant trop imiter les maîtres vénitiens, il tomba dans des excès de couleur et de dessin qui l'éloignerent^ de son but. Il n'en fit pas moins plusieurs tableaux qu on

admire encore à Bologne, et dans lesquels on retrouve la couleur de Paul Véronèse et le dessin gracieux de Rapliaël ;

Elisabeth Sihani (1638 6665), une des femmes les plus célèbres de son temps. Elle, était élève de son père, Jean Sirani, qui acheva plusieurs tableaux du Guide, qu'il avait eu pour maître. Quoique morte fort jeune (à vingt-sept ans), elle a peint, sous l'inspiration des œuvres du (iuide, un grand nombre de tableaux d'une facture hardie , d'une touche ferme et d'une couleur dont les nuances sont habilement ménagées. On connaît d'elle une composition de trente pieds de hauteur ; mais son œuvre la plus remarquable est son Saint Antoine de Padoue baisant les pieds de l'enfant Jésus, qu'on voit encore à Bologne. Telle a été l'estime de ses compatriotes pour son talent, qu'ils l'ont inhumée dans le tombeau môme du Guide ;

Frangeschini , Marc- Antoine (1649-1729), élève de J.-B. Galh, puis de G. Cignani, son parent, son ami, son compagnon fidèle. On voit de kri plusieurs ouvrages à Bologne, à Florence, à Padoue ; mais ses principaux tableaux qui dénotent un pinceau facile et plein de goût, sont à Vienne et à Dresde,^ où est sa Madeleine repentante, citée comme un chef-d'œuvre.

Franceschini a eu pour élève Mabchesi, Joseph, dit il Sensone (1699-1771), regardé comme un des plus habiles maîtres de l'école bolonaise moderne. On lui reproche avec raison trop d'accentuation dans le nu et une couleur qui manque d'éclat ;

Les deux Viani, le père. Jean (1636-1700), et le fils, Dominique (1668-1711), qui fondèrent à Bologne une école en concurrence de celle de G. Cignani. Le fils n'eut pas la science et le coloris du père ; mais il le surpassa par des contours plus grandioses, et une fierté de touche qui rappelle le Guerchin, avec lequel on le confond souvent ;

Enfin GR(iTi, Donato (1671-1749), élève de Laurent

Pasinelli, mais qui chercha à imiter le Caiitarini. Sa manière est timide, son coloris dur et cru, comme on ne le voit que trop dans le tableau qu'a de lui notre musée sous le n" 181. On voit de ses ouvrages à Bologne, à Bergame, à Rimini, à Lucques et même à Palerme, dont il a décoré plusieurs édifices. Il a eu pour élève Hei'cule Graziani (16^8-1765), qui le surpassa en hardiesse dans la touche, mais ne fut pas plus heureux sous le rapport du coloris.

Tel est à peu près l'ensemble général de cette école qui ne se maintint guère, comme école distincte, au delà du xvii*^ siècle , mais qui a fourni , comme on vient de le voir, un nombre considérable d'artistes de mérite qui ont brillé à peu ï)rès dans tous les genres, et qui, si on excepte les maîtres, ont des caractères généraux assez semblables pour qu'on les confonde les uns avec les autres, si on n'a pas présents à l'esprit les points essentiels par lesquels ils diffèrent.

Quant au Gorrége, Allegri, Antonio (1494-1534), quelque admirables que soient son Antiope et son Mariage de sainte Catherine de notre musée, ils sont tout à fait incapables de le faire juger à sa juste valeur. Pour l'apprécier convenablement, il faut aller à Parme, où se trouvent son admirable fresque de V Assomption de la Vierge, son Saint Jérôme, son .Martyre de sainte Placide et de sainte Flavie ; visiter la galerie de Dresde, qui a de lui neuf tableaux, parmi lesquels se trouvent la célèbre Madeleine, trois Vierges glorieuses, et surtout la Nativité, ou l'adoration des bergers, dite la nuit du Gorrége, où il a déployé une connaissance du clairobscur qui tient de la magie : toute la scène, en effet, dans ce tableau, est éclairée par une lumière qui irradie du corps de l'enfant.

G'est dans la collection du duc de Sutherland, en Angleterre, qu'est le fameux Mulet que le Gorrége peignit, dit-on, pour servir d'enseigne à une auberge où il avait contracté quelques dettes. Les musées de Naples, de Saint-Pétersbourg, de Paris ont chacun un Mariage de sainte Catherine, dont celui de Naples es

cité comme un chef-d'œuvre. Style rempli de noblesse, surprenante entente du clair obscur, science des raccourcis portée au dernier point, couleur harmonieuse et brillante, modelé d'une suavité inexprimable, sont les principales qualités qu'on trouve dans les œuvres de ce grand artiste, et qui, malgré quelques incorrections ou le laisser-aller de son dessin, le placent sur la même ligne que Raphaël, Rubens et Murillo.

Ombrienne ou Sienuolse.

Cette école, moins connue que celle de Florence, est pour le moins aussi ancienne, car, sans remonter au delà du xni« siècle, on la voit déjà figurer à cette époque par des œuvres qui ont pour le moment un mérite incontestable. Tel est le tableau qui figure encore dans l'église des Dominicains de Sienne représentant la Vierge et l'enfant Jésus entourés d'anges, peint par GuiDO, dit Guido da Siena. Sans être d'un style aussi magistral que ceux de Cimabue, ce tableau, daté de 1221, a une expression convenable, des têtes d'un dessin satisfaisant et assez de justesse dans le mouvement des figures. La galerie de Munich possède une Annonciation de ce maître, qui n'est pas inférieure au tableau de Sienne.

Quelques années plus tard parurent à Sienne deux artistes du nom de Lorenzetti, qu'on croit frères, et tous deux élèves de leur père, peintre obscur, qui peignait la miniature à Sienne. L'aîné, Ambroise (1257- 1340), cultiva aussi les lettres avec succès et occupa plusieurs charges importantes. On voit de lui, au musée de Berhn, un Miracle de sainte Catherine et un Saint Dominique. L'autre, Pierre, de quelques années postérieur à son frère, a eu une telle réputation dans sa patrie, que plusieurs historiens le mettent au-dessus même de Cimabue pour l'élégance et la richesse de la composition, la simplicité et l'élévation de la pen-

sée. On voit de lui, à Pise., la Vie des pères du désert et la Thébaide d'Egyple; à Florence, la Vierge et l'enfant Jésus entourés d'anges.

En même temps que ce dernier Lorenzetti, vivaient à Sienne les deux frères MeMxMi ou Martini, Simon et Philippe, qui travaillèrent ensemble à Florence et dans plusieurs autres villes d'Italie ; leur dessin, sans être aussi exact que celui de Pierre Lorenzelti, était assez satisfaisant, ainsi que leur coloris. On voit de Philippe plusieurs tableaux dans la galerie de Berhn, entre autres dans un seul cadre, comme on le voyait souvent alors, quatre sujeîs représentant un Portement de Croix, Jésus fait prisonnier, Jésus crucifié, Jésus mis ait tombea u .

Viennent ensuite Taddeo Bartolo (1363-1422), qui eut une expression profonde de piété, jointe à une extrême simplicité de composition, et prit le Giottopour modèle. Notre musée a de lui, n° 63, un rétable divisé en trois compartiments : la Vierge et l'enfant Jésus, Saint Gérard et Saint Paul, Saint André et Saint Nicolas, évêque de Myre, tableau peint en détrempe sur un fond d'or, daté de 1390 ;

Da Fab^iano, Gentile, qui florissait aussi sur la fin du XI v« siècle (de 1380 à 1420), assez habile dessinateur pour avoir passé pour un des premiers artistes italiens de son temps. Nous avons un tableau de lui, n" 202 ;

Vanni, André di, vivant aussi dans le milieu du xive siècle, un des principaux chefs de la corporation des peintres de Sienne, qui fut envoyé comme ambassadeur auprès du pape et qui correspondait avec la fameuse sainte Catherine de Sienne ;

Mattéo, Jean, dit Mattéo di Giovani, qu'il ne faut pas confondre avec Mattéo dit Mattehno, comme lui de Sienne, mais qui vint beaucoup plus tard, et peignit particulièrement le paysage. Ce Mattéo, Jean, dont il est ici question, donna une grande impulsion à l'art, en y apportant plusieurs perfectionne-

ments, comme de faire sentir les muscles et les veines des membres. Son coloris, sans être fort, est moelleux ; son architecture et ses ornements sont de. bon goût; — LoRENZo, di Piero, ditle- Vecchieto (1424-1482), qui fut aussi un habile sculpteur, et dont on voit à Berhn un grand tableau représentant divers épisodes de la Vie de sainte Calherine de Sienne;

Alunno, Nicolo di Foligno, dont on a au musée un gradin d'autel divisé en six compartiments, daté de 1492, et dont les œuvres, disent quelques historiens, ont exercé une grande influence sur le Pérugin : ses têtes sont d'une vérité frappante. Le gradin que nous venons de citer rappelle diverses épisodes de la passion : la Prière au jardin des Oliviers, la Flagellation, le Christ conduit au supplice, le Christ entre les deux larrons et la Déposition.

C'est aussi à cette époque ( le 1450 à 1500), c'est-àdire au début de la Renaissance, que parut à Sienne le PiNTURiccHio, Bernardin Betti (1454-1513), quiaeu l'avantage de connaître et de voir travailler Raphaël qu'il avait rencontré à Rome, où l'avait amené le Pérugin, leur maître commun. On dit même que Raphaël, se trouvant avec lui à Sienne, avait fait les cartons qui ont établi sa réputation. Ceci est pour le moins douteux, car Raphaël n'avait alors que dixneuf ans et le Pinturrichio en avait quarante-huit. Mais, ce qu'il y a de certain, c'est que si le tableau inscrit au musée sous le nom de Pinturrichio, n» 292, la Vierge et l'enfant Jésus, est de lui, ce qui, par malheur, ne semble pas prouvé, cet artiste était un peintre d'un bien grand mérite.

On attribue souvent à Pinturicchio des ouvrages qui sont d'un nommé Pérugino Bernardino, aussi de l'école ombrienne, qui travaillait de 1498 à 1524, et auquel on donne, nous ne savons trop pourquoi, le Jésus mis en croix du n° 289 de notre musée.

Après le Pinturicchio, dont le nom est impérissable

puisqu'il se rattache à celui de Raphaël, viennent : Andréa LuiGi d'Assisi, dit l'Ingegno (1470-1556), dont les œuvres rappellent le Pérugin duquel il fut élève, suivant les uns, et seulement contemporain ou collaboroeur, suivant les autres. Quoi qu'il en soit, ses figures, ainsi qu'on peut le voir par sa Sainte Famille de notre musée, n° 37, sonf, d'une expression admirable;

PiAzzi, J.-Ant., dit le Sodoma (1 479-1 554), que Jules II appela à travailler à Rome avec les grands artistes de l'époque. Ce dont le rendaient digne la belle expression de ses têtes, sa grande science dans le nu, Je clairobscur et la perspective ;

Mecherino, Dominique, dit Beccafumi (1484-1549), qui peignit à l'huile, en détrempe et à fresque, composait assez savamment, quoique d'une manière un peu diffuse, et donnait une grande vivacité à ses têtes, mais manquant généralement de grandeur et de noblesse. On voit de ses ouvrages à Rome, à Florence, à Berhn, à Munich, et surtout à Gênes, oii il peignit pour le prince Doria ;

Anselmi, Michel- Ange, dit Michel- Ange de Lucques ou de Sienne (1491-1554), élève du Gorrége, qu'il imita assez habilement, comme on peut le voir par une belle Nativité qu'a de lui Florence, sa Vierge glorieuse de Parme, sa Vierge adorée par Saint-Jean et Saint-Étienne de notre musée, no 42 ;

Enfin Riccio, Dominique, dit le Brusasorci (1 494- 1567), qui étudia à Venise les chefs-d'œuvre du Titien et du Giorgion et parvint à s'approprier beaucoup de leur manière ; il était très-renommé pour les fresques. Sa composition est belle, son expression animée et juste. Quelques biographes disent qu'on pourrait à bon droit le nommer le Titien de son école.

Ce Riccio a eumifils, Felice (1540-1605), qui étudia d'abord sous un nommé Ligozzi et vint se perfectionner à Florence; de retour dans sa patrie, il mit à imiter P. Véronèse le même talent que son père en avait mis à imiter le Titien. Notre musée a de lui une

Sainte Famille, no 348, qu'on a longtemps donnée an célèlDre auteur des Noces de Cana.

Plus tard (1573), cette école a donné Neroni, Barthélémy, dit maestro Riccio, élève et gendre du Sodoma, très habile dans la perspective, qui fut architecte de la repubhque de Lucques et orna le théâtre de cette ville de plusieurs belles décorations ;

PiNO, Marc, dit Marc de Sienne, mort en 1587 gui tut d abord l'élève de Beccafumi, puis de Daniel de Volterre, duquel il tenait sans doute le style grandiose et plem de dignité qui rappelle Michel- Ange. On voit encore de lui à Naples une belle Annonciation et une Présentation au Temple;

MATTEode Sienne, Jean, dont nous avons déjà parlé. 11 est venu cà Rome et y est mort sur la fm de 1500 • 11 peignait très habilement le paysage, mais dans le genre gothique, genre dont l'école de Sienne ne s'est atïranchie que plus tard que les autres écoles d'Itahe.

C'est ce mélange du gothique et du moderne qui la lait surtout reconnaître ; elle cessa d'exister à l'époque des derniers artistes dont nous venons de parler, et elle s est confondue avec les autres écoles italiennes, surtout avec celle de Florence pour laquelle elle a toujours eu plus d'affinité.

Napolitaine

Cette école, en général moins connue que les précédentes, a eu aussi ses primitifs, mais ils sont peu nombreux et n'ont pas joué un grand rôle dans l'histoire de 1 art. Ceux qui se présentent d'abord, sont :

Stefani, Thomas (1230), qui fut conséquemment le contemporain de Cimabue. Protégé par Charles V\ roi de JNapIes, il fut préféré à celui-ci pour orner quelques eghses de la (Capitale; puis un nommé Simone, dit

maître Simon, mort en 1346, qui travailla à Naples avec le Giotto, mais qu'on croit né à Crémone. Apres eux on trouve :

SoLARio. Antoine (1 382- 1 455) , dit le Zingaro du nom du métier de chaudronnier qu'il a d'abord exercé, et qui offre un des exemples assez communs dans les fastes de l'art, d'artistes qui se sont faits peintres par amour ; il avait un bon coloris et une belle expression ;

Antoine de Messine, dont nous avons parlé précédemment, mais qui, bien que né en Sicile, a étudié h Venise, à laquelle il appartient comme artiste, et ou il eut pour élève Alibrandi Jérôme (1470-1524), sicilien comme lui, mais qui revint à Naples, où l'on a encore quelques beaux ouvrages de lui.

Del FioRE, Nicolas-Antoine, dit Golantino, qui fit école à Naples où il mourut en 1444, et où l'on voit encore de lui un Saint- Jérôme tirant une épine du pied d'un lion; composition sage et d'une grande vente;

PuL GO, Dominique (1475-1527), élève de Ridolphe Gliirlandajo et ami d'André del Sarte. Son dessin est généralement médiocre; mais sa couleur est assez agréable et le caractère de ses têtes assez beau pour qu'on attribue quelquefois ses Saintes Familles, surtout, à André lui-même,

A dater de ces artistes on ne trouve, dans le courant de près d'un siècle, de peintres napolitains de Quelque importance que Santa-Fede, François et son fils Fabrice (1560-1634), qui ont orné de sujets religieux d'un coloris assez vigoureux, mais d'une assez médiocre exécution, plusieurs monuments et la plupart des églises de Najjles ;

Puis Impabato, François (mort en 1565), élève de Perino del Vaga, et surtout du Titien, qu'il imita assez bien dans quelques-unes de ses productions restées dans son pays natal Après eux, on voit encore quelques artistes assez connus, tels que :

Vaccaro, André (1598-1670), donUe talent semblait fait pour l'imitation, mais qui n'en fit pas moins de bons tableaux, comme le prouve celui que nous avons de lui sous le n° 431, Vénus et Adonis, peint dans le style du Guide; son fils, Nicolo, a pris la manière de S. Rosa;'

Bernini, J. -Laurent, dit le chevalier Bernin (1598- 1680), qui fit quelques bons tableaux, mais dont la réputation comme peintre était bien moins solidement établie que comme architecte et sculpteur. C'est en effet en ces deux dernières qualités qu'il vint en France, appelé par Louis XIV, qui le combla d'honneurs et d'argent;

Ricci, Antoine, dit Barbalunga (1600-1649), élève du Dominiquin, dont il imita si bien la manière qu'on attribue souvent ses ouvrages à ce dernier. Cet habile artiste embellit Naples et Messine de tableaux remarquables, et fit de nombreux et excellents élèves. Il est cité comme un des meilleurs peintres de la Sicile ;

Falcone, Angelo (1100-1663), disciple de Ribera , bon peintre de batailles, que Golbert attira en France, on il a laissé des ouvrages qu'on confondrait avec ceux de notre Bourguignon, si on ne les reconnaissait pas par leui' touche un peu saccadée qui leur donne quelquefois l'aspect de mosaïques ;

Mario di Fiori, Nuzzi (1603-1673), qui peignit admirablement les fleurs, d'où il tire le nom sous lequel il est communément désigné ; mais ses œuvres ont noirci par le temps et ont perdu beaucoup de leur mérite, conséquemment de leur prix ;

Le Galabrèse, Preti, Mathieu (1613 1699), élève du Guerchin, mais dont le dessin sévère, la manière heurtée et la couleur empâtée rappellent plutôt le Garavage ou Manfrédi. Malgré une vie des plus agitées, il travailla beaucoup, tant à fresque qu'à l'huile, et tous ses ouvrages, qui sont généralement de grandes compositions, dénotent une facilité d'exécution vraiment incroyable. Il peignait du premier coup, et cepen-

-godant on trouve de belles choses dans ses ouvrages : une manière fière, de belles têtes, de belles mains, un grand caractère dans l'ensemble et de la richesse dans les détails ; son ton général est souvent bleuâtre.

Mais arriva Salvatok Rosa (1615-1673), dont l'imagination fougueuse, la mélancolique originalité, le caractère sauvage, indépendant et satyrique, imprimèrent à l'école napolitaine un cachet particulier. Il est un des artistes de l'Italie dont le nom est le plus populaire, et cette popularité il la justifie non seulement par sa touche large, son dessin accentué, sa couleur sévère, mais encore par le dédain qu'il semble affecter pour les sujets vulgaires et souvent traités.

Pour avoir une idée de son extrême facilité à peindre, il suffit de savoir que sa magnifique bataille inscrite au musée sous le n° 360, et devant laquelle s'arrêtent tous les passants, ne lui a coûté que quarante jours de travail On a prétendu que S. Rosa, malgré le désir et la prétention qu'il en avait d'être un peintre d'histoire, n'y était jamais parvenu. C'est une erreur.

S'il alfectionnait de préférence les paysages, les marines, les batailles, c'est parce que des rochers arides et des sites sauvages, des vaisseaux se brisant sous les coups redoublés de la tempête, des masses de cavaliers se heurtant, se trouvaient plus en rapport avec les dispositions de son esprit ; mais il n'en fit pas moins plusieurs bons tableaux d'histoire, témoins les deux qu'a de lui notre musée et un grand nombre d'autres, dont sa Conjuration de Catilina, q\ï on yoU à Florence, passe pour lin chef-d'œuvre.

Salvator Rosa avait eu pour maître Fracanzano, François, mort en 1657, lui-même élève de Ribera, et que fa pauvreté poussa à des crimes qui le "firent condamner à mort, mais que le peu de tableaux que l'on connaît de lui attestent avoir eu un grand style et une belle couleur; — et pour élève Mastuuzo Marzio, qui adopta son genre, mais plus en petit, et y eut assez de

succès. On vend souvent dans le commerce, comme étant de S. Rosa des tableaux de Marc Ricci, neveu de Sébastien déjà nommé; mais, quoique lui ressemblant assez par leur touche ferme et leur dessin saccade, ils lui sont de beaucoup inférieurs.

Lucas GiORDANO, le chevalier (1632-1705), est après Salvator Rosa l'artiste napolitain le plus connu. We%e à Naples de Ribera, et à Rome de Piètre de Cortone, cet imitateur habile de tous les maîtres, qui a joui dans son temps d'une immense réputation mais qui sacrifia trop souvent les règles sévères de 1 art a une exécution rapide et à des effets factices, qui ont contribué à corrompre le goût, a laisse a Naples, a Florence, à Rome, et surtout à Madrid, des marques de son inépuisable fécondité. Son style incertain et pourtant élevé fait qu'on lui attribue une foule de tableaux sentant le maître, mais dont on ne peut pas déterminer précisément l'auteur.

Aucun artiste n'a peint autant que Giordano et n'a mieux mérité l'expression de /a presto que hu répétait sans cesse son père dans sa jeunesse. 11 a tait cl nabiles pastiches d'Albert Durer, de Rubens,du Bassan, du Titien et surtout de Ribera. C'est à Florence qu on voit sa Conceptioih qu'on regarde non-seulement comme le plus important de ses nombreux ouvrages, mais comme un chef-d'œuvre. Les deux tableaux que nous avons de lui au musée ne donnent qu une idée îovi imparfaite de sa manière et de son talent. Les sujets de ces tableaux ne lui permettaient pas de déployer ses moyens comme il a pu le faire dans le Massacre des Innocents et ses Batailles de Pavie et àe Samt-Quentw, qu'a de lui, entre autres, le musée de Madrid.

Lucas Giordano a eu dans Matteis, Paul de (1662- 1726) un élève et un imitateur habile qui, sans avoir son talent, laissa néanmoins tant en France, où il passa quelques années, et à Naples, où il revint se fixer, des preuves d'un incontestable mérite, mais sintout cl nue prodiaieuse facihté d'exécution. On viW uu-si m

nommé Slmonelli, Joseph (1649-1713), qui avait d'abord été son valet, comme un de ses imitateurs.

La liste des artistes bien connus qui ont illustré Naples se ferme par un nom qui a eu aussi un grand retentissement en Italie; c'est celui de Solimene François, le chevalier (1657-1747), qui a laissé un nombre considérable de tableaux, tant à fresque qu'à l'huile, et s'est exercé dans tous les genres, marquant tous ses ouvrages du cachet d'un talent supérieur et d'une imagination poétique.

Solimène peignait encore à quatre-vingt-huit ans. Le seul tableau que nous avons de lui sous le n" 406, Héliodore chassé du temple, donne déjà une idée de sa manière, qui rappelle à la fois Lucas Giordano, Piètre de Cortone, le Calabrèse et même le Guide; mais c'est dans la sacristie de Saint-Paul, à Naples, que sont ses œuvres les plus importantes. On voit aussi des tableaux de lui à -Rome, à Florence, à Munich, à Berlin et à Dresde. On le reconnaît au caractère un peu désordonné de ses compositions, souvent plus théâtrales que naturelles, à la roideur de ses figures, et au ton souvent bleuâtre de son coloris.

Sonmène a eu deux élèves : Conca, Sébastien (1676- 1764), qui non-seulement l'a asse^ bien imité, mais qui, en exagérant encore sa manière expéditive et son laisser- aller, a d'autant plus contribué à la ruine du bon goût, qu'il se posa en maître etétabht une académie dans sa propre maison; — et Francesco de Mu ha, dit Franceschiello, dont on voit de très beaux ouvrages dans le palais des rois de Sardaigne à Turin.

Enfin CoHHADo, Hyacinthe (1695-1765), qui, après avoir étudié à Naples et à Rome, fut appelé par Ferdinand VI à Madrid, où il resta une dizaine d'années et laissa plusieurs tableaux d'un caractère plein d'effet et d une belle couleur ; mais dont les figures offrent de ces attitules tourmentées que Sohmène venait d'introduire dans l'école de Naples ; ~ le chevaher Bonito,

Joseuh (1705-1789). auquel ou doit d'assez bons por- Ss --le comte San-Felice, Ferdniaud, qu atîecionnàit particulièremeut Solimène, et quon cite comme ayant excellé dans les paysages et les fruits ;

Les trois frères Filocami, Antoine, Paul et Gaétan, tons trois élèves de Carie Maratte à Rome, mais qm tinrent à Messine une école d'où sortirent quelques bons élèves ; Antoine fut le plus renommé ; Gaétan ne peignit guère que des ornements.

Enfin vers le milieu du siècle dernier vivaient à Naules CiANETTi, Philippe, qne son habileté a faire le tv^age avait fait surnommer le Giordano dans ce genrel sa manière est habilement accentuée ; ^ Marco ouMarchis, Alexis, également renommé pour les paysages et les incendies, qu'il rendait tres-bien, Et Balthazar di Caro, qui excellait à peii^clr^es fruits les fleurs, mais surtout les chasses et let. gibiers. Sous^avons vu lie lui. dans œ dernier genre des a^ bleaux de petite dimension qui égalent le. Flamanûs Grâ et Fyt, et surpassent le Bolonais Crivelli Jacques, auqnel on doit aussi des gibiers et des naturesmortes vigoureusement peintes.

Si maintenant nous résumons en quelques mots les urhcipaux caractères delà peinture itahenne, et la marche qu'elle a suivie dans chacune des écoles dont ÏTous venons de faire une étude sommane, nous trouvons que:

Celle de Florence, donUes ^c^f ^'e^^^f/|^^'.^^^^^^^^^^ sont une grande élévation ^^'^^^^ ^^^.^J ^.J^f,^^^^^^ rinn^ l'pxuressiou et la correction dans le dessin, a SmeS.1 pfi cîmabue et le Giotto, vers 1240, pour sHévelopper graduellement pendant deux siècles jusqu'à BottFcUi fq^^'elle a eu son summum c e £oire par les œuvres de Michel- Ange, de Léonard de Vmci d'André del Sarte, et qu'elle a commencé a décroître par Carlo Dolci vers 1 65Ô ;

Celle de Venise, qui s'est surtout distingue'e par l'éclat de sa couleur et la richesse de sa composUion a eu pour point de départ les œuvres de Veneziano pos-

e lang élevé qu elle occupe dans Tliistoire de l'art par les œu vres du Tit en, de Palme, du Tintoret et de Paul V eronese et qu elle est venue progressivement se per-

-r.vi^p/rif.^"'^' 5^'^ s est signalée par la correction .la gidce et 1 harmonie, n a d'abord été qu'une continua-

h^uf L;^ } nombreux disciples, le pkis

haut degré de gloire possible;a commencé à décroître comme les deux autres, sur la fm du xvii^ siècle /nar IS^^'^'''' po.™éteMre^^i^.

Celle de Bologne, quia surtout brillé par une grande ^ élite de détails et une admirable harmonl d4n!

biecle jusquau Corrége, s'est maintenue iusau'aux

nSe'V'i il' r A if '''^ à de^croître immédiatement .ipies ie buide, 1 Albane et le Dominiquin ;

Celle de Sienne qui a conservé plus longtemps aue et d Ja puret.edu sentiment rehgieux, a eu soîi carach fn^d^i ^"'l'^'^f œuvres du PintuifX sur ivetet^d: !li%Ztet' i-nsiblement

Celle de Naples, qui s'est surtout distinguée parl'é-

Sm- non'''' ^^°™F^«iti^"^' et la scienc'e du'^c Lirobscui poussée a 1 excès, a paru dès le miheu du xiii« siècle par les œuvres de Thomas Step aiio n'" pris de caractère marqué que dans le xvi7sâcle où

dateî du Lucas Giorrlano, et se perdre, moins d'un

demi- siècle après, dans les œuvres de Solimène et de son élève, le chevalier Bonito.

Tel est à peu près l'exposé de ce qu'il importe le plus de savoir ou de se rappeler de l'école italienne, de cette grande école dont les oeuvres feront toujours l'admiration des hommes de goût, des véritables amateurs; 'mais qu'on néglige aujourd'hui par la crainte, comme nous l'avons dit, de n'avoir que des copies des grands maîtres, au lieu de leurs œuvres. Est-ce bien là la véritable raison de ToubU dans lequel on la laisse? Nous n'osons répondre ; mais nous craignons bien que ce ne soit encore le résultat de notre caractère national, qui nous porte malgré nous à sacrifier le beau au joli, le sérieux h l'agréable.

m. — ÉCOLE ESPAGNOLE.

Les peintres espagnols sont infiniment moins connus qu'ils méritent de l'être, car leur école est une de celles qui rapprochent le plus l'art du but qu'il est avaiiL tout chargé d'atteindre : le sentiment et l'expression. Mais cette école a souvent le grand malheur de n'arriver à l'esprit que par des moyens qui ne satisfont pas l'œil, et qui, par conséquent, ne sont généralement pas goûtés du plus grand nombre.

Cette multitude d'assomptions, de madones, de visitations, de vierges glorieuses, de Madeleines repentantes ; ces calvaires, ces flagellations, ces Christs au tombeau, ces martyrs, n'ont rien de bien séduisant, rien de bien sympathique pour nous dont la foi s'éteint ou se transforme, et qui, ainsi que nous venons de le dire et de le prouver par des faits malheureusement irrécusables, cherchons avant tout le beau dans l'agréable, et sacrifions souvent le fond à la forme.

Mais pourquoi, dira-t-on, ces Espagnols, nés sous un

climat aussi riant que celui des Italiens, n'ont-ils pas comme eux, varié leurs compositions? Pourquoi, à la suite de tant de sujets mystiques, ne voit-on pas chez eux quelques-uns de ces gracieux épisodes de la mythologie des Grecs, dans lesquels les peintres de l'autre côté des Alpes ont puisé de si séduisants motifs, sans cesser pour cela de faire des fastes du christianisme le sujet principal de leurs travaux?

La réponse à de- pareilles questions nous semble bien facile ; c'est que si au moment où les sciences et les arts refleurirent en Europe, et depuis, les Italiens crurent la religion catholique assez solidement établie chez eux pour pouvoir sans danger emprunter au paganisme le charme de ses croyances, il n'en fnt pas de même pour l'Espagne. Pour des raisons que nous n'avons point à approfondir ici, le fanatisme religieux y parut toujours le principe de toutes choses, le moyen de domination par excellence.

La théologie dut dès lors imposer ses inspirations à l'exclusion de toute autre idée; et, comme la fortune publique s'y trouvait concentrée avec le pouvoir dans les mains des prêtres, les artistes ne devaient s'adresser qu'à eux. Ne pouvant même pas s'affranchir euxmêmes du caractère superstitieux de la nation, ils trouvaient dans les sujets religieux non seulement un moyen de vivre, mais encore des offrandes expiatoires propres à leur mériter des indulgences et à tranquilliser leur conscience timorée.

Voilà la véritable origine de cette multitude de sujets religieux qu'on reproche à l'école espagnole ; l'illustre Louis de Vargas, se couchant dans une hière recouverte d'un cilice; l'humble Jôanes Vincent, le chef de l'école de Valence, une des gloires artistiques de l'Espagne, se préparant par les sacrements à l'exécution des tableaux qu'il devait peindre pour les temples, et quelques années auparavant le glorieux Raphaël travaillant dans les chambres du Vatican renfermé, du consentement du pape, avec sa belle Fornarina.

Quel contraste choquant! mais qui n'en donne pas moins l'explication de la position différente dans laquelle se trouvaient l'Italie et l'Espagne dans la seconde moitié du xv siècle et dans la première moitié du xvi% c'est-à-dire aux jours les plus brillants de la Renaissance.

Et cependant , à l'exemple des Italiens qui, vainqueurs de la Grèce, y avaient puisé le goût des lettres et des beaux-arts, les Espagnols, maîtres en Italie, donnèrent à leur tour le spectacle des vainqueurs ve nant s'éclairer auprès des vaincus.

Leurs premiers peintres en effet, tels que Bèrruguete (1480), Louis de Vargas (1502), Sanchez Alonzo Coello(1515),VincentJoanes(l520),NavarretteelMudo (1526), Paul de Gespedes (1538), Ferdinand Yanes (1550), et puis le Greco, François Ribatta, Jean de la Gruz, J. de Las Roelas, etc., r'eçurent directement de Raphaël, de Michel-Ange, du Titien, du Tintoret, de Perino del Vaga, ou puisèrent sur les lieux mêmes dans leurs œuvres les enseignements nécessaires pour fonder dans leur patrie une école qui se ressentit toujours de son origine.

Ge fut à Antoine del Rincon (1446-1500), que l'école espagnole dut l'abandon de la manière gothique. Get habile artiste, né à Guadalaraxa dans la Nouvelle Gastille, fut effectivement le premier en Èspagne qui donna de la rondeur à ses formes, un caractère à ses figures et de plus belles proportions.

Sa manière était celle d'André Gastagno et de Dominique Ghirlandajo ; ses ouvrages, dont un grand nombre a été détruit par des incendies, brillent par le dessin, la hberté, le caractère, l'expression et les draperies. Il fit des rois Ferdinand et Isabelle des portraits qu'on voit encore dans la chapelle des rois à Tolède, Il est mort à Séville.

Gette école, à la connaissance de laquelle (Commençait à nous initier la collection formée en 1 836 par le

baron Taylor, et que la famille de Louis-Philippe nous a fort mal à propos enlevée, se caractérise par une grande élévation de style, une expression de sentiment souvent portée à l'excès, une couleur parfois d'une grande vigueur, sans être trop éclatante, une connaissance du clair-obscur portée aussi loin que possible, un art de draper d'une austère noblesse, un fini de détails qui devient quelquefois vulgaire par son excès même.

On a prétendu que cette école ne savait pas dessiner le nu ; c'est une erreur. Si , entièrement consacrée à la représentation de sujets religieux, elle n'a eu que rarement l'occasion de s'exercer sur des nudités, il n'en est pas moins certain que, au besoin, elle a su donner des preuves de ses connaissances anatomiques : Le Jugement dernier de Pacheco, qu'on voit à Séville chez les religieuses de Sainte-Ehsabeth ; le Saint- Thomas de Pioelas; La Tunique de Joseph de Velasquez; Le Jugement universel d'Herrera, etc., etc., en sont des preuves irrécusables.

On la divise ordinairement en trois écoles secondaires : celle de Valence, celle de Madrid et celle de Séville, qui, bien que différant peut-être moins entre elles que celles d'Italie, ont néanmoins chacune des caractères propres assez saillants pour qu'il soit nécessaire de les étudier séparément.

Ecole de Valence

Cette école est la plus ancienne des trois. On lui reconnaît pour chef Joanes, Vincent (1.523-1579), qui, comme nous venons de le dire, a étudié à Rome, et en rapporta son dessin pur et sévère, ses belles draperies, ses savants raccourcis. Il donnait un soin particuHer à ses figures et répandait sur les têtes du Sauveur, qu'il a souvent répétées, une douceur entraînante.

Il est fâcheux que l'on n'ait de lui auciuie reproduction mythologique dans le sentiment de celles qu'il avait eu occasion de voir en Italie. Mais, soumis au goût qui régnait alors despotiquement en Espagne, aiiisi qu'à ses propres principes, il n'a jamais exécuté que des sujets sacrés. Ses œuvres principales sont à Valence, où se trouve une Cène, qu'on cite comme son chef-d'œuvre, et qu'on a eu occasion de voir à Paris.

Si le chef de l'école de Valence est Joanes Vincent, l'homme qui la caractérise le mieux est, sans contredit, RiBALTA, François (1551-1628), qui, lui aussi, étudia en Itahe , mais où il donna la préférence aux Carrache, et aussi à Sébastien del Piombo, dont il copia souvent les œuvres. Gomme ses illustres maîtres, il était grand dessinateur ; son style était plus sévère que gracieux, ses figures sont nobles et grandioses, sa science anatomique est profonde, mais son coloris un peu dur et sa touche parfois très-empâtée. Viennent en même temps :

Orrente, Pierre (1550-1644), qu'on croit généralement élève du Bassan, quoique rien ne prouve qu'il ait visité l'Italie. Il est plus que probable que ce grand artiste a étudié sous le Greco, et qu'il a pris la couleur hardie de ce maître en l'adoucissant à l'aspect des tableaux vénitiens, surtout ceux du Bassan, qui se voyaient fréquemment alors en Espagne.

Quoi qu'il en soit , Orrente est un des plus grands coloristes de l'école espagnole; son dessin est correct, sa composition, aussi bien que sa couleur, rappellent celles du Bassan et son clair-obscur est d'une hardiesse étonnante ; on voit de ses œuvres à Murcie, à Valence, à Madrid, à Badajoz, à Gordoue, à Villarejoz, etc.;

Le frère Léonard, Augustin (1589-1640), auquel son dessin également correct, ses profondes connaissances en perspective, ses expressions variées, permirent d'aborder avec un égal succès l'histoire, les batailles elles portraits. De môme que Ribalta, son coloris était

~ Ofi —

ferme, même dur, ses empâtements avaient plus de sécheresse que de moelleux ;

Les trois Zarinena , le père et les deux fils, tous trois élèves de Ribalta, dont ils suivirent la manière en adoucissant sa couleur; — et Gastadena, Grégoire (mort en 1629), qui imita assez bien Ribalta pour qu on confondît leurs œuvres ;

EspiNOSA, Hyacinthe-Jérôme (1600-1680), qu'il ne faut pas confondre ni avec Jérôme, son père, ni avec André , son frère. Il donnait à son clair-obscur une force extraordinaire, et, néanmoins, une légèreté et une grâce extrêmes à ses figures qui rappellent parle dessin les plus grands maîtres de l'école lombardoboionaise, surtout les Garrache, qu'il avait eu occasion d étudier à Bologne même.

Il est peu d'églises de Valence qui ne renferment encore des ouvrages d'Espinosa. On en voit aussi à Moncade, à Alpuente, à Puiz, à Liria, à la Madeleine, a Ségovie, à Mosella et dans plusieurs autres locahtés de cette province, Son élève, le docteur Ramikez, Joseph (1624-1692), suivit sa manière et l'imita à tromper l'œil le plus exercé;

Makgh, dit des Batailles, Etienne (mort en 1660), élève d'Orrente, dont le style et la couleur rappellent 1 école vénitienne, qu'aucun peintre espagnol ne surpassa pour la vérité de ses combats, la vigueur de ses attaques, la densité toute particulière de l'atmosphère au moment d'une affaire sérieuse, et qu'on pourrait jusqu'à un certain point appeler le Salvator Rosa de 1 Espagne ;

Don Vincent Victoria (1 658-1 71 2) , qui étudia d'abord à Séville, mais alla se perfectionner à Rome, sous Carie Maratte; grand antiquaire, profond érudit, qui rapporta dans son pays, comme peintre, la manière de son maître, la seule à laquelle un homme, à moins qu'il ne fût un génie, pût alors prétendre ;

Vergara, Joseph (1726-1799), fondateur de 1 Académie de Sainte-Barbe et directeur de celle de bamt- Charles, à Valence; bon dessinateur, habile coloriste, mais faible de style. Il se forma en copiant les œuvres de Ribera et se perdit en adoptant la manière de CoYpel. Il a laissé un nombre considérable d ouvrages, et il n'est point d'églises de Valence qui n aient quelque chose de lui ;

Enfin Pons, Antoine (1725-1792), qu'on pourrait aussi donner à l'Ecole de Madrid, ne fut pas seulement un grand peintre, mais un des hommes les plus érudits de l'Espagne; versé dansl'étudede 1 antiquité, il observa et analysa tout ce qu'elle peut olirir d intéressant pour les arts : ruines, inscriptions, epitaphes, «épulcres, fondations pieuses, mœurs, coutumes, U étudia tout. On lui doit plusieurs tableaux qui décorent l'Escurial, entre autres les portraits des Espagnols illustres dont les écrits figuraient dans la bibhotheque immense de ce monastère. Il fit aussi de belles copies de Baphaél, du Guide, de P. Véronèse. On lui doit plusieurs écrits importants sur les arts.

L'école de Valence se distingue donc surtout par son style élevé, son dessin exact, son clair-obscur prononcé ; toutes qualités empruntées au Pérugin, à Michel- Ange et à Raphaël. Aussi la nomme-t-on Hispano-italienne. Les caractères de cette union sont exprimes de la manière la plus tranchée dans les œuvres de Ribera.

En-effet Ribera, Joseph. ditl'Espagnolet (1588-1656), que les Itahens revendiquent vainement, puisqu il est avéré qu'il est né à Xativa près de Valence, a reçu les premiers principes de François Ribalta . Ce sont ces principes qui, joints à son caractère énergique et sombre, le portèrent à aller de préférence en Itahe, où il vint a vingt ans, étudier les ouvrages de Michel- Ange de Caravage, dont il rappelle généralement la manière, mais auxquels il est supérieur par la rigoureuse exactitude du dessin, le fini des détails.

Ribera affectionnait surtout les sujets terribles et

peignait avec une sorte de prédilection les têtes de vieillards ; aussi lui attribue-t-on toutes celles qui sont peintes avec une grande énergie. Mais celles qui lui sont propres se distinguent non-seulement par la pureté du dessin et leur énergique modelé, mais encore par une si savante distribution de la lumière ambiante, que malgré la teinte noire qu'elles ont souvent prise^ elles produisent le môme effet, à quelque distance qu'on les examine ; et les poils de ses barbes blanches se détachent des masses sur un fond gris que percent toujours des teintes rosacées.

Notre musée n'a qu'un tableau, d'ailleurs très beau, de Ribera : une Adoration des bergers, n° 553. La collection espagnole enlevée après 1848 contenait de lui plusieurs pages admirables, telles que le iMarttjre de Saint- Barthelemy, le Combat d'Hercule et des Centaires; Caton se déchirant les entrailles.

Maisc'estàNaples,OLi Ribéra a passé une partie de sa vie, que sont ses plus beaux ouvrages, ceux surtout qui rappellent le Corrége, dont il s'était plu dans ses débuts a imiter la manière. Notre musée a laissé récemment (avril 1865) échapper l'occasion d'avoir une seconde grande et belle page de ce maître : c'était Saint- Luc peignant la Vierge, qui a été adjugée à 21,000 francs, à la même heure où un portrait de jeune fille de Greiize se vendait 100,200 francs; deux faits qui paraîtront à bien des personnes hors de toute proportion. ^

Ecoles de Madrid

Cette école est au moins aussi ancienne que celle de Valence, puisqu'un de ses plus dignes représentants, Alphonse Berruguete (1480-1561), avait eu l'insigne bonneurde travaillera Rome à côté de Michel- Ange; mais elle a fourni un plus grand nombre d'hommes a un mente exceptionnel. Quoi qu'il en soit, son véri-

table chef, en dehors de la question chronologique, celui qui dans l'histoire de l'art lui donna un cachet particulier en même temps qu'il lui acquit une immense célébrité, est Velasquez don,Diego Rodriguez, de Silva (1599-1660).

Cet artiste éminent, dont la réputation et la fortune égalèrent celles des plus grands maîtres de l'îtaHe, se forma d'abord à l'école de Séville, où il fréquenta successivement l'atelier d'Herréra le vieux et celui de Paclieco, dont il devint le gendre. Mais, trouvant leuf manière sèche et dure, il les abandonna pour suivre celle de Tristan, célèbre professeur de Tolède ; il le quitta aussi xDOur n'étudier que la nature, qu'il se plaisait à observer dans ses plus minutieux détails. C'est ainsi qu'il arriva à cette surprenante vérité qu'on remarque surtout dans ses portraits, pour lesquels aucun peintre espagnol ne l'a égalé et aucun artiste étranger ne le surpassa.

Velasquez, malgré son immense talent, évita autant qu'il put les sujets sacrés et les scènes qui exigent le travail de l'imagination. Son esprit observateur et froid s'en tenait à l'observation de la nature et de la vérité. Sa couleur est fraîche et ferme, mais sans éclat, et il a poussé l'entente de la lumière au point de peindre le môme tableau en clair-obscur ou en pleine lumière, et de faire de chacun d'eux un véritable chef-d'œuvre.

^ Ses ouvrages sont tellement rares qu'on en voit peu d'authentiques dans le commerce. Les trois que possède notre musée ne sont pas assez importants pour le faire connaître. Cependant son petit portrait de l'infante Marguerite- Thérèse montre assez bien l'animation qu'il donnait à ses portraits et avec quel art il savait faire circuler le sang dans les veines.

Dans la collection de Louis-Philippe qu'avait notre musée, on voyait de Velasquez une très-belle Adoration des bergers, qui avait coûté 100,000 francs, et son portrait peint par lui-même. Les deux plus beaux ouvrages, qu'on cite comme des chefs-d'œuvre, sont sa

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scène de Laveurs connue sous le nom des Ivrognes, ses Fik'uses, le portrait du duc d'Olivarez et ceux plusieurs fois répétés de Philippe IV ; ils sont à Madrid. C'est aussi k Madrid qu'on voit parmi un grand nombre de ses plus beaux tableaux sa Reddition de l'i ville de Bréda, et celui où il s'est représenté la palette à la main, portant la décoration de l'ordre de Saint- Jacques que Philippe IV peignit lui-même, dit-on, sur sa poitrine.

Si maintenant nous cherchons les artistes qui, avant et après lui, ont jeté le plus d'éclat sur l'école de Valence, nous trouvons par ordre de date :

BEHRUGUiiTE, Alpliouse, que nous avons déjà cité. Ce peintre habile, pour être luoins connu (jue Velasquez qu'il a précédé de plus d'un siècle, n'en fut pas moins un des artistes les plus éminents de l'Espagne, car il y a répandu le goût d'un dessin pur et exact et le grand style des formes, qu'il avait appris de Michel- Ange auprès duquel, comme nous l'avons dit, il avait travaillé à Rome. De môme que son illustre maître, il ne fut pas moins habile sculpteur que peintre. On lui donne pour élève JordaxN, Etienne, dont le noni est resté assez populaire à Madrid, où il a laissé aussi de beaux travaux en sculpture ;

Morales, Louis de (1509-1586), auquel on donne le surnom de Divin, autant pour sa correction, sou fini précieux, son expression pleine de sentiment, son anatomie savante, que parce qu'il a peint principalement des têtes de Christ, a eu une existence des plus malheureuses, ce qui prouve une fois de plus que le talent seul ne suffit pas toujours pour conduire à la fortune.

Appelé à la cour, il y fut desservi, et reçut l'ordre de retourner à Badajoz, sa ville natale, où il mourut h soixante et dix-sept ans dans une misère que l'histoire a enregistrée, et dont elle a reporté la faute-, si ce n'est la honte, sur Philippe II, qui avait comblé de fortnuf»

et d'iioniienvd des artistes bien moins éminents qne lui. Le chef-d'œuvre de Morales est sa fameuse Vierge aux douleurs, qu'on voit à Madrid. Quant au Portement de croix que, dans notre musée, on lui attribue, quelques personnes, et nous sommes de ce nombre, croient y trouver une œuvre italienne, les œuvres de Morales étant en général moins grandioses de style, mais d'un fini plus précieux ;

CoELLo, Alonzo Sanchez (1515-1590), a été à Rome directement élève de Raphaël; mais il chercha de préférence à se rapprocher du Titien, et eut à son époque une immense réputation, surtout pour les portraits. Ayant quitté l'Espagne pour le Portugal, il laissa dans ce dernier pays des marques d-e son xalent ; mais il revint en Espagne, où ce talent le mit en telle faveur à la cour, que Philippe II lui écrivait : ce Au très aimé Alphonse Sanchez Goello. »

Les principales qualités de cet artiste sont le relief, l'expression et ini vigoureux coloris. Indépendamment de ses portraits, les ouvrages les plus importants qu'il a faits pour l'Escurial, sont saint Paul l'ermite avec saint Antoine ; saint Etienne avec saint La urent ; saint Vincent avec saint Georges; sainte Catherine avec sainte Inès.

Alonzo Coello a eu une fille, dona Isabelle ou Élisabeth, femme d'un gi|and mérite, qui a peint aussi trèsbien le portrait;— et un élève distingué dans Pantaja de la Cruz (1551-1610), auquel on doit le beau portrait de Philippe III, d'après lequel le sculpteur Boulogne composa et fondit la statue équestre des jardins de la maison del Gampo. La plupart de ses œuvres, ses portraits surtout, sont restées à Madrid, où on les voit à l'Escurial, au Retiro, à la tour de la Parada.

Un homme de cette école qu'on pourrait presque mettre au rang de Velasquez et de Morales, quoiqu'il soit infiniment moins connu, est Navarrette, Jean- Ferdinand, dit el Mudo, le muet (1526-1576). Cet ar-

tiste, privé dès l'âge de trois ans de l'ouïe et de la parole, n'en devint pas moins une des gloires de l'Lspagne.

Envoyé de bonne heure en Italie, il fut un des élèves les plus assidus du Titien, dont il rapporta la manière dans son pays, où il fut rappelé après vingt ans d'ahsence par Philippe II, dont il devint le premier peintre. Son amour de l'art, son admiration et son respect pour le Titien étaient tels, qu'il jeta des cris de douleur en présence du roi, quand il apprit que celui-ci avait ordonné qu'on coupât un tableau du grand Vénitien pour le faire entrer dans une place qu'on lui avait destinée. On trouve ensuite :

Le père Mayno, J.-Bapt. (1569-1649), élève du Grec Théotocopuli, Dominiq., dit le Greco, qui avait quitté l'Italie pour venir habiter Madrid. Mayno jouissait à Tolède d'un grand crédit quand le chapitre de la cathédrale le chargea, en 1611, dépeindre l'histoire de saint Ildefond en un seul tableau de quatorze pieds de haut ; ce dont il s'acquitta de la manière la plus heureuse. Cet habile artiste devint le maître de Philippe IV, et profita toujours de cette haute position pour encourager les artistes. C'est à lui qu'on doit Alonzo Cano ;

Tristan, Louis (1586-1640), aussi élève du Greco, quitta l'Italie pour venir se fixer à Madrid. Ce Tristan avait su éviter les écarts de style et de couleur du Greco. En effet, son dessin est correct, sa composition savante et ses teintes sont pleines d'harmonie. Il a eu l'honneur d'être un des maîtres de Velasquez qui admirait en lui la clarté de ses compositions et le soin égal qu'il mettait à toutes les parties d'un tableau. Ses œuvres se trouvent dans la plupart des éghses de Tolède et de Madrid;

Les deux frères Rizi, Jean et François. Le premier (1595-1675) embrassa la viejrehgieuse, visita Rome, où il fut distingué du pape. Son dessin était pur, ses poses heureuses et naturelles, son clair-obscur vi-

foureux, mais son exécution peu finie. François (1608- 685) eut plus de réputation que son frère, mais il abusa aussi de son extrême facilité, et iDréféra le laisser-aller à la correction, chargea ses tableaux de figures tourmentées et d'ornements capricieux, souvent de mauvais goût. Gomme il était très bien en cour, puisqu'il devint peintre de Philippe IV e,fc de Charles II, son influence fut fatale aux arts ;

Rizi François était l'élève de Vincent Carducho, mort en 1638. Celui-ci était frère de Barthélémy Carducho, peintre florentin qui était venu habiter Madrid en 1585. Il devint peintre de Philippe II et de Philippe III, et fut chargé de décorer le cloître de la Chartreuse del Pantar, l'une des plus vastes commandes dont l'art fasse mention. Il a laissé un grand nombre de beaux ouvrages à Madrid et un traité sur la nature et la dignité de la peinture.

Carducho, Vincent, a formé plusieurs autres élèves distingués, entre autres Collantes, François (1599- 1 656) , qui , après avoir fait plusieurs bons tableaux d'histoire, comme la Vision d'Ezéchiel, qu'on voyait autrefois dans notre musée, et qui actuellement est à Madrid, s'est livré plus particulièrement au paysage, dans lequel il a excellé. C'est lui qui a composé la Chasse au sanglier, gravée en tête d'un ouvrage publié sur la chasse à Madrid, en 1634, pour Philippe IV. On lui attribue lo Buisson ardent, portant le n" 544 de notre musée, qu'on a cru longtemps être une œuvre italienne; et Castello, Félix (1602-1656), dont on voit à Madrid deux belles pages : La prise d'un château par don Fadrique de Tolède, et les Espagnols se jetant à la nage pour aller à une attaque sous les ordres de Balthazar Alfaro ;

Antoine de Pe«eda (1599-1669) qui, sans aller en Italie, se pénétra si bien de la manière vénitienne qu'il en eut la douceur, la fraîcheur, l'exactitude et le dessin, et dont le talent s'accommoda de tous les genre§ ;

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" Caïieno DE MiRANDA, Jeaii ( IGl 1-1685), grand peintre d'iiisloire et de portraits, fresquiste qne \élasquez trouva si habile en ce genre, qu'il l'enleva aux charges honorifiques dont il était revêtu pour le faire travailler avec lui aux fresques du palais. Nous avons vu récemment (1865) de cet artiste un portrait de femme qu'on eût volontiers attribué à Velasquez, et un tableau historique, le Festin de Ballhazar, que n'eût pas désavoué Rembrandt ;

Careno a eu pour élève Gabezalero, Martin (1633- 1675), dont le musée de Madrid à quatre immenses tableaux qui prouvent qu'il eût au moins égalé son fhaître, si la mort ne l'eût enlevé trop tôt;

Jean de Par -ja, l'esclave de Vélasquez (1606-1670), qui dut à son talent sa liberté, que le roi sollicita Immême pour lui. Ses portraits sont quelquefois pris pour ceux de Vélasquez. 11 a fait peu de grands tableaux; on voit de lui au palais d'Aranjuez une Vocation de saint Ma tthieu ;

A dater de cette époque, c'est-à-dire à dater de la fm du xvu« siècle, on ne trouve dans l'école de Madrid, comme artistes, ayant eu un nom dans l'histoire de l'art, que •

CoELLO, Claude (1621-1693), descendant de Sanchez Alonzo, élève de Rizi, dont il termina plusieurs tableaux que celui-ci avait laissés inachevés. Goello, ayant eu la faciUté de copier les Titien, les Rubens et les Van Diclt que contenaient les palais de Madrid, et conseillé par un nommé Joseph Donoso, qui revenait de Rome , acquit en peu de temps une grande réputation ; aussi fut il nommé successivement peintre du roi et de son cabinet particulier. Un de ses plus beaux ouvrages est la Vie de Psyché et de l'Amour, qu'il n peinte pour l'appartement de la reine à l'Escurial. Comme il excellait dans l'architecture, il en mettaiL souvent dans ses ouvrages.

Coello Claude mourut, disent les historiens, parce

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qu'on lui avait préféré Lucas Giordano pour les grandes décorations de l'Escurial. Il voyait avec tant de regret la manière expéditive du grand maître napolitain, qu'il disait, en parlant de lui, qu'il n'était venu a Madrid que pour montrer aux peintres espagnols comment on gagne de l'argent, et les absoudre de bien des fautes. Il eut pour élève :

MuNOz, Sébastien (1654-1690), qui fit le voyage de Rome, où il reçut des conseils de G. Maratte. De retour dans sa patrie, il chercha et ne réussit que trop a substituer le style maniéré, mais gracieux de son second maître aux vieux principes des grandes écoles, et jouit d'une telle réputation qu'à sa mort le roi se chargea de ses funérailles et lit donner à . sa veuve vingt-cinq doublons d'or pour son deuil et une forte pension. Son ouvrage le plus important est son Martyre de Saint-Sébastien, qu'on a vu au musée de Pans avant la Restauration.

Enfin l'école de Madrid a eu dans Paret d'Algazab (1747-1799), un peintre de genre d'un assez grand talent qui, indépendamment de plusieurs beaux ouvrages, fut chargé de peindre à la manière de notre célèbre Joseph Vernet les principaux ports d'Espagnd ; dans don Prado del Bl-s, mort au xvii« siècle et Jean Arellano (1614-1676), des peintres de fleurs qui ont presque égalé Jean Labrador que revendique l'école de Sé ville, et ont de beaucoup approché notre célèbre Baptiste. La transition de cette école à l'école moderne s'est faite par :

Goya Lucientes- François (1746-1832), peintre incorrect auquel, à notre avis, l'originalité a tenu lieu de véritable talent. Il s'est surtout exercé dans ce qu on nomme vulgairement la charge ; mais ses œuvres en ce genre sont bien loin des compositions si spirituelles de Boilly, de Carie V-ernet, de Bosio et de plusieurs autres de nos compatriotes qui vivaient en même temps que lui. Aussi, un spéculateur ayant eu tout récemment l'idée de rassembler une centaine de ses

œuvres et d'en faire une vente publique à Paris, n'en a guère retiré que ses frais de transport.

Ecole de Séville.

On désigne assez généralement Murillo comme le ehef de cette école. Si par là on a voulu dire qu'il en est l'ornement et la gloire, on a raison; mais il n'en est pas le fondateur, car elle existait avant lui et comptait depuis longtemps des peintres du plus grand mérite.

Louis de Vargas (1501-1568) en est en effet le véritable fondateur. Cet artiste, un des plus grands dont puisse s'honorer l'Espagne, a fait plusieurs fois le voyage d'Italie, et il en a rapporté un style sévère et élevé, un dessin correct et une entente du clair-obscur qui défiait alors toute comparaison. On voit de lui à la cathédrale de Séville un tableau qui, sous ce rapport, est un véritable chef-d'œuvre. Il représente la Génération temporelle de Jésus-Christ, et se connaît sous le nom de la Gamba, en raison de la jambe d'Adam qui sort tellement du tableau qu'on reste stupéfait en la voyant.

Si Vargas avait su mettre plus d'air dans ses tableaux, un peu plus de sentiment dans ses figures, plus de noblesse et de grâce dans ses têtes, il eût été placé au rang des plus grands maîtres de toutes les écoles. Entre ce grand artiste et Murillo, Séville a eu:

Paul DE Gespedes (1538-1608), qui alla aussi deux fois à Rome, se perfectionna sous un élève de Michel- Ange, revint à Cordoue, sa patrie, où il a donné comme peintre et savant des preuves de l'intelligence la plus élevée. Il fut un grand imitateur du Corrègeet un des premiers coloristes de l'Espagne. Pons déclare que si Cespedes avait eu avec Raphaël Tamitié qui l'unit à Fréd. Zuccaro, il eût été un des plus grands peintres

de toutes les écoles, comme il fut un des hommes lei plus érudits ;

Las Roelas, Jean, dit le licencié ou mieux le clerc (1560-1625), qui étudia en Italie les grands maîtres, ceux surtout de l'école vénitienne, et rapporta dans sa patrie un dessin sévère, un style élevé et une couleur assez prononcée pour qu'on prit ses œuvres pour être du Titien ou du Tintoret, Son tableau le plus remarquable est la mort de Saint-Isidore qui occupe tout Tautel de l'église de ce nom. Il est un des peintres espagnols qui, à leur retour d'Italie, conservèrent le mieux la couleur vénitienne;

Pagheco, François (1571-1654), peintre, historien et poète, qui eut l'honneur d'être le maître d' Alonzo Cano et de Velasquez, et le beau-père de ce dernier. Il fut le peintre de la science èt de l'enseignement parce qu'il possédait au plus haut degré toutes les parties élémentaires de l'art. Pacheco ne sortit jamais d'Espagne ; son style est pur et noble, son dessin correct, sa perspective heureuse. C'est pour le couvent des religieuses de Saint- Elisabeth de Séville qu'il fit le grand tableau du Jugement universel, dont la description lui a servi pour donner une analyse rai son née de la peinture ;

Herbera, François, dit le vieux (1576-1656), donc les œuvres, remarquables par un style sévère et profondément philosophique, un dessin correct, une anatomie des plus savantes, se trouvaient en parfaite harmonie avec le caractère dur, capricieux et original qu'on lui donne. Notre musée a récemment acquis une œuvre où sentaient se révèle assez bien ;

Zurbaran, François (1598-1662), dont le nom est resté aussi populaire que celui de Morales. Élève de J. Las Roelas, cet homme illustre est surtout connu par la grande quantité de moines qu'il a peints. S'étant inspiré du Garavage, quoiqu'il ne sortit jamais d'Espagne, et ayant pris un goût particulier pour les

draperies blanches qu'il étudia, dit-on, sur le mannequin, il jetait sur le premier plan des masses de lumière qui les faisaient ressortir, et obtenait ainsi des effets merveilleux.

Zurbaran est tellement connu pour ces sortes de compositions, qu'on lui attribue tout ce qui s'y rapporte. Mais on le reconnaît à rexactitude de son dessin, et au talent qu'il avait de rendre sans affectation, quelquefois même avec grâce, les figures austères et ascétiques àii cloître. L'ancienne collection du musée avait son Moine à la tète de mort, une de ses œuvres les plus remarquables. On voit do lui à Sévijle l'Apothéose de Saint-Thomas d'Aquin, qu'on a aussi eu occasion d'admirer à Paris; on y compte plus de trente personnages de grandeur naturelle et d'un beau style ;

Alonzo Gano (1601-1667), encore un des artistes les plus remarquables de l'Espagne. On le donne à l'école de Sé ville parce qu'il y a étudié sons Paclieco et aussi sous Jean del Gastillo, qui fat également le maître de Moya et de Murillo. Il excellait autant comme sculpteur et architecte que connue peintre. Ses compositions sont sages et pleines de goût, son pinceau est suave et moelleux, son coloris savant dans les demi- teintes.

Il n'est pas une église, un couvent de Grenade, de Gordone, de Madrid et de Séville qui ne possèdent quelqu'ouvrage d'Alonzo Gano, et ce sont pour la plupart autant d ! chefs-d'œuvre. Il est de tous les artistes espagnols celui qui a su le mieux réunir la simplicité de la nature à la beuité de l'antique.

Alonzo Gano a eu de nombreux élèves ; en peinture, ceux qui ont rempli un rôle dans l'histoire de l'art sont : Alphonse de Mena, Miche '-Jérôme de Gîksa, Sébastien de Ilerrera Barneuvo, Ambroise Martinez, Sébastien Go.,iEz, Pierre- A.thanase BocanectRA. Partout il a laissé des marques de son talent et de sa fécondité ;

Pierre de Moya (1610-1666), qui se forma à l'école de Jean rlp] Gaj^tillo, mais abandonna sa manière pour

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celle de Van Dyck, qu'il était allé trouver à Londres. C'est de lui que sou condisciple Murillo a pris la teinte douce et harmonieuse, qu'on appelle sa troisième manière, où la couleur tendre et délicate de Vau Dyck se reconnaît aisément.

Enfin arrive Esteban Ml'Rillo, Barthélémy (1618- 1682), dont la réputation est universelle, et qu'on place avec.raison au rang des plus grands artistes.

La vie de cet homme illustre se réduit à ceci : qu'élève, comme nous venons de le dire, de J. del Gastillo, il Séville, il eut l'intention d'aller se perfectionner en Italie; mais qu'ayant trouvé, par l'obligeance de Velasquez, les moyens d'étudier les grands maîtres dans les riches colletions de Madrid, il y resta et adopta le style un peu sec et dur alors suivi ; mais qu'ayant eu occasion de voir la manière suave et harmonieuse de Van Dyck, que Moya avait prise à Londres auprès de l'illustre Flamand, il l'adopta, la perfectionna même en la rendant jjlus vaporeuse et, finalement, arriva au degré le plus élevé qu'il soit possible d'atteindre.

Murillo a donc bien eu, comme on le dit, trois manières : une première dure, sèche et froide, que toute l'Espagne tenait de Louis de Vargas ; une seconde qui tient des maîtres Vénitiens et Lombards, chaude ; une troisième rappelant Van Dyck. Le Petit mendiant de notre musée, n° 551, donne une idée de la première; la Sain te- Famille du n° 548, la Naissance de la Vierge et ]a Cuisine des anges expriment assez bien la deuxième ; les deux Conceptions sont le type de la troisième, et le placent au niveau de Raphaël.

S'il est en effet moins corret de dessin c^ue le grand maître de l'école romaine, ses contours sont plus "doux, il est plus poétique ; si ses vierges n'ont pas autant de grâ^-e, elles ont plus de candeur, elles sont plus dégagées des idées mondaines et expriment à un degré qu'il semblait impossible d'atteindre renthousiasine et le ravissement célestes qui les pénètrent.

Murillo a be.auconp travaillé. Un grand nombre de

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ses ouvrages, ceux surtout qui retracent des sujets religieux, pour lesquels il avait une prédilection particulière, sont sortis d'Espagne au temps de Philippe V, pour aller orner des colleciions princières ; mais les couvents, les églises, les palais de Séville, de Madrid, de Saint-Ildefond, de Cadix, de Victoria, renferment encore les plus belles productions de cet artiste, dent l'Espagne se glorifie d'autant plus qu'il n'a jamais été en Italie, et que c'est sur le sol natal qu'il a puisé et exécuté ses brillantes compositions.

Les tableaux de Murillo, quand ils sont authentiques, sont très-chers, comme on le pense bien ; nous n'en donnerons pas pour preuve le prix auquel la Conception de la FuT(/6 de notre musée, n" 546 bis, a élé achetée en 1852, à la vente du maréchal Soult (615,000 francs). Ce prix est tout à fait exceptionnel; mais son portrait peint par lui-môme, qui faisait partie de la collection formée par les soins du baron Taylor, avait coûté 50.000 fr. ; et si la conception du n° 546, qui, en 1817, n'a coûté que 6,000 fr., était aujourd'hui à vendre, ehe atteindrait certainement, si elle ne dépassait pas 200,000 fr., car elle n'est inférieure à la dernière acquise que par la forme de la toile, qui est infiniment moins gracieuse.

Murillo a peint plusieurs autres concep t ions. Une, entre autres, qui lui avait été commandée pour la coupole du monastère des Franciscains, nous rappelle un fait que nous croyons devoir rapporter ici parce qu'il prouve qu'avant de juger l'œuvre d'un maître, il est très-important de se pénétrer de son but. Or, cette conception, ayant été apportée dans l'église, les révérends pères qui l'avaient commandée, effrayés des traits prononcés de la Vierge, ne voulurent pas la recevoir.

Murillo, sans rien répondre, demanda avant de remporter son travail qu'on lui permît seulement de le mettre un moment à sa place. Les religieux ne purent s'y refuser. Mais, au fur et à mesure que le tableau s'élevait, toutes les physionomies arrivant à cette grâce

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et à cette douceur de ton propres à Murillo, tout le couvent trouva la vierge magnifique. Le peintre veut alors le reprendre. De là de grands débats, et les amis de l'artiste arrangent l'affaire en faisant payer par les révérends une somme beaucoup plus forte que celle primitivement convenue.

Mvrillo a eu des élèves dignes de lui. Celui qui s'en • est le plus rapproché et l'a quelquefois imité au point de faire la plus complète illusion, est Ménéses Osokio, François (mort en 1700), majordome de l'Académie de Séville. Entre autres preuves qu'il donna de son talent, il termina de la manière la plus satisfaisante le célèbre tableau du maître -autel des capucins de Cadix, la Vie de sainte Catherine, que la mort de Murillo laissa inachevé. Il a aussi fait pour l'église de Saint- Martin de Madrid un Élie fortifié par les anges dans le désert, et pour la congrégation de Séville. un Saint- Philippe de Néri adorant la Vierge. L'Académie de Séville s'honorait d'avoir de lui une Conception dans la salle de ses assemblées.

Viennent après lui : Antonilez de Sababia, François (mort aussi en 1700), qui persistait à ne vouloir se faire connaître que comme homme de lettres, et qui n'en fit pas moins des tableaux de chevalet d'un coloris plein de grâce et de fraîcheur. Ces tableaux, généralement de dimension moyenne, dénotent une admirable facilité d'invention et d'exécution ;

NuNNEz DE Villa Vicencio, don Pierre (1635-1700), qui montra pour Murillo un attachement filial, et ne crut pas déroger à son illustre naissance en se livrant à la peinture, où il aurait o])tenu le plus grand succès s'il s'y était livré exclusivement, comme le prouve son magnifique tableau des Enfants jouant aux dés, qu'il présenta à Charles II, et qui se voit à Madrid.

Son titre de chevalier de Malte l'ayant amené à Naples, il y connut Le Calabrèse, s'initia sous lui à la science du clair-obscur, et donna à ses productions un relief dépassant le style de Murillo, etso tenant toujours

plus l'approché de la première manière de ce grand maître que de la troisième. C'est ce qui le fait reconnaître. 11 contribua puissamment avec lui à l'établissement de l'académie de Séville, qu'il soutint de son nom et de sa fortune ;

Sébastien Gomez, dit le mulâtre de Murillo, mort en 1678 , qui fut son esclave , et parvint j)ar des études opiniâires à l'imiter au point de devenir un artiste remarquable. Nous avons vu de lui à Paris un Saint étudiant dans le désert, d'un dessin exact, mais surtout d'une pâte ferme et d'une bonne couleur. Le couvent de la Merci-Chaussée de Séville possédait de lui une très belle Vierge avec l'Enfant Jésus et un Clirist à la colonne, ayant à genoux devant lui Saint- Pierre, Saint-Joseph et Sai..te-Anne.

L'élan cj.ue Murillo donna à la peinture avait été trop fort pour qu'elle se soutînt après lui; aussi, de même que i'art avait décliné à Rome après Raphaël, de même aussi déclina-t-il en Espagne après Murillo. Les seuls hommes qui se firent alors remarquer à Séville sont :

BocANEGRA, Pierre- Athanase (1688), élève d'Alonzo Cano, mais qui, à force d'étudier les œuvres de Moya, parvint à prendre le style de Van Dyck et à l'imiter au pomt de tromper môme des yeux très -exercés ; il fut nommé peintre du roi en 1676. On voit de lui à Grenade la Dernière heure du Christ, tableau d'une énergique composition et d'une couleur harmonieuse ;

François Caro (1627-1667), élève aussi d'Alonzo Cano, qui fut chargé de travaux importants et s'en acquitta assez bien pour rester digne de son maître. Les plus remarquables de ces travaux sont ceux de la chapelle Saint- Isidore de l'égUse Samt-André de Séville, et son tableau du Jubilé pour le couvent de Saint-François à Ségovie, dans lequelil mit le portrait d'Antoine Contreras, peintre d'-histoire et de portraits, qui jouissait aussi alors d'une grande réputation à Séville ;

Yaldes Leal, Jean de (Î630-1691), élève d'Antoine

Castîilo, neveu de Jean, gui avait été le niaitre de Murillo. La gloire de celui-ci fut sou plus puissant motif d'émulation, mais il ne put l'atteindre. Imitant en cela les frères Rizi de l'école de Madrid , il s'occupa plus à faire beaucoup que bien , et: quand il voulait quitter la manière heurtée qui lui était propre, il tombait dans un excès contraire, encore moins heureux. Murillo estimait pourtant soi talent; voyant de lui un taMeau représentant des éorps morts à clemicorrompus:, il lui dit : « Mon ami, on ne doit regarder cela qu'en se bouchant les narines; »

ToBARjAlph.-Michel (1678-1 758), dontlesbellescopies qu'il a faites de Murillo -sont très souvent attribuées à celui-ci. Tobar n'a cependant pas été, comme on le croit généralement, un simple copiste ou imitateur. On voit on effet de lui, en Espagne, de très beaux portraits, et la cathédrale de SévilTe a de sa main un tableau connu sous le nom de la Consolation, représentant la Vierge assise sur un trône, tenant dans ses bras l'enfant Jésus, accompagné de saint François et de saint Antoine, tableau qui est sans contredit le plus bel ouvrage qui ait été fait dans ce temps.

On cite aussi Qumos, Laurent (1717-1789), comme un de ceux qui ont le mieux, non pas imité, mais directement copié Murillo. Ce fut même sur la fin de sa vie sa seule occupation et son seul moyen d'existence. On voit cependant plusieurs ouvrages de lui à Béville, à Madrid, à Grenade, à Xérès, etc.; -

Germain Llojœnte, Bernard (1685-1757), peintre de portraits, qui fit celui de l'Infant, fils de Philippe V, et plusieurs autres qu'on croirait sortis de la main de Murillo. Il a fait aussi des vierges vêtues en bergères gardant leurs troupeaux, assises dans les champs, ainsi qu'on nous représente sainte Geneviève, mais d'une douceur de ton et d'un relief tels que plusieurs sont entrées dans le commerce sous le nom de Murillo, qu'elles rappellent par la grâce et la. candeur ;

P'nÉziADO^ François (1713-1789), compositeur cor-

rect qui dirigea plusieurs années rAcadémie de Saint- Ferdinand et l'Académie espagnole à Rome, d'où sortirent quelques bons élèves ;

Martinez, Dominique (mort en 1750), un des artistes de cette école qui travaillèrent le plus pour le soutien de la peinture dans le moment difficile, et dont lai)lupart des églises de Séville possèdent des tableaux. Il fonda et soutint de sa fortune, dans sa propre maison, une Académie de peinture, où il se livrait entièrement à l'instruction élémentaire de l'art, ne pouvant guère aller au delà.

Il ne faut confondre ce Martinez ni avec Sébastien Martinez, mort en 1667, laissant à Séville quelques bons tableaux, parmi lesquels sont des paysages et j)lu sieurs compositions pour le couvent de Corpus ; ni avec Martinez, Thomas, son contemporain, et comme le précédent de l'école de Séville, peintre mystique, qui se fit enterrer dans une bière qui depuis longtemps lui servait de lit, et laissa plusieurs ouvrages dignes de Murillo, dont il avait étudié la manière sous Gutierrez, Jean-Simon ;

p]nfin, EspiNAL, Jean (mort en 1783), peintre estimable et possédant une vaste instruction dans les arts. Il a un dessin correct, un pinceau assez vigoureux, mais un style original. On voit beaucoup de ses ouvrages dans les églises de Séville et dans plusieurs autres édifices.. Il dirigea l'Aôadémie; mais, ayant eu l 'occasion de voir les grands maîtres que contenaient les musées de Madrid, il mourut, dit-on, du regret d'être si éloigné d'eux et du désespoir de ne pouvoir les égaler. Le beau temps était passé 1

Espinal n'en fut pas moins un artiste fort habile : V Histoire de saint Jérôme, qu'il fit pour le couvent des hiéronymites de Buena-Vista, les ouvrages qui décorent l'escalier principal de l'archevêché de Séville, et beaucoup d'autres tableaux, tant pour des temples que pour des particuliers, sont encore des meilleurs qui se

soient faits de son temps, et font regretter qu'il n'ait pas vécu à une meilleure époque.

L'école de Séville n'a donc rien à envier ni à celle de Valence, ni à celle de Madrid. Elle peut opposer de grands noms à cette dernière, et Murillo, son chef, n'a point d'égal en Espagne. Ce qui la caractérise essentiellement, c'est le moelleux, la couleur, l'expression, et surtout une si habile distribution, de la lumière qu'aucune école d'Italie ne peut sous ce rapport rivaliser avec elle.

Cette école a eu dans Labrador, Jeanj élève de Morales, mort en 1600, un peintre de fleurs et de fruits des plus habiles; — dans Iriarte, Ignace (1620-1685), un paysagiste auquel Murillo a souvent associé son nom; — dansHERRERA le jeune, fils de François, mort également en 1 685, un peintre de natures-mortes et de fleurs, qui a fait dans ce genre de très belles choses ; — et dans Las Marinas, Henri (1620-1680), un peintre de marines fort distingué, dont les œuvres sont restées en grande partie en Italie, où il s'était retiré et où il mourut.

On donne à cette école, sans raison suffisante à notre avis, le nom de Flamenco-Espagnole, de l'emprunt que Murillo, sous l'inspiration de Moya, a fait à la manière de Van Dyck. Son caractère , il nous semble, était marqué avant Murillo, qui n'a fait que lui donner plus de charme.

Si nous voulions aussi résumer ce que nous venons de dire de l'école espagnole, nous trouverions non-seulement que cette école est des plus importantes à étudier sous le véritable point de vue de l'art, mais encore qu'on ne lui rend pas assez justice, par cette raison que, si quelques-uns de ses chefs, ainsi que nous l'avons dit, sont allés sur les lieux mêmes, s'inspirer des grands maîtres étrangers, la plupart d'entre eux, vivant dans la retraite, n'ont trouvé que dans leur

propre génie leurs brillantes inspirations, et sont arrivés presque sans guides à des résultats identiques à ceux qu'ont obtenus les chefs de plusieurs grandes écoles auxquels toutes les voies étaient ouvertes pour Tinstruciion.

Aussi Quilliet, dans son DiGîionnaire, fait-il, avec raison ressortir cette identité pour ainsi dire fortuite, qu'il exprime par le tableau suivant, que nous pensons devoir reproduire.

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