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COMPARÉS AUX FRANÇAIS

Vélasquez correspond à Le Brun ;

Zurbaran — Le Sueur.

De ce parallèle, auquel on pourrait donner encore plus de développement si on le voulait, il résulte, en effet, que dans cette série nombreuse de maîtres, dont nous venons d'étudier les principaux, on retrouve des

traces bien marquées des grandes écoles qui o,nt illustré la peinture.

Aussi, quand on étudie avec attention ceux de ces maîtres qui ont quitté leur patrie pour aller porter leur tribut à l'Italie, on s'étonne qu'aucun îiistorien italien n'ait signalé leur présence et rendu hommage à leurs talents.

H^. - ÉCOLES FLâMANDE ET HOLLANDAISE.

Ces deux écoles, qu'on peut à juste titre, avec les deux suivantes, appeler écoles du Nord, quoique différant entre elles par des caractères assez tranchés, ont néanpioins des traits communs qui les font aisément reconnaître des écoles italiennes et espagnoles, formant par opposition les écoles du Midi.

D'abord les écoles flamande et hollandaise semblent n'avoir qu'un but : l'imitation de la nature, rexpreS' sion de la vie matérielle, sans plus s'occuper de la moralité des sujets que de la noblesse des formes. Ensuite elles choisissent leurs motifs plus souvent dans les détails de la vie privée que dans les scènes publiques ou les données de l'histoire.

Les sujets les plus bas sont pour la plupart du temps, pour les peintres flamands, par exemple, ceux auxquels ils ont donné la préférence. Ainsi ils ont excellé à peindre des tavernes, des corps de garde, des assemblées, des fêtes champêtres, des foires ou marchés, des scènes de brigands, et ils ont réussi à donner aux personnages qu'ils y ont introduits des expressions si vraies, des tenues si naturelles, qu'on reconnaît que bon nombre d'entre eux y ont passé une partie de leur vie, et n'ont fait que se peindre eux-mêmes. On les appelle les peintres du vrai; ils ont en effet poussé si loin l'expression du vrai qu'ils nous initient souvent, malgré nous, aux scènes qu'ils ont représentées, et vou-

draient en quelque sorte nous faire partager les sentiments des personnages qu'ils mettent en jeu.

Les Hollandais, sans être beaucoup plus scrupuleux dans le choix de leurs sujets, ont, avant tout, attaché une grande importance au fini de leurs œuvres. Tout y est étudié avec un soin minutieux et ordinairement rendu avec un succès inouï.

C'est ainsi qu'ils ont réussi d'une manière surprenante à reproduire les effets les plus piquants du clairobscur, tels que ceux d'une lumière éclairant les objets contenus dans une pièce étroite et renfermée, des incendies, des clairs de lune, des feux de forge, de brillances armures, des soieries chatoyantes.

C'est ainsi qu'ils n'ont pas de rivaux pour le paysage, mais le plus ordinairement, à part deux ou trois, pour le paysage considéré comme la représentation d'une campagne particulière, et non pas, en général, comme l'ont compris le Titien , le Dominiquin , l' Albane, le Poussin, et surtout Claude Lorrain, qui, sans sortir de la nature, ont idéalisé le paysage, c'est-à-dire, l'ont composé de tout ce qui peut lui donner l'aspect le plus séduisant.

Les Hollandais se sont aussi distingués dans la représentation des perspectives, des ciels, qui font chez quelques-uns le fond essentiel de leurs tableaux, des marines, des animaux, des fleurs, des fruits, des natures-mortes, et môme dans les portraits. En un mot, tout ce qui n'exige qu'une imitation fidèle et rninutieuse de la nature, de la couleur et un fini précieux, un effet piquant, est de leur ressort.

Mais quand, sortant de l'imitation pure et simple de la nature, ils se sont livrés à la peinture historique, ils ont rarement su donner à leurs personnages l'expression, la tenue et les costumes approjjriés à leur position. C'est ainsi, pour ne citer que deux exemples, que nous avons vu récemment un tableau de Jean Steen, représentant Jésus-Christ chassant les vendenti's du Temple,

dans lequel le costume de tous les personnages est tel qu'on pourrait croire que la scène se passe sur la place du marché d'Amsterdam ; et que les frères Van Eyck ont mis dans le fond de leur beau tableau de l'Agneau, pour figurer Jérusalem, les tours de Maestricht leur patrie.

Mais, en général, le caractère différentiel des peintres du Midi et de ceux du Nord, c'est que les premiers ont presque toujours cherché à exprimer une pensée, et que les seconds ont songé avant tout à satisfaire les yeux. Le mobile de ceux-là a généralement été l'idéal ; le mobile de ceux-ci est ordinairement le réel.

Aussi notre époque qui trouve qu'on a un peu abusé de l'idéal, affectionne plus que jamais les productions des écoles flamande et hollandaise qui, par leur verve pétulante, leur esprit plein de malicieuse bonhomie et de gaieté, leur profond sentiment de la vraie nature, le •mouvement et la vie qui chez elles anime tout, bêtes et gens, fleurs et fruits, ont du moins pour nous cet avantage, qu'elles sont amusantes à regarder. De là l'engouement qu'elles inspirent, et aussi depuis plusieurs années le succès qu'elles obtiennent dans nos ventes publiques.

Gomme les peintres flamands et hollandais ont ordinairement adopté chacun un genre, et que c'est là une des premières indications qui, en permettant de les comparer, doit les faire reconnaître, étudions-les par genre ; ainsi : compositions historiques, scènes d'intérieur, portraits, paysages, marines, animaux, fleurs et fruits, natures-mortes.

£cole flamande.

Compositions historiques. — Les peintres de cette école, beaucoup moins nombreux que les Hollandais, ont eu aussi leurs primitifs, et certes ceux qui se pré-

sentent en premier ont été des plus remarquables. Ce sont les deux frères Van Eyck, Hubert (1366-1426), et Jean (1390-1441).

Ces habiles artistes n'ont presque peint que des sujets religieux, mais d'un fini admirable et d'une belle couleur ; toutefois, comme nous l'avons dit, d'un style moins élevé queles primitifs italiens; leur perspective linéaire et aérienne est remarquable pour l'époque.

La Vierge au donateur de notre musée, n" 162, qui est de Jean, est un beau type de leur manière; mais c'est surtout à Amsterdam et à Gand qu'il faut les voir pour bien les apprécier, car la première de ces deux villes a de Jean une superbe Adoration des Mages, qu'ils ont reproduite plusieurs fois, et là seconde le fameux tableau dit r^;/;ïeaw, qu'ils ont peint en commun , chefd'œuvre inappréciable, représentant l'Agneau céleste entouré d'anges et adoré de tous les saints du Nouveau et de l'Ancien Testament, et ne contenant pas moins de * trois cents figures du plus beau caractère et de l'exécution la plus soignée, parmi lesquelles ils se sont peints eux-mêmes.

Les frères Van Eyck ont eu une sœur, aînée de Jean, Marguerite, qui a aussi peint, mais surtout en miniature. On prétend qu'elle a refusé de se marier pour ne pas abandonner la peinture. Quoi qu'il en soit, on voit d'elle, au musée d'Anvers, un Repos en Egypte, auquel ses frères pourraient bien avoir travaillé.

On désigne généralement les frères Van Eyck comme les inventeurs de la peinture à l'huile, Jean principalement. Cette opinion a cependant rencontré, dans ces derniers temps surtout, des contradicteurs. L'analyse chimique de quelques débris de tableaux antérieurs à leur époque, ayant fourni des traces de substances grasses, on en a de suite inféré que ces substances ne pouvaient être que de l'huile ; mais ce n'est ici qu'une simple supposition et ne détruit en rien ce fait irrécusable, à savoir que ce sont les frères-

Van Evck qui ont reconnu et surtout prouvé que les couleurs se mélangeaient plus aisément avec l'huile qu'avec toute autre substance, et ont trouvé les ïnoyens de faire sécher le mélange sans le secours du feu et du soleil.

Les œuvres des Van Eyck sont très rares, et la plupart de celles qu'on rencontre dans le commerce sont apocryphes ; il est môme plus que probable c[ue plusieurs de celles que possèdent môme les grandes collections sont contestables. Leur beau tableau dit de l'Agneau, de l'égUse Saint Bavon de Gand, était primitivement garni de volets qui en ont été détachés, et sont actuehement à Berlin dans le cabinet du roi de Prusse, où on les conserve précieusement.

Les experts de notre m.usée, en n'estimant que 10,000 francs, notre tableau dit la Vierge au donateur, la seule chose que nous ayons d'eux, ne le mettent certainement pas au quart du prix qa'il atteindrait en vente pubhque, surtout avec les garanties d'authenticité qu'il offre. Quant au tableau de l'Agneau, il atteindrait assurément, nous ne disons pas 100,000 francs, mais un miUion. Nous avons eu leur beaii tryptique de Dieu le père, qui nous a été enlevé en 1815. Après eux, on trouve ;

Roger de Bruges, leur élève (1366-1418), quia travaillé dans le môme genre, mais moins finement, surtout dans les carnations. 11 a principalement peint à la colle et à l'œuf. On voit de lui à Bruxelles deux portraits, un d'homme et un de femme, et une Adoration des Bergers. Il a fait beaucoup de tableaux religieux pour les éghses de Bruges ;

der Goes, Hugues (1480), aussi élève des Van Jîyck, mais d'une exécution moins terminée et d'une composition moins bien comprise. On voit de ses ouvrages à Bruxelles, à Gand, à Florence et dans plusieurs musées d'Allemagne, tels que Berlin, qui a de lui une Annonciation, une Vierge et l'Enfant Jésus et un Sainl-Auguslin ;

Memling ou Hemling, Jean (1425 ou 1440), qui, dans le cours d'une vie agitée, peu connue, mais difficile, est venu mourir à l'hôpital de Saint- Jean de Bruges, où l'on voit son Mariage de Samte-Catherine, véritable chef-d'œuvre daté de 1470, et sa fameuse châsse de Sainte Ursule, relique artistique précieuse, ciselée en forme de palais et couverte sur toutes ses faces de peintures qui unissent le fini des miniatures les plus délicates au grand style des plus nobles écoles. Les œuvres de Memling diffèrent de celles des Van Eyck en ce que le dessin du premier est moins sec et plus moelleux, son coloris est moins chaud, mais plus doux ; «es têtes ont plus de sentiment et- d'expression ;

Matsys ouMetsys, Quentin (1460-1530), qui, d'abord maréchal, devint, dit-on, peintre par amour, et dont on voit des tableaux d'un beau caractère et d'un beau fini ; un des plus curieux est celui des Peseurs d'Or, de notre musée (n° 279), qu'il a plusieurs fois répété et dont on connaît beaucoup -de copies. Il a eu un fils, Jean, auquel on doit le tableau de David et Bethsabéeàu IV 281 de notre musée;

Van Orley, Bernard (1490-1560), élève de Raphaël, mais qui, de retour dans sa patrie, en reprit le style et sacrifia l'élégance des formes au fini et à la richesse des décorations, comme on le voit par son Mariage de la Vierge, du n° 367 de notre musée, où il a mis de l'or non-seulement dans les vêlements des personnages, mais encore dans les ornements de la tente. On voit de lui à Bruxelles Jésus-Christ au milieu de saints personnages, et la copie d'une Sainte Famille de Raphaël, rappelant le maître à faire illusion ;

Michel CoxctE (1497-1592), qui vit aussi l'Italie eten conserva assez bien la manière pour la transmettre en partie à ses compatriotes, et commença par là une révolution préparée par Vanderweyde, Roger (1480-1529), et qu'achevèrent Jean de Mabuse (1470-1532), dont V Adoration des Mages, qu'on voit en Angleterre, chez le comte de Carliste, est une des œuvres les plus reiïiar-

quables de l'ancienne école des Pays-Bas ; et Suster- MAN, dit Lambert Lombard (1506-1560), son élève. Ce sont, en ellet, les premiers Flamands dont les œuvrei soient dégagées de la froide sécheresse et anssi un peu de la roideur qui caractérisent leur école.

Une fois entrée dans cette voie, elle s'y maintint, quoique avec peine, par les œuvres de Franck Floris, surnommé le Raphaël flamand (1520-1570), qui fonda à Anvers une école d'où sortirent un grand nombre d'élèves, tels que Martin De Vos (1531-1604), un des artistes les plus féconds de son sièclè ; — Galvart, Denis, dit le Flamand, qui alla, comme nous l'avons dit, fonder à Bologne une école célèbre ; — les Porbus, dont nous parlerons à l'occasion des peintres de portraits; — et la série nombreuse de Franck, dont les œuvres sont si communes dans le commerce, et qu'on reconnaît au cliquetis plutôt qu'au brillant de leur couleur, et aux efforts qu'ils font pour donner à leurs personnages des formes et des attitudes plus mouvementées que ne l'avaient fait leurs prédécesseurs.

C'est aussi à cette époque que parurent les Breughel, dont Pierre (1510-1580), dit le Vieux, le rustique ou le drôle, du goût qu'il avait pour les sujets communs et fantastiques, comme des Assemblées et des Danses de paysans; et son fils aîné, également Pierre (1567-1625), surnommé Breughel d'Enfer, parce qu'il choisissait de préférence les sujets effrayants, des effets d'incendie, comme Orphée aux Enfers, de notre musée, VEnlèvernent de Proserpine, du musée de Madrid, la Délivrance des âmes du Purgatoire, de celui de La Haye ;

Spranger, Barthélémy (1546-1628), supérieur, malgré les contours anguleux de son dessin, à la plupart de ses devanciers par l'esprit de ses compositions et la richesse de son ordonnance ; — Van Mander, Charles (1548-1606), qui fut aussi bon peintre que savant historien, et dont on voit de belles œuvres, à Harlem ; — Van Balen, Henri, dit le Père (1560-1632), que peu de ses compatriotes égalèrent pour la grâce et la correction de son dessin.

La reforme ne fut pourtant complète qu'à -dater (I'Otto-Venius, ou van veen Otho (1556-1634), qui se forma à Rome à l'école des Zucchero, d'où il rapporta à Anvers une manière encore plus gracieuse que celle de ses devanciers, et fut, comme peintre, car il était historien et poète, le précurseur du beau siècle de l'art dans les Flandres, et un des maîtres de l'immortel Rubens, le véritable chef, la gloire des Pays-Bas, comme Léonard de Vinci, le Titien, Raphaël, le Corrége, Louis Garrache et Murillo l'ont été de leurs pays respectifs.

La vie brillante, fastueuse même, de Rubens, Pierre- Paul (1577-1640), est trop connue pour que nous ayons besoin de nous étendre beaucoup à son sujet. Nous ne ferions donc qr e répéter ce que tout le monde sait en disant que, comme homme, il a eu une existence magnitique, et que, comme artiste, il peut être comparé aux plus habiles, puisqu'il a traité avec un égal succès l'histoire, le portrait, le paysage, les fleurs, les animaux, les marines. Ses ouvrages sont autant de poëmes où l'art se déploie sinon avec toute sa correction, du moins avec toute sa splendeur.

En effet, sa couleur, quoique parfois trop éclatante, est cependant tendre et naturelle ; ses expressions sont pleines de justesse, sa composition a un grandiose, une exubérance que rien ne surpasse ; il y déploie une richesse d'invention vraiment inépuisalDle ; ses attitudes sont variées et contrastées avec art ; ses draperies jetées avec goût. Il manque souvent, il faut le dire, à l'élégance et au ctioix de la belle nature; mais ce défaut, que justifient en partie les modèles qu'il avait sous les yeux, tient plutôt à une exaltation qu'à une insuffisance de son génie.

Notre musée possède des œuvres assez caractérisées de Rubens pour que nous puissions bien le connaître ; mais c'est à Anvers qu'il faut le voir ; il y est partout : en bronze sur la Place- Verte, en portrait dans toutes les maisons, en souvenir dans tous les esprits. Il n'est point de héros qui ait laissé plus de culte dans son

pays. C'est à la cathédrale qu'on voit ses trois plus beaux tableaux : sa Descente de croix^ VEléva tio7i en croix et l'Assomption de la Vierge, qui sont autant de chefsd'œuvre, dont le dernier a nversois semble s'enorgueillir.

Il n'est pas une collection un peu importante qui n'ait quelques tableaux dé Rubens ; mais la galerie qui en aie plus est la pinacothèque de Munich, où l'on en compte quatre-vingt-quinze superbes, parmi lesquels est son Jugement dernier. C'est à Londres, dans la collection de sir Robert Peel, que s'é trouvent son fameux Triomphe de Silène et le ravissant portrait de mademoiselle Lunden, connu sous le nom du Chapeau de paille j qu'on cite comme un de ses plus beaux.

Quant aux vingt et un tableaux qui forment chez uous ce qu'on appelle la Galerie de Médicis, on sait que pour eux Rubens s'est fait aider par ses nombreux élèves, n'ayant peint que les parties principales et retouché le reste ; ce qui est d'ailleurs arrivé pour le quart au moins de tout ce qu'on lui attribue, et qui figure dans les grandes collections comme étant de lui.

La Kermesse ou fête de village formant le sujet du tableau portant le n° 462, serait, dit-on, le résultat d'un pari que Rubens fit avecTéniers, de donner une idée plus exacte que lui de l'entrain des Flamands dans ces sortes de réunions. Rien n'est plus mouvementé, et à la fois plus vrai et plus comique que cette scène qui dépasse tout ce qu'on a fait en ce genre ; aussi Téniers eut-il la modestie de s'avouer vaincu.

Pour bien juger Rubens il faut le comparer à ses nombreux élèves; tels que Van Dyck, Antoine (1599- 1641), qui n'a pas eu dans la composition la même abondance, ni le même génie, mais qui le surpasse par la délicatesse des teintes, la belle fonte des couleurs, la ressemblance parfaite, la naïve et majestueuse simplicité qu'il donnait à ses portraits. On le reconnaît surtout, pour la forme, à l'élégante correction de son dessin; pom- la couleur, aux quelques tons gris qui

percent à travers ses beaux empâtemints, comme pour en adoucir les effets. Anvers a vingt- trois tableaux de lui.

Si Van Dyck occupe un des premiers rangs comme peintres de portraits, il a peint aussi avec une incontestable supériorité les sujets historiques, religieux et mythologiques. Le plus important des premiers est, dit-on, Saint- Ambroise refusant rentrée de l'église à l'empereur Théodose, qui se trouve à Londres, où il a passé dix ans de sa vie, comblé d'honneurs, et où il est mort d'une maladie de langueur causée par le travail, peut-être aussi par les plaisirs.

Le n° 1 40 de notre musée, Vénus demandant à Vulcain des armes pour Enée, nous met à même de connaître comment il traitait les sujets mythologiques. C'est dans le village de Saventhem, à deux lieues da Bruxelles, que se trouve son fameux Saint-Martin donnant son manteau à un pauvre, qu'il fit pour plaire à une jeune fille d'auberge, où il s'arrêta en quittant Anvers. Il a eu pour élève Beek, David (1621-1656), qui le suivit en Angleterre, et l'imita avec assez de succès.

JoRDAENs,Jacques (1593-1678), est, après Van Dyck, l'élève le plus connu de Rubens ; il n'a ni le génie du premier, ni la correction du second, mais il est celui dont la couleur chaude et brillante se rapproche le plus du maître. Il a eu le grand tort de choisir de préférence des sujets bas, souvent ignobles, qui font de véritables charges de beaucoup de ses tableaux, comme ou le voit par ses deux toiles du musée, n"» 255 et 251, le Roi boit, et le Concert après le repas.

On connaîtrait mal cependant .Tordaens, si on ne le jugeait que par ces tableaux, car il a traité avec succès et avec la réserve convenable les sujets historiques, même religieux, ainsi qu'on peut le voir chez nous par son tableau des Vendeurs chassés du temple, dun°251,«t à Anrers, qui a ving-six tabeaux de lui, parmi lesquels est le Martyre de Sainle- Catherine, que ne désavouerait pas Rubens. Les autres élèves de Rubens

pour le genre historique sont par ordre de naissance :

Van Mol, Pierre (1580-1650), dont nous avons, no 338, une belle Descente de croix, placée autrefois dans le couvent des Petits-Pères. Ce Van Mol, qu'il ne faut^ pas confondre avec J.-B. Van Mol, élève de Rem-' brandt, a fait partie de l'Académie de Paris ;

ScHUT, Corneille (1590-1676), dontla grande supériorité de Rubens excitait la jalousie ; il peignit souvent des médaillons dans les guirlandes de Daniel Seghers, son ami, comme on le voit dans plusieurs tableaux qu'ont de lui les galeries de Bruxelles, de Vienne, etc. ;

Delmont, Dieudonné (1581-1634), qui fut non-seulement l'élève, mais le compagnon de Rubens dans ses voyages; peintre habile, savant architecte, dont on voit une belle Transfiguration à Anvers ;

Crayer, Gaspard (1582-1669), qui, bien que d'abord élève de Michel Goxcie, reçut néanmoins des conseils de Rubens qui estimait son talent, remarquable par un beau dessin, une sage ordonnance et un coloris naturel; il peignit à quatre-vingt-six ans son beau Martyre de saint Biaise, qu'on voit à Gand ;

DouFFET, Gérard (1594-1660), qui quitta les lettres pour suivre Rubens, dont il se rendit digne par des œuvres qui ont fait l'admiration des grands maîtres ; ces œuvres sont rares et figurent peut-être dans quelques galeries comme étant de Rubens ;

Van HoECK, Jean (1600-1650), artiste peu connu, mais un de ceux qui se rapprochèrent le plus de Rubens pour la couleur, et de Van Dyck pour l'élégance du dessin et le gracieux modelé de ses figures. Il a eu pour homonyme Robert Van Hoeck (1609-1668), également Flamand qui a aussi peint des sujets d'histoire, mais dont les figures sont quelquefois si petites qu'il faut les regarder à la loupe ;

Van EaMONT, Jean (1602-1674), qui, quoique né à

Leyde, n'en fut pas moins élève de Rubens, et l'a quelquefois aidé. Etant venu en France, ily devint peintre de Louis XIII et de Louis XIV, et fut un des fondateurs de l'Académie de sculpture de Paris en 1648. Ou voit des portraits de lui à Vienne ;

Simon de Vos (1603-1676), qui peignit l'histoire en grand et en petit. On voyait autrefois de lui, à Anvers, un excellent tableau à volets enlevé eu 1794, qui se trouve maintenant à lille, mais dont les volets détachés sont à Nantes ;

DiEPENBECK, Abraham (1607-1675), artiste de goût et d'imagination, d'une bonne couleur, mais dont le dessin laisse à désirer. La notice officielle des tableaux du Louvre dit que les portraits inscrits sous son nom, n" 119, ont d'abord été donnés à Rubens, même dans ces derniers temps: ily a pourtant entre ce tableau, d'ailleurs bien peint, et les œuvres de Rubens, une grande différence de faire et de couleur ;

Van Thulden, Théodore (1607-1686), qui a aidé Rubens pour la galerie du Luxembourg, et l'a presque égalé pour la couleur. Cet habile artiste a d'ailleurs abordé avec un égal succès l'histoire, le paysage et les tableaux de genre; il a môme orné de figures les ou- ' vrages de plusieurs de ses contemporains, comme les Peeter-Neefs, les Steenwyck ;

QuYLLiN, Erasme (1607-1678), dont les œuvres attestent que pour la vigueur, l'ordonnance et la couleur, il a tâché de suivre la manière du maître. On voit de lui à Anvers un très beau Saint-Roch mourant entre deux anges;

Van Herp, Gérard, sur la vie duquel on a peu de renseignements, mais dont on admire la belle ordonnance, le coloris chaud et transparent, et dont on voit des tableaux à Rruxelles, à Londres, à Berlin, surtout à Anvers, où se trouve son Saint- Augustin touché de la grdç^, et son Baptême.

Trois artistes qu'on peut aussi mettre au nombre des élèves de Ruhens, sont: Fjlemalle, dit BerthoUet, ou le Vieux (1612-1 675) ; Tyssens, Pierre (1625-1 682) , et Crayer, Gaspard, déjànommé, qui futson ami, et pour le talent duquel il avait une grande estime.

Le premier, plus particulièrement élève de -Douffet et de Jordaens, a d'abord travaillé en Italie, puis à Paris, où son dessin correct, sa composition pleine de feu et son coloris, qu'on retrouve dans son tableau des Mystères de l'Ancien et dit Nouveau TestamemtjAe ÛTent admettre à l'Académie de peinture ;

Le second fut plus spécialement élève de Van Dyck; les tableaux qu'on voit de lui à Anvers, tels que son Assomption de la Vierge, en rappellent en effet le faire et la couleur, mais non le grand style. Il a eu deux fils qui furent tous deux ses élèves : Nicolas (1660-1719), qui passa quelque temps en Italie, où ses ouvrages eurent du succès ; et Augustin (1662-1722), qui réussit assez bien dans les tableaux à la manière de Berghem.

Enfin, les œuvres de Rubens et de son école ont été copiées souvent avec succès, par un nommé Beschey, J.-François, établi marchand de tableaux à Anvers, dans le cours du siècle dernier ; il ne faut pas le confondre avec Balthazar Beschey, qui vivait à la mêmé époque à Anvers, où l'on voit trois beaux tableaux de lui ; entre autres, Joseph vendu par ses frères.

Les artistes sortis de l'école de Rubens ne sont pas les seuls qui, à cette époque, en Flandre, se sont livrés avec succès aux compositions historiques. En elfet, en dehors de cette école, on trouve plusieurs peintres dont les noms figurent honorablement dans l'histoire de l'art ; les principaux sont :

WiLDENs, Jean (1580-1642), que Rubens a beaucoup employé pour la galerie de Médicis, et qui, bien que n'é-

tant pas son élève, Ta très bien imité, et souvent copié assez fidèlement pour tromper même des yeux exercés ;

Seghers, Gérard (1589-1651), qui se rendit enitalie, et acquit sous l'inspiration des œuvres du'Caravage et de Manfredi un ton vigoureux et inie expression pleine de force et de vérité, comme on peut le voir par son Saint François en extase de notre musée, n° 585, et son Elévation de la croix du musée d'Anvers. Il ne faut pas le confondre avec Daniel Segiiers, le peintre de fleurs, également Flamand, dont nous parlerons plus loin, appelé souvent comme lui Zeegers ;

Janssens^ Abraham (1620), qui, jaloux de la gloire de Rubens, osa lui porter un défi que celui-ci dédaigna d'accepter. 11 n'en est pas moins un grand artiste, plein de feu, d'un dessin correct et que Rubens seul a surpassé pour le coloris. Il ne faut pas le confondre avec Victor-Honoré Janssens, dit leTadleur, également Flamand (1664-1739), qui a habité l'Italie doù il a rapporté le style doux et harmonieux de l'Albane, contrastant avec le feu et l'animation que Rubens avait imprimée à l'école d'Anvers ;

RoMBousT, Théodore (1597-1640), élève du précédent, qui partagea sa haine et sa jalousie pour Rubens. On dit qu'il ne peignait jamais mieux que quand il s'animait contre celui-ci. C'est sans doute dans un de ces moments qu'il a peint son Saint-Joseph, averti par un ange de fuir en Egypte, et sa Descente de croix du musée d'Anvers, où l'on trouve un beau dessin soutenu par une vigoureuse couleur. Il ne faut pas le confond.e avec J. Ronbout, le paysagiste hollandais ;

Van OosT le vieux (1600-1671), qui, après avoir visité l'Itahe, où il étudia principalement Annibal Carrache, revint à Bruges, y fit une grande quantité de tableaux d'histoire et de portraits, retourna en Italie en passant par Paris. Nous avons de lui, sous le n* 366, un Saint-Charles Borromée communiant les pestiférés de Milan ;

On dit que Van Oost a très souvent copié Van Dyck

et Rubens avec succès ; mais ses- ouvrages se ressentent plus de l'école bolonaise ; sou dessin est de bon goût, ses portraits, car il en a fait beaucoup, ont une couleur claire et naturelle ; les fonds de ses tableaux, généralement de grande dimension, sont très-souvent ornés d'architecture. Il a eu deux fils, dont Jacq. dit le Jeune, a peint à sa manière, mais plus hardiment ;

Coques, Gonzalès (1618-1684), auquel on doit nonseulemen de beaux portraits comme ceux de Charles I*"', roi d'Angleterre, et d'Henriette-Marie, sa femme, qu'on voit à Dresde, mais encore des scènes d'intérieur dont les personnages sont pleins de distinction. Il a fait pour La Haye une Galerie de tableaux où il s'est peint avec toute sa famille. Nous regrettons que notre musée n'ait rien de ce modèle de bon goût ;

De Vos, Corneille (1619), dont la. manière appartient à Van Dyck. Tout ce qu'on sait sur sa vie, c'est qu'il visita l'Italie. Il a fait comme son père des portraits et plusieurs tabeaux mysthologiques, dont trois se voient à Madrid : Apollon et le 'Serpent ; Vénus sortant de l'écume de la mer, et le Triomphe de Bacchus ;

QuYLLiN, fils d'Erasme (1629-1715), dont la goût se forma aussien Italie, d'où il rapijorta le style de P. Véronèse, moins sa couleur; son ordonnance est riche, son expression vraie et bien sentie. On voit de lui à Bruges différents épisodes de la vie de saint Augustin, et, à Vienne, un Couronnement de Charles- Quint, d'un grand effet ;

Deyster , I^oui s,de(l656-1711), élève d e J . Maes . Ces t un des maîtres flamands qui ont lîossédé au plus haut degré la science du clair-obscur et l'art de mettre les personnages en mouvement. Sa manière est large, son dessin correct, et sa couleur tient de celle de Van Dyck, Distrait par des travaux de mécanique, il a fait peu de tableaux,; on ne connaît guère que ceux qui sont à Bruges, sa ville natale. Il a eu une fille, Anne (1680- 1746), qui a écrit sa vie, et a fait de ses tableaux des copiêâsiexactesqu'onuelesdistingue pas des originaux;

Vleughels, Nicolas (1669-1737), fils de Philippe, al*tiste peu connu, qui a séjourné à Paris ; il habita aussi ritahe,- où son talent le fit nommer directeur de l'école française à Rome. Son style et sa couleur rappellent P. Véronèse. Indépendamment de ses tableaux d'histoire, il a fait plusieurs tableaux de genre d'un eflet assez gracieux, comme k Lever et la Toilette^ qu'on voit à Valenciennes ;

Les deux frères Verhaghen, J. -Joseph et Pierre. Le premier (1726) fit quelques intérieurs villageois, mais surtout des objets de cuisine, avec une telle habileté, qu'on lui donna le surnom de Pottekens ; le second (1728) fut premier peintre du prince Charles de T^ôr-^ raine, visita la France, la Sardaigne, l'Italie, et se distingua par plusieurs tableaux, remarquables par leur coloris. Les principaux sont à Bruxelles, qui a de lui une belle Adoration des mages ; à Anvers, à Gand et à Vienne, où est son Couronnement de saint Etiennej roi de Hongrie ;

Le chevalier Fassin, Nicolas (1728-1811), qui, avant d'être peintre, avait servi en F"rance dans les mousquetaires ; bon dessinateur, assez coloriste.' Ses ouvrages se voient rarement en France et se trouvent jjourla plupart en Allemagne et en Angleterr *Ilaété un des fondateurs, puis directeur de l'Académie artistique de Liège.

Scènes d'intérieur. — Quelque éclat qu'aient jeté sur l'école flamande les artistes que nous venons de désigner, il n'est pas moins vrai que, si on excepte les œuvres inspirées par Rubens, c'est principalement par les tableaux dits dft chevalet, représentant des scènes d'intérieur, que brille cette école.

Ces scènes sont généralement, comme nous le savons, un reflet de la vie privée dans ce qu'elle a malheureusement de moins noble, pour ne pas dire de plus bas ; une image de mœurs dont l'art n'a point à se faire responsable, mais rendue avec la plus scrupuleuse

èxactitude. Ce sont ces œuvres dont Louis XIV traitait les personnages de magots, et dont il voulait cj^u'on débarrassât nos musées, mais auxquelles notre époque rend pleine et entière justice.

Teniers, David, dit le Jeune (1610-1694), est le plus connu de tous ces peintres, que notre admiration pour tout ce. qui est beau ne nous empêchera d'appeler les grotesques. Sa réputation est presque aussi populaire quecellede son illustre maître, P. -Paul Rubens, qui avait pour lui une estime et une amitié particulières ; aussi ses œuvres sont-elles tellement répandues, qu'il n'est pas une galerie, une collection un peu importante, qui n'en compte quelques-unes.

Dire que les tableaux de D. Teniers représentent ordinairement des scènes de tabagies, des corps de garde, des marchés,' des fêtes populaires, serait répéter ce que tout le monde sait ; mais ce que nous devons noter, c'est que ses figures, composées de petites touches spirituellement agencées, ont une expression des plus naïves et des plus vraies ; ses poses sont aisées et d'une piquante originalité; ses intérieurs sont d'un ameublement pittoresque ; ses arbres ont un feuillet léger; ses ciels sonf d'une grande clarté. Ses petits tableaux sont supérieurs aux grands, et on recherche surtout ceux qui sont d'un ton clair et argentin, dont l'effet est plus harmonieux.

Teniers s'est souvent plu et a parfaitement réussi à imiter les maîtres italiens, surtout les vénitiens. Sès tableaux les plus importants, comme dimension, sont sa Fête du tir à l'oiseau sur la place des Sablons, h Bruxelles, et l'Archiduc Léopold- Guillaume d'Autriche visitant sa collection de tableaux. On les voit dans la collection impériale de Vienne, qui a vingt-trois ouvrages de lui.

Les œuvres de Téniers se tiennent à des prix élevés : on en a vu, même dans les moyennes dimensions, atteindre des chiffres surprenants; c'est ainsi que, en 1832, à la vente Erard, l'Enfant prodigue, de cinquante

et quelques centimètres environ , a été adjugé à dixsept mille francs, et qu'en 1860, à la vente Piérard, une Kermesse de lui a monté à vingt-deux mille .

Téniers le père, qui se nommait aussi David, mais qu'on appelle Téniers le Vieux ou le Père (1582-1649), a peint, comme son fils, des intérieurs de cabarets, des fêtes de villages, mais plus en 'grand et avec infiniment moins d'esprit. Sa couleur est moins claire, ses figures n'ont pas la même originalité, ses accessoires sont moins soignés.

Le musée d'Anvers a de Téniers père les Sept œuvres de miséricorde qu'on a souvent copiées. Il a eu un autre fils du nom d'Abraham (1608-1671), qui a aussi peint des kermesses, des joueurs, des buveurs, mais qui ne l'a guère dépassé, et est resté bien loin de son frère David, pour lequel on le donne et on le prend souvent malgré sa couleur gris- terne, sa touche molle et lourde, son défaut de transparence.

Les deux peintres qui ont assez bien pastiché et même copié Téniers, et dont les œuvres, dans les belles qualités se vendent souvent pour être de lui, sont Abt- SHOVEN, Théodore, et Van Helmont, Matthieu. Le premier, dont la vie est peu connue, fut bien son élève, mais n'eut ni son dessin correct, ni sa couleur, ni sa franchise de touche; le second (1653-1739), qui fut également son élève, n'a pas non plus la touche si fine, a un coloris moins vrai , mais plus chaud , ce qui fait supposer qu'il a aussi étudié en Italie.

Un artiste qui, sans avoir cherché à imiter Téniers, a faitrde bonnes choses à sa manière, est Pierre Bloot, mort en 1667; sa couleur est moelleuse, son clairobscur parfaitement entendu, sa perspective bien observée ; aussi jouit-il parmi les amateurs de celte école, surtout dans son pays, d'une grande estime.

Un autre, dont les œuvres sont aussi données et prises pour les siennes, dans le commerce, est le hollandais Diioo -SLOOT, J, Corneille, mort en 1624, n'ayant pu

pal' conséquent être son élève; sa touche sèche, ses tons lourds et opaques le font aisément reconnaître. Il a aussi fait des paysages et même des tableaux d'histoire composés avec esprit.

Il en est de même de Maas, Arnold van (1 620-1 664) , qui a aussi peint, tant dans sa patrie qu'en Italie, des kermesses, de foires, des corps de garde, comme on le voit par le n» 276 de notre musée; il ne faut pas le confondre avec plusieurs autres artistes du même nom dont nous aurons bientôt occasion de parler, surtout avec Nicolas, élève de Rembrandt, et Dirck, élève de Berghem, tous deux Hollandais ;

DucHATEL, François (1625-1679), qui a non-seulement imité Téniérs, dont il avait, comme Maas, fréquenté l'école, mais qui a ennobli son genre, ainsi que le prouve son charmant tableau de notre musée, no 133, peint dans le genre de Gonzalès Coques, On connaît de lui une composition de sept mètres de hauteur contenant plus de mille figures, représentant Philippe IV, roi d'Espagne, recevant le serment de fidélité des Brabançons ; elle était autrefois à Paris.

Brauwer, Adrien (1608-1640), que quelques biographes placent à tort dans l'école hollandaise, x)uisqu'il est élève de Franc. Hais, est après Téniers, David, OLi le Jeune, bien entendu, dont il fut un des maîtres, le plus habile dans ce genre. Ses Q3uvres sont rares, d'abord parce qu'il a peu produit, étant mort de misère à trente-deux ans à l'hôpital d'Anvers ; ensuite parce qu'elles sont restées en grande partie dans les collections des Pays-Bas, où il jouit d'une grande réputation. Rubens faisait grand cas du talent de Brauwer. Il lui offrit môme les moyens de vivre honorablement ; mais celui-ci refusa, préférant la société de Graesheke, dont les goûts étaient plus en harmonie avec les siens. Hubens ne l'en fit pas moins enterrer avec les honneurs dus à son lalent.

Brauwer à l'originalité de Téniers joint une couleur

large et plus vigoureuse ; il est aussi correct et aussi spirituel; il a autant de goût et d'expression. Notre musée n'a qu'un petit tableau de lui, n» 47, mais d'un piquant effet. Le musée d'Amsterdam en possède trois, dont un, la Musique à la cuisine, est une composition des plus comiques; la galerie nationale de Bruxelles a aussi de lui une Dispute entre joueurs de cartes. Puis viennent :

Craesbeke, Joseph (1608- 1641), élève etaussi ami de Brauwer, qui, en le voyant peindre, quitta son état de boulanger pour l'imiter ; ce à quoi il fut bien près d'arriver, comme le prouve le n° 97 de notre musée. Il a peint comme Téniers et Brauwer des scènes de cabarets ; mais il a encore renchéri sur eux, car, au lieu de buveurs et de fumeurs, il a ordinairement représenté des querelles, suites d'orgies, dont ses goiUs bas et ignobles l'avaient fréquemment rendu témoin et probablement acteur. Sa manière est plus sèche que cehe de son maître, et ses personnages grimacent souvent. On voit de lui, à Bruxelles, une Tabagie flamande; et, à Amsterdam, le Portrait de Hugo Grottius ;

Ryckaert, David (1615-1677), élève de son père, dit le Vieux; il a aussi fort bien imité Brauwer, Téniers et même Adrien Ostade, sans toutefois les atteindre. Ses tableaux de diableries, peints h la manière de Breughel d'Enfer, ont mieux réussi parce que la couleur en est plus chaude. Nous n'avons rien de lui, mais il y a au musée de Bruxelles un Chimiste, rappelant bien les trois maîtres que nous venons de citer.

Parmi les artistes flamands qui ont peint des scènes d'intérieur du même genre, des kermesses, on trouve encore Hobemans, Jean (1 675-1 759), et Michau, Théobald (1676-1769). Le premier a peint avec assez de franchise, mais ses personnages manquent de mouvement et d'originalité, sa lumière n'éclaire pas régulièrement ses intérieurs; en im mot, il n'a pas l'esprit de ceux qui précèdent. Le second plaçait ses ligures dans des paysages peints dans un toii bleu à la manière de Breu-

ghel de Velours, leur donnait une pose et une physionomie des plus naïves et les disposait par groupes pleins d'animation.

On confond quelquefois MichauavecScHOEVAERDTS, M., qui vivait en môme temps et a fait aussi beaucoup de kermesses, des foires; mais celui-ci mettait, de même que Bout et Baudevvins (1660), qui travaillèrent ordinan-ement ensemble, et dont les ouvrages sont assez recherchés dans le petit commerce, beaucoup de petits personnages dans ses tableaux ; il est aussi moins bleu que Michau.

Un artiste flamand qui a longtemps habité Paris, où il est mort en 1829, et qui a fait de jolis intérieurs, est Senave, Jacques-AJbert. Il avait surtout le talent d'éclairer ces intérieurs d'une lumière douce qui faisait ressortir ses personnages, d'ailleurs très spirituehement touchés. Il est assez recherché, surtout des amateurs qu'effraye le prix des Téniers, des Ostade et des Brauwer.

A ces artistes il faut ajouter Molenaer, Corneille, dit le Louche (1540), qu'on ne doit confondre ni avec MoLENAisR, Nicolas, qui a peint des hivers assez recherchés, ni avec Mûlei\aer, J. Miense, auquel on doit des scènes villageoises peintes avec infiniment d'esprit, ni avec Moi.enaeb, Jean, le plus connu (tous trois Hollandais). Molenaer, Corneille, dont il est ici question, travaillait avec une grande promptitude, et plusieurs de ses contemporains se sont servi de lui pour se faire aider dans leurs travaux ;

De même Jean Mirl ou Meel (1599-1644), quia fait aussi des scènes comiques et des paysages où se voient des personnages à tenue peu distinguée et des scènes que son maître, en Italie, André Sacchi, traitait de Bambochades, mais qui n'en sont pas moins peintes avec esprit et facilité.

Miel a néanmoins fait, tant à Rome qu'en Savoie, plusieurs fresques d'un style assez éIe\épour se placer

au rang des véritables artistes. Dans les scènes populaires il coiffait ses personnages de manière à jeter une ombre sur la moitié supérieure de leur figure. IL a eu l'insigne honneur de mettre très souvent des figures dans les paysages de Claude Lorrain ;

Enfin de Hont, élève de Téniers, a aussi peint des kermesses, mais surtout des batailles dans lesquelles les cavaliers rappellent Téniers, et les chevaux, le Hollandais Jean Hugtenburg. Il faut qu'il ait peu travaille, car ses tableaux sont rares.

Portraits. — Dans ce genre, l'école flamande, sans être très riche, peut néanmoins le disputer à celle de la Hollande. La réputation que se sont acquise à ce suiet Rubens et Van Dyck lui donnerait même la supériorité, si, en dehors de ces deux maîtres, elle ne comptait encore plusieurs artistes distingués, dont les plus importants et les plus connus sont :

Dans le quinzième siècle, . Jean de Mabuse, dont nous avons déjà ]3arlé, et Jean Martins, qui tous deux ont fait de bons portraits, mais un peu froids ;

Dans le seizième, un nommé Key, Guillaume (1520- 1596), élève de Lambert Susterman, dont on voit à Anvers les portraits de plusieurs magistrats, d'un faire moelleux et d'une belle expression ;

Les trois Porbus ou Fourbus, dont Pierre, de Gouda (1510-1583), mais qui se fixa h Bruges, où il passait aussi pour un habile ingénieur. Notre musée a de lui une Résurrection du Christ, datée de 1 566 ; — François Pierre, dit le Vieux (1540-1580), élève de François Fions dont il épousa la nièce ; — et son fils, aussi François, mais dit le Jeune (1570-1622). Ce dernier est le plus renommé des Porbus.

C'est de lui que sont ces charmants portraits si recherchés aujourd'hui pour leur pâte admirablement émaillée, leur couleur claire et transparente, la finesse d'exécution de leurs détails, comme on peut levoirpar

ceux d'Henri IV. àe Marie de Médicis et de Guillaume du Vair, garde des sceaux, sous Louis XIII, que possède notre musée sous les 394, 395, 396, 397 ;

François Lucas, dit le Vieux, de Maliues, qui fut aussi penitre de la cour de France et d'Espagne, et dont les œuvres se confondent assez souvent avec celles des Porbus, dont elles n'ont cependant pas la finesse ;

Dans le dix^ septième siècle, Hals, François, dit Frank-hals (1584-1666), qui serait sans contredit le plus grand peintre de portraits de son temps, après Van Dyck, si ses chairs avaient un peu plus de délicatesse. Il a peint de grandeur naturelle les membres de la Compagnie du mail.

Amsterdam a de lui son portrait et celui de sa femme. Ses ouvrages se vendent fort cher. On en a vu im en 1865, à la vente Pourtalès, monter à 51,000 Irancs ; celui que nous avons de lui de Descartes est admirable de modelé et d'expression.

François Hals a eu un frère du prénom de Thierry qui a peint des intérieurs à la manière de Palamedes' et plusieurs fils qui ont aussi peint des portraits, mais i3ien inférieurs aux siens.

n li'y^ A^alf?^^^ Hollandais Van Delen, Thierrv

(it)U/-lb55), qui s'est plus occupé de tableaux d'architecture et de genre que de portraits; mais, en architecture, il a fait de très beaux intérieurs, que Van Herp, Palamèdes, et Phil. Wouwermans ont ornés de ligures, et qui sont assez recherchés. Notre musée a de lui sous le n" 115, une cour entourée d'édifices dans laquelle des hommes s'exercent au jeu du ballon. Quelques biographes le placent dans l'école hollandaise ;

SusTERMANs, Juste (1600-1661), qui alla s'établir en Italie, ou il fut protégé par le grand-duc de Florence, u a tait plusieurs tableaux d'histoire, mais aussi des portraits remarquables par leurbelle ordonnance, leur

dessmcoiToctetleurcouleur essentiellement italienne, qui rappelle les Bronziu.

Dans le dix-huitième siècle, on ne connaît guère comme peintre flamand habile dans le portrait que van Brée, Ignace-Matthieu, né en 1773, mort il y a vingt-cinq ans au plus. Il a habité la B'rance et fut nommé directeur de l'Académie d'Anvers, où il s'efforça, par son exemple ,'iutant que par ses préceptes, à maintenir le bon goût. Nous le citons parce que le musée de Versailles a de lui une Entrée du premier consul à Anvers, qui lui fait honneur.

Dans les premières années de la Restauration, nous avons aussi connu à Paris un peintre originaire de Bruges, du nom de Kinsoen, François, qui a fait des portraits qui lui avaient attiré une grande réputation à la Cour de Lonis XVIII. Il est retourné dans sa ville nalale, où il est moi't en 1839.

Paysages et Marines. — Pour ces deux genres, les Flamands ne sont guère mieux partagés que pour les portraits, et sont de beaucoup inférieurs aux Hollnndais. Les artistes qui s'y sont fait une réputation sont, par ordre de date ou de naissance :

Henri de Blés (1480-1550), dont les tableaux contiennent presque tous une chouette; — Patenter, Joachim (1487), qui animait ses paysages de figures grotesques ; — les frères Luc et Martin Valckemburg (vers 1550), qui ont fait des kermesses, et avant lesquels le paysage n'était guère employé dans le Nord que comme accessoire. Puis viennent :

D'abord les deux Brill ou Bril, Paul et Matthieu • (1556), qui ont longtemps habité l'Italie, où Annibal Carrache a souvent enrichi leurs tableaux de ses figures. Leur touche est assez moelleuse, mais leur feuillet est découpé sèchement, et leur teinte générale est d'un vert-bleu qui les fait aisément reconnaître. Ils sont tombés dans le commerce beaucoup audessous de leur valeur.

En même temps que les Brill, vivaient à Anvers deux artistes d'un grand mérife. et dont le genre se rapproche assez de celui des paysagistes pour qu'on puisse

les placer à côté d'eux : ce sont les deux Neefs, Pierre, dits tous deux Peeter-Neefs le père (1570-1 651), et le fils (1601-1658), renommés pour leurs intérieurs d'église. Le père, supérieur au lils, était élève du Hollandais Van Steenwyck, qu'il a surpassé, maisdùUi, on donne dans le commerce les ouvrages pour les siens parce que ce dernier a beaucoup moins de valeur.

Leurs intérieurs d'églises gothiques sont de véritables chefs-d'œuvre de perspective linéaire et aérienne, dont le prix se trouve rehaussé par des figures dont Franck, Breughel et même Téniers les ont ornés. Ils se maintiennent à des prix élevés. Nous avons neuf tableaux du père. Ils ont fait l'un et l'autre plusieurs fois l'intérieur de la cathédrale d'Anvers ; on en voit un de chacun d'eux à Bruxelles, et un du père à Dresde.

Après les Brili, comme véritables paysagistes, on trouve : Jean Breughel, dit de Velours (1568-1625), fils de Pierre, dit le Drôle, et frère de Pierre dit d'Enfer, dont nous avons dé;ià parlé. Ce Breughel est très fin d exécution, d'une touche spirituelle, mais d'un ton bleu transparent, plaisant assez, quoique s'éloignant de la nature.

Breughel, dit deVelours, a souvent peint sur cuivre; ses tableaux sont assez communs ; ceux qu'a de Ini notre musée ne sont pas de la plus belle qualité ; on en voit de plus transparents à La Haye, où s'en trouve un fort curieux représentant une masse de Personnages partant pour une fête de village. Henri Van Balen et F. Franck ont souvent fait les figures de ses paysages. ]1 se maintient cà des prix assez élevés, puisqu'on en a vu de moyenne dimension aller à deux et môme trois mille francs.

Il a eu pour copiste Van Bréda, Jean, fils d'Alexandre, et pour imitateur Savei^', Roland (157G-1639), qui a mis dans ses tableaux, d'un bleu plus cru que les siens, des nnimaux biens dessinés, et a très souvent reproduit la Création ou bien Orphée attirant les animaux aux sons de sa lyre;

MoMPER, Josse (1580-1638), dont les tableaux sont tantôt d'un grand fini, d'autrefois seulement ébauchés, mais généralement d'un ton jaunâtre ;

^ .FouQuiÈREs, Jacq. (1580-1659), élève de Momper, d'un coloris tranchant, mais pur; il travailla longtemps en France, où il eut le grand tort de tourmenter le Poussin au point de le forcer à se retirer en Italie ;

Van Uden, Lucas (1595-1660), élève ou mieux ami de Rubens, qui a souvent orné défigures ses paysages, remarquables d'ailleurs par l'ampleur de leur style et leur belle couleur vénitienne ;

Vâdder, Louis (1510), qui a excellé à rendre la brume du matin et les effets du. soleil levant, qu'il s'était habitué à copier ;

Snayërs, Pierre (1593-1663). auquel on doit de très jolis paysages avec figures, des haltes militaires, des batailles, des attaques de convois. Le plus bel éloge qu'on puisse faire de lui, c'est de dire que Rubens et Van Dyck estimaient beaucoup son talent ;

Thielens, Jean, contemporain de Rubens, dont on voit à Berlin plusieurs paysages et une Chasse cm cerf d'une exécution digne de Sneyders ;

VoBSTERMAN, Luc, dit le Vieux, que l'on croit élève de Rubens, qui quitta la peinture pour la gravure, et laissa, comme peintre de paysages, des preuves d'un talent éminent. On voit de ses œuvres à Dresde;

Van Balen, Jean, fils et élève de son père, Henri (1611-1652), mais qui a étudié l'Albane en Italie, et dont Jes paysages, touchés avec légèreté, sont ornés de petites figures représentant généralement des amours et des nymphes à la chasse ou au bain, d'une fraîcheur de coloris rappelant Rubens en petit ;

Van Artois, Jacques (1613-1665), élève de Jean Wildens et ami de Van Dyck ; il a, comme son maître, une ordonnance sage, un dessin correct et de

beaux horizons rappelant ceux de l'école vénitienne, s'ils ne prenaient pas parfois une teinte d'un vert- Heu sombre trop prononcé. Téniers a quelquefois fait des figures dans ses tableaux ;

Les deux de Wit : Gaspard (1621-1673), qui a fait beaucoup de vues de la campagne de Rome, et des paysages avec ruines ; et son frère, Pierre (1620-1669), moins connu, qu'on appelait à Rome Petrus Albus, artiste d'une grande imagination et d'une extrême facilité.

Mais un des paysagistes flamands les plus connus est HuYSMANS, Corneille, dit de Malines (1648-1727), que son dessin correct, sa couleur prononcée à l'italienne, mettent en effet au premier rang; il est aujourd'hui fort recherché et se paie cher, quand il n'a pas poussé au noir, ce qui lui arrive assez souvent. On le reconnaît surtout aux terrains jaunâtres éboulés qu'il mettait ordinairement sur ses premiers plans.

Hdysmans a eu plusieiu's imitateurs ; celui qui l'approche le ijhis et dont on donne souvent les œuvres pour être les siennes, est Rysbraek, Pierre, vivant encore au xvni^ siècle, et dont, les paysages, par leur horizon, ont quelquefois été pris pour être du Poussin.

Ce Rysbraek a eu pour élèves les deux Breydel, dont l'un, Charles, dit le chevalier (1677-1744), a fait de charmantes petites batailles sur le devant desquelles on voit toujours un cavalier renversé de son cheval et, à côté de lui, un soldat étendu mort ;

Van Bloom ou Bloemen, J.- François (1656-1740), .

surnommé Orizonte à cause de l'habileté avec laquelle il savait dégrader les divers plans de ses tableaux. Il a presque toujours pris pour sujets de ses paysages la campagne de Rome ; sa couleur est belle, sa perspective savante et ses lointains sont si habilement disposés qu'on a souvent pris ses paysages pour ceux du Guaspre, mais ses compositions ne sont jamais d'un style aussi magistral.

Il a eu deux frères, dont le plus connu est Pierre,

lie les Flamands ont surnommé Standaert (1658- 713), peignant habituellement des paysages avec animaux, surtout ,des chevaux, comme des caravanes, même des batailles ; on l'estime assez dans le commercé parce qu'il peignait franchement ;

BouDEvv^YNS, Ant.-François ou Nicolas (1660-1700), sur la vie duquel on a peu de renseignements exacts, quon appelle aussi souvent Baudoins; mais très connu dans le commerce par ses paysages généralement de petite dmiension, d'un faire très agréable, d'une bonne couleur, et que Bout, Pierre, avec lequel il a presque toujours travaillé, a ornés de charmantes petites figures.

Deux autres paysagistes flamands non moins connus qu Huysmans et aussi réputés pour leurs animaux que pour leurs paysages, sont Van Falens, Charles, et Van BfiEDA,Jean. Le premier (1684-1 733)séjournalongtemps à Paris, où il fut reçu à l'Académie comme peintre de paysage et de chevaux, sur son tableau que nous avons sous le no 166, tableau qui prouve qu'il avait profondément étudié Philippe Wouwermans, dont il ne s'est pas beaucoup éloigné, quoi qu'il y ait entre leurs œuvres une immense différence de prix. On a même gravé de ses tableaux 'sous le nom de Wouwermans pour donner plus de prix aux gravures.

Quant à Van Bréda, Jean, (1683-1750), il est élève de son père, Alexandre, qui fit lui-même de beaux paysages dans le goût italien. Il s'appliqua comme Van Falens à imiter Wouwermans et y réussit quelquefois assez bien. Le musée de Vienne a de lui deux Batailles du prince Eugène contre les Turcs, qui lui font honneur. Il a, comme nous l'avons dit, quelquefois copié avec succès Breughel de Velours. Après eux ou ne trouve plus que :

Antonissen, Henri-Joseph (1737-1794), dont la touche est grasse et d'un bon effet;— et Van Regemorter, Pierre (1755-1830), qui excellait à peindre les clairs de lune sans atteindre toutefois le Hollandais Arthur Van derNéer. Ce Regemorter était habile restaurateur de ta-

^ Us -

bleaux, et- il a peint quelques paysages et des kermesses d'un assez bel effet

Enfin Ommécanck, Bal thazar -Paul (1755-1826), dont les œuvres sont aujourd'hui fort recherchées pour leur ordonnance simple et naturelle, leur ton chaud et agréable, et la belle exécution des animaux, surtout dos moutons dont il rendait très-bien la laine grasse et dorée. L'Institut de France l'avait nommé son correspondant, et la ville d'Anvers l'estime assez pour avoir récemment donné son nom aune de ses rues. Sa sœur et non sa fille, comme le dit à tort le livret de notre musée , a suivi sa manière d'assez près pour qu'on confonde souvent leurs œuvres.

Omméganck a fait des animaux dans les paysages d'un nommé Borrekens, J.-P.-Franç. (1747-1827), ce qui fait qu'on lui attribue quelquefois les œuvres de celui-ci, dont les ciels et tout ce qui tient au paysage sont loin de l'égaler. La plupart des tableaux qu'on donne dans le petit commerce pour être d'Omméganck sont de Lenzen, J.-F., également d'Anvers, mort en 1840 ; la mollesse.de sa touche et le dessin peu correct de ses animaux doivent lever tous les doutes.

Les œuvres authentiques d'Omméganck se venden toujours très-cher, de 4 à 6,000 fr. dans les dimensions moyennes. En 1839, vente Sommariva, on a vu un de ses paysages monter à 7,350 fr., bien plus en 1841, vente ÏPerrégaux, un autre, magnifique il est vrai, a atteint 13,000. Depuis quelques années ses tableaux ont beaucoup baissé dans le commerce : ce n'est pas qu'ils aient perdu de leur valeur, mais c'est que la plupart de ceux qui paraissent dans les ventes sont d'habiles contrefaçons faites en Belgique.

Quant aux marines, l'école flamande ne compte guère, comme s'en étant occupés spécialement, que. Van Plattenberg, Matthieu (1600-1666), qui travailla en Italie avec Asselyn, et vint mourir à Paris sous le nom de Montagne, ayant confié son fils Nicolas aux soins de Philip, de Champagne son parent ;

Les deux frères Péteers, Bonaventure (1614-1671), et Jean (1625-1677), qui se gpnt surtout plu à représenter des scènes propres à inspirer la terreur, des tempêtes, des naufrages, qu'ils rendaient d'ailleurs avec une eifrayante vérité, et d'une touche à la fois ferme et fine ;

Van Eygk, Gaspard (1625-1673), dont presque toutes les batailles navales sont des combats entre les Turcs et les chrétiens, bon dessinateur, pinceau facile ;

Et Van MiNDERHOUT, Henri (1637-1696), qui s'attachait surtout aux détails que comporte le gréement d'un vaisseau, mais dont les ciels sont lourds et les figures négligées.

Animaux, natures-mortes, fleurs. — Le peintre spécial d'animaux le plus connu de cette école et de toutes les autres, sans aucun doute, est Sneyders, François (1579-1657), élève de Henri Van Balen, et que plusieurs artistescélèbres, comme Rubens, choisirent pour peindre les animaux, les fleurs même et les fruits de leurs tableaux. Ha beaupoup peint en grand; on le reconnaît à sa composition riche, à sa couleur énergique, sa touche ferme et hardie. Quelques-uns de ses tableaux ont noirci, ce qui empêche souvent d'en voir tout l'efTet.

Si Sneyders a souvent peint des animaux dans les tableaux de Rubens, celui-ci a aussi orné les si ins de figures. Ses chasses sont très recherchées et doivent faire l'ornement obligé d'un vestibule ou d'une pièce d'attente de toute grande maison de campagne. Nous avons au musée sept beaux tableaux de lui.

La veuve de Sneyders a épousé un nommé Boule, son élève, qui est venu en France peindre des animaux et des chasses à la manufacture des Gobelins, et qui l'a quelquefois assez bien imité ; ainsi fque Snydeh?, François, son élève, qui est venu aussi se fixer à Paris, où il est mort en 1678. Notre musée a de beaux tableaux de Sneyders, mais on en voit de très beaux aussi dans

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plusieurs collections priiicières, par exemple, dans la galerie impériale de Vienne , qui a de lui de belles chasses, un Paradis terrestre, comme nous, et un Daniel dans la fosse aux lions, d'un effet admirable; ou celle de Vienne, où il a une Chasse au cerf et un Combat d'ours et de chiens, dans lesquels sont des figures de Rubens ; ou, mieux encore , celle de Dresde, où il est représenté par onze belles compositions.

Nos musées de province, comme ceux de Lvon, de Bordeaux, de Rouen, de Caen, de Rennes, d'Angers, de Grenoble ont aussi des tableaux dé Sneyders. A Paris, on eu voit plusieurs dans la galerie Rothschild et un très-beau chez M. Duchatel. L'estimation officielle de ceux qu'a notre musée les met, à notre avis, beaucoup au-dessous de leur valeur.

nPan ^^7^ ^P^'? Sneydcrs : Van Utrech, .Adrien (15yy-lb51), très-habile à peindre des fleurs, mais surtout des oiseaux de l'Inde à plumage éclatant. Le roi d Espagne faisait un grand cas de son talent; aussi c est a Madrid qu'on voit ses plus beaux tableaux, dans lesquels Jordaens a quelquefois peint des figures;

PauldeVos (1600-1 054), qui a aussi fait des batailles et a beaucoup travaillé pour le roi d'Espagne, et dont Jcs tableaux sont remarquables par le mouvement, la lumec et le fou dont il les animait ;

Adriessens, Alexandre (1625-1685), renommé pour les poissons, qu'il rendait avec une grande vérité ;

Van Aelst, Paul, très-connu aussi pour ses fleurs, ses fruits, mais surtout ses oiseaux morts, comme les perdrix, dont il rendait très-bien le plumage gris et roux-dore. Ses fleurs sont d'un grand fini.

Mais les plus connus en ce genre, après Snevders, sont In-T, Jean, et Grif ou Grief, qu'on croit ses élèves. Le premier (1625-1671) est généralement d'une plus ûcife cou leur et d'une touche moins sèche que le second (jui a souvent pris un Ion brun-noir d'un n^pcrl pou

agréable. Fyt est toujours cher dans le commerce où, quand il est de Lelle qualité, on le donne pour Jean Weenix. Il a eu pour élève et imitateur Goninck, David (1636-1689), qui mettait souvent un tapis dans ses tableaux et qui a aussi fait des paysages. Fyt et Giif ont peint peu de grands tableaux.

On met encore au nombre des peintres en ce genre, et que Sneyders a aussi eu pour élève, Nicasius, Bernard (1608-1678), Flamand comme lui, mais ayant longtemps habité Paris, où il a été reçu à l'Académie. Sa manière se-rapproche de celle de son maître, mais il est moins vigoureux, comme on peut le voir par les deux tableaux que notre muséé a de lui, n°' 361 et 362. On connaît aussi de sa main des fleurs, des fruits, même des paysages.

Pour les fleurs, l'école flamande n'a certainement personne h opposer à Van Huysum et môme à Mignon; cependant elle compte des hommes fort habiles en ce genre, tels que :

Seghers, ou Zeeghers, Daniel, dit le Jésuite d'Anvers (1590-1660), élève de Breughel de Velours, qui fit des guirlandes de fleurs d'un beau fini, d'une couleur fraîche et naturelle, au milieu desquelles Van Dyck, Corneille Schut et d'autres maîtres se plurent à peindre des médaillons à sujets rehgieux et autres. On le reconnaît à une branche de fleur d'oranger qui fermait souvent ses guirlandes par le bas. Il n'est pas, dans le commerce d'un prix proportionné à sa valeur.

Un des plus beaux tableaux de Seghers est celui de la galerie de Vienne représentant le Saint-Sacrement entouré d'une guirlande, avec cette inscription : 0 amor quisemper ardcnsi Notre musée a récemment acquis de lui une magnifique guirlande entourant des amours de la main du Dominiquiu, qu'il avait eu occasion de connaître en Italie;

VanTHiELEN, J.-Philip. (1618-1667), élève de Seghers, qu'il imita assez bien, mais qu'il n'égala pas. Comme

lui, il a peint des guirlandes au milieu desquelles des peintres en renom ont mis des figures, ainsi qu'on le voit dans les beaux tableaux qu'ont de lui les galeries d'Anvers, de Vienne et de Madrid, tableaux qui approchent ceux de Segliers II a eu deux filles qui se sont exercées et ont assez bien réussi à imiter, môme à copier ce dernier ;

Les deux Van Kessel, Jean, le père (1626-1679), et Ferdinand, le fils (1660-1696). Le premier a peint également des guirlandes de fleurs, mais très souvent aussi des concerts d'oiseaux, des insectes, des poissons et même des scènes d'intérieur grotesques et des paysages ; le tout assez fini, mais d'une grande sécheresse. Nous avons de lui, sous le n° 260, une guirlande de fleurs entourant une sainte famille, qu'on attribue à Franck, le jeune. On voit deux de ses scènes d'intérieur à Vienne.

Le fils a bien peint le paysage, mais aussi des fleurs, des groupes d'oiseaux et des sujets mythologiques dont les figures sont assez fines, mais unpeuépinglées. Il ne faut pas les confondre avecleHoUandais Jean Van Kessel, qui a peint des paysages à la manière d'Hohbéma; — Eyckens, François (1627-1673), élève de son père, a laissé à Anvers une bonne réputation dans le genre des fleurs et des fruits ; il a même fait des tableaux de gibiers assez estimés; — Verendael, Nicolas (1659- 1717), bien connu par l'usage qu'il avait pris de mettre •ses fleurs et ses fruits dans des vases, et d'ajouter des insectes à ses compositions d'ailleurs d'un beau fini et d'une grande vérité ;

Van Son, Jean, fils de Georges (1661-1723), qui alla s'étabhr à Londres, où il mourut. Cet artiste, peu connu parce que ses œuvres sont rares, a fait en fleurs et en fruits des choses admirables. Personne n'a peint mieux que lui les pêches et les raisins, 11 donnait aux raisins une telle transparence qu'on apercevait les pépins qui garnissent leur intérieur. Ses tableaux contiennent souvent des tapis turcs, des rideaux d'étoffes

d'or et d'argent. Son père s'est exercé dans le même genre, mais avec moins de succès ;

VEBDRUGGEN,Gasp. -Pierre (1668-1720), remarquable par sa manière de composer ses masses et d'en faire d'agréables décorations. On pourrait pour cela le nommer le Baptiste flamand. Un de ses tableaux avait autrefois été jugé digne d'orner la salle de réunion de la corporation de Saint-Luc d'Anvers, son pays natal/ où il est venu mourir domescique de l'Académie dont il avait été le directeur; ses tableaux se rencontrent assez fréquemment dans le commerce, mais ne sont jamais d'un prix élevé, car ils atteignent rarement 600 francs, même dans les belles qualités;

Les trois Breughel, tout à fait étrangers à la famille des autres Breughel dont nous avons parlé : Ambroise, qui a été directeur de l'Académie d'Anvers de 1653 à 1670, et ses deux fils, A-braliam, dit le Napolitain, et Jean-Baptiste, qui habita aussi l'Italie, où il peignait encore en 1700. Leurs fleurs sont bien peintes, d'un dessin moins sec que celles de Breughel de Velours ; nous avons même vu un tableau de fruits et de fleurs signé d'Abraham, qui imitait le faire de Michel-Ange des batailles à tromper les plus habiles.

Le xvni® siècle, sous le rapport des peintres de fleurs, a été plus favorable à l'école flamande que les époques précédentes, car il compte d'abord :

Hardimé, Pierre (1678-1748), qui fit en 1718, pour l'abbaye de Saint-Bernard, près d'Anvers, quatre grands tableaux représentant les Fruits propres aux quatre saisons; il a aussi mis des fruits dans les tableaux de plusieurs artistes en renom ;

BosscHAERT, Nicolas (1696-1716), artiste peu connu,' qui parcourut jeune les rues d'iVnvers en mendiant, et pourtant a fait des fleurs et des fruits d'une vérité, d'une couleur st d'une vigueur de ton peu ordinaires.

Mais arrivent les plus connus et les plus estimés •

Ce sont les deux Van Spaendonck, Gérard et Corneille, qui tous deux quittèrsnt Anvers, où ils avaient étudié, pour venir se fixer à Paris. L'aîné, Gérard (174G-1822), IDrofesseur d'iconographie au Jardin -des -Plantes , membre de l'Institut, et dont, nous nous honorons d'avoir suivi les cours, a acquis une célébrité qui le place au rang des plus grands artistes en ce genre.

Son frère, Corneille (1756-1840), a beaucoup travaille pour la manufacture, de Sèvres. Leurs œuvres, celles de Gérard surtout, se paient très-cher; notre musée n'a qu'un tableau de lui (n° 497), d'ailleurs très-beau, qu'on ne peut guère estimer moins de huit à dix mille francs.

Les Van Spaendonck ont amené avec eux à Paris Thys, Pierre-Joseph (1740-1823), leur ami, dont les plus belles œuvres sont restées en Hollande, où elles figurent honorablement dans les plus belles collections, ainsi que celles de Faes, Pierre, aussi ami de Van Spaendonck, d'Omméganck et de Vandael, dont on ne connaît guère de ses tableaux que ceux qui.sont à Vienne. Cependant nous en avons vu récemment deux à Paris qui se rapprochaient jAus de la manière de Van Huysum que de celle des Van Spaendonck ;

Puis Redouté, Pierre-Joseph (1759-1840), comme Van Spaendonck, peintre de Heurs au muséum d'histoire naturelle, où il eut un immense succès pour ses roses surtout, qu'il peignait avec une fraîcheur et une délicatesse de pinceau inimitables. La plujoart de ses ouvrages sont peints à gouache;

Enfin Van Dael, J. -François (1764-1840), que sa facture large, sa riche ordonnance et son beau fini mettent presque sur la môme ligne que Van Spaendonck Gérard, et Redouté. Comme eux, il a joui à Paris, où il s'était aussi fixé, d'une grande réputation; les trois tableaux que nous avons de lui sous les n°* 1 10, "11 1 et 112 montrent qu'il en était digne. Sa manière est moins magistrale que celle de Vnn Spaendonck, mais

il est souvent plus soigné dans ses détails; leur valeur artistique diffère moins que leur valeur commerciale.

A ces peintres de fleurs on peut joindre M. Sauvage (1744-1818), élève aussi de l'Académie d'Anvers, renommé pour ses peintures en émail, mais surtout pour ses imitations de bas-reliefs, qui, à une certaine distance, font la plus complète illusion. On lui attribue à tort dans le commerce tous les tableaux peints dans ce genre.

École hollandaise.

Compositions historiques. — Cette école ne compte qu'un très-petit nombre d'artistes qui se soient spécialement adonnés à la grande composition historique. Plusieurs ont bien traité l'histoire, mais dans des dimensions et dans un style plus propres à faire ressortir le fini de leur exécution qu'à représenter une grande scène.

Lucas de Leyde (1494-1533), cependant, un de ses chefs, sinon le fondateur de cette école, puisqu'il avait été précédé par quelques artistes dont les noms sont enregistrés dans l'histoire de l'art, avait, pour ainsi dire, dès le début, abordé l'histoire dans des ouvrages qu'on regarde encore aujourd'hui comme des^ chefsd'œuvre, et où la science de la composition s'unit à l'animation et à l'expression des figures.

Lucas de Leyde est le premier des peintres hollandais quia eu l'idée d'affaibUr et d'augmenter les teintes suivant les distances, créant ainsi le clair-obscur, presque inconnu à Van Ouwater, à Stuerbout, dit de Harlem, et à Mqster, qui ne l'ont précédé que de quelques années.

Lucas de Leyde a généralement, comme presque tous les peintres du Nord de son temps, peint des su-

iets religieux. Un de ses principaux tableaux, le nomiDre en est considérable, est un Jugement dernier for-, mant un tryptique, sur les volets duquel sont peints Saint Pier re et Saint Paul ; il se trouve à Leyde.

On voit de ses œuvres à Vienne, à Amsterdam, à La Haye, à Madrid, à Florence môme et à Rome, en un mot, dans toutes les grandes collections; ce qui fait regretter que notre musée n'ait rien qu'on puisse positivement lui attribuer. Lucas de Leyde a été aussi habile graveur que grand peintre. On peut, sous ce rapport, le mettre au niveau d'Albert Durer.

On trouve ensuite Van Schoreel ou Scorel, Jean (1495-156?), qui visita l'Italie, se lia avec Albert Durer à Nuremberg, et fit, entre autres voyages, une excursion en Terre-Sainte, ce qui lui donna l'idée du tableau qu'on voit à Utreclit représentant Douze abbés faisant un felerinage, en Terre-Sainte, dans lequel il s'est peint lui-môme ;

Heemskerk, Martin, dit le Raphaël hollandais (1498- 1574) et MoRO, Antoine (1512-1568), tous deux élèves de Schoreel, qui rapportèrent d'ItaUe une exécution plus finie, une touche vigoureuse et d'autres quahtés essentielles manquant au maître. Heemskerk a aussi eu pour élève Gouda, Corneille (1510-1550), qui l'imita souvent avec succès. Quant à Moro, qui fut peintre de Charles-Quint, il est surtout connu par ses portraits. Nous en parlerons plus loin ;

Hemsen, Jean (né vers 1500), dont on voit au musée, n° 200, un tableau daté de 1555 qui prouve qu'il a cherché à imiter Albert Durer, dont il est pourtant resté bien éloigné. On voit de lui h Vienne plusieurs tableaux, entre autres le portrait de J. de Mabuse;

Les deux Goltzius, Hubert (1526-1583), élève de SusTERMAN, dit Lombard, antiquaire célèbre qui aussi peint; et Henri (1558-1618), le plus connu des deux, qui a parcouru l'Italie et l'Allemagne, où l'on voit de

lui des tableaux allégoriques d'un assez hon coloria mais d'un grand fini, et des portraits bien peints. Henri a eu pour élève Lis, Jean, qui a aussi étudié en France et est mort en Italie, où il s'était établi ; son dessin et son ordonnance rappellent tout à fait son maître auquel il est supérieur par le moolleux de la pâte, mais surtout par le coloris qui rappelhî l'école V('uitienuo;

Van JUarlem, Corneille (1562-1G37), dont le coloris fat faux, la musculature trop ])rononcée, mais l'ordonnance riche, spirituelle et le dessin régulier. On connaît de lui à La ILaye, un Massacre des innocents à'un grand effet et d'une grande science anatomique; à Amsterdam, Adam et Eve dans h paradis terrestre; îi Vienne, Cadmus et le Dragon; à Dresde, Vénns, VAmoiir et Céri\s ;

Zl'sïhis ou Sûster, Lambert, qu'on snit seulement rtre mort en 1600, mais qui a habité l'Italie, où il a été élève du Titien ; ce qui se reconnaît à la couleur du tableau que nous avons de lui, sous le n" 587, Vénus et l'Amour ;

^ Bloemaert ou Blomart, Abraham (1567-1647), dont l'heureuse imagination s'exerça surtout à produire de grands effets, comme son Adoration des bergers, éclairée par une lampe, du musée de Munich, et autres compositions capricieuses, mais d'une bonne couleur et d'un assez beau fini. Il a habité Paris, où l'on voit souvent de ses tableaux; notre mnsée en a trois.

ToRRENTius, Jean (1589-1640), qui perdit à peindre des scènes obscènes un talent qu'if eût mieux emplovc il des tableaux d'intérieur, surfont de natures-morlos, dans lesquels il excellait;

HoNTHORST, Gérard, dit Gérardo délia Notte (159?- 1666), surnom qui lui vient de plusieurs tableaux avei^. elfet de lumière, qu'il fit en Italie. Dessin correct, conipQsition visant au grandiose ; mais choix peu élevé

des personnages et colons somljrc. Il a fait beaucoup de ta])leaux, mais moins encore qu'on ne lui en donne ; car dès qu'on est embarrassé sur l'auteur d'un tableau à figures caractérisées et] rembrunies, peintes à mi-corpj on les lui attribue.

L'ouvrage principal de Honthorst est sans contredit son Adoration des Msges, qu'on voit à Florence. Nous avons de lui, au musée, sept tableaux qui donnent une juste idée de sa manière. Il a eu pour élève Sandrart, Joacbim, dont nous parlerons dans l'école allemande, parce qu'il est de Francfort-sur-Mein , où il a dé buté.

Mais ces artistes et plusieurs que nous ne citons pas n'ont pas eu, excepté Lucas de Leyde et deux ou trois autres, une grande importance dans la sphère de l'art, comme peintres d'histoire ; nous les indiquons pour ne pas laisser trop de vide entre le début de l'école hollandaise et l'extraordinaire, l'excentrique Remhrandt, en lequel se personnifie la grande peinture des Hollandais, comme s'est résumée dans ilubens celle des Flamands.

Rembrandt, Gerretz, Van Ryn (1606-1669), en effet, vulgairement connu par ses portraits, dans lesquels il a mis l'empreinte de sa couleur magique, de son mystérieux clair-obscur, qu'il n'est pas donné à tout le monde de bien comprendre, a fait un grand nombre de véritables tableaux d'histoire, dont ceux que possède notre musée, quelque curieux qu'ils soient, ne donnent pourtant qu'une idée imparfaite.

Pour bien l'apprécier sous ce rapport , il faut avoir vu sa célèbre Leçon d'anatomie du musée de La Haye, dont notre Académie de médecine a une belle copie; sa. Ronde de nuit, de la galerie d'Amsterdam, qui est sans contredit le plus étrange, le plus extraordinaire de tous les tableaux ;sa Femme adultère, de la collection nationale de Londres ; sa fameuse Desçfnteçie Çroiçs, de la py.nacothèque de Munich; sç)^

Enlèvement de Ganymède et son Festin d'Esther et d'AssiUrus, de la galerie de Dresde.

C'est alors qu'on reconnaît que nul artiste, malgré ses bizarreries, ses incorrections, le mauvais choix et la vulgarité de beaucoup de ses modèles, l'abus enfin qu'il a fait de son clair-obscur, qui donne souvent à ses portraits l'aspect de personnages peints dans des caves, nul artiste, disons-nous, n'a donné à ses têtes une expression plus profonde et plus pénétrante, n'a rais plus de vérité dans ses gestes, plus d'énergie dans son dessin.

Les œuvres de Rembrandt, bien authentiques, se maintiennent et se maintiendront toujours à des prix élevés ; une tête de lui, portrait ou autre, de belle qualité, vaut toujours, bas prix, 15, 20 et même 25 mille francs. Dans la vente Mecldembourg (1854), son portrait du bourgmestre Six, qui fait aujourd'hui partie de la galerie Schneider, a été vendu 28 mille francs.

Mais ce qiîl est extraordinaire, c'est qu'un portrait d'homme, dit le Doreur, qui figure dans sa leçon d'anatomie, vient d'être vendu (vente Morny , (1865) 155 mille francs ; ce qui pourrait passer pour un acte de folie, si les personnes qui se le disputaient n'avaient pas des fortunes qui leur permettent de jouer avec des millions. Ses disciples, surtout dans le genre historique, sont par date de naissance :

KoxNiNG, Salomon (en 1609-16**), qui, sans avoir été positivement l'élève de Rembrandt, l'a si bien imité, qu'on lui a longtemps attribué le célèbre tableau de Daniel en présence de Nabuchodonosor qui orne, à Derbyrshire, la galerie du comte Scardale ; son frère Philippe a peint dans le môme genre, mais s'est particulièrement livré au paysage.

Il ne faut pas confondre ces deux Koning avec Jacq. Koning, élève de Van de Velde, qui a fait des paysages que Lingelbach et Van Bergen ont orné de figures, ni

avec David Coninck de l'école flamande dont nous avons parlé;

Bol, Ferdinand (1611-1681), directement élève de Rembrandt, dont nous avons un tableau et trois portraits importants, mais dont on voit dans la galerie de Dresde plusieurs sujets bibliques savamment traités, quoique la couleur en soit souvent un peu lourde, au lieu d'être chaude et transparente comme celle du maître. Ses meilleurs portraits sont ceux de Vayniral Ruyter, qu'ont les musées d'Amsterdam et de La Haye ;

FLn\CK,Govaert (1615-1660, qui a aussi fait beaucoup do tableaux qu'on a pris pour être de Rembrandt; il s'est malheureusement gâté la main en voulant tour à tour imiter Van Dyck et Murillo, au lieu de se perfectionner dans sa ijremière manière. C'est alors qu'il a peint son ange annonçant aux bergers la naissance du Christ, n" 171 de notre musée. On voit de lui, à Amsterdam, une superbe Assemblée d'officiers, après la. paix de Munster, de grandeur naturelle.

VandenEECKHOUT, Gerbrand (1621-1674), est de tous les élèves de Rembrandt celui qui s'est le plus rapproché de lui pour les grandes compositions historiques. Son tableau de Anne consacrant son fils au Seigneur^ du n° 158 de notre musée, prouverait déjà que s'il avait quelques-uns des défauts du maître, il avait aussi plusieurs de ses qualités : surtout une grande entente de clair-obscur. Les autres tableaux de lui oii se révèlent au plus haut degré ces qualités sont : sa Femme adultère, du musée d'Amsterdam ; -son Adoration des Mages, de La Haye; son Clirist enseignant les docteurs, de Munich.

Maas, Nicolas (1 632- J 693), est aussi de tous les élèves de Rembrandt celui qui mériterait le plus d'être connu par son beau dessin, sa touche à la fois vraie^ agréable et vigoureuse. Il a fait beaucoup de portraits^ surtout en petit, mais d'un grand éclat de couleur ; c'est pour s'y livrer entièrement qu'il a abandonné la grande composition, et qu'il s'est écarté de la maniéré

de Rembrandt en prenant un ton plus clair et plus doux à yœil. Il est recherché dans le commerce.

11 en est de même de Gelder, Arnould (1645-1727), qui a longtemps conservé avec succès la manière de Rembrandt , mais qui , ne pouvant, comme bien d'autres, l'atteindre avec tout le succès désirable, s'est aussi livré au portrait dans une gammemoius tranchée. Parmi ses portraits ou cite celui de Pierre, dit le Grand, (ju'on voit au musée d'Amsterdam ;

De Bramer, Léonard (1596), qui, sans avoir été l'élève do Rembrandt, a aussi peint à sa manière des sujets liistoriques, mais en petit ; ce qui le fait surtout reconuaître, c'est qu'il recherchait beaucoup les effets de la lumière artificielle, et se plaisait à la faire jniroi ter sur dos objets d'or, d'argent, de marbre. Son dessin d'ailleurs est maigre et ses draperies soiTt sans caractère. Son principal mérite est sa couleur, qu'il tenait des maîtres italiens, qu'il avait étudiés à Venise.

Un peintre qui, tout à fait en dehors de la manière de Rembrandt, a aussi traité très-convenablement l'histoire en Hollande, est Lairesse, Gérard (1640- 171 1), qu'on a Ijien <à tort, il est vrai, nommé le Poussin hollandais, car s'il avait dans ses compositions une manière assez large, même poétique, un coloris haimonieux, un dessin plein de mou\'ement, il n'avait ni la justesse, ui l'élévation de style, ni cet admirable accord de la forme et du sentiment qui caractérisent notre grand peintre national.

Lairesse a souvent peint avec Glauber, Jean, dit Polydor (1646-1726), des paysages dits arcadiens, dont il se chargeait le plus ordinairement de faire les figures. Ces paysages sont restés pour la plupart eu Allemagne, où Glauber a passé une partie de sa vie et joui d'une grande réputation. Le tableau le plus important de Gérard Lairesse est son Séleucus cédant son sceptre et son épouse à son fds Antiochns, qu'on voit au piuséç d' Amsterdam,

On peut mettre sur la môme ligne Hoet, Gérard (1648-1733), que ses compositions également gracieuses et son pinceau léger font rechercher des amateurs qui aiment les œuvres dans lesquelles une part égale est faite à la pensée et à l'exécution.

On a d'ailleurs de G. Hoet des compositions impor" tantes, telles que le Triomphe et le mariage d'Alexandre, qu'on voit de lui au musée d'Amsterdam, son Histoire de Pyrame et Tliisbé du musée de Rotterdam. Il a eu un fils, Henri-,Tacq., qui a peint des fleurs à la manière de Van Huysum, mais dont il est resté bien loin.

Scènes d'intérieur. — Sous ce rapport l'école hol" landaise n'a rien à envier aux autres écoles, surtout à celle de Flandre, car si cette dernière a eu Téniers, Brauwer, Tilborg, Ryckaert, elle peut lui opposer dans le môme genre les deux Ostade, Jean Steen, Corneille Béga, etc., tandis que la Flandre n'a rien à mettre en comparaison avec Gérard Dow, les Miéris, Metsu, Terburg, et un grand nombre de peintres de genre du pins grand mérite. Etudions d'abord ceux que nous venons de citer et ceux qui rentrent dans leur manière.

Des deux Ostade, Adrien (1610-1685) et Isaac (1612et 1671), le premier, bien que le genre grotesque, nous le répétons, ne soit pas à notre avis, même poussé dans ses plus hautes limites, le sublime de l'art, est cependant un artiste tout à fait hors ligne. Si son dessin est moins correct que celui de Téniers, il a une couleur plus chaude; une lumière mieux conduite et un clair-obscur d'une admirable harmonie. Ses figures sont généralement courtes et communes, mais leur naïveté et leur franche bonhomie font complètement oublier leur laideur.

Une galerie de quelque importance ne, serait pas complète si, à côté d'un Téniers, on ne voyait pas un Ostade; aussi le troiive-t-on non-seulement dans toutes collections des Pays-Bas, inai? à Florence, à Ma»

drid, à Dresde, à Berlin, à Munich, à Londres et à Paris bien entendu, où notre musée a sept tableaux de lui d'une belle qualité. Son Maître d'école, n" 370, qui, à la vente du comte de Vaudreuil, en 1784, ne s'est vendu que 6,600 fr,, se vendrait aujourd'hui de 25 à 30,000 fr.

Son frère, Isaac, son élève, ne l'a pas égalé : au lieu de s'en tenir comme lui à des scènes d'intérieur, il a fait des vues de villages, des haltes de voyageurs, des effets d'hiver, d'ailleurs d'une agréable composition, d'une bonne couleur. Pour sa valeur commerciale, il est d'un tiers, même d'une moitié moins cher que son frère, c'est-à-dire que quand Adrien se vend 6,000 fr., Isaac n'en vaut que 4,000 au plus. Notre musée a deux des plus beaux tableaux d'Isaac, U" 370 et 377, dont le premier est estimé 20,000 francs, ce qui nous semble exagéré.

Béga, Corneille (1620-1664) et Dusart, Corneille (1665-1704), sont les deux Hollandais qui se sont le plus rapprochés des Ostade, dont ils sont élèves. Le premier a suivi l'ordonnance et la couleur d'Adrien, et sans être aussi spirituel que lui, il a donné un aspect très-piquant à ses figures. On le reconnaît à sa couleur plus rouge que chaude, à son faire un peu mou. Ses œuvres sont assez rares ; le musée d'Amsterdam a une de ses plus importantes : une Assemblée de paysans.

Dusart est plus trivial et devient souvent exagéré dans ses expressions. Il mettait ordinairement beaucoup de figures dans ses tableaux. Le musée d'Amsterdam en a trois, dont deux fort estimés : un Marché aux poissons, et la Cour intérieure d'une auberge de village. Nous avons un tableau du premier, mais nous n'avons rien du second.

Steen, Jean (1636-1689), est, a^jrès Ad. Ostade, le peintre hollandais qui a le mieux saisi la tenue, la physionomie, en un mot, la manière de vivre des gens dits du peuple de sa nation. Cabaretier lui-même, il a

pu et su plus qu'aucun autre exprimer les mœurs des habitués des tavernes, des tabagies, des brasseries, et cela sans imiter personne. Rien n'est plus vrai , plus comique, plus animé que ses noces de villages, ses combats de paysans. Ses tableaux, quand ils sont vrais, se payent assez cher. Nous n'en avons qu'un ; mais le musée d'Amsterdam en a huit, parmi lesquels sont la Fête de Saint-Nicolas et le Pain chaud, cités comme des chefs-d'œuvre. La Fête flamande, que nous avons de lui sous le n° 500, est éstimée 8,000 francs ; mais ellé dépasserait du double cette somme, si elle était mise en vente. En effet, son curieux tableau des Noces de Cana a été acheté par le duc d'Aremberg, en 1843, 16,000 francs à la vente Paul Perrier, et sa Femme au corsage rouge, qu'a M. James Rothschild, a été payée 10,500, en 1858, à la vente Hope.

BfiAKEx\BURG, Richard (1649-1702), est celui qui, sans avoir toutefois égalé J. Steen, l'a le mieux imité par le côté comique et vrai des types, par l'agencement des scènes et par la couleur, mais il conserve toujours un ton faux-bleu qui le fait reconnaître. Après eux viennent :

Van ScHENDEL, Bernard (1649), qui a aussi peint des kermesses, des foires ou fêtes de village, des intérieurs rustiques, mais d'une manière moins décidée et avec moins de laisser-aller que les deux précédents. Aussi est-il moins recherché ;

Heemskeek, Egbert (1645-1704), artiste fort spirituel, mais qui a souvent poussé le trivial jusqu'à faire grimacer ses personnages et à en faire ainsi de véritables caricatures ;

LAMonr CHTs, dont peu d'historiens parlent, mais trèsconnu dans le commerce, où on le reconnaît àlaroideur de ses personnages, à sa couleur bleuâtre et à l'uniformité de ses compositions marchant presque toujours en double, ou, comme on dit, en pendants, et représentant ordinairement des gens attablés;

Droogsloot, Joseph -Corneille (1621), dont le dessin spirituel, le beau coloris et la naïveté de composition font oublier la désinvolture parfois aussi triviale des personnages. On voit de lui à Amsterdam une grande composition représentant une Fête de village, admirablement mouvementée et de l'effet le plus pittoresque.

On trouve encore en ce genre Van Laar, dit Bamlioche, qui a longtemps habité l'Italie, et dont nous [parlerons à l'occasion des peintres de paysages avec ligures; —de même que Torenviel, Jean (1641-1719), qui puisa aussi en Italie le motif de ses compositions', mais ne sut pas s'inspirer de la couleur locale. Ses îableaux représentent ordinairement des personnages chantant, jouant de la lyre ou travaillant ;

. De VoYs, Arie (1641-1698), moins connu, mais qui imita si bien Brauvver et Téniers, qu'on trouve des tableaiix de lui signés de ces derniers et donnés comme étant d'eux. Il a aussi fait des baigneuses à la manière de Poelenburg. Notre musée a deux tableaux de lui ; ce sont deux petits portraits d'hommes, n°* 551 et 552.

Gérard Dow ou Dou (1598-1674, et non pas 1613- 1681), ouvre la voie, par rang d'âge et de mérite, des pemtres d'mtérieur qui ont fait de l'école hollandaise une école tout à fait à part pour le fini des œuvres, la naive mais expressive simplicité des figures, la minutieuse perfection des détails. Elève de Rembrandt, ce grand artiste n'en a peut-être ni le génie, ni la vigueur d exécution, mais, quoique s'écartant de son style, il a appris de lui la manière d'éclairer un intérieur et d'eu faire ressortir les figures.

Les tableaux dans lesquels Gérard Dow a poussé le fini à ses dernières limites sont rarement de grande dimension, et ses sujets, ordinairement pris dans les occupations de la vie privée, sont toujours peints d'après nature.. Son magnifique tableau de la Femme hydropique (n° 121 de notre Salon carré), donné en l'an Vin par Iç maréchal Ciftuzel, qui le tenait

Charles -Emmanuel, roi de Sardaigne, est un chefd'œuvre de talent, de patience et d'exactitude, qui résume toutes les qualités du genre, et qui vaut certainement plus de 150,000 francs.

Ce magnifique tableau n'est cependant pas le plus important du maître, car passent avant lui la fameuse Ecole à la lueur des chandelles, qui fait partie de la galerie d'Amsterdam, ainsi que la Conversation dans un parc, d'une finesse et d'une grâce exquise, et dont le paysage est de Berghem.

La galerie de Munich a sept tableaux de ce grand artiste, celle de Dresde, neuf; le musée de La Haye n'en a que deux, dont un intérieur enrichi d'admirables accessoires; celui de Rotterdam n'en possède qu'un , ainsi que celui de Bruxelles ; ce dernier est le portrait de lui-même dessinant à la lueur d'une lampe, d'un effet qui laisse bien loin de lui les artistes qui n'ont fait que des effets de lumière.

Les tableaux de Gérard Dow sont d'un prix trèsélevé, comme on doit bien le penser; un des derniers qui aient passé dans les ventes pubhques (1860, vente Piérard), ne contenant qu'un seul personnage, a été adjugé à 27,000 francs à lord Hertford; mais ce qu'il y a de curieux, pour ne pas dire de fantastique, c'est qu'un simple petit Chien, peint par lui, a monté, en 1865, vente du baron Grootelindt, à 22,000 francs.

Les artistes qui ont assez bien imité Gérard Dow^, pour que dans le commerce on donne leurs œuvres pour être de lui, quand elles sont de leur belle qualité, sont : Van ELANDT (1640-1691); Van Breckelencamp, Quiryn (1668); et VanToL, Dominique. Mais, quelque soignées qu'elles soient, elles n'en ont jamais la coulevu^ harmonieuse et la fine exécution. Les détails dans le premier sont très-habilement traités, mais son dessin a rarement la correction désirable ; le second manque comparativement de puissance et d'effet, comme on peut le voir par le n*^ 48 de notre musée ; et le troisième,

quoique supérieur aux deux autres pour le fini, est encore bien loin de Gérard Dow, ainsi qu'on peut s'en assurer en voyant ses Enfants jouant avec un chat, du musée d'Amsterdam. S'il est encore aisé de reconnaître les œuvres originales de ces trois artistes, il n'en est toujours de môme quand ils se sont bornés à copier servilement Gérard Dow. Dans ce dernier cas, ils se sont tellement initiés à sa manière que les plus habiles peuvent y être trompés. Aussi les œuvres de Gérard Dow n'atteignent des prix élevés que quand leur authenticité est irrécusable.

Deux peintres qui ont aussi fait de jolies choses tout à fait à la manière de Gérnrd Dow sont Van Staveren Jean-Adrien (peignant encore en 1675), et Carie de MooR (1656-1738). Le premier, dont les biographes parlent peu, excellait surtout à représenter des vieillards, des ermites, des savants en méditation. Le petit portrait que nous avons de kii,n° 499, est un excellent échantillon du genre; la tête du vieillard est pleine de caractère et d'expression.

Carie de Moor fut tout à la fois élève de Gérard Dow et de François Miéris. Ses œuvres sont recherchées j)Our la franchise de la composition, la vérité et la correction du dessin. Il a joui d'un grand crédit en Italie, en Allemagne et en Russie. Son tableau de notre musée, n° 341, indiquée comme une Famille hollandaise, est une allusion aux bienfaits de'la paix.

Mais les artistes qui, pour la réputation et le talent, viennent sur la môme ligne que Gérard Dow, et atteignent souvent son prix, sont d'abord :

Terburg, Gérard (1608-1681), qui, ayant vu l'Italie, en a rapporté une exécution plus large et plus vive, par exemple, que les Miéris, et une couleur plus nourrie. Il gagne sous ce rapport ce qu'il perd dans la compaparaison sous celui du fini, car son pinceau est quelquefois pesant, souvent môme incorrect. Il a excellé dans la représentation des satins blancs, qu'il trouvait

occasion de mettre dans presque tous ses ouvrages;

Les œuvres de Terburg se paient aussi très-cher. Son fameux tableau, dit la Paix de Munster, qu'on cite comme son chef-d'œuvre, et quin'aque60 centimètres au plus sur 50, s'est vendu 45,000 francs en 1837 à la vente de la duchesse de Berry. On voit de lui, au musée de La Haye, son portrait en pied en costume de bourgmestre. Il a quelquefois été assez bien imité par Egion Van der Ner. Les quatre tableaux que nous avons de Terburg nous permettent de l'apprécier à sa véritable valeur. Sa Leçon de musique, du n» 527 qui, en 1771, n'a été vendue que 800 florins, moins de 1700 francs, monterait aujourd'hui, en vente ordinaire, à 25,000 francs au moins;

Les deux Miéris, François, dit le Vieux (1635-1681), et Guillaume, son fds (1662-1747). Le premier élève de Gérard Dow, aux avantages d'une composition large, pleine d'esprit, d'un dessin correct, d'une extrême suavitédecouleur,d'unfinii)lusprécieuxencore queceluide son maître, joignait le mérite de donner aux étoffes un éclat et un brillant extraordinaires. On prétend qu'à l'exemple de G. Dow, il se servait du miroir concave pour réduire les objets qu'il transportait sur la toile, et les avoir exactement à la grandeur voulue.

Son fils, Guillaume, qui fut son élève, marcha dignement sur ses traces et l'imita, sans toutefois pouvoir complètement l'égaler, sa couleur étant plus brillante qu'harmonieuse, son dessin n'étant pas aussi correct, et ses effets n'étant j)as aussi piquants; ce dont on peut aisément se convaincre dans notre musée en comparant la. femme à sa toi.lette,du. premier, n" 323, avec la marchande de gibier du second, n» 327.

Comme les œuvres du père sont très-rares, on cherche à leur substituer celles du fils, et quand cellesci sont d'une beUe qualité, on peut aisément s'y tromper; ce qui le prouve, c'est que les bulles de savon du

326 de notre musée, qui sont de Guillaume, ont

longtemps été attribuées par les experts mômes, à François. Toutes choses égales d'ailleurs, il y a toujours dans le prix de leurs œuvres une différence d'un tiers, si ce n'est de moitié, en faveur du père.

François Mieris, quoique mort jeune (iC ans\ a cependant Jjeaucoup travaillé, car on le voit dans la plupart des grandes galeries. Nous venons de dire que nous avons quatre tableaux de lui : la galerie d'Amsterdam en a deux ; celle de La Haye trois, dont son portrait et celui de sa femme ; celle de Dresde quatre ; celle de Munich cinq; mais c'est celle de Florence qui est la plus riche, car elle en compte sept de la plus belle qualité ; elle a surtout son portrait et celui de toute sa famille.

liCs œuvres de François Miéris se vendent trèscher, et les experts de notre musée, en n'estimant celui du n° 323 que 5000 francs, bien qu'il n'en ait coûté que J 800 en 1763, ne le portent certainement pas à la moitié du prix qu'il atteindrait aujourd'hui en vente publique ; car déjà en 1811, une Jeune fille enfilant des perles, de la collection Le Brun, avait été vendue 1 2,000, et en 1841, à la vente Perrégeaux, une Jeune femme faisant de la musique, a monté à 22,000 francs.

Metsu, Gabriel (1615-1658), n'est pas élève de G. Dow, mais il se forma en étudiant ses ouvrages, et surtout ceux de J. Steen, auquel il est supérieur. Il a traité comme ce dernier, mais avec infiniment plus de grâce, des scènes familières, comme des intérieurs de dentelières, des marchandes, des cuisinières, des militaires, des chimistes. Ses figures sont d'une grande vérité et d'une admirable exécution.

Metsu est en grande estime chez les artistes et les amateurs de son pays, qui admirent surtout, et avec raison, l'art qu'il a mis h distribuer les lumières et à faire circuler l'air autour de ses charmantes figures de femmes. Son 3Iarché am herbes du n" 292 de notre musée a monté en 1777 à 28,000 francs i\ la vente de

Mme Geoffrin, il les dépasserait certainement de beaucoup aujourd'hui ; aussi les experts du musée le portent-ils à 40,000 francs; et sa Leçon de musique, n» 294, qui, avant d'arriver chez nous, avait rarement dépassé 5,000, en atteindrait bien 10,000 au moins maintenant. On sait en effet que lord Hertford a payé 75,000 francs son Chasseur endormi, provenant de la galerie du cardinal Fesch.

On voit de Metsu, au musée de La Haye, une Représentation emblématique de /a justice, qui prouve qu'il pouvait ahorder avec succès les sujets sérieux. Ses tableaux sont d'ailleurs très rares en France, car, indépendamment de ceux de lord Hertford, on ne connaît guère que sa Leçon de dessin de M. James Eothschild. Le musée d'Amsterdam a son 3Iaitrc de musique, ses Propos galants, son Boulanger cornant le pain chaud; mais notre musée a huit tableaux de lui.

Metsu a eu pour imitateurs : Van Musscher, Michel (1645-1705); et Uchtervelt, Jacques, qui vivait à la même époque. Le premier, dont on voit le portrait, celui de sa femme et de son fils, à La Haye, a un beau coloris, mais un faire mou ; le second a un dessin assez correct, mais ses contours manquent de précision, et sa couleur tire sur le rouge.

Netscheb, Gaspard (1639-1684), est élève de Terburg et se sent de sa manière large, ferme, et de son faire précieux. Il a peint une partie de sa vie couché sur le dos. Il n'a traité non plus que des sujets gracieux et de caprice, comme des femmes entourées de leur famille, des marchandes, des médecins ou chimistes dans leurs laboratoires.

Nous avons de Netscher deux charmants tableaux, n" 358 et 359 ; mais, quelque beaux qu'ils soient, ils ne peuvent soutenir la comparaison avec les deux qu'a le musée de Florence représentant, l'un Un chasseur se présentant à une dame assise à sa toilette, et l'autre Une dame jouant de la guitare, ayant à ses pieds un en-

fant et un chien, qui sont, dans toute l'étendue du mot de véritables chefs-d'œuvre. '

Netscher a eu deux fils .* Théodore (1661-1732), qui a longtemps habité la France, où il a même joui d'une grande réputation, et Constantin (1670-1722), quia été régent de l'Académie de La Haye. Ils ont imité, même souvent copié les œuvres de leur père ; mais ils ont principalement peint des portraits, aussi remarquables par le brillant des étoffes et l'élégance des poses que par le modelé et la correction du dessin Nous avons d« Théodore, sous le n« 360, un charmant tableau mythologique, genre auquel son style se prêtait fort bien.

Les tableaux de Gaspard Netscher sont rares et se voient peu dans les ventes ; aussi, s'il s'y en présentait un de la beauté de celui inscrit dans notre musée, sous le n° 358, la Leçon de chant, il dépasserait du double au moins l'estimation de 6,000 francs qui est donnée à celui-ci, car il est bien supérieur à la Denlelhère, qui, en 1804, vente Van Leyden, avait monté à 7,000 francs.

Un peintre qui occupe encore un rang des plus distingués dans ce genre est Hooghe, ou Hooch, Pierre dit Piètre de Hoog (1658). Son principal talent est de laire pénétrer la lumière dans une pièce et d'en concentrer les effets sur certaines fiarties. Personne, à cet égard, n'est allé aussi loin que lui. Sa peinture, d'ailleurs, est moelleuse, son coloris chaud et harmonieux, ses figures sont expressives et bien dessinées.

Piètre de Hoog se maintient toujours h des prix élevés. Son Intérieur hollandais de notre musée, n° 224, qui, en 1 777, n'avait d'abord été vendu que 680 francs, et que le musée a acheté 1,350 francs en J 801 , à la vente Tolosan, se paierait aujourd'hui, dans n'importe quelle vente, dix, même quinze mille francs, puisque, en 1855, a la vente Hoppe, un Intérieur qui ne lui était pas supérieur, a monté à 12,000 francs. 11 a aussi fait des

scènes en plein air, mais elles sont généralement moins recherchées que ses intérieurs ; et cependant on avumi tableau de lui, en ce genre, Une femme et un enfant sous une tonnelle couverte de pampres, monter, à 23,000 francs à la vente de Robert Peel ; mais c'était une de ces ventes exceptionnelles, comme nous en voyous depuis quelque temps à Paris, et qui, heureusement, ne font pas règle. Amsterdam a de lui son portrait et un intérieur d'une belle qualité.

Si de ces grands artistes nous passons à ceux qui ont peint tour à tour ces mêmes sujets et l'histoire en petit, nous trouvons d'abord :

PoELENBUBG, Corneille (1586-1660), quia eu Abrah. Bloemaert pour premier maître, mais resta longtemps à Rome, où il substitua à la manière de celui-ci un style plus doux et un grand fini. C'est surtout par cette dernière qualité qu'il brille, car son dessin n'est pas très correct et son coloris est froid. Ses fonds sont riches et ses ciels transparents. Il a souvent peint des baigneuses, quelquefois aussi des sujets rehgieux, comme son tableau des Anges annonçant aux bergers la naissance du Messie, du n» 383 de notre musée.

Quoi qu'il en soit, Poelenburg se maintient à des prix assez élevés, souvent même, il faut le dire, disproportionnés à sa véritable valeur. Il a eu pour élèves et imitateurs Vertanghen, Daniel (1598-1657), dont on confondrait les œuvres avec les siennes, si les figures n'en étaient pas plus lourdes et les fonds moins transparents; — puis Van der Lys, Jean (1600-1657), peu connu, mais qui a fait de jolies choses, et dont les œuvres sont restées en grande partie en Allemagne; — HuYTENBROEK, dit Ic Pelit-Moïso (1 600), qu'on reconnaît à la raideur de ses contours, à sa touche douteuse, àsa couleur briquetée ; — Kuylenburg (1639),. qui est moins délicat de ton, mais dont les figures sont souvent mieux dessinées ; ■

ScHALki N, Godelroy (1643-1706), si comiu par ses

admirables effets de lumière, son fini précieux et son coloris transparent. Il occuperait certainement un rang plus élevé, si son dessin était plus correct et si ses figures, celles de femmes surtout, étaient plus agréables. Il n'en est pas moins txès recherché et très cher dans le commerce. Il s'est essayé dans le portrait et dans de grandes compositions ; mais il a complètement échoué dans celles-ci, parce que Tincorrectionde son dessin n'a pas trouvé dans sa couleur une suffisante compensation. Quant aux portraits, il en a fait quelques-uns de beaux, témoin celui de Guillaume III d'Orange, qu'a la galerie d'Amsterdam. C'est à Dresde qu'est son curieux tableau des Vierges folles et des Vierges sages, peintes avec effet de lumière.

^Schalken a eu pour élève Boonen, Arnold (1669- 1729), qui a aussi fait de beaux effets de lumière, mais plus connu par ses portraits, dont plusieurs sont fort remarquables. Jacob et Marie Schalken, l'un son neveu, l'autre sa sœur, l'ont quelquefois fort bien imité. Ce sont leurs œuvres qu'on substitue aux siennes, qui sont rares dans le petit commerce;

Van der Werff, Adrien, le chevalier (1659-1723), dont la réputation a égalé celle des plus grands mai • très, et auquel, tout en admirant son dessin, toutefois plus soigné que correct, sa belle ordonnance et ses magnifiques draperies, on ne peut cependant s'empêcher de reprocher un ton froid et mat, qui donne à sçs chairs un aspect d'ivoire ou de porcelaine, et des couleurs trop tranchées dans ses draperies.

^ Van der V^^erff a eu un frère, Pierre (1 655-1 718), qui l'a imité, même souvent aidé dans ses travaux, et a fait de beaux portraits, malheureusement se sentant . toujours de la manière froide de son frère, sans avoir sa finesse et son éclat.

Les œuvres d'Adrien se sont payées de leur temps des prix qui ont dépassé ceux qu'ont atteints les plus grands maîtres ; sans s'être maintenues aussi haut.

elles se x->ciyeiit encore aujourd'hui fort cher, suftolit en Hollande, où le genre fini, léché , est plus estimé que cliez nous. La galerie la plus riche en tableaux de lui est la pynacotlièque de Munich, qui en a vingt neuf. Nous en avons sept très beaux. On en voit un à Amsterdam, dans lequel il s'est peint, tenant le portrait de sa femme et de son enfant.

Un nommé Sperling, Jean-Chrétien, contemporain de Van der Werf, l'a souvent copié avec un grand succès. On voit de lui à Dresde un tableau représentant Wertumne et Pomone, qui tromperait bien des personnes. Son coloris est cependant plus lourd et plus rosé, et sa composition manque un peu d'harmonie. Cet artiste a fait aussi des fruits et des fleurs qui ne sont pas sans mérite;

Verkolie, Jean (1650-1698), peut-être moins connu que Van der Werf, mais ses compositions sont d'un effet plus agréable. Ce sont souvent des scènes mythologiques, auxquelles la suavité de sa couleur donne un grand prix. Il a eu un fils, Nicolas (1673- 1746), qui fut son élève, et peignit tout à fait dans sa manière; aussi on les confond souvent.

Les œuvres des deux Verkolie , sans être d'un grand prix, se tiennent cependant fort bien : nous avons au musée un tableau de chacun d'eux. Le musée de Dresde a du fils un trompette et plusieurs autres figures attablées, d'un bel effet et d'une bonne couleur;

VanLiMBORCH, Henri (1680-1 758), qui a aussi, et même mieux que les deux précédents, imité Van der Werf, qu'il a eu pour maître. S'il est moins fini que lui, il est d'un aspect plus agréable, quoi qu'il ait souvent un ton un peu trop lilacé. Bien des personnes le mettent sur la même ligne pour le talent, mais il se vend beaucoup moins cher. Il a fait quelques paysages et des portraits historiques. Nous avons de lui un Repos de la Sainte-Famille, qui est, aux yeux des amateurs du genre, une très-belle chose;

Van Dyck, Philippe, dit le petit Van Dyck (1680- 1753), ayant eu pour premier maître Arnold Boonen,que nous venons de citer comme élève de Sclialken. Mais il peignit plus particulièrement à la manière de Gérard Dow et de Mièris, manière dans laquelle il a fait de beaux tableaux de genre et des portraits qui sont assez recherchés. Nous avons deux beaux tableaux de lui; mais un autre plus précieux est celui de la collection de Berlin, vepvésenla.nt Deux jeunes filles, dont la plus jeune veut cueillir des fleurs en présence d'un jeune homme jouant du luth ;

LeDucQ, Jean (1636), qui, après avoir été directeur de l'Académie de La Haye, s'est fait militaire. Il a peint un grand nombre de scènes de corps de garde, des concerts, des assemblées de joueurs, dont les personnages sont remarquables par la hardiesse de la pose, la richesse des vêtements, surtout par les dentelles et les rubans dont ces vêtements sont ornés. Il a eu dans Palamèdes un imitateur qui est resté bien au-dessous de lui. Ce Palamèdes n'est pas le même que Stevens, qu'on nomme Palamèdes des batailles, dont nous parlerons plus loin.

Portraits. — La Hollande n'a pas eu non plus un grand nombre d'artistes habiles en ce genre, surtout si on excepte Rembrandt et plusieurs autres pour lesquels les portraits n'ont pas été une occupation sinon exclusive, du moins spéciale. Aussi ne trouve-t-on guère que :

MoRO ou Mor Antoine, que nous avons déjà cité parmi les premiers peintres de cette école. Protégé'par Charles - Quint, il habita plusieurs années l'Angleterre, où il fit de beaux portraits, comme celui que nous avons de lui sous le n° 342, ou ceux qu'on voit à La Haye, à Madrid, à Florence. Ces portraits sont fort recherchés, d'abord parce qu'ils sont d'une belle exécution, ensuite parce qu'ils sont très-rares , l'incendie qui, en 1608. dévora le Prado, à Madrid, ayant détruit les plus beaux. On en voit plusieurs dans la galerie de

M. Duchatel. Le Nain de Chartes-Quint, que nous avons sous le n° 343, et que sa couleur avait d'abord fait attribuer à l'école vénitienne, est estimé 15,000 francs. C'est beaucoup. Viennent ensuite :

MiREVELD ou Mietevelt, Michel-Jean (1568-1641), dont les œuvres, en nombre considérable, se trouvent dans la plupart des collections et sont extrêmement communes dans le commerce. Sa couleur est claire, sa touche légère et presque tous ses portraits ont le cou ceint d'une énorme fraise ; aussi, dès qu'on voit un portrait décoré de cette manière et d'un ton clair. On le lui attribue. Nous en avons trois de lui ; le musée d'Amsterdam en a six, parmi lesquels sont ceux du Prince Maurice, d'Hugo Grotius, de Cats et de la Femme de l'amiral Trump.

Son prix n'est jamais élevé, car il atteint rarement 500 francs. Son fils, Pierre, l'a imité et souvent copié. On reconnaît celui-ci à son dessin indécis et à sa couleur moins nette et souvent d'un ton briqueté ;

Van Ravestein, Jean (1 572-1657), sur lequel on a peu de renseignements, et auquel on donne beaucoup de portraits qui pourraient bien être de tout autre aussi bien que de lui. On ne connaît d'authentiques que ceux des galeries de Dresde, de Munich et de Bruxelles, d'ailleurs très beaux.

Van Ravesiein a eu un fils, Arnold (1615-1676), qui a faic comme lui des portraits et l'a suivi de près ; — de môme que Baan, J. (1633-1702), qui s'est plus rapproché de Van Dyck. Le musée de La Haye a deux portraits de ce dernier, et celui d'Amsterdam trois ; -^de même que Keyser Théodore (1630), dont on voit à La Haye une Assemblée de bourgmestres, réunis à La Haye à L'arrivée de Marie de Mèdicis, regardée comme un chef-d'œuvre.

Ces portraits, quelque beaux qu'ils soient, ne peuvent soutenir la comparaison ni avec ceux de Sprong, Gérard (1600-1651), sur la vie duquel on a peu de détails,

mais dont le portrait que nous avons sous le n° 498 donne la plus haute opinion, et qui a aussi peint avec un très grand succès des scènes d'intérieur; — ni avec ceux de Maas, Nicolas (1662), élève de Rembrandt, que nous avons déjà cité; — ni avec ceux de WissiNG, Guill. (1656-1687), élève du peintre allemand Lely, dont nous parlerons plus loin, qui fit en Angleterre les portraits de Guillaume III, de sa femme et de plusieurs grands personnages de la cour.

On connaît aussi de très bons portraits de Van der Tempel, Abrah. (1618-1672), dont on voit des ouvrages à Rotterdam et à Rerlin ; — de Victoor ou Fictoor, Jean, qui peignait en 1650 à la manière de Rembrandt, comme on peut le voir par celui du n° 169 de notre musée ; — de Van Hoogstraten , Samuel (1628-1678), élève de Rembrandt, dont le musée de La Haye a un beau portique sous lequel est une dame avec un chien; et celui de Vienne, une place publique de la ville;

De Kneller, Godefroy (1648-1723), également élève de Rembrandt et de Ferdinand Roi, qui a longtemps habité l'Angleterre, où l'on voit de lui un portrait de Pierre, dit le Grand, qu'on cite comme une chose fort remarquable i — deJacq. etThierry deRray, fils de Salomon (1650), dont on voit à Amsterdam les portraits des syndics de la corporation des peintres rassemblés à Harlem; — de Van Somer, Paul (même époque), qui fit en Angleterre les portraits de Charles IV, roi de Danemark, de Jacques roi .d'Angleterre, et du prince de Galles, son fils.

Mais le plus remarquable de tous est Van der Helst, jtfarthélemy (1615-1670), dont le talent, comme portraitiste, n'a guère été surpassé que par Van Dyck, et Frank-Hals. Son ordonnance, en effet, est aussi sage que riche ; ses figures, d'un agréable et pourtant vigoureux modelé, expriment une individualité ; en un mot, sont parlants ; ses mains sont d'une grande pureté de dessin et ses draperies dispogées avec goût.

On voit de Van der Helst, à Amsterdam, plusieurs superbes portraits et un Banquet de la garde civique d'Amsterdam donné à l'occasion de la paix de Munster en 1 648, dont les figures sont autant de portraits de grandeur naturelle ; on le cite comme un chef-d'œuvre ; aussi fait- il pendant à la célèbre Ronde de nuit de Rembrandt. Les deux portraits et le tableau que notre musée a de lui ne sont pas inférieurs à ce que possèdent les autres galeries.

Paysages et Marines. — Pour ces deux genres, aucun pays ne peut se flatter d'avoir des peintres en aussi grand nombre et aussi distingués que la Hollande. Les noms de Ruysdael, d'Hobbéma, de Wynants, de Guill. et d'Adrien Van.de Velde, de Backuysen suffiraient à eux seuls jjour illustrer une nation. Etudionsles, autant que possible par ordre chronologique, ce qui permettra, comme nous l'avons généralement fait, d'apprécier l'influence qu'ils ont successivement eue les uns sûr les autres.

Les plus anciens paysagistes de la Hollande sont : ViNCKEBOOMS; David (1578-1629), qui a fait des effets d'hiver, surtout des promenades sur la glace, des fêtes de villages, dont Rottenhammer a souvent peint les figures. On voit de ses tableaux à La Haye, à Amsterdam, à Vienne, à Berlin, à Dresde, etc.;

KiÉRiNGs, Jacq. (1590-1646), qui peignait à la ma> nière de Breughel de Velours, et dont Poelenburg, et Van Balen, fils de Henri, ont orné de figures les ouvrages ; sa t.ouche est légère, son feuillet délicat ;

Van GoYEN, Jean (1596-1656), dont le style naïf plaît à beaucoup de personnes, malgré l'aspect monotone et le ton Jaune-brûlé qui règne uniformément sur tous ses tableaux. 11 a eu pour imitateur Molyn, Pierre, dit le vieux (1600-1654), qui a aussi très bien peint les figures ; son fils, dit le Jeune ou Tempesta, a fait des chasses à la manière de Sneyders assez estimées ; rnais il est plus connu comme peintre de marines; aussi le mettoiîS-ilOii« parmi les artistes en ce genre ;

Van AscH, Pierre-Jean (1603-1675) qui a surtout peint le paysage en petit, mais d'une manière piquante, tant sous le rapport des sites que sous celui des personnages et des animaux. Ses tableaux sont malheureusement devenus roux quand ils ne sont pas noirs ; aussi ont-ils en général peu de prix ;

Saftleven ou Zaght-Lëven, Herman (1609-1685), élève de Van Goyen, qui a peint beaucoup de vues des environs d'Utrecht et des bords du Rhin, d'une bonne perspective, et qu'il a enrichies de jolies figures, de barques et de vaisseaux étudiés d'après nature.'Il a eu un frère, Kornéhs (1606-1686), qui a peint à la manière de Brauwer des intérieurs de cabarets, des corps de garde, des sujets comiques, et dont nous avons au musée, n» 584, un petit portrait d'homme bien peint ;

Waterloo, Antoine (1618-1662), plus connu comme graveur que comme peintre ; il a cependant fait des paysages dans lesquels on trouve de beaux lointains, mais sa couleur est froide et son ton un peu gris ;

Breemberg, Bartholomée (1-620-1660), duquel on voit de charmants petits paysages ornés de monuments ou de ruines de la campagne de Rome, qu'il a habitée, et de figures très souvent dues à Poelenburg, comme on le voit dans le tableau qu'à de lui notre musée sous le n" 50. Nous avons aussi de lui un petit tableau historique sous le n° 52, et trois vues d'anciens monuments de Rome ;

Van der Ulft, Jacob (1627-1688), se rapprochant de Both pour la chaleur de ses ciels, qui ferait croire qu'il a été en Itahe, ce qui n'est pas. Il n'en a pas moins mis dans ses tableaux des monuments de Rome, qu'on croirait peints sur les heux. Nous avons deux tableaux de lui, dont l'un, n'^534, est d'un aspect fort agréable;

Griffier. Jean (1645-1718), qui a peint une grande quantité de vues du Rhin, sur lequel il a longtemps vécu avec sa famille dans un vaisseau qu'il avait acheté à cet effet. Ses tableaux, généi-aleiaent de pe-

tite dimension, ont beaucoup de fini et sont garnis d'un grand nombre de personnages; Sa manière se rapproche de celle d'Herman d'Italie, mais elle manque un peu d'éclat et tire souvent sur le vert. Notre musée a de lui deux tableaux qui ne sont pas d une grande importance ;

Verboom, Abraham, qui vivait à peu près à la même époque, et dont les paysages ont été assez estimés pour qu'Ad. Van de Velde et Ph. Wouwermans les ornassent de figures. On en voit un à Amsterdam d'une grande dimension et d'un bel effet. Le musée de Bruxelles a de lui un Départ pour la Chasse, rappelant Van Falens et les autres imitateurs de Wouwermans;

Glaubeh, Jean, dit Polidor (1646-1726); élève de Berghem, qui a passé une grande partie de sa vie en Allemagne, et dont les œuvres sont remarquables par une touche fine et gracieuse, des ciels vaporeux et un feuillet bien étudié II a souvent travaillé avec Gérard Lairesse, comme le prouve le tableau que nous avonà' de lui au musée, n« 180. Il a eu un frère, Gottlieb, qui a aussi peint des paysages, qu'on confond avec les siens, et une sœur, Diana, étabhe à Hambourg, où elle fit de bons portraits.

Quant aux paysagistes qui ont jeté tant d'éclat sur 1 école hollandaise, et qui forment un ordre à part, les VOICI à peu près dans l'ordre de leur apparition :

Wynants, Jean (1600-1679), un des plus habiles paysagistes de toutes les écoles, marchant de pair avec Ruysdael et Hobbéma. Sa manière est simple et naturelle ; tout chez lui est représenté avecune scrupuleuse exactitude,^ sans que le fini des détails nuise en rien à l'effet de l'ensemble. Ses figures ont souvent été faites par A. Van de Velde, Phil. Wouwmuans, Lingelbach. On le rec.onnaît à la fermeté de ses premiers plans, où se voient habituellement soit quelques troncs d'arbres, soit une masse de chardons ou de toute autre plante à larges féuilles ; mais assez bien disposés pour

qu'on ne suppose pas qu'ils sont là, comme on le dit communément, pour servir de repoussoirs.

Wynan ts a eu pour imitateurWYNTfl ack, qui a même, dit- on, fait quelquefois les fonds de ses tableaux. Comme leurs initiales sont les mêmes, il a suffi quelquefois de conserver les trois premières lettres du nom de Wyntrack pour donner à croire que ses tableaux étaient de Wynants. Les tableaux de Wynants se vendent cher : on en voit de petite dimension aller à trois et même à 4,000 francs. Celui du musée, n» 579, dont les figures sont d'A. Van de Velde, et qui, en 1777, n'a été payé que 10,000 livres, se vendrait aujourd'hui de 15 à 20,000 fr.; on en voit de très beaux à Amsterdam, à La Haye, à Bruxelles, à Dresde, etc.;

AssELYN, Jean (1610-1660), élève de Isaac Van de Velde, est un des premiers Hollandais qui, après avoir séjourné et travaillé en Italie, substituèrent la manière de Claude Lorrain à celle des Brill et des Breughel, 'jusqu'alors adoptée. Son coloris est vif et chaud, sa couleur ferme, et ses figures, rappelant celles de Van Laar et de Jean Miel, sont bien dessinées.

Asselyn a aussi peint des batailles et souvent mis dans ses paysages des -ruines ou des monuments antiques, ainsi qu'on le voit dans son tableau du n° 3 de notre musée. On voit de lui au musée d'Amsterdam un Cygne défendant son nid contre un chien, représentation emblématique de la vigilance du grand pensionnaire Jean de Wiit. 11 est bien moins cher que Wynants, et cependant il est assez rare; on a vu un de ses beaux tableaux. Soleil couchant, n'atteindre que 1,200 francs à la vente Piérard, en 1860 ;

Les deux frères Both, Jean et André (1610-1650 tous deux). Elèves de Bloemaert, ils ont constamment travaillé ensemble, tant dans leur patrie qu'en France et en Italie Le plus connu est Jean, dit Both d'Italie, quia particulièrement peint le paysage ; André s'étant surtout occupé de faire les figures de leurs tableaux.

Les paysages de Both sont d'un éclat de lumière, d'une transparence qui ne le cèdent qu'à Claude Lorrain, qu'il avait pris pour modèle.

Des deux tableaux que nous avons de Both, celui du n*> 43 donne la plus haute idée de son talent ; il est estimé 40,000 francs, et certes il les vaut au moins. On voit de leurs œuvres communes à Amsterdam, à La Haye^ à Dresde, à Munich, à Berlin, à Londres ; en un mot dans toutes les grandes collections.

J. Both a eu poiu^ élève Verschuuring, Henri, dont nous parlerons plus loin, et pour copiste un nommé Drillenburg, Guillaume, d'Utrecht (1625), qu'on reconnaît à sa couleur plus rousse que dorée ;

Van der Neer, Arthus ou Arnould, ou le père (1613- 1684), surtout connu par ses admirables effets de lune, dont le n°355 de notre musée offre un bel échantillon. On a encore de lui des paysages en plein- jour très bien traités, moins estimés pourtant que ses clairs de lune, qu'on paye fort cher, mais dont le commerce fourmille d'imitations assez réussies pour tromper même des yeux exercés ; aussi n'achète-t-on que ceux de ses tableaux dont l'authenticité est bien constatée. On sait que celui du n" 355, que nous venons de citer, a été payé 6,800 francs, en 1852, à la vente Morny; mais lord Hertford a de lui une Vue de Hollande qui a été payée 10,000 francs.

Van der Neer a eu un fils, Eglon (1643-1703), qui a été son élè^e et qui a aussi fait des paysages, même des clairs de lune, qu'on donne souvent pour ceuxdu père, quoique beaucoup moins estimés. IL s'est d'ailleurs exercé dans plusieurs genres, et s'il a fait de beaux paysages, il a aussi peint des scènes d'intérieur qui approchent souvent de Terburg; témoins sa Marchande de poissons, de notre musée, n° 357, et sa Jeune femme faisant de lamusique, du musée de Dresde. Il a habité quelques années Paris, où il a aussi laissé de beaux portraits ;

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SwANÈvELT, dit Herman d'Italie (1620-1690) , qui a d'abord été élève de Gérard Dow ; mais, s'étant rendu à Rome, il s'y livra au paysage sous la direction de Claude Lorrain, puis vint à Paris, où il fut reçu à l'Académie. Sa composition est savante, son ton ne manque ni d'élégance, ni de suavité, mais sa couleur es.t froide et se rapproche bien plus de celle de Patel, avec lequel il avait travaillé, que de celle de Glande.

Nous avons cinq beaux paysages de Swanevelt, mais le musée de La Haye en possède un bien supérieur en qualité. Il a eu dans Golonta, Adam (1634- 1685), un imitateur dont les œuvres seraient souvent données et prises pour les siennes si les eaux et les ciels de celui-ci étaient moins lourds ou plus transparents. Ce Colonia a bien peint les animaux ;

Van EvERDiNGEN, Albert (1621-1675), qui est, sans contredit, un des plus grands paysagistes. Il a été supérieur ou il a servi de modèle à tous ceux qui ont peint des orages, des masses d'arbres agités par le vent, des forêts, des montagnes volcaniques, des chutes d'eau. Une tempête l'ayant jeté sur les côtes de Norwége, il en a profité pour étudier ce genre, dont il est le créateur, ou dans lequel il s'est le premier distingué.

Ses tableaux, d'un faire-imposant et d'une admirable couleur, se reconnaissent aux arbres de sapins qu'il y a très-souvent, pour ne pas dire toujours, introduits. Celui qu'a de lui notre musée, n° 1 6 i, d'ailleurs d'une belle qualité, oifre un type exact de sa manière ; mais on voit de lui à Dresde un tableau de Chasse, qui s'en écarte un peu, et n'en est pas moins beau.

On donne quelquefois dans le commerce pour des paysages d'Everdingen ceux d'un nommé Edema, Gérard (1652-1700), qui paraît avoir été son élève, et dont les œuvres sont aussi des vues de Norwége, mais bien inférieures aux siennes. Everdingen a eu un frère du nom de César, qui a fait d'asssez bons tableaux d'histoire et des portraits ;

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Pynacker, Adam (1621-1673), qui est presque au même rang qu'Everdingen . Si on ne le jugeaitmême que par l'effet o])tenu, c'est-à-dire sur la simple apparence, il passerait avant ; mais il n'est pas comme lui créateur du genre dans lequel il s'est exercé, Claude l'avait précédé. A ses tons chauds, à sa touche spirituelle, il joignait l'avantage de rendre avec une rare précision le feuihet des diiférents arbres qui entraient dans ses compositions. Ses tableaux offrent souvent sur le premier plan un gros arbre qui semble servir de repoussoir; ils rappellent en général la campagne dltahe, qu'il avait d'ailleurs habitée plusieurs années.

Les œuvres de Pynacker sont bien moins chères que celles d'Everdingen et de Both surtout, car dans la même vente Mecklembourg, où un paysage de Both avait attemt 21,000 francs, un paysage de Pynacker, un peu moms grand, mais relativement d'aussi belle quahté, n'a été adjugé qu'à 6,000. Il a eu pour imitateur Dalens, Thierry fUs (1688), qui a surtout peint pour tapisseries ;

Moucheron, Frédéric (1633-1686); il fut l'élève d'Asselyn et peignit en France, où ses tableaux eurent un grand succès. De retour dans sa patrie il y acquit une grande réputation, justifiée par une bonne composition et une exécution attestant une étude assidue de la nature. Sa couleur manque un peu d'éclat, tire môme quelquefois sur le gris, mais elle est douce et harmonieuse ; ses figures, pour les tableaux faits en Hollande sont presque toujours d'Adrien Van de Velde, comme par exemple dans son Départ pour la chasse, qu'a notre musée sous le n" 344.

^ Ce qui plaît dans Moucheron et le fait reconnaître, c est 1 extrême légèreté de ses grands arbres, dont le teuiUet se découpe en agréables silhouettes sur un horizon transparent. Il a eu un fils, Isaac (1670-1744), qui a étudié en Italie, où il a été surnommé Ordonnantio et a pemt des paysages, dont Thom. de Wit et Verkohe ont quelquefois fait les figures; paysages

à*uïiê agréable comî)Ositioii, d*uiie belle couleur ét d'une heureuse perspective.

Mais le plus connu, quelques-uns disent même le premier paysagiste hollandais est Ruypdael, Jacques (1630-1681, qu'on croit généralement élève d'Everdingen, ce qui n'est pas prouvé. Cet homme habile, sans sortir de la nature, a su la représenter dans ce qu'elle a de plus saisissant , c'est-à-dire de plus propre à frapper l'imagination, à parler à l'esprit.

Tantôt ses paysages représentent des sites sauvages, des pays couverts de forêts ou de rochers; d'autres fois ce sont des plaines dont quelques points sont éclairés par le soleil et d'autres sillonnés par des torrents ; ou bien des mers agitées par la tempête; mais toujours une couleur appropriée à la scène, une touche franche et décidée, un ciel transparent, un feuillet naturel, des horizons lointains. Ruysdael a beaucoup travaillé, car on connaît plus de trois cents tableaux bien authentiques de lui.

Malgré ce grand nombre, ils se maintiennent à des prix très-élevés, qui ne font même qu'augmenter. C'est ainsi qu'en 1816, à la vente Castelan, un Bois traversé par un lac, avec figures d'Ad. Van de Velde, a été retiré à 10,000 francs; mais depuis, en 1841, vente Perrégaux, une Chute d'eau a monté à 16,000; en 1843, vente Tardieu, une Cascade avec effet d'orage a atteint 25,000 ; en 1857, vente Patureau, une simple Entrée de bois, qui avait fait partie de la collection du colonel Bourgeois, a monté à 27,000; enfin, en 1861, vente Van den Schrieck, une Chute d'eau, qui fait aujourd'hui partie de la galerie Duchatel, a été adjugée à 38,000 fr. Aussi ses tableaux, plus rares qu'on ne le croit, sontils avidement recherchés.

Notre musée a six tableaux de Ruysdael; le plus important est la grande forêt du n° 470, dont les figures sont de N. Berghem; mais la galerie de Dresde en a treize, parmi lesquels il s'en trouve quelques-uns de

capitaux et de célèbres, comme celui connu sous Te nom de Chasse de Ruysdael ; la pinacothèque de Munich en compte neuf, dont plusieurs aussi très-beaux ; le musée de Rotterdam et celui de La Haye en ont chacun trois, et celui d'Amsterdam en a deux.

Ruysdael a eu un frère, Salomon, plus âgé que lui d'une vingtaine d'années (mort en 1670), et dont la manière est celle de Van Goyen,unpeuplus accentuée dans le feuillet des arbres surtout, et le ton général qui est moins monotone. Iln'estjamais d'un prix élevé, et ne rappelle son frère en aucune manière. Mais Jacq. Ruysdael a eu de nombreux imitateurs, dont plusieurs ont été assez habiles pour que leurs ouvrages trompent môme les amateurs exercés.

De tous ces imitateurs le plus heureux est Dekker, ou Decker, Conrad (1675), qui, sans l'égaler en génie et en naturel, a su néanmoins donner comme lui à ses paysages un aspect mystérieux d'un assez puissant effet; mais il ne sait pas, comme Ruysdael, faire arriver l'air et, quand il le faut, la lumière dans tous les détours de ses sites. Ses compositions sont d'ailleurs toujours les mêmes : d'épais massifs d'arbres, une chaumière construite en briques et une pièce d'eau stagnante ; il ne sort pas de là; aussi le reconnait-on aisément. On attribue les figures de ses paysages à Adrien Van Ostade et à Adrien Van de Velde ; c'est de Van Ostade que seraient celles de son tableau du n*^ 113 de notre musée, ce qui ne nous semble pas parfaitement démontré.

Un autre Hollandais qui a imité Ruysdael est Ront- Bou T, J . , q a 'il ne fau t pas confondre, comme nous l'avons dit, avec le Flamand Théod. Roraboust qui a peint l'histoire ; — puis un nommé de Bois, Corneille, d'Anvers, venu plus tard ; — on compte aussi de Vries, Jean Régnier (1657), son compatriote, au nombre des imitateurs de Ruysdael ; mais sa manière est trop sèche pour faire une complète illusion ; de même que celle aeKo«NNË,Isaac(1650-1715),quifutson élève, et dont

les figures, même les animaux, sont ordinairement de Bernard Gaal.

Le paysagiste hollandais qui vient sur la même ligne que Ruysdael est Hobbéma Meindert, ou môme Minder-Hout. On ne sait rien de bien précis sui^ l'époque de la naissance de cet homme habile, et on a peu de renseignements sur les particularités de sa vie. On dit qu^il était peu connu de son vivant parce qu'à mesure qu'il travaillait on signait ses tableaux du nom de Ruysdael, qui avait alors une grande réputation. Ceci est pour le moins douteux, et nous sommes étonné de l'entendre répéter par des hommes habitués à voir des tableaux, car il y a entre la manière de ces deux maîtres une différence assez marquée pour qu'on n'ait jamais pu les confondre.

Quoiqu'il en soit, la signature de plusieurs des ouvrages d'Hobbéma montre qu'il peignait en 1663, et des recherches faites par un érudit en cette matière, M. Héris de Bruxelles, on pourrait conclure qu'il est né entre '1630 et 1635 ; ce qui prouverait que, s'il a été l'élève de Van Goyen, il n'a pas été, ainsi qu'on ledit souvent, le maître de Ruysdael, qui avait quelques années de plus que lui, et qui pourrait plutôt l'avoir inspiré dans ses productions, car il est incontestable qu'ils se sont beaucoup connus.

Ce qu'il y a de certain aussi, c'est que personne n'a réuni à un plus haut degré qu'Hobbéma le relief et riiarmonie delà couleur à une expression plus vraie de la nature, et j)eu ont su donner à un paysage un aspect plus imposant : fonds larges, nuages transparents, lumière habilement distribuée, feuillet étudié par masses, dessous de bois tres-accessibles , clairières savamment ménagées; tout concourt à faire de ses paysages autant de chefs-d'œuvre.

A peine regardé il y a un demi-siècle, Hobbéma se vend aujourd'hui, par suite d'une juste réaction qui s'est faite en sa faveur, à des prix exorbitants. Ces prix

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dépassent même de beaucoup ceux qu'atteint Ruysdael, qui pourtant ne lui cède en rien, qui môme, osons-le dire, l'emporte souvent par le mystérieux ou, si l'on peut parler ainsi, par le côté moral de la composition.

Celui des deux paysages d'Hobbéma, portant le n" 205 de notre musée, qui estloin d'être important, a été payé en 1850 18,000 francs; le dernier acquis, le Moulin à eau, de beaucoup supérieur, a été acheté en 1861 52,000 francs, au baron de Witzeleben qui, quatre ans avant, à la vente Mecklembourg, l'avait payé 72,000. Enfin, celui qui figurait cette année (1865) à la vente de Morny, où il a été adjugé à 81,000, avait été payé 96,000 càla vente Patureau en 1857 ; et cependant à la vente Lafontaine, qui s'est faite en 1821, un intérieur de forêt du même artiste, et de l'importance de ces derniers, n'avait atteint que 11,000 francs;

Van Kessel, Jean (1648), qu'il ne faut pas confondre avec les deux d'Anvers, qui ont fait des fleurs et des oiseaux d'une touche un peu légère, a quelquefois assez bien imité Hobbéma; seulement sa manière pèche par excès de fermeté. Son feuillet est plus sèchement découpé , sa lumière est moins vive et ses horizons manquent souvent de transparence. Les bouleaux qu'on trouve presque toujours dans ses grands paysages le font aisément reconnaître ;

De même LooTEN, Jean, , mort en 1680, qui pèche aussi par la sécheresse et dont presque tous les tableaux, généralement de grande dimension , contiennent des chutes d'eau et d'épais massifs d'arbres.

Deux artistes qui, à la même époque, Ont encore occupé en Hollande un rang distingué comme paysagistes, sont Hakkert, Jean, et de Heusch, Guillaume. Le premier (1626), quia visité la Suisse et l'Allemagne, excellait à rendre le coucher du soleil ; ses figures, dUôâ souvent au pinceau d'Ad. Van de Velde ou de Lingelbach, s'harmonisent parfaitement avec ses fonds.

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Kous ii*avons rien de lui ; on voit de ses tableaux â Amsterdam, à Berlin et à Munich où s'en trouvent deux des plus importants : une Vue du bois de La Haye, et un Départ pour la chasse-,

Le second (1638-1712) se rendit fort jeune en Italie, où il fut l'élève de J. Botli, dont il a suivi la manière, et revint mourir à Utreclit, sa ville natale. Son coloris, comme celui de son maître, est chaud, et ses figures, qui sont de lui, sont bien dessinées. Il avait laissé une si bonne opinion de lui en Italie, que des tableaux qu'il a faits en Hollande il y en est peu resté; aussi sont-ils rares dans le commerce. Notre musée en a un sous le n° 201, qui est d'un très-piquant effet.

Guill. de Heusch a eu deux neveux : l'un, Jacob, qui a aussi habité l'Italie, a peint comme lui des paysages, et l'a si bien imité qu'il est probable que la moitié des tableaux vendus sous le nom de Heusch sont de lui ; l'autre, Abraham, a peint des plantes et des insectes d'un fini très-précieux.

Tous les artistes iont nous venons de parler ont été spécialement des paysagistes; mais la Hollande compte un très-grand nombre]d'hommes du plus grand mérite' pour lesquels leurs paysages, d'ailleurs admirablement traités, n'ont été que des cadres pour les figures, les animaux surtout, dont ils se sont principalement occupés; tels que les Wouwermans, Berghem, Karel du Jardin, Lingelbach, Albert Guyp, Paul Potter, Adrien Van de Velde. Étudions-les, toujours autant que possible, par ordre de naissance :

Van de Velde, Isaac (1597-1648), frère de Guill. Van de Velde. dit le Vieux, oncle par conséquent de Guillaume, le célèbre peintre de marines, et d'Adrien, le peintre d'animaux. Il a fait des combats de cavalerie, des marches militaires d'une touche spirituelle, mais d'un ton trop vert. Il a mis des figures dans les tableaux de plusieurs de ses contemporains. On le reconnaît au costume espagnol que portent ordinaire-

ment les personnages de ses paysages. Il n'est pas très-recherché dans le commerce parce qu'il est trop aisé à reconnaître, et n'est jamais d'une assez belle qualité pour qu'on puisse l'attribuer à un maître d'un prix plus élevé ;

GuYP, Albert (1606, vivait encore en 1683). élève do son père, Jacques, peintre de marines et d'animaux, assez renommé, ne fut bien apprécié qu'après sa mort, et cependant aucun peintre dans son genre n'a été plus chaud et plus vrai de ton, et n'a attaqué les animaux avec plus de hberté et plus de moelleux. On lui rend aujourd'hui justice.

Dans le commerce on donne très-souvent comme étant de lui les tableaux d'un nommé VanSTRY (1756- 1815), qui l'a assez bien imité, mais qui est encore loin de lui pour la transparence de ses ciels et le dessin do ses animaux, parmi lesquels se trouvent fréquemment des vaches.

Guyp, Albert, n'a pas peint que des paysages avec animaux : il a fait aussi des marines, des fleurs, des fruits et des portraits fort estimés. Lord Hertford a de lui une Marine qu'd a payée 26,000 francs, en 1847, h la vente Patureau, et qui est d'un effet admirable. Il a eu, les uns disent un frère, d'autres un neveu, Benjamin, sur la vie duquel on a peu de renseignements, mais qu'on sait avoir imité Rembrandt.

En même temps que Guyp, vivaient Stoop, Thierry (1610-1686), qui a longtemps habité le Portugal, et duquel on connaît des combats de cavalerie, des haltes de postillons, des sacs de villes, assez bien exécutés, mais d'une teinte jeaunâtre, dépassant ce qu'on appelle un ton chaud. Il n'est généralement pas d'un grand prix ;

Et Stoom, Mathieu, qui a fait aussi des combats de cavalerie, des attaques de voyageurs, des embarquements de soldats, dont plusieurs se voient dans la galerie de Dresde, qui a surtout de lui un Combat entre

des Européens et des troupes d'Italie, et un Embarquement de soldats. Puis vinrent :

WouwERMAN, Philippe, qu'on appellele plus habituellement Wouwermans (1620- 1 668), et qui occupe certainement le premier rang parmi les peintres de ce genre. Elève de Wynants, il a peint les animaux, les chevaux surtout, avec une inimitable perfection ; et, chose étonnante, cet homme extraordinaire a fait un nombre considérable de tableaux et il est mort à quarante-huit ans ; ses débuts ont été des chefs-d'œuvre, et il a passé la plus grande partie de sa carrière, tourmenté par le besoin, il est même mort dans la gêne, ignorant tout à fait la valeur de son talent.

Quoiqu'il en soit, ses tableaux se reconnaissent à leur ton clair et lumineux, à ses ciels vaporeux et transparents, à sa touche ferme, en même temps d'une excessive finesse et d'une admirable harmonie ; à son imitation exacte de la nature dans ses plus minutieux détails. Ses chevaux blancs surtout sont d'un modelé inimitable; et, contrairement mêmeàbeaucoup de sescompatriotes, ses figures ontdela grâce et représentent toujours des personnages distingués, noblement et pittoresquement vêtus. Il a eu deux frères qui ont traité les mêmes sujets que lui, mais qui l'ont imité sans l'avoir égalé. De ces deux frères, Pierre (1625-1683) est celui qui s'est le plus rapproché de lui ; et Jean (1629-1666) est resté en arrière de Pierre, au moins de la même distance qui sépare celui-ci de Philippe.

Notre musée possède de très-beaux tableaux de Phil. Wouwermans; on en compte dix-sept à la pinacothèque de Munich, dont plusieurs magnifiques; le musée de La Haye en a neuf, parmi lesquels est un manège en pleine campagne, avec un carrosse attelé de six chevaux blancs ; celui "d'Amsterdam en a également neuf; mais la galerie qui en a le plus est celle de Dresde qui a son Combat près d'un moulin, cité comme un des plus beaux. Nous en avons un de Pierre, n" 578, qui n'est pas sans mérite.

Les œuvres de Pliilippe Wouwermans sont arrivées aujourd'hui à des prix qui ne les rendent accessibles qu'aux collections princieres ou aux personnes fort riches. Les dernières qui ont paru dans les ventes publiques ont, en effet, atteint des prix fabuleux. Le Marché aux che' avx qni, en 1801, vente Robit, n'avait atteint que 16,000 francs et avait déjà, en 1837, été vendu 35,600 francs à la vente de la duchesse de Berry, a été acquis pour 80,000 fr. par lord Hertford en 1854, vente Mecklembourg.Quese vendrait sa fameuse Chassa aux cerfs du musée d'Amsterdam, qui a fait partie de la galerie Ghoiseul, d'où elle est sortie pour 20,000 francs?

Nos musées de province ont aussi plusieurs tableaux de P. Wouwermans; par exemple, celui de Nantes en a trois, ceux de Lyon et de Montpellieren ont chacun un, et celui de Rennes a trois dessins. La galerie de lord Hertford en a deux, indépendamment du célèbre Marché aux chevaux, et M. James Rothschild, trois très-beaux. Le musée de Rotterdam a de Pierre un Camp rempli de soldats, qui le rapproche beaucoup de Philippe.

Berghem, (on écrit aussi souvent Berchem) Nicolas (1624-1683), élève de Van Goyen, de Grebber et de J.-B. Weenix, qu'il surpassa, est aussi un de ceux dont le nom est le plus populaire. Son faire annonce qu'il a dû travailler avec une grande facihté. Son dessin est correct et bien arrêté ; son ciel, d'une grande transparence, indique toujours les différentes heures du jour,et, sespersonnages,quoiquedela classe villageoise, ont une tenue distinguée; ses ombres sont habillement conduites pour faire ressortir les figures, et ses eaux ont une grande limpidité. Les animaux qu'il a introduits dans ses paysages sont plus souvent des mulets, des vaches et des moutons que des chevaux.

Notre musée a onze tableaux de Berghem de différente dimension, qui permettent de le bien juger et de l'étudier convenablement ; celui qu'on nomme le Passage du Bac, n° 21, est avec raison regardé comme un chefd'œuvre. C est au musée de La Haye qu'est son

Paysage italien, orné de figures et d'animaux de grandeur naturelle ; il y fait pendant au célèbre Taureau de Paul Potter : ce qui prouve le grand cas qu'en font avec raison les Hollandais.

Les tableaux de Bergliem, autrefois assez communs dans le commerce, s'y voient rarement aujourd'hui, et, quand ils s'y trouvent, se tiennent à des prix élevés, mais n'atteignant jamais ceux de Phil. Wouwermans. En effet, la grande Chasse aux cerf, appartenant aujourd'hui à M. le baron Rolitschild, n'a été payée que 15,000 francs en 1832, à la vente Erard; et les Adieux de la bergère, qui avaient atteint 20,000 francs à la vente de Varange, en 1857, n'ont été achetés que 15,000francs l'année suivante par le duc de Valmy. Et cependant, en 1809, vente Grandpré, un paysage de lui de grande dimension, il est vrai, avait été retiré à 30,000 francs ;

LiNGELBACH, Jean (1625-1687), vient sur la même ligne que Berghem. Si on le classait d'après la naissance, il figurerait dans l'école allemande, puisqu'il est né àFrancfort-sur-le-Mein ;mais, comme il a longtemps habité Amsterdam, où il est venu fort jeune, et où il est mort, y laissant une grande réputation, on le fait figurer parmi les Hollandais. Il a peint à la manière de Wynants et de Philip. Wouwermans ; mais ses compositions, au lieu d'être comme celles du premier des sites agrestes, étaient plus souvent des ports de mer, des canaux chargés de barques, des places publiques, des foires, qu'il animait par un grand nombre de figures et par l'agréable variété des costumes divers des personnages qui les fréquentent.

Le dessin de Lingelbach est correct et sa couleur est au moins aussi claire que celle de Berghem ; son ciel est même plus chaud et son style plus varié. Il a décoré de figures les tableaux d'un grand nombre de ses contemporains, comme on le voit par celui du n* 2'73 de notre musée, qui porte sa signature et celle de Wynants. Un de ses plus beaux tableaux est le

Départ de Charles II de Scheveningue pour V Angleterre en 1660, qui se voit avec plusieurs autres au musée de La Haye.

Lingelbach n'est jamais d'un prix aussi élevé que Berghem. Cependant les experts de notre musée, en n'estimant qu'à 15,000 fr. chacun des deuxportant les 270 et 271, les mettent de beaucoup au dessous de leur valeur. Ce qui lui fait tort dans le commerce, c'est qu'il a mis des figures dans les paysages de plusieurs maîtres secondaires, comme dans ceux de Beerestraeten, de Verbooms, qu'on achète, parce que, en reconnaissant les figures de Lingelhach, on croit que tout le reste est de lui ;

PaulPoTTER (1625-1654), qui, sinouspartagionsl'enthousiasme des Hollandais pour lui, prendrait rang dans l'histoire de l'art immédiatement à côté de Raphaël, puisqu'ils mettent son fameux Taureau de La Haye au niveau de la Transfiguration. Mais nous pensons être juste en le plaçant pour le mérite sur la inôme ligne que Wouwermans, Berghem, Karel du Jardin, Adrien Yan de Velde, dont nous allons bientôt parler.

Paul Potter a fait, il est vrai, des animaux dont la forme, la physionomie, les attitudes respirent la vie au plus haut degré ; mais sa composition est moins riche que celle de Ph. Wouwermans, sa couleur n'a pas plus d'éclat que celle de Karel Du Jardin ; ses figures humâmes, pour être vraies, n'ont pas l'animation de celles de Berghem, ni môme la désinvolture aisée de celles de Lingelbach. Cependant son pinceau a du moelleux et une grande finesse, ses lointains ont une transparence extraordinaire ; c'est encore en cela qu'il est remarquable.

Notre musée n'a ni dans sa Prairie du no 400, ni dans son Petit cheval Pie, acheté, en 1858, 7,000 francs, a la vente Hope, ni même dans les deux chevaux attaches a la porte d'une chaumière, du n° 399, des œuvras capables de le maintenir à nos yeux à la hauteur

où le placent son Taureau de La Haye, et son Orphée domptant les animaux par hs arcords de sa lyre, du musée d'Amsterdam ; deux chefs-d'œuvre, nous en convenons, mais que, contrairement à l'opmion des amateurs hollandais, nous nous permettons de mettre audessous même de Isi Dispute du Saint-Sacrtment de Raphaël, et, à plus forte raison, de la Transfiguration.

Les tableaux de P. Potter sont rares, car il a peu produit, étant mort à vingt-neuf ans ; on en voit peu passer dans les ventes, et, quand ils y paraissent, ils V sont vivement disputés. Cependant le chiffre le plus haut que nous les ayons vu atteindre dans ces derniers temps, est de 37,000 francs qu'a été vendu à M. Demidof en 1837, le beau Pâturage àe la duchesse de Berry. Depuis, lord Hertford a payé 20,000 la prairie, a la vente Hope (1858);

Karel Du Jardin (1635-1678), élève de Berghem, qui n'est pas exclusivement un paysagiste, puisquil a peint des tableaux d'histoire en petit et des scènes ia- ■ miUères d'une admirable exécution, comme son Calvaire et ses Charlatans italiens de notre musée, son Dioqène regardant un Qarçon buvant dans le creux de sa main delà galerie de Dresde, et même des portraits, témoins ceux que possède le musée d Amsterdam; mais on le connaît plus particulièrement par ses paysages avec animaux supportant la comparaison non-seulement avec Berghem, qu'il surpasse souvent - en vérité, mais avec Paul Potter, dont les animaux ne sont pas de beaucoup supérieurs aux siens.

En effet, sa lumière, qui sent le soleil de l'Italie, qu'il a longtemps habitée, est éblouissante; son dessin, auoique correct, est agréablement capricieux ; ses compositions sont à la fois naturelles et pleines d esprit. Ses tableaux d'histoire n'ont peut-être pas toute f élévation voulue ; mais, pour le genre dans lequel nous le plaçons, il se met à çôté d Adrien Yan de Velde, car sil est moins fini que lui, sa touche est plus large et plus hbre.

Les tableaux de K. Du Jardin se tiennent à des prix élevés. Les experts de notre musée, estimant son Calvaire de 25 à 30,000 francs, ne l'ont pas mis au-dessous du prix qu'il atteindrait dans une vente publique ■ car dans la première vente deMorny, en 1852, un Troupeau de bœufs, de lui, de moitié moins important, a monté à 25,000 francs; bien plus, en 1841, vente Perrégaux, le Passage du GMé,qu'a M. de Rothschild, lui a été adjugé à 26,000 francs. Des tableaux de ce maître qu'on connaît dans les collections de Paris, on cite encore celui de la galerie Seilhères, l'Ange et le fils de Tobie, et ceux de lord Hertford, parmi lesquels est un beau portrait d'homme.

Van de Velde, Adrien (1639-1672), fils de Guillaume dit le Vieux, et frère de Guillaume dit le Jeune, le célèbre peintre de marines, dont nous allons bientôt parler, est pour le moins l'égal de tous ceux dont il vient d'être fait mention. Elève de Wynants, il s'appliqua surtout à peindre les animaux, et iljy parvint si bien que, fort jeune encore, il put remplacer Berghem, Lingelbach et autres grands artistes pour les figures, les animaux surtout, que ces maîtres étaient appelés à faire dans les paysages de plusieurs peintres distingués de leur époque.

Les compositions de Van de Velde sont animées son dessin est parfait, sa touche chaude et finie,' son coloris beau, éclatant même, quoiqu'il ait quelquefois poussé au noir. Son paysage, dont le feuillet est léger, est toujours remph d'efîéts piquants, ingénieux et cependant pris dans la nature. Ses figures sont animées d'expressions vives, mais sans afféterie.

Adrien Van de Velde est assez bien représenté dans notre musée. Sa Plage de Schvelingen, no 536, et son Canal glacé, 11° 541, comparés aux autres paysages que nous avons de lui, montrent que son talent était aussi varié que supérieur. Ses œuvres sont très-recherchées, sans atteindre toutefois un prix proportionné à leur valeur. Cependant son Départ pour la

chasse, qui est actuellement chez M. de Rothschild, a été payé 25,000 francs.

Le musée d'Amsterdam possède les deux plus beaux tableaux de Van de Velde, dont l'un, paysage avec figures et animaux devant une chaumière, est un chefd'œuvre, qui, en vente publique, dépasserait certainement 40,000 francs. Son tableau des Pages du palais, quoique s'écartant de sa manière habituelle, a monté à 22,000 en 1852, à la vente de Varange. Les musées de La Haye et de Rotterdam en ont aussi chacun deux, les uns et les autres fort beaux.

Ad. Van de Velde a eu deux imitateurs, dont les œuvres sont souvent prises pour les siennes. Ce sont KoNiNG, Jacq. (1670), etLsEUW, Pierre (1650). Le premier a abandonné le paysage pour l'histoire, et n a pas beaucoup travaillé; le second, d'ailleurs d'un pniceau flou, peut d'autant plus faire illusion qu'il ne travaillait jamais, dit-on, sans avoir sous les yeux un tableau de Van de Velde , ce qui lui permettait d'en saisir le style dans son ensemble et ses détails.

Si de ces maître, dont la réputation est devenue populaire, nous passons à ceux qui ont travaillé dans le même genre et qui, bien que beaucoup moins connus, figurent néanmoins honorablement dans l'histoire de l'art, comme leurs imitateurs ou copistes, nous les trouvons à peu près dans l'ordre suivant :

Vander Does, Jacques, dit le Vieux (1623-1673) qui a vécu dans l'intimité deKarel Du Jardin et a cherche a l'imiter, mais est resté bien loin de lui. Cependant on estime encore ses œuvres pour le dessin des animaux et l'éclat de sa lumière. Elles se maintiennent dans le commerce par la difficulté qu'on a maintenant à se procurer celles des grands maîtres. Il a eu deux fils, Jacques et Simon, qui ont peint comme lui des animaux, surtout des moutons ;

MoMMERS, Henri (1623-1697), dont les paysages sont

presque toujours des vues d'Italie, surtout des places publiques, des marchés. Ses œuvres très-répandues dans le commerce y sont aussi recherchées parce qu il a un ton vigoureux et une composition pleine de franchise ; mais le dessin de ses figures laisse beaucoup à désirer; aussi n'est-il jamais d'un prix élevé;

Helmbreker, Théodore (1624-1694), qui a travaillé dans le même genre que le précédent, mais habita ritahe et s'y fixa sous la protection du cardinal de Médicis. Il est remarquable par la vigueur de ses tons, le dessin de ses figures ; ce en quoi il est surtout supérieur à Mommers ;

Van Laer, dit Pierre de Laar (mort en 1673 ou 1675), qui a longtemps habité l'Itahe, où son caractère spirituel et enjoué lui avait concilié l'amitié du Poussin et de Claude Lorrain. De retour dans sa patrie, il y peignit une grande quantité de tableaux de chasses, de marchés, de fêtes pubhques, de paysages, ornés de figures spirituellement touchées, et dans lesquels il exprimait très-bien les différentes variations de l'atmosphère ; il a souvent aussi poussé au noir. Il se vend encore plus cher que Mommers ;

Verschuuring, Henri (1627-1690), qui a voyagé en France, en Suisse et a longtemps habité l'Itahe, a peint dans un ton chaud et riant de charmants paysages qu'il a ornés de personnages et d'animaux bien dessinés. Il a aussi fait des ruines, des châteaux, des batailles, des scènes de voleurs. On voit de ses tableaux en Allemagne, et le musée de Rotterdam a de lui un paysage , représentant un site montagneux d'Italie traversé par des voyageurs, qu'on prendrait volontiers pour un tableau de J. Both, s'il était un peu plus chaud;

Graat, Bernard (1628-1709), peu connu, mais qui eut dans son temps une grande réputation, moins peut-être par ses travaux que par le bon nombre d excellents élèves qu'il a formés. Il ne faut pas le confondre avec Bernard Gaai., élève dePh. Wouwermans,

qui, indépendamment de quelques tableaux d'histoire a aussi fait, à la manière de ce dernier, des paysages et des animaux, qui ne sont pas sans mérite;

Il en est de même de Verbeck, Pierre, vivant à la même époque, mais qui, qu lieu d'avoir été l'élève de Wouwermans, aurait été un de ses maîtres, et dont on connaît des chasses et des combats de cavalerie qui sont aussi assez estimés. On voit rarement de ses tableaux dans les ventes, ou s'il y en paraît, ils sont donnés sinon à Philippe du, moins à Pierre Wouwermans.

Van Bergen, Thierry (1645-1689), est l'artiste qui a le mieux imité Berghem, mais sa couleur, plus prononcée, na pas sa transparence, et ses ombres passent tres-souvent au noir. Le dessin de ses animaux est moins correct, et manque d'esprit; aussi, quand dans le commerce on ne peut pas le faire prendre pour Berghem, se vend-il un prix assez bas.

Van RoMEYN, Guillaume (1650), est après Van Bergen celui qui s'est le plus rapproché de Berghem • mais son dessin est plus lourd, sa couleur plus prononcée et mœns harmonieuse; le dessin de ses animaux est mhmment moins correct, et son paysage n'est iamais si heureusement disposé, line se paie pas plus cher que le précédent. Nous avons cependant de Van Romeyn, sous le n» 422, un paysage qui a plusieurs des quahtes du maître, et le musée d'Amsterdam en a trois, dont un peint dans le style itahen, qui est brt estimé.

Bégyn, Abraham, qui vivait comme les précédents au milieu du xvn« siècle, a beaucoup peint à la naniere de Berghem ; mais son style est plus décoratif, même dans ses tableaux de chevalet, qui sont plus rares que ses grandes compositions. Ayant été peintre

.ï°^'î? V beaucoup de ses tableaux sont

restés a Berlin. Il a aussi fait des marines.

Quelques biographes croient même que ce Bégyn est le même personnage que Abraham Bega dont notre musée a un paysage sous le n" \^, et qui a fait pour l'électeur de Brandebourg plus tard roi de Prusse, les vues de ses maisons royales II serait alors frère dé Corneille Béga, l'élève d'Adrien Ostade. Il a été remplacé comme peintre du roi de Prusse par Carré Sel (1666-1729), élève de Henri Carré, son frère aîné et de Berghem ; artiste dont les paysages avec animaux ne manquent pas non plus de mente, mais sont quelquefois d'un ton sourd, qui en masque les qualités.

On voit encore Van der Meer, dit le Jeune (1628- 1691), sur la vie duquel on a pende renseignenients exacts, mais dont nous avons sous le n° 284 un assez bon tableau ;

SooLEMAKER, J. F., qu'ou croit élève de Berghem auquel son dessin ressemble sans en avoir toutefois ni la couleur transparente, ni la touche légère et spir tuelle. Il faisait assez bien les figures, cependant, pour que Wy nants l'employât à en mettre dans ses paysages ;

Van der Bent, Jean (1650-1690(, élève de Wouwermans, et de Van de Veld e, dont il imita assez bien la manière, moins la correction et le fini ;

Kampuysen, Jean, qui vivait au miUeu du siècle dernier, et s'occupa surtout à pasticher, même a copier PaulPotter; ce à quoi il a quelquefois assez bien réussi. Il a quelque temps habité Bordeaux.

On doit mettre au nombre des grands artistes du genre qui nous occupe : Van der Heyden, et Berleyden qui ont fait des vues de villes; et même les deux Steenwyck qui ont fait des intérieurs de monuments, se rapprochant en cela plus des paysagistes que de tous autres.

Van dêï Heyden, Jean (1637-1712) est un des ar-

tistes les plus estimés de la Hollande; ses compatriotes portent ses œuvres au plus haut prix. Ce sont, comme on le sait, des places publiques, des vues d'édifices, exécutées avec un soin tellement minutieux que la loupe peut seule en saisir le travail. Ce qu'il y a de remarquable dans les ouvrages de cet artiste, c'est que la finesse des détails ne nuit en rien à l'harmonie de l'ensemble, à la distribution de la lumière et des ombres.

La précision des vues que nous donne aujourd'hui la photographie doit enlever à ces œuvres une partie de leur prix. Pour notre compte personnel nous y avons toujours vu plutôt un travail de patience qu'une œuvre de génie. La Vue de la Maison de Ville d'Amsterdam du n° 202 de notre musée a cependant coûté plus de 13,000 francs.

Ce chiffre nous semblait déjà fort raisonnable lors qu'en 1857, nous avons entendu adjuger une petite Vue de Hollande àelmi22,000 francs; et notre étonnement a été à son comble quand nous avons vu un autre tableau du même maître et de môme dimension que le précédent, atteindre le chiffre de 62,000 francs, mai 1865, vente du baron de Briene de Grootehndt ; ce serait à ne pas y croire si le fait n'était pas authenthique.

Ce que nous disons de Van der Heyden, nous pouvons à plus forte raison le dire de Berkeyden, Gérard (1655-1698), dont les œuvres, pournei^as avoir àf>3aucoup près le môme mérite, n'en sont pas moins fort remarquables. Les figures de ses tableaux sont ordinairement faites par son frère, Job (1637-1693), qui peignait avec une grande habileté des scènes dans le genre de D. Teniers, dont il devint le gendre.

Van der Heyden et Berkeyden ont eu pour contemporain et compétiteur Murant, Emmanuel (1622- 1700), qui a peint comme eux des fabriques avec une extrême finesse ; mais dont les œuvres sont rares, parce (jue la plupart de celles qui sont dans le commerce sont

attribuées aux deux pirécédents. Plus tard un nommé CoMPE (1713-1761), et J. H. Prins, mort en 1805, ont aussi fait dans ce genre des choses qui ne sont pas sans mérite.

Quant aux Van Steenwyck père, Henri (1550-1604), et fils (1589), ils se sont adonnés comme les Flamands Peters-Neefs, dont il& ont été les maîtres, à peindre des intérieurs d'église s; mais ils leur sont inférieurs; leur couleur étant moins transparente. Van Dyck a quelquefois employé le fils pour les fonds d'architecture de ses portraits, et Poelenbourg a mis des figures dans leurs tableaux, comme dans le n° 501 de notre musée.

Comme ces tableaux sont trop inférieurs à ceux des Neefs pour qu'on puisse les leur substituer, on les donne pour des de Witt, dont le ton est plus clair et la couleur plus harmonieuse. Ceux-ci sont aussi généralement d'une dimension moindre.

Marines. — La Hollande n'aurait pour représentants dans le genre des Marines que Guillaume Van de Velde et Backuysen, qu'elle occuperait déjà le rang le plus distingué. Mais elle compte en ce genre d'autres artistes qui, pour ne pas être à la hauteur de ces hommes si justement estimés, n'en sont pas moins dignes d'être connus. Les plus anciens sont :

Vroom, Corneille (1566-1640), élève de P.BriU, qui fit en Angleterre pour l'amiral Howard une suite de batailles navales. On voit de lui à Amsterdam un tableau représentant l'amiral Heemskerk faisant couler bas les galères espagnoles devant Gibraltar ;

Zéeman, Remi, né en 1612, qui, indépendamment des paysages et des vues de villes, a fait d'asse^^ionnes marines; sa touche malheureusement est parfois incertaine et dure, et ses «eaux manquent de transparence. Il a habité Paris et Londres, et si notre musée n a rien de lui en marines, il a une Vi(^e de V ancien Louvre du côté de la Seine, n° 586 ;

Van ScHAGEN, Gilles (1616-1668), auquel on donna, comme à Guillaume Van de Velde, une frégate pour s'exercer à peindre des combats sur mer d'après nature : ce dont il ne sut pas tirer un parti aussi avantageux que Van de Velde ;

Beerstraeten, a. Jean, sur la vie duquel on sait pour tous renseignements qu'il peignait à la même époque que le précédent. On voit de lui à Amsterdam une Bat'iillp navale entre les amiraux Rmjter ft Monck le i2 juin 1666 ; et dans notre musée une Vue du port de Gênex, datée de 1662, qui atteste des connaissances exactes dans le genre ;

Wyk, Thomas (1616-1686), qui excellait surtout à représenter des ports de mer. On connaît aussi de lui des intérieurs, des places publiques, qu'il garnissait de groupes gracieux et animés. Son coloris est chaud et son style est plein d'effet. On voit de ses ouvrages à Vienne, à Dresde , à Florence. Immédiatement après viennent les deux plus grands artistes qui aient fait spécialement des marines : Backuysen et Guillaume Van de Velde ;

Backuysen, Ludolphe >( 1631 -1709), est élève du célèbre Everdingen. Voulant se livrer au genre qui a immortalisé son nom, il se fit construire une nacelle et allait sur la mer. en étudier les divers effete. Aussi a-t-il rendu avec une vérité surprenante le calme, l'orage et surtout la tempête, qu'il semble avoir affeo tionnée de préférence.

Ses eaux, agitées ou non, sont toujours d'une admirable transparence ; ses vagues suivent l'impulsion du vent dont on reconnaît la force et la direction ; ses bâtiments attestent une connaissance approfondie de leur agencement et des manœuvres qui les dirigent. Aussi n'est-il pas une collection un peu importante qui n'ait un ou même plusieurs de ses tableaux.

L'Escadre hollandaise, que nous avons dé lui sous le

11° 5 est très-importante ; est-elle bien celle que les bourgmestres d'Amsterdam jugèrent digne d'être offerte à Louis XIV? C'est ce qu'on ne sait pas ; mais la collection impériale de Vienne possède de lui trois tableaux qui ne le cèdent en rien à notre escadre, surtout la Vue de la rade et du port d'Amsterdam, datée de 1676, dans laquelle il s'est représentée lui-même.

Les tableaux de Backuysen, sans être aussi rares dans le commerce que ceux de Van de Velde, se paient encore cher. Le dernier que nous avons vu passer en vente publique (vente Meffre, 1863), de 1 mètre 15 de largeur sur 95 centimètres de hauteur, a monté à 6,800 francs; ce qui nous a semblé être- beaucoup audessous de sa valeur. Aussi l'Escadre hollandaise de notre musée est-elle estimée 15,000 francs, ce qui parait être à peine son prix ;

Van de Velde Guillaume (1633-1707), est fils et élève de Guillaume dit le Vieux, également peintre de marines, mais ayant plus dessiné que peint. Il est conséquemment, ainsi que nous avons déjà eu occasion de le dire, frère d'Adrien Van de Velde, le célèbre peintre de paysages et d'animaux. Il occupe le même rang que lui dans sa spéciaUté ; aussi ses œuvres sontelles si avidement recherchées qu'elles ne se rencontrent presque plus dans le commerce.

A une connaissance aussi approfondie delà mer que Backuysen, Van de Velde joignait une fmesse de pinceau qui lui permettait de donner à ses ciels et à ses eaux une transparence que personne n'avait jamais et n'a encore obtenue. Sa lumière est diaphane, ses ombres sont ménagées avec soin, ses voiles reçoivent sans violence l'effort des vents, et une savante étude de la perspective lui a permis de faire distinguer, même dans les lointains les plus reculés, la distance qui sépare les bâtiments qu'il s'est plu à rassembler sur une même toile.

Les marines de Çnil. Van de Velde sont très rares ;

aussi notre musée a eu raison de saisir en 1852 l'occasion qui s'est offerte d'aclieter 11,500 francs celle qui porte le n" 538, qu'on paierait probablement 20,000 aujourd'hui, puisque cette année (1865) on a vu, à la vente du baron de Brienne de Grootelindt, l'Incendie du vaisseau le Chatam, monter à 70,000 fr.

Le musée d'Amsterdam a six marines de cet artiste, parmi lesquelles on remarque surtout une superbe scène de la bataille navale des Quatre Jours en 1 666, et son pendant, qui se vendraient certainement chacune 100,000 fr. Après le musée d'Amsterdam, la collection la plus riche en ouvrages de GuillaumejVan de Velde, est celle de la famille Peett à Londres, qui en compte huit, dont plusieurs très-beaux. A Paris, lord Hertford en a deux, et M. James Rothschild un, mais superbe.

Les peintres qui, après ces deux grands maîtres, sont parvenus à se faire un nom dans le genre des marines, sont :

Van der Kabel, Adrien (1631-1695), élève de Van Goyen ; ses eaux sont ordinairement tourmentées ; ses figures sont dessinées sèchement, un peu à la manière des Italiens et surtout de Salvator Rosa ; ce qui a fait supposer qu'il avait vu l'Italie, ce qui n'est pas certain ; mais son pinceau est vif et ne manque pas de liberté ; il a poussé au noir, et a pris ainsi un aspect terreux et sec qui le fait aisément reconnaître ;

MoLYN, Pierre, ditTempesta (1637-1701), qui choisit de préférence les moments orageux de la mer, d'où lui survient le surnom sous lequel on le désigne communément ; il a, comme Van der Kabel, une manière sèche et tourmentée, une couleur bistrée qui lui enlève toute valeur dans le commerce ;

Molyn n'a pas fait que des marines, comme le prouve son Choc de cavalerie de notre musée (n" 33^), et plusieurs paysages qu'on voit de lui à Florence, à Vienne, à Dresde et surtout à Rome, où il fut con-

damné aune détention perpétuelle pour avoir assassiné sa femme; d'où lui vient encore le surnom de De muheribm, par lequel on le distingue de son père, Pierre dit le Vieux, connu aussi par ses paysages qu on confond souvent avec ceux de Van-Goyen, dont ils ont 1 aspect roux et monotone ;

Storck, Abraham (1650), dont la vie est peu œnnue • il a une couleur plus vraie que les deux précédents, et il ne manque ni de vérité, m de mouvement. Ses tableaux se reconnaissent à la quantité prodigieuse défigures qu'ils contiennent; il est assez reclierciie auand il est bien conservé Les galeries de Dresde et de Rotterdam ont de lui l'une le Port, 1 autre la Ville d'Amsterdam;

Vliegher, Simon de (peignant encore en 1612), mais dont la vie est peu connue. 11 est fort estimé de ses compatriotes, non seulement parce qu il a ete le maître deGuill. Vande Velde, mais encore parce que ses ouvrages sont beaux de couleur et d'un effet argentin très pittoresque, comme nous sommes a même de le voir dans le n° 549 de notre musée, qui nous représente une marine par un temps calme. On voit encore de ses œuvres à Berlin, à Dresde et à Amsterdam ;

Verschuur, Liévin (vivant en 1680), dont on voit également à Amsterdam deux tableaux représentant l'un le Châtiment de la cale infligé à un chirurgien de marine, l'autre l'entrée de Charles II dans le port de ■ Rotterdam. Ces tableaux sont remarquables par la transparence de leurs ciels qui se ressent du climat de ritahe, que l'auteur a probablement visitée.

Animaux, natures-mortes. — Si les Hollandais n'ont à opposer à Sneyders, G;omme peintre d animaux en grand, que Ruthard, Charles (166b), qui a surtout fait des chasses, mais d'une manière moins savante que Sneyders. quoique très habilement Us ont du moins à se glorifier des deux Weénixou WEeninx qui l'emportent certainement de beaucoup sur l^yt et

OrTiî pour le gibier. Ces deux artistes, le père et le fils, ont, en effet, porté ce genre au plus haut degré.

Le père J. Baptiste (1621-1660), quia longtemps habité l'Italie, n'a pas fait que du gibier r'Les Corsai" res repoussés que nous avons de lui au musée (n° 553),

Ïjrouvent qu'il savait composer et exécuter très habiement une scène. On connaît même de lui plusieurs intérieurs dont les figures sont d'une finesse d'exécution digne de Gérard Dow et de Miéris.

Le fils, Jean (1644-1719), son élève, lui est supérieur pour le gibier, que personne n'a dessiné aussi correctement et peint d'une couleur plus éclatante que lui. Ses tableaux, hien conservés, se vendent cher : nous en avons vu récemment un de petite dimension, représentant une seule perdrix et une corbeille de petits oiseaux atteindre 2,000 francs. Il a eu pour élève et imitateur Valakenburg, Thierry (1675-1721), dont les œuvres, sans être dépourvues de mérite, sont de beaucoup inférieures aux siennes.

Dans l'espace qui sépare Weenixle père du fils, sont venus en Hollande trois hommes fort remarquables aussi comme peintres d'animaux : Hondekoeter, Beeldemaker et Hondius.

Hondekoeter, Melchior (1636-1695), élève de son père Gisbert, qui a peint des paysages avec chasseurs, et de J. B. Weenix, a eu un talent vraiment extraordinaire pour rendre les plumes et le duvet des oiseaux, surtout des poulets, des dindons, des canards, des cygnes. Quand il compose un tableau, il le fait en grand style, et il ne perd pour cela aucune des qualités défini et de détail qui rendent ce genre agréable. Son tableau de notre musée (n» 214), payé, en 1816, 625 francs, se vendrait aujourd'hui deux ou trois mille. Il est cependant de beaucoup inférieur à celui connu sous le nom de plume flottante, de la collection d'Amàterdam, représentant une ménagerie dans laquelle on

remarque surtout un pélican au milieu d'une foule d'oiseaux de tous pays. Il avait, dit-on, dressé un coq à lui servir de modèle.

Ce tableau que nous venons de citer n'est pas, au reste, le seul que possède de ce maître la galerie d'Amsterdam; elle en a neuf en tout. On en voit aussi quatre à Dresde, parmi lesqnels on remarque Un Coq, une Poule et ses poulets effrayés pur un oiseau de proie. Le plus haut prix que nous ayons vu Hondekoeter atteindre dans les ventes publiques est 1,405 francs ven te Tardieu, 1843. -

Hondekoeter, Melchior, a eu pour imitateur et même plus souvent pour copiste, Van Aten, Jean (1651- 1698), dont les tableaux sont très-communément pris pour les siens. Sa tonclie cependant est plus lavée, et sa couleur infiniment moins transparente ; mais on s'y trompe encore souvent. On trouve ensuite :

Beeldemaker, Jean (1630-1669), qui a surtout peint des diasses, dont les chiens sont admirablement dessinés. Ses deux fils l'ontassez bien imité. L'un d'eux, François, s'occupa surtout à peindre des chasses en grand, comme motifs de décoration pour les appartements ;

HoNDius, Abraham (1638-1691), qui a également excelle a peindre les différentes races de chiens; il a lait des combats de cavalerie et d'animaux entre eux des haltes et des départs pour la chasse ; son dessin est facile, mais relâché ;

Van Aalst. GuilL (1620-1679), élève de son oncle ±ivrard Van Aalst, s'est aussi fait une réputation dans le genre gibier; mais il mettait souvent des pièces de vaisselle dans ses tableaux, ce qui le ferait déjà reconnaître de Weenix, du fils surtout, si sa couleur en avait 1 éclat ; mais c'est ce en quoi il est bien loin de l'égaler ;

De même de Ro! stkaetrn, Pierre (1627-1698), dont les œuvres sont eu-partie restées en Angleterre, où il a

beaucoup travaillé et où il a même laissé de beaux portraits, qu'il faisait en concurrence du chevalier Lely; — et de Kalf. Guill. (1630-1693), très-connu pour ses pièces de porcelaine, d'argenterie, ses fruits, ses intérieurs de cuisine ; mais qui a aussi fait des animaux morts, d'un bel effet, cependant d'une facture un peu sèche ; — de même aussi de Zorg, Henri- Martin (1621-1682), élève de David Teniers, qui a peint d'une bonne couleur, et d'un beau fini, des in- ' térieurs et des ustensiles de cuisine, des scènes de pêcheurs, de vendangeurs, qu'on trouve souvent dans le commerce à des prix raisonnables.

Mais ces deux derniers sont restés pour les objets d'or, d'argent, les fruits et autres accessoires, bien au-dessous des De Heem, père et fils, qui occupent il est vrai à ce sujet le premier rang.

De Heem le père , David , sur la vie duquel on a peu de renseignements, a fait beaucoup de tableaux de fruits, mais ils sont certainement inférieurs à ceux de son fils. Ce dernier, Jean-David (1600-1674), a en effet acquis en ce genre une célébrité immense, et personne ne l'a surpassé pour son imitation parfaite des corps lumineux et l'art avec lequel il rendait leur transparence. Gomme il mettait très-souvent dans ses tableaux un citron à moitié pelé, on lui attribue tous ceux marqués à ce coin, mais il s'en faut qu'ils soient tous de lui. Notre musée en a deux, dont celui du n° 193, le fait parfaitement connaître. On en voit trois beaux à Amsterdam, d'autres à La Haye, à Berlin et à Dresde.

J. DavidDeHEERi aaussipeintdes fleurs et desoiseaux qui soutiennent la comparaison avec ce que les hommes les plus forts en ce genre ont fait : témoins ses tableaux qui sont à Dresde et surtout à Munich , où en est un dans lequel se trouvent des insectes. Il a eu pour élève Marie Van Oosterw^yk (1630-1693) qui l'égala presque, etdont plusieurs Souverains ont recherché les

œuvres, remarquables surtout par leur précieux fini, très rares aujourd'hui ou données au maître.

J. David De Heem a aussi eu un fils, Corneille, qui a eu également dans ce genre un assez beau talent, mais inférieur à celui de son père. C'est, en général, de lui que sont la plupart des tableaux qui, dans le cours du commerce, portent la signature des De Heem. Avec un peu d'attention, eût-on même enlevé les initiales du prénom, on les reconnaît à leur style plus sec et à leurs tons rouges. 11 a fait beaucoup de fleurs.

On cite comme un habile imitateur des De Heem, du père surtout, Roodtseus, Jacques (1631-1681), dont les œuvres ne sont connues que du petit commerce ; mais celles qu'on cherche le plus ordinairement à substituer à la place des De Heem, sontd'HÉDA, Guill. Nicolas, né en 1594 ; elles en ont souvent la belle ordonnance, l'éclat et la couleur. Son pinceau toutefois est moins fin ; les accessoires, parmi lesquels se voient souvent des coquillages à aspect nacré, sont plus minutieusement traités, mais ils sont plus ^ecs et plus mesquins que ceux des De Heem.

Les œuvres véritables de J. D. De Heem se tiennent à de beaux prix ; ses tableaux de moyenne dimension se vendent toujours de 600 à 1 ,000 francs. Un des plus beaux qu'on ait vus est celui qui figurait, il y a quelques années, à la vente de notre regrettable confrère le docteur Leroy d'Etiolés, représentant VŒU de la Providence veillant aux produits de la terre ; il provenait de la galerie du cardinal Fesch, et a été adjugé à 10,000 francs, et certes il les valait bien.

La supériorité qu'a l'école hollandaise dans le genre dit nature-morte sur l'école flamande, est encore plus prononcée pour les fleurs, car citer le nom de Van HrvsuM est dire ce qui a été fait et probablement se fera de mieux en ce genre. Il y a deux Van Huysum comme deux De Heem ; Juste, le père et Jean, le fils.

•Le père (1659-1716), élève de Nicol. Berghem a fait d'assez belles choses en fleurs ; mais, sans avoir peutêtre jamais pu égater son fils, il serait cependant arrivé à un degré assez élevé si, au lieu d'embrasser plusieurs genres à la fois, il se fût borné â un seul.

Le fils, Jean, le célèbre (1682-1749), a déployé dans les fleurs un talent qui l'a rendu unique dans ce genre : ordonnance riche, goût exquis dans la manière de former ses groupes, couleur appropriée à chaque fleur, veloutf^, transparence, rosée, tout y est Texpression de la nature prise dans ce qu'elle arle plus frais et de plus di^licat. Les vases dans le.^quels Van Huysum place ses fleui'S, ses bas-reliefs et les tables sur lesquelles reposent ses vases sont aussi, soignés que ses fleurs eLes-mêmes. Les nids d'oiseaux, leurs œuf-<, leurs plumes, les insectes, les papillons, tout est rendu avec la plus grande vérité et fait la plus complète illusion.

Quelques personnes trouvent bien que dans les tableaux de Van Huysum les fruits semblent quelquefois tenir de l'ivoire et de la cire, et pensent qu'une touche plus large et plus sûre, sans cesser de faire autant d'illu>ion, aurait annoncé plus d'art ; cette observation n'empêche pas qu'il ne reste placé à la tête dé tous les peintres de fleurs.

Jean Van Huysum a fait aussi des paysages d'une extrême finesse, mais ils sont, comme on le dit, épinglés, et font regretter qu'il leur ait sacrifié un temps qu'il eût bien mieux employé à peindre des fleurs. Ses trois fifres : Jacques, Juste dit le Jeune, et Nicolas ont peint aussi des fleurs, mais ils lui sont de beaucoup inférieurs. Ce sont leurs tableaux, ceux de Nicolas surtout, qui ne s'occupa qu'à le copier, qu'on vend généralement pour les siens, de même qu'on vend les tableaux de De Heem le père et de Héda pour ceux de Jean David De Heem.

Notre musée a de hii cinq tableaux de fleurs, dont

plusieurs très-beaux. Le musée d'Amsterdam en a quatre, parmi lesquels les Hollandais admirent celui qui représente des fruits sur un socle de marbre, qui est, à notre avis, un de ceux où le reproche qu'on lui fait quelquefois, d'être trop ivoire, est le plus mérité.

Les tableaux de cet artiste se sont toujours vendus cher ; déjà, en 1809, vente Sabatier, on en a vu un de moyenne dimension monter à 14,000 francs; plus récemment 1841, vente Perrégaux, un autre s'est vendu 10,000 francs, et, en 1854, vente de Mecklembourg, un autre a monté à 13,000 francs. Quant à ses paysages, dont notre musée a quatre spécimens, ils dépassent rarement 5 ou 600 francs.

Van Huysum, pour être le plus connu et le plus habile peintre de fleurs de la Hollande, n'est pas le seul qui s'y soit fait une grande réputation dans ce genre. Il avait été précédé par Mignon, Abraham (1637- 676). Elève d'abord d'un nommé Jacob Moreels, Mignon entra ensuite chez David De Heem j c'est pour cela qu'on le met dans l'école hollandaise, à laquelle il n'appartient pas par sa naissance, puisqu'il est né à Francfort-sur-le-Mein.

Quoiqu'il en soit, Mignon avait déj<à acquis avant Van Huysum une grande célébrité. Ses fleurs n'ont certainement ni l'ampleur de composition, ni la couleur tendre et délicate de celui-ci; mais elles ont une touche dont la mollesse est pleine de charme, une finesse de détails que nul n'égala. On le reconnaît surtout aux tiges filiformes qu'il a presque toujours placées çà et là dans ses bouquets de fleurs et qui s'échappent des vases. Il y a aussi très-souvent mis des insectes, des papillons, même des lézards d'une admirable exécution. Notre musée a six tableaux de Mignon, tous d'une belle qualité. On admire surtout celui du n" 329, connu sous le nom de Nid de pinsons, dans lequel on voit au milieu des fleurs, des serpents, des lézards, et même des champignons d'une exécution des plus soignées. Le musée d'Amsterdam a de lui un

Vase de fleurs renversé par un chat. Il a aussi fait du gibier mort, comme on en voit à Dresde.

Ses tableaux, sans être d'un prix aussi élevé que ceux de Van Huysum, se vendent encore assez bien. Cependant il n'y a pas entre leur prix et celui des tableaux de Van Huysum le rapport qui se trouvent entre leur mérite comparatif. Ses filles ont peint dans son genre, et avec assez de succès pour que leurs tableaux puissent souvent être donnés pour les siens. On connaît aussi dans ce genre Roepel , Conrad (1678-1748), élève de Constantin Netscher, qui fut directeur de l'Académie de La Haye ; ses fleurs et ses fruits sont vrais de dessin, mais d'un ton vague et bleuâtre, comme on peut le voir par les tableaux qu'a de lui le musée d'Amsterdam.

Pour les simples plantes et les insectes. Mignon a été précédé par Marcellis, Otto (1613-1673), qui a fait des lézards et des serpents d'une finesse et d'une vérité surprenantes, ainsi que de Withoos, Mathieu (1627), dont la manière se ressent de l'Italie qu'il a habitée; — et suivi de Rachel Ruisch (1664-1750), fille du célèbre anatomiste de ce nom. Elle a surpassé Marcellis et môme Mignon en ce genre, mais ses œuvres ont noirci, ce qui n'empêche pas qu'elles ne soient fort recherchées.

On cite encore comme s'étant exercés avec beaucoup de succès dans le genre des fleurs, en Hollande, les deux frères Vereslt, Simon et Hermann; les œuvres du premier sont probablement restées en Angleterre, où il a longtemps séjourné, et où il a joui, dit-on, d'une grande réputation ; — et Van der Hulst, Pierre (1652), qui mettait la plupart du temps dans ses compositions un Tournesol, dont le nom lui est resté.

De même que l'école flamande, dans le cours du siècle dernier et au commencement de celui-ci, avait eu ses Van Spaendonclv, ses Redouté, ses Van Daël,de même aussi la Hollande a eu alors ses Van Os, Jean (1744-

1808); Brussel, Paul-Théodore (1754-1795; Huppink (1753-1798); Van Pol, Chrétien (1752-1815), qui ont fait de louables efforts pour soutenir le genre des fleurs au rang que Van Huysumet Mignon lui avait assigné.

Enfin, nous sommes tellement habitués en France à ne voir l'école hollandaise que par les fines miniatures de Gérard Dow, des Miéris, des Ostade, des Van der Werf, des Metsu, etc. , que nous ne supposons même pas que les maîtres de cette école, à part quelques-uns, aient fait des tableaux de grande dimension.

On peut s'assurer du contraire en visitant plusieurs collections du pays ; par exemple, la maison de ville d'Amsterdam, où l'on voit plusieurs grandes scènes de l'histoire nationale, comme des assemblées de bourgmestres ou de chefs de diverses corporations, des portraits de famiUes historiques dus au pinceau de Rembrandt, de Flinck, d'Iionthorst, de Keyler, de Mirevelt, même de Lingelbach. C'est encore là un côté de la peinture hollandaise qui mérite sérieusement d'être étudié.

Amsterdam est d'ailleurs, avec Paris et Londres, un des centres les plus importants pour les spéculations en tableaux. Il y a une maison de vente publique, de nombreux courtiers-experts et plusieurs marchands, dont les magasins renferment des choses précieuses, surtout en tableaux des peintres du nord, ces messieurs faisant en général assez peu de cas des productions des autres écoles.

On trouve aussi de très-beaux tableaux à Anvers et à Bruxelles ; mais il est bon de savoir, que c'est dans cette dernière ville que se font la plupart des contrefaçons et imitations des maîtres flamands et hollandais. Les artistes de ce pays ont pour cela une habileté dont on ne se doute même pas chez nous.

Les musées des Pays-Bas sont une chose non-seu.

lement utile, mais indispensable à consulter pour l'amateur qui veut connaître à fond les maîtres de ces pays ; et cela parce qu'il est sûr non-seulement de les y trouver tous, mais de les voir dans leur état primitif, et n'ayant éprouvé aucune ou que peu de ces innombrables détériorations que les transports et le commerce leur font inévitablement subir,

La Belgique — est très-riche en musées et en collections particulières. Au xv" siècle, l'école des Van Byck; au xvii" siècle, celle de Rubans y ont laissé partout des ouvrages précieux. C'est à Anvers, ainsi que nous l'avons dit, qu'il faut voir Rubens ; à Bruges, Hemling; à Oand et à Bruges, les Van Eyck. La Belgique a six Académies de peinture : à Anvers, à Bruxelles, à Bruges, à Gand, à Liège et à Louvain. Il y a alternativement une exposition triennale des beaux arts à Bruxelles, à Anvers et à Gand. Liège et Malines en ont une tous les deux ans. Disons quelques mots de chacune des trois premières de ces villes.

Bruxelles a un musée qui mérite plus de réputation qu'il n'en a, car il se compose de plus de cinq cents tableaux, dont une centaine de gothiques très-remarquables. Les Rubens y sont en grand nombre; quelques-uns de superbes, ainsi que les Jordaens, dont on y voit l'Automne et le Tnomphe du prince de Nassau, qu'on regarde çomme son chef-d'œuvre ; puis de beaux Philippe de Champagne, des Corneille Schut, desSneyders, des Weenix, des Wynants et plusieurs tableaux historiques de Sallaert, Antoine ( 1 570-1 662), que nous avons omis de citer, non comme élève, mais comme contemporain et ami de Rubens , Un des plus remarquables de ses tableaux est la Procession des corps de métiers de Bruxelles en 1620.

Quant à Anvers, Rubens y a laissé une telle réputation, qu'on oublie volontiers tous les autres artistes que cette ville a vus naître, ou dont elle possède des

œuvres. C'est à tort, car le musée est riche. Indépendamment de dix-huit magnifiques Rubens, parmi lesquels est sa célèbre Communion saint François, qui, suivant quittance, datée du 17 mai 1619, lui a été payée 750 florins ou 1,500 francs, et qui vaut aujourd'hui plusieurs centaines de mille francs ; on y voit un superbe tableau à volets de Metsys, quatre Michel Coxcie, des Martin, Corneille et Simon de. Vos, des Otto-Venius, six Van Dyck, autant de Jordaens, des Van Hoeck, des Van Thulden, des Seghers, etc.

Gand a son trésor, son chef-d'œuvre, qui suffirait à illustrer en Europe la cathédrale de Saint-Bavon, qu'elle oppose fièrement à la Descente de Croix d'Anvers, à la Chasse de sainte Ursule d'Hemling, au Taureau de Paul Potter de La Haye, et à la Ronde de Nuit d'Amsterdam; c'est son célèbre tableau de l'Agneau, des frères Van Eyck, que nous avons fait connaître.

Le musée par lui-même n'offre rien de bien intéressant. Cependant, au milieu de plusieurs bons tableaux, on y remarque le Martyre de saint Biaise , de Crayer, dontle vigoureux coloris approche beaucoup de Rubens, et quatre compositions de son élève Van Cleef, Jean (1646-1716), qui fut chargé de terminer plusieurs ouvrages commandés en Belgique par Louis XIV; et plusieurs tableaux de LiEMACKÈRE, Nicolas (1575-1646), surnommé Roose, du compliment que lui fit Rubens, qui, appelé à Gand pour y peindre une Chute des anges, ne put s'empêcher de dire, en voyant un tableau de cet artiste : « Quand on possède une si belle rose, on peut bien se passer de fleurs étrangères. »

Bruges est la ville des primitifs Flamands; elle n'aurait que sa Châsse de sainte. Ursule, de son hôpital Saint-Jean, qu'elle mériterait d'être visitée ; mais son musée, sans être bien riche, présente encore un Baptême du Chrisi, de Hemling ; puis, de Jean Van Eyck, trois tableaux, dont une Vierge assise entre saint Donatien et le chanoine de Jiala. datée de 1436,1e plus beau de ses

ouvrages, à notre avis, après V Agneau; un Repas d'Esther d'Antoine Claesseens, élève de Quentin Metsys, et quelques productions de Porbus le Vieux, des deux Van Oost et de Diépenbeck.

La cathédrale Saint-Sauveur est aussi ornée de tableaux de plusieurs maîtfes, en grande partie élèves de Rubens ; mais on en voit de plus anciens , comme de Van Orley et de Bakereel, Gilles , et de son frère Guillaume, vivant tous deux dans le milieu du xvi" siècle. Courtray, Mons, Malines et Liège n'ont pas de musées, mais ont des églises et des collections particulières où se trouvent de bons tableaux.

La Hollande — - De même que la Belgique, a des musées qui méritent d'être visités ; ceux surtout de La Haye, de Rotterdam et d'Amsterdam.

Celui de La Haye jouit d'une réputation bien méritée. On y met en première ligne le fameux Taureau de Paul Potter ; mais on nous permettra de placer avant lui La leçon d'anatomie de Rembrandt. Ce tableau, peint, comme nous l'avons dit, dans la manière claire, dite tranquille du fongueux maître, représente le professeur Tulp faisant une leçon d'anatomie à huit personnes qui l'entourent et l'écoutent avec une attention et un respect dont le spectateur est vivement saisi. A ce chef-d'œuvre se joignent trois autres toiles du même maître : un portrait, une Suzanne au bain et un Siméon au Temple.

On y voit aussi les portraits des deux femmes de Rubens et celui de son professeur; six ouvrages de Jean Steen, dont sa famille, et son curieux Tableau de la vie humaine ; deux Terburg, une composition de Tilborgh, représentant des Peintres attablés chez Adrien Ostade, parmi lesquels il se trouve ainsi que Paul Potter; neuf Philippe Wouwermans, dont le célèbre Chariot de foin, l'Arrivée à l'hôtellerie et une grande bataille, qui est loin de valoir les petites compositions.

Rotterdam n'a que depuis peu un musée, dont la ville est redevable à la générosité d'un de ses habitants ; mais il n'est pas riche, comparé à ceux de La Haye et d'Amsterdam. On y voit cependant quelques morceaux de mérite, tels qu'un Incendie de nuit, de Yander Neer,un magnifique Everdingen, un Schalken de toute beauté, aussi fini qu'un Denner, un superbe portrait de Rembrandt, et une C/tas^e d'Abraham Hondius, représentant une Laie attaquée et défendant ses petits.

Quant à Amsterdam, son musée mériterait à lui seul qu'on fît le voyage de la Hollande, ne fût-ce que pour voir le plus extraordinaire, ainsi que nous l'avons dit, de tous les tableaux, la Rond- de nuit de Rembrandt et son tableau des portraits des cinq régents d'une corporation. On y voit aussi une vingtaine de compositions à grande tradition, comme La plume flottante, d'Hondekoeter, le portrait de Karel Du Jardin, Y Orphée de Paul Potter, deux combats de Guillaume Van de Velde, le fameux tableau des Brigands buttns par des paysans, de Wouwermans ; Y Assemblée d'officiers, de Van der Helst, tous tableaux déjà cités.

g V. — ÉCOLE ALLEMANDE.

Cette école est peu connue et mériterait certainement de l'être davantage. Une école, en effet, qui a pour chefs Holbein, Albert Durer, Lucas Cranach, n'a pu déchoir complètement et rester inactive après avoir reçu, comme toutes les nations de l'Europe, l'impulsion de ce réveil de l'esprit humain qu'on nomme la Renaissance, qui nous a valu les chefsd'œuvre qui sont aujourd'hui pour nous un juste sujet d'orgueil et d'admiration.

Mais, ici encore, une question : Pourquoi cette école est-elle peu connue ? Serait-ce parce que la peinture allemande devant nécessairement, comme toutes les autres, se ressentir du tempérament local, n'a pas pour nous, qui sommes peuple du Midi plutôt que du Nord, autant d'attrait que les œuvres créées sous le ciel riant de l'Italie ?

Cette raison n'est guère admissible, parce que la Hollande, sous le rapport du climat et du tempérament, qui en est la conséquence sinon forcée, du moins habituelle, n'est guère plus favorisée que cette agglomération d'Etats comprise sous le nom d'Allemagne, et cependant nous ne cessons d'admirer et nous payons cher, très cher même ses œuvres.

Enfin la langue tudesque aurait-elle pour nous si

Ï)eu d'attraits que nous n'osions nous hasarder à fouiler dans ses archives, dans la crainte de nous heurter h chaque instant contre des difficultés qui ne trouveraient par une compensation suffisante dans les résultats obtenus ? Cette dernière raison pourrait bien être la véritable.

Mais, qu'il en soit ainsi ou autrement, rien n'excuse les personnes préposées à l'ornement de nos collections pubUques de ne pas se procurer les œuvres des peintres allemands les plus renommés et de les mettre en regard de ceux des autres écoles afin de compléter, autant que possible, l'histoire de l'art et de montrer les innombrables modifications que les pays et les époques lui ont fait subir.

Quoi qu'il en soit, nous ne chercherons pas ici, pas

S lus que pour les autres écoles, à remonter à l'origine e l'école allemande, et à savoir, si elle s'est formée spontanément ou si elle dérive de l'art grec, que les Bysantins ont transmis altéré aux peuples du Midi. Nous nous bornerons à constater que cette école a cela de commun avec les écoles flamande et hollandaise, que sa tendance essentielle et caractéristique est l'in-

terprétation de la nature sans parti pris pour les dé* fauts ou les qualités des choses à représenter. Mais elle en diffère en ce qu'elle est souvent froide et maniérée, et qu'elle ne racheté pas ce qu'el e perd sous ce rapport par le fini et l'expression, qui sont l'apanage des maîtres des Pays-Bas.

Ge n'est donc pas en France qu'on peut se former une idée de l'école allemande, il faut aller pour cela dans le pays môme, comme à Vienne, h Berlin^ à Dresde, à Munich. La collection la plus riche, à ( et égard, Obt la galerie impériale de Vienne, où cette école foime une suite assez complète des progrès de l'art germanique depuis son herceau jusqu'à sa parfaite maturité.

On y remarque indépendamment des échantillons curieux des antiques écoles de Bohême et de Cologne (d'où sont sorties la plupart des autres écoles du Nord) : tels que deux hustes de bienheureux de DiETRiCH, de Prague, qui florissait dans c^tte ville de. 1358 à 1375; on y remarque, disons-nous, un tryptique-avec ses volets représentant la Vierge et l'enfjnt Jésus; sur les côtés, saint Vmceslas et saint Palmatius, portant tous deux un drapeau ; figures en buste sur fond d'or, de Thomas Mutiina de Modène, qui, appelé en Allemagne en 1314, par l'empereur Charles IV, exerça une grande influence sur l'école alle-^ mande ; un Christ en croix entre Marie et saint Jean, de Nicolas WuKMfER, de Strasbourg, qui vivait à Prague vers 1357.

Jean HoLBEiN, le Jeune, a douze ouvrages à Vienne; ce sont tous des portraits, par exemple ceux du Duc de Bourgogne, de (liarles le Téméraire, de Jeanne Seymour,.la troisipme des six femmes de Henri VIII, de Saint- Léopold, margrave d'Autriche, de John Chambar, médecin du roi Henri VIII, et d'Erasme, ami d'Holbein. L'école allemande de la fin du xvi" siècle jusqu'à. la fin du xvni^y est encore représentée par la plupart des. artistes qui se formèrent pendant ce temps. On y re-'

marque des ouvrages de Johann Rottenhammer, d'Adam Elzheimer, de Philippe Offenbach, de Johann ScHOSNFEDT, de Joseph Werner, de Balthazar Denner, de Christian Seibold, de Wilhem Dietrich , de Raphaël Mengs. On y voit même des productions de l'école moderne.

A Vienne on voit aussi au palais du prince Lichtenstein, situé dans le faubourg du môme nom, plusieurs oeuvres de l'école flamande, tels que de bons morceaux du vieux Wohlgemuth ; puis les deux volets d'un tryptique d'Albert Durer ; plusieurs tableaux de Lucas Kranach, et quelques peintures de Jean Holbein le Jeune.

La collection royale de Berlin, fondée par Frédéricle-Grand, à Sans-Souci, et transportée plus tard à Berlin par les ordres de Frédéric Guillaume III, qui l'a considérablement accrue, est moins riche que celle de Vienne, mais on y voit encore plusieurs œuvres alle^ mandes fort remarquables, parmi lesquelles on peut citer ; ^

Une série de tableaux attribués avec toutes les raisons plausibles à maître Wilhelm et à maître Sté- PHAN, tous deux de Cologne ; trois portraits par Georges Pencz ; plusieurs ouvrages de Jean de Culmbach, de Jean Schamffelein, de Henri Aldegraever, d'Albert Altdohfer, de Barth. Beham; vingt-trois tableaux de Lucas Kranach; plusieurs beaux portraits de Jean Holbein le Jeune, et de son imitateur Christophe Amberger ; divers ouvrages de Rottenhammer, d'Elzheimer, de Denner, de Raphaël Mengs et d'Angélica Kauffmann.

L'école de Nuremberg a aussi fourni à la galerie de Vienne quelques-unes de ses plus précieuses productions; c'est ainsi qu'on y voit uii ouvrage capital de Michel Wohlgemuth ; c'est un tableau d'autel dont le panneau central est recouvert de volets doubles, peints sur leurs deux faces, ce qui forme une vaste composition de neuf tableaux. Ce curieux morceau porte la date de 1 511 . Au

milieu est Sainl-Jéroim, irôiianl' tiî habit de cardinal entre le donateur cl sa fmime; sur les volets ou voit les trois autres pères de l'Kglise , Saint- Auguslhi , Saint- Ambroise et Saint- Grégoire, puis les apôtres Saint-André et Saint- Bar Ihéicmy ; l'empereur Saint- Henri, avec la reine de Hongrie Sainte-Elisabeth, et Sainte-Elisabeth de Portugal, d.\ei- Sainl-Martin; puis Saint-Joseph avec Sainl-Kilian , et Sainlc-Ursn'.e avec; Sainte-Catherine ; le pape Grégoire-k- Grand célébrant la messe, et divers personnages de la Passion, tels que Judas, Uèrodc, Anas, Caiphe, Pilale et Sainte- Véronique, Sainte-Madeleine, Saint-Pietre, etc. Ce curieux tableau, comme nous l'avons dit, porte la date de :I511.

Albert Duiier a sept ouvrages dans la collection de Vienne, tous bien authentiques et très importants, comme les dix mille Martyrs, tableau daté du 1 508 ; il s'v est représenté lui-môme avec son intime ami, VVillibaéd Pirklieimer; la Trinité avec le millésime de 1511; Albert Durer s'y est aussi peint lui-môme sous les traits de Saiiit-Jean de Pathmos; deux Mado)ies, l'une de lo03, l'autre de 1512, et trois excellents jwrtraits, celui d un jeune h'vinme inconnu, peint en 1507; celui de 1 Empereur Maximilim I^'^daté de 15! 9, et celui d'un certain Johann Kleberger, peint en 1526.

Parmi les autres ouvrages deranciemieécolede Franconie (aujourd'hui Bavière), nous citerons encore un beau tryptique de George Pe.ns, i-eprésentant Jésus Hevè en crorx, entouré de Marie et de Saint Jean, de Sainte Madeleine et de deux autres saintes femmes; un Jé^us mis en croix, de Barthélémy Beham ; le portrait de Jean BuRGKMAiER et celui de sa femme, peint par lui-même.

u ? florissait à la môme époque que

celle de Franconie, est représentée par dix-sept ouvrages de Lucas Kiianach.

Dans ce nombre se trouvent plusieurs portraits, entre autres celui de son premier protecteur, l'A7ec/e«r Frédéric ///, dit le Sage, et ceux de ses amis, Marlin Ludier

et Philippe Mélancthon; puis une Chasse aux cerfs, datée de 1544; parmi les chasseurs on remarque Charles- Quint, l'électeur Frédéric le Magnanime et d'autres grands personnages de cette époque; puis divers tableaux soit profanes, soit religieux, tels que Lucrèce se pwjnardant (sujet que Lucas Kranack a souvent traité); Saint-Gèrôme et Saint-Léopold, margraved' Autriche,'réunis dan s le môme cadre avec le monogramme du maître et le millésime de 1515 ; la Cnse de Jésus aux Oliviers, effet de nuit et de lumière factice, tableau si- <^né et daté de 1538; l'Apparition du Christ aux saintes femmes, et le Mariage mystique de Sainte Catherine avec l'enfmt Jésus, auquel Sainte-Rosalie présente des fleurs.

L'école allemande se trouve aussi très complète à Munich : rien n'y manquedepuis son origine. En effet, la pinacothèque possède quinze à vingt morceaux très curieux de l'école bizantine du Rhm, appartenant au quatorzième siècle, entre autres quatre ouvrages très importants et deux séries de pendants, qu'on attribue à maître Wilhelm de Cologne ; quatre tableaux de Martin Schoen; deux petites figures de Barthélémy Zeitbloom ; six ouvrages de Martin Schaffner ; divers portraits de Jacques Walch, de Jean Asper, de Jean MiELicH ; dix-huit tableaux de Hans ou Jean Holbem le vieux (œuvres très rares) ; huit portraits de Jean Holbein le jeune; huit ouvrages de Lucas Kranach; cincr pages importantes de Wohlgemuth ; dix- sept tableaux d'Albert Durer, parmi lesquels deux vastes compositions religieuses : une Descente de Crotx et une Nativité; puis deux grands ta])leaux formant pendants, où sont groupés sur l'un Saint Pierre et Samt Jean l' Evangéliste , sur l'autre Sa'int Paul et Samt Marcjdix tableaux de Jean Schaenssleim ; quatre de Jean Culmbach ; deux de Barthélémy Behain ; six de Henri Aldegraever ; une dizaine de Mathieu Grunewaid et de Melchior Fesehn ou Fesele ; cinq de Jean Schoeder ; un de Georges Pens; neuf de Rothenhammer ; cinq d'Elzheimer; deux portraits de Deiiner; enfin divers ouvrages de Jean Calcar, de Christophe Schwartz, de

Joachim Saiidrart, de Henri Roos, de Dietrich et de Raphaël Mengs.

La galerie de Dresde, fondée par l'électeur de Saxe et Auguste III, roi de Pologne, est encore très-riche en tableaux allemands, puisqu'elle possède non-seulement huit portraits d'Holbein le Jeune, mais encore sa célèbre Vierge, qui passe généralement pour le chefd'œuvre de ce maître, duquel on voit encore huit excellents portraits. On y remarque ensuite deux petits tableaux d'Albert Durer, une trentaine d'ouvrages de Lucas Kranach; six tableaux de Denner; plusieurs portraits de Chrétien Luzboldt ; jdIus de quarante ouvrages de Dietrich; plusieurs échantillons de Raph. Mengs, et deux portraits de femme d'Angehca Kauffman.

Les écoles d'Itahe sont d'ailleurs dignement représentées dans cette galerie, en toutes choses une des plus riches de toutes : en effet, on y voit trois ouvrages importants du Francia et de Garofalo ; un magnifique portrait de Léonard de Vinci; \q Mariage de Sainte Catherine et le Sacrifice d'Abraham d'André del Sarte ; une Sainte famille de Daniel de Volterre; deux belles figures de femme de Carlo Dolci ; un très beau tableau de Gaudenzio Ferrari ; une toile immense, chef-d'œuvre de Dosso-Dossi ; une grande toile de Nicole dell' Abbate, dont les œuvres, comme nous l'avons dit, sont si rares partout; plusieurs bons ouvrages de François Squarcione, de J. Bellin, de Cima de Gonegliano, la célèbre page du Salut de Jacob, déjà citée ; douze ouvrages du Titien, entre autres le fameux Christ dit Délia Moneta; quatre compositions du Tintoret, dont la plus importante est une Vierge glorieuse connue sous le nom de Vierge au Croissant; quinze ouvrages de Paul Véronèse, cinq de Palme le vieux qui peuvent passer pour les meilleures de ce maître; un de Palme le jeune ; deux de Paris Bordone ; un de Bonifazio ; deux de Sciavone ; deux beaux portraits du Pordenon; et ce qui l'emporte peut-être sur tout, la célèbre Vierge de Saint Sixte, peinte par Raphaël pour le maître-autel

de l'église crun coiuent de Plaisance; la Aa'U et trois Vierges glorieuses du Corrége; une Suinte Famille de Jules Romain; eufin nue des plus grandes pages de Sasso-Ferrato, et plusieurs ouvrages distingués de Carie Maratte, de Piètre de Cortouue et de Cho Fer ri, etc., etc.

Dans le uouilire d(3s tahleaux flamands et hollandais de la même galei'ie, on en ti'ouve de très rares, de la ])lus Jjclle qnalité et des maîtres les plus célèbres. Ainsi, en remontant aux plus anciens, on y voit vm petit tryptique qu'on a de fortes raisons pour croire être de Hubert Van Eyck; une Viei'ge couronnée de son frère, Jean; une Adoration des Mages attribuée h (Corneille Enghelbreclitsen de Leyde, qui vivait de 1 468 à 1553, et dont les œuvres sont très rares; quelques échantillons de Lncas de Leyde, de Quintiu Metzys, de Franc Floris, des Franck, des Porbus, deux beaux paysages des Brill.

En arrivant aux maîtres phis modernes on y trouve 27 ouvrages de Rubens, tous beaux et précieux; 19 tle Van Dyck; 4 de Sneyders; 16 tableaux de Rembrandt, parmi lesquels plusieurs magnifiques portraits, entre autres celui du maître lui-même endjrassant sa femme; j)lusieurs sujets bildiques de Ferdinand Bol, de Victoor ou Fictoor ; trois belles pages de Gérard Honthorst ; quelques beaux portraits de Ven der Helts et de Gonzalès Coques; 12 ouvrages de Van der Werf, plusieurs de Corneille Poëlenburg; 2 morceaux choisis deTerburg; IG de Gérard Dow, tous précieux; 2 de Metzu; 2 de Slingelandt: G de Gaspard Netscher; 4 de Schalken. 12 beaux ouvrages de chacun des deux Miéris, François le père et Guillaume le fils , G2 de Wouwermans; 23 de Téniers le fils; plusieurs belles toiles des deux Ostade, de Piètre de llooglie, d'Adrien Brauwer, de Pierre de Laar; 13 paysages de Ruysdael, parmi lesquels il s'en trouve quelques-iuisde capitaux et de célèbres; de très curieux échantillons de Wynants, d'Everdingen, de»Bergheni, de J. Both,

d'Adrien Van de Vclde, de KarelDu Jardin /d'Asselyn, de Moucheron, de Van Artois, de Waterloo, de Paul Potter, d'Albert Cuyp ; une marine de Backhuysen ; trois ta])leaux de Van der Heyden ; quelques beaux intérieurs d'églises de Steinwyck ; plusieurs tableaux d'animaux, vivants ou morts, de J. Weenix,de Fvt, de Hondekoeoter ; des tableaux de fruits de De Heem, enfin des lleurs de Van Huysum, Mignon, Rachel Ruysch.

Parmi les maîtres français on y voit plusieurs belles comijosltions mythologiques du Poussin, d'ont l'une est connue sous le nom de l'Empire de Flore ; deux magnifiques pages de Claude Loj-rain ; une fine peinture sur cuivre de Callot; un Homère de Valentin-, quelques bons paysages de Guaspre Poussin ; divers combaLs du Bourguign(jn; deux jolies scènes champêtres de Watteau, quelques-unes de Lancret et de Nattier; jdusieurs Ijeaux pastels de Latour, un portrait de Napoléon par Gérard. On n'y trouve rien à citer de l'école espagnole.

On voit, par cet exemple, que nous aurions pu prendre à Munich et à Vienne aussi bien qu'à Dresde, combien l'Allemagne est riche en tableaux de toutes sortes; aussi l'amateur eu visitant ces collections, nonseulement s'éclairera sur les productions du pays même, mais compléUM'a les connaissances qu'il aurait puisées ailleurs.

Pour ne pas trop nous écarter de notre but, qui est, surtout de généraliser, faisons toutefois remarquer qu'indépendamment des galeries nationales, l'Allemagne possède aussi plusieurs collections princières qui renferment également de très-belles œuvres des peintres allemands. C'est ainsi, pour ne citer encore que ([uelques exemi^les, que près de Nuremberg on voit dans la galerie du comte Schoenborn : d'Albert Durer, un super])o portrait d'un Bourgmestre de Naremberfi; de Nicolas Liifldet, dit Neuchâtel, un beau Portrait de f^mme; de J. Holbein le jeune, un excellent

Portrait d'homme; de Lucas Kranacli le vieux, une Lucrèce-^ de Lucas Kranach le jeune, un Christ appelant à lui les enfants ; d'Adam Elzheimer et de Rotthenhammer, de chacun jDlusieurs ouvrages. On en trouve aussi dans les galeries des princes Lichtenstein et Esterhazy à Vienne, galeries très-riches d'ailleurs en tableaux de tous genres. Dans la première on voit plusieurs beaux morceaux du vieux Wohlgemuth.

Notre musée, comme nous l'avons dit, n'a que vingt et quelques tableaux de l'école allemande, dont dix-huit seulement ont des attributions déterminées. Les quatorze auteurs auxquels ceux-ci appartiennent sont par ordre de naissance : Wohlgemuth ; Juste, dit Juste d'Allemagne; Albert Durer; Lucas Kranach; Hans Béhan ; Jean Holbein ; Grégoire Pencz ou Peins ; Rottenhammer ; Elzheimer; Roos de Tivoli; Dernier; Siébold ; Raphaël Mengs ; Schweickardt. Etudions-les sommairement, en intercalant parmi eux quelques noms qui se présentent souvent dans les galeries ou dans le commerce.

Or de ceux-ci, un des plus anciens, est : Wilheemvan Coin, dit communément maître Wilhem,^ qui peignait dans le milieu du xiv' siècle (de 1330à 1380). Son dessin est déjà souple , et il est surtout remarquable par l'aspect riant de ses têtes ; on voit de ses ouvrages à Cologne, où il a une Vierge et une Mise en croix ; à Munich, qui a de lui plusieurs Saints; et à Berlin, où se trouvent divers Episodes de la vie de la Vierge et de Jésus- Chrhi. Puis viennent :

Wohlgemuth, Michel de Nuremberg (1434-1519), dont les compositions sont d'une grande simplicité, le dessin assez correct, l'expression naïv,e d'un sentimentreligieuxprononcé et d'une richessede couleur qui annonce l'influence des écoles d'Italie. On voit de ses ouvrages à Cologne, à Nuremberg, à Vienne, à Berlin, à Munich. Nous avons de lui, sous len° 564, un Christ amené devant Pilate, qui donne une juste idée de ce

qu'était Fécolo allemande immédiatement avant son passage de l'école dite primitive ou franchement gothique à celle dite de la Renaissance;

ScHOENaAUER, Communément appelé en France le beau Martiin (1445-1490). Les Allemands lui attribuent la découverte de la gravure en taille-douce, dans laquelle il a d'ailleurs excellé. Sa couleur et sa manière se rapprochent des Van Eyck; elle est savante et pleine de détails d'une grande finesse. On voit de ses œuvres à Vienne, à Munich et à Madrid. Le musée de Golmar, qu'il a habité, et où il est mort, a quelques-uns de ses ouvrages;

Juste, dit Juste d'Allemagne, dont peu d'auteurs parlent, mais qu'on sait avoir travaillé de 1430 à 1460; notre musée a de lui-, n° 258, un superbe rétable divisé en trois compartiments représentant : 1» l'Annonciation; 2° saint Benoit, saint Augustin; 3° saint Etienne, diacre, et saint Ange, rehgieux carme ; cet ouvrage très-curieux est un beau type de l'école allemande cherchant à s'affranchir des errements du gothique, mais n'osant pas encore renoncer complètement aux fonds d'or qu'elle avait cru jusque-là à peu près indispensables pour les sujets religieux ;

Albert Durer (1471-1528), élève de Wohlgemuth, protégé de Charles-Quint et de l'empereur Maximilien P"", l'ami d'Erasme et de Mélanchton, de Raphaël et de Lucas de Leyde, qui est à la fois une des gloires de l'Allemagne, et un des plus grands artistes connus. Notre musée n'a malheureusement rien de lui, et le seul tableau authentique qu'on lui connaît appartient au musée de Lyon. L'église Saint-Gervais de Paris croit en avoir un, représentant la Pamon en plusieurs tableaux réunis en un seul ; mais il est douteux qu'il soit de lui. En effet, si on trouve dans ce tableau la composition profonde, sévère et môme mystique, la roideur de dessin et le défaut d'abandon, qu'on rencontre ordinairement dans les œuvres d'Albert Durer, et

qui trahissent le graveur, on n'y reconnaît ni la touche savante, ni la couleur claire/délicate et lumineuse, ni le fini précieux et l'exécution correcte qui caractérisent surtout les œuvres de ce grand artiste, qui fut pour le moins aussi habile graveur que peintre éminent; aussi croii ou peu à son authenticité.

Pour le bien juger, il laut donc aller en Allemagne, surtout à Vienne, où il se montre, comme nous l'avons dit, dans tous son éclat, et où on peut l'apprécier dans ses différentes manières et les diverses phases de son talent. Munich a aussi de lui de très-belles choses; entre autres une Lucrèce se poi tardant, et soii portrait qu'il a signé et daté de 1500 ; il avait alors •29 ans. La galerie de Madrid a de lui deux tableaux allégoriques fort curieux : Eve et le Serpent, et les trois Ai^es Je la vie humaine.

On voit de ses œuvres à Nordlingue, f[ui a de lui le Siège de Bêthulie, dans lequel il a donné aux soldats le costume des paysans de son temps ; puis à Berlin et ;i Munich. Il a gravé d'après lui-même une (uuùeuse composition connue sous le nom de la Danse des Noces, représentant, en 21 parties, une marche usitée aux noces des patriciens de Nuremberg et d'Ausbourg.

Albert Durer a eu pour élèves et imitateurs Schoeuf- FELEiN, Jean (1498-1550), qui fut aussi habile graveur, et qui rachète un peu par l'éclat de sa couleur ce qu'il perd à être comparé au maître pour la délicatesse et la précision de la touche;— etjGRUNEWAi.n, Matthieu (mort en 1510), dont on voit à Vienne les portraits de VEmpi-rtur et de la Famille de MaœimUien /''''.

Mais, des élèves d'Albert Durer les plus connussent le sénateur Altdorfer, Alb., et Beham. Le premier (1488-1538), qui resta longtemps auprès de lui cà Nuremberg se fit remarquer bien plus par ses détails que par sa composition qui manque de goût, et sa perspective qui est généralement mal compi-ise. Ou voit de ses ouvrages à Berlin et à Munich.

Quant à Beham, Barthélémy (1498-1550), nous

sopimes à même de l'apprécier, puisque nous avons de lui un -curieux tableau formant table, divisé en quatre compartiments représentant des sujets tirés de l'Histoire de David; le tout exécuté avec un soin et un fini qui s'accordent peu avec la vie aventureuse et dissipée que, suivant les biographes, il aurait menée. On voit de lui à Munich l'Impératrice Hélène ressuscitant une femme par l'attouchement de la vraie Croix, et son Marcus • Curtius. dans lequel il a représenté les Romains avec les costumes allemands de son époque.

Lucas Kranach, dit le Vieux, ou Lucas Sunder (1472-1553), est, avec Albert Durer et Jean Holbein, un des artistes dont l'Allemagne a le plus à s'honorer. Ami de Luther, dont il fut un des premiers adeptes, et de Frédéric III, duc et électeur de Saxe, dit le Magnanime, dont il a volontairement partagé la détention pendant cinq ans, ce grand artiste a traité avec un égal succès l'histoire, l'allégorie et le portrait; et ses compositions, à la fois nobles et naïves, gracieuses et sévères, sont l'expression la plus exacte et la plus caractéristique de la tendance artistique allemande à laquelle s'allie déjà la manière italienne.

Les qualités de Lucas Kranach ressortent en partie dans les trois tableaux que nous avons de lui ; mais ses œuvres les plus importantes, par exemple, les Six commandements et les Sacrements protestants, sont à Wittemberg, en Prusse ; d'ailleurs il n'est pas un musée, même une simple galerie en Allemagne, qui ne possède quelque chose de lui. C'est ainsi qu'on voit plusieurs de ses tableaux à Dresde, plusieurs à Berlin, à - Vienne, à Munich, à Cologne, à Nuremberg, à Weimar, à Naumbourg. La galerie de Florence possède de lui les portraits de Luther et de sa femme, et ceux des électeurs de Saxe; celles de Londres et de Madrid ont aussi de lui, la première j^lusieuvs portraits, la seconde deux chasses fort curieuses.

Les imitateurs de Kranach sont bien moins nom-

breux que ceux d'Albert Durer ; aussi on ne compte guère que son fils, dit le Jeune, qui se soit directement attaché à suivre sa manière ; mais son dessin est encore plus cahoteux, sa couleur plus rouge et ses figures n'ont ni la grâce, ni la pure naïveté de celles du père ; en un mot, elles sentent l'imitation ou la copie et non l'originalité.

Quant à Holbein*, Jean, dit le Jeune (1498-1554), il est pour le moins à la hauteur d'Albert Durer et de Lucas Kranach. S'il est moins fm dans la touche et moins minutieux dans les détails que le premier, il est d'un style plus élevé, plus majestueux et plus propre à faire ressortir le caractère et la pensée des personnages qu'il a mis en jeu dans ses tableaux. S'il n'a pas la naïveté du second, il est d'un dessin plus correct et d'ilne couleur plus vraie.

Elève de son père, dit Holbein le Vieux (né en 1450), et conduit jeune en Suisse, il se rendit à 28 ans en Angleterre sur l'invitation d'Erasme, son ami, et y mourut de la peste, après un séjour de près de 30 ans, dans le cours duquel il a fait un nombre considérable d'ouvrages, surtout les portraits de toute la cour et des principaux personnages du royaume.

Holbein est en effet surtout renommé pour ses portraits, dont un des plus remarquables est celui de François àoheval, qu'on voit dans la galerie de Florence. Notre musée a de lui huit tableaux , dans lesquels on reconnaît qu'à une imitation parfaite de la nature, il savait joindre, comme nous venons de le dire, une pensée profonde, une pose sévère et- pleine de dignité. Ses mains, quoique bien dessinées, offrent souvent des raccourcis disgracieux^ surtout quand les personnages tiennent des hvres ou autres objets, ce qui est trèshabituel chez lui.

îlolbeinabeaucouptravaillé; il n'est pas une galerie ou une collection en Angleterre qui n'ait plusieurs de ses œuvres; on en voit aussi à Munich, à Vienne,

à Dresde, à Berlin, à Anvers, à Amsterdam, à La Haye, à Saint-Pétersbourg, à Turin, à Gênes ; Lyon, Bordeaux, Avignon, Rennes et Epinal en ont aussi.

L'artiste qui l'a le mieux imité est Asper, Jean de Zurich (1499-1571), que ses contemporains estimèrent presqu'autant qu'Holbein, mais que la postérité a presque oublié. Ce qui le fait surtout reconnaître, ce sont les draperies qui, au lieu d'être, comme celles d'Holbein, boudinées et arrondies, sont sèches et pliées carrément. Sa manière d'ailleurs est arrêtée et son coloris plas criard et moins harmonieux.

Dans le commerce, on donne ordinairement les portraits de Holbein le père pour ceux du fils ; mais ils sont beaucoup moins corrects de dessin et se rapprochent plus de l'école flamande. Le père a aussi eu un frère du nom de Sigismond, et un autre fils, Ambroise, qui ont fait l'un et l'autre des portraits qui sont encore inférieurs aux siens, conséquemment bien audessous de ceux d'Holbein, Jean, dit le Fils, auquel est surtout consacré cet article. Le doute qui existe sur l'authenticité des tableaux qui passent sous son nom dans les ventes publiques fait qu'ils n'atteignent jamais des prix en rapport avec la valeur artistique de ceux qui sont authentiques ; ils vont rarement audessus de 600 à 1000 fr.

Parmi les peintres allemands d'un ordre moins élevé, on voit : Pencz ou Pens ou Penez, Grégoire (1500- 1550), qui a d'abord étudié sous Albert Durer, mais qui, ayant séjourné à Rome, modifia, sous l'influence de Raphaël, les manières sèches qu'il tenait de son premier maître et se fît surtout remarquer par ses portraits. Notre musée croit avoir de lui, sous le n" 380, un évangéliste, mais cette peinture nous semble italienne plutôt qu'allemande ; il fut habile graveur.

Il en est de même de Schwartz, Christophe (1550- 1594), qui alla étudier à Venise sous le Titien et en rapporta, en venant mourir à Munich, une belle cou-

leur, mais n'ayant jamais pu se défaire du style gothique. Ses principeaux tableaux se voient à Munich, oi^i se trouve son Entrée de Charles-Quint, emmenant des captifs d'Alger,

Elzheimkr, Adam, dit Adam de Francfort ou Tedesco (1574-1620). C'est un des Allemands qui ayant étudié en Italie, particulièrement le paysage, en ont le mieux conservé le style. Ses compositions, généralement de

f»etitç dimension, représentent souvent des effets de une ou de lumière artificielle; mais elles ont tellement noirci que l'on distingue quelquefois avec peine les charmantes figures qui les ornent, comme on le voit par sa Fuite en Egypte du n" 159 de notre musée.

Elzheimer a joui de son temps d'une grande réputation ; il a malheureusement consacré à finir ses ouvrages un temps qu'il eût pu employer à en faire un plus grand nombre, et il eût par là évité la misère dans laquelle il est mort. Ce qu'on admire surtout en lui, nous le répétons, c'st sa manière habile de faire scintiller les rayons de la lune sur les objets qu'elle éclaire. Il est, sous ce rapport, en quelque sorte supérieur à Arthur Van der Neer. Le musée de Nantes a aussi de lui une Fuite en Egypte, qu'il a d'ailleurs reproduite plusieurs fois. C'est à Dresde et à Munich, qu'il est le mieux représenté ;

RoTTENHAMMER, Jean (1564-1623), qui a aussi abandonné la manière allemande pour suivre l'école italienne, dont il a rapporté à Augsbourg le style gracieux, quoique un peu affecté, et la belle couleur qui le caractérisent. Ses tableaux, généralement aussi de petite dimension, sont souvent peints sur cuivre. Breugliel de Velours et Paul Brill en ont quelquefois fait les' fonds ; ils représentent ordinairement des sujets tirés de la fable ou de la mythologie.

Le nu, qu'il aimait à peindre, n'est pas toujours d'une correction irréprochable, mais il est ordinaireîïient d'un dessin gracieux. Ses draperies, quand

il en fait, sont cassées et ressemblent un peu à du papier, mais la couleur en est vive et à effet. En général, il n'est i)as d'un prix élevé, car, après avoir été recherché des amateurs, il est aujourd'hui dans une sorte de discrédit qui le fait tomber beaucoup audessous de sa valeur artistique. On connaît en France de ses tableaux plus beaux que celui qu'a de lui notre musée, sous le n° 424. C'est le musée de Munich qui en a le plus. Les principaux de cette galerie sont : y Apparition de la Vierge à saint Augustin, les Noces de Cana, Diane au bain, le Jugement de Paris. Amsterdam a de lui un sujet religieux, la Vierge et l'Enfant Jésus; un sujet mythologique, Mars et Vé7ius ;

Sandrart, Joachim (1606-1688), élève de Mérian, dit le Vieux, et de Gérard Honthorst, et qu'on place à tort pour cela dans l'école hollandaise puisqu'il est né à Francfort-s.-le-M., et qu'il m.ourut à Nuremberg. Il a voyagé en Angleterre et en Italie, où il eut beaucoup de succès. On lui doit, comme nous le dirons plus loin, une Vie des Peintres, qui n'est pas sans mérite. Ses principaux tableaux sont à Berlin, à Vienne et à Munich ;

Petitot, Jean (1607-1691), qui porta la peinture sur émail à un degré de perfection que personne n'a atteint. Ses portraits en ce genre sont d'autant plus recherchés qu'ils sont pour la plupart ceux des personnages les plus marquants de Ja Cour de Louis XIV, oii il a longtemps séjourné, et où il a été dignement accueilli, et richement récompensé.

' L'Angleterre, la Russie, la France et toutes les grandes collections de l'Europe possèdent des productions de cet habile artiste. Notre musée à lui seul en a plus de 50 et des plus belles, dont on vient d'avoir la bonne idée de publier les gravures. Petitot a,eu dans Liotard, J. Etienne (1702-1788), Genevois comme lui, un habile émule, qui a aussi habité la France, où il s'est lié avec Le Moine, et auquel on doit des émaux de 40 et même -le 50 centimètres de hautour très bien réussis ; .

Mérian, Matthieu, dit le Jeune (1621-1687), qui se forma sous les conseils de Van Dyck, de Rubens même, de Simon Vouet et de Le Sueur, et en Italie sous Carie Maratte. Il excella dans le portrait tout en s'occupant d'affaires commerciales et même de diplomatie. Il a eu une sœur, Marie-Sybille, qui peignit très bien les fleurs et les fruits, et un fils qui a fait de beaux pastels ;

LoTH, Charles, dit Carlo Loti (1632-1698), né à Munich, mais ayant étudié à Venise sous P. Liberi. Cet artiste eut de son temps une brillante réputation, que ne justifie pas aux yeux des pei^onnes exigeantes le ton rouge de son coloris. Sa composition d'ailleurs est agréable; sa touche est fièreet ses figures sont expressives. On voit de lui à Vienne un portrait de vieillard qui rappelle heureusement la manière de Van Dyck; mais, comme bien d'autres, il n'a pas de caractères assez tranchés pour être recherché ; aussi passe-t-il inaperçu dans les ventes pubhques, ou, s'il y est reconnu," il s'obtient à de bas prix ;

Roos, Phihppe-Pierre, dit Rosa de Tivoh, du nom du lieu qu'il a longtemps habité (1655-1705), artiste d'une grande facilité d'exécution, mais d'une touche sèche et d'une couleur jaune brûlée, qui a souvent poussé au noir, ainsi celle de Benedetto Castiglione, qui a peint comme lui des animaux, et avec lequel on le confond souvent.

Ce Roos, Philippe, était lefik de Roos, Jean- Henri, dit Roos de Francfort (1631-1685), élève de Bern, Graat ou d'Adrien de Bye, peintre hollandais. Ce Roos, le père, a parcouru successivement l'Allemagne, ritahe, la France, mais fut moins connu que son fils. Il a pourtant fait des paysages avec animaux d'un bon dessin, d'une vigoureuse couleur. On voit de ses œuvres à La Haye, à Vienne, à Dresde et à Munich. Le tableau que nous avons au musée sous le n" 423 est du fils, mais il est loin d'être un de ses plus importants.

Jean Henri Roos, dit le Père, a eu un autre flis du nom de Jean Melchior, qui a habité non-seulement Francfort, mais Wurtzbourg, Cassel, Brunswick, et même Tltalie, peignantdanslemême genre queson frère, mais d'une manière encore plus empâtée et plus heurtée ;

Klostermann (1656) qui fut mandé à la cour de Londres, s'y acquit une grande réputation, pour le portrait ; puis se rendit en Espagne et revint à Londres, où il eut l'honneur de peindre, entre autres hauts personnages, la princesse Anne. Sa manière se ressent beaucoup de celle du peintre hollandais Kneller, établi en même temps que lui à Londres et lui-même imitateur de Van Dyck, qu'ils y avaient vu dans le moment de sa gloire, sans pouvoir l'atteindre ;

Bbandmuller, Grégoire (1661-1691), habile dessinateur qui vint à Paris et entra dans l'atelier de Le Brun, qu'il aida dans plusieurs de ses ouvrages ;

KuPËTZKi, Jean (1667-1740), qui alla se perfectionner à Rome et à Bologne, et fit des portraits qu'on prendrait souvent pour être de Rembrandt sans leur aspect noir s'éloignant du clair-obscur du grand maître dans l'espèce ;

On connaît aussi de bons portraits d'HuBERi*, Jeâii-? Rodolphe de Bâle (1658-1748), qui étudia en Italie sous Carie Maratte^ revint dans sa patrie, travailla beaucoup et imita la manière des maîtres vénitiens, surtout du Tintoret ;

Denner, Balthazar (1685-1747), si renommé pour le fini surprenant de ses têtes, dont il a rendu les plus minutieux détails avec le soin le plus scrupuleux. Il employait, dit-oUj pour ses carnations, une préparation de laque dont il aurait emporté le secret. C'est à cela sans doute qu'est dû l'aspect émaillé et poli de ses ouvrages.

Ces ouvrages sont très recherchés dans le commerce

et s'y paient des prix fort élevés : ainsi la petite tête de femme que s'est récemment procurée de lui notre musée a été payée 18,900 francs; ce qui n'empêche pas les amateurs sérieux de considérer les tableaux de ce genre plutôt comme des travaux de patience que comme des œuvres d'art. La collection la plus riche en tableaux de Denner est le musée de Dresde. On en voit plusieurs à Saint-Pétersbourg, à Munich. Les musées de Caen et de Nantes en ont chacun deux.

Denner a eu pour imitateur Seibold, Chrétien (1697- 1768), qui fut peintre du cabinet de Marie-Thérèse d'Autriche. Ses portraits sont d'un beau dessin, d'un bon modelé, comme le prouve celui que nous avons sous le n» 485, qui est son propre portrait, mais il est d'une exécution bien moins finie que ceux de Denner; et si, comme on le dit, il s'est formé en l'étudiant, il faut convenir qu'il est, sous ce rapport, resté beaucoup audessous de lui. On voit dans la galerie de Dresde plusieurs portraits d'un Italien du nom de Nogari, Joseph, mort en 1763, dont la fine' exécution rappelle Denner autant au moins que Seibold ;

DiETRicH, Ghrétien-Gustave-Ernest (1 71 2-1 774), aussi connu par les belles imitations qu'il a faites de plusieurs maîtres de diverses écoles que par ses propres productions. Son habileté comme dessinateur, son initiation au grand style et à la couleur, qu'il avait reçue en Italie, le rendaient propre à ce genre de travail. On a de lui, non- seulement de belles imitations de Rembrandt, des Carrache, de Berghem, des Ostade, mais de curieux pastiches des maîtres de l'école française, comme Watteau et Lancret.

Cependant, avec un peu d'attention, on le reconnaît dans ce dernier cas, non-seulement parce qu'il est plus sec de dessin et moins harmonieux de couleur, quoique très haut de ton, mais encore parce que ses figures n'ont pas la désinvolture aisée qui fait sinon en totalité du moins en grande partie le mérite de ces maîtres gracieux. La galerie de Dresde a un grand

nombre de tableaux de ce peintre babile. On y remarque une copie de la Madeleine du Corrége, qui est réellement une chose admirable.

Le père de Dietricb, J. -Georges, quoique d'un talent bien inférieur au sien, imitait aussi très bien les peintres flamands, surtout Téniers. Si Dietricb a été un imitateur habile, il a, de son côté, été très adroitement imité par son élève Klengel, Jean- Chrétien (17G1-1824), fondateur de l'école moderne de Dresde, où se trouvent la plupart do ses ouvrages en histoire, paysages et portraits. C'est de Inique sont ces têtes de rabins et do vieillards peintes a la Rembrandt, si communes dans le commerce, où elles se vendent à bas prix sous le nom de Dietricb.

Mengs, Raphaël-Antoine (1728-1779), est un des peintres allemands sur le talent duquel les opinions ont été le plus divisées. Porté par les uns au plus haut degré, regardé par les autres comme un artiste des plus ordinaires, il est aujourd'Uui jugé à sa véritable valeur, et se trouve classé dans cette position moyenne qui n'est ni le propre du génie ni celui de la médiocrité. Ayant longtemps habité l'Italie, il s'est fait, par l'étude des grands maîtres, une manière mixte ou composée qui n'en rappelle aucun, et a un peu des qualités de tous.

Le portrait que nous avons de Mengs, n" 290, résume assez bien cette manière. C'est un dessin assez pur, mais trop réfléchi ; une toui'he sage, mais molle ; une expression agréable, mais un peu 'maniérée ; une couleur harmonieuse, mais sans accent. Il a écrit sur la peinture des ouvrages qui peuvent donner aux ai;tistes une haute, môme sublime idée do leur profession, mais qui ne peuvent leur servir de guide, les préceptes s'y trouvant ensevelis dans des déductions métaphysiques d'une subtilité (jui en reud la simple levure pénible.

On voit des ouvrages de Raphaël Mengs à Dresde, à

Vienne, à Rome et à Madrid, où on en compte une dizaine, parmi lesquels on remarque une Ascension, une Nativité, plusieurs scènes de la Passion et l'Apothéose d'Hercule.

C'est aussi à cette époque (1741-1807) que vivait dans la Suisse allemande, à Goire, Marie- Anne-Angélique Kaupfman, femme d'un mérite transcendant, aussi grande musicienne que peintre habile. Ayant donné la préférence à la peinture, elle se rendit en Italie pour se perfectionner, et elle habita successivement Parme, Florence, Naples et Rome, où elle mourut à 67 ans, après avoir mené une vie des plus honorables sous tous les rapports, mais remphe de labeurs et de peines.

Les ouvrages de cette femme distinguée sont restés en grande partie en Italie : on en trouve cependant à Dresde, à Munich, à Berlin. Notre musée vient d'en acquérir un qui prouve que si son dessin n'est pas d'une grande correction, elle compose avec esprit et peint avec un goût plein de grâce et d'expression. On voit aussi d'elle, à Londres, la Religion acompagnée par les Vertus, et, à Saint-Pétersbourg, Télémaque appelé à la gloire par Minerve.

On recherche encore depuis quelque temps deux peintres allemands auxquels leurs contemporains ne paraissent pas avoir fait une bien sérieuse attention, car les biographes en parlent fort peu ; ce sont Janneck, François-Christophe (1703-1761), et Platzer Jean- Victor ou Jean-Georges (1704-1767). Ils ont peint des intérieurs et surtout des sujets allégoriques. Leiu' peinture, qui se ressemble assez, est remarquable par une espèce de papillotage ou de cliquetis qui lui donne l'aspect d'une feuille de ferblanc moiré.

Néanmoins, les œuvres de ces deux artistes sont d'un grand fini, très soignées de détails et d'une belle couleur. Platzer est le plus recherché des deux. On a

vendu deux de ses tableaux, il y a quelques années, vente Leroy d'Etiolés, la somme énorme de 11,300 fr. Nous n'avons rien de ces deux peintres, dont les œuvre;? sont très rares. Ils ont souvent peint sur cuivre.

On trouve encore assez communément dans le commerce, Rugendas, Georges -Philippe (1666-1742), peintre de batailles, qui, pour bien saisir toutes les horreurs d'un assaut, s'exposa lui-môme au feu pendant le siège d'Ausbourg. Ses œuvres, d'une grande vigueur et d'une bonne couleur, sont en grande partie restées à Dresde, à Berlin et à Vienne ;

Ferg, François (1689-1740), né à Vienne, mais mort à Londres, auquel on doit des paysages très finement peints et ornés de jolies figures, comme des marchés, des foires, des fêtes villageoises, — Krause, François (1706-1754), qui étudia à Venise sous Piazetta, habita successivement Paris, Dijon, Lyon, et mourut en Suisse, dessinateur, coloriste, dont les œuvres ont noirci. Il ne faut pas le confondre avec Kraus de Francfort, qni a fréquenté l'atelier de Greuze.

Faistenberger, Antoine (1678-1722), auquel on doit des paysages peints à la manière de Glauber et du Guaspre, et oi^nées de figures bien disposées : ce sont des haltes militaires ou des voyageurs attaqués par des brigands ; — Il a eu pOur élève et imitateur Orient, Joseph, dont les paysages sont d'une plus ricli3 composition, mais dont il fit faire les figures par Ferg, et Querfurt ;

QuERFURT, Auguste (1696-1761), fils de Tobie et élève dQ,Rugendas, dont il a suivi la manière. Il rachète par une touche spirituelle et une couleur claire ce qui lui manque du feu et de l'énergie qui caractérisent son maître. On voit de lui plusieurs tableaux de chasse à Dresde, à Vienne et à Berlin, où se trouvent la plupart des œuvres de Rugendas. Le père de Querfurt a aussi peint des batailles, mais il est phis-connu comme graveur ;

ScHT'Tz, Chrétien-Georges (1 7 1 8-1 791 ) , suri out connu par ses vues du Rhin, peintes avec esprit, ornées de jolies petites figures et rappelant la manière d'Herman 'd'Italie, (ju'il avait beaucoup étudié;

Rode, Chrétien, élève de Pesne, puis, à Paris, de (^arle Yan Loo, alla se perfectionner en Italie, où il prit Tiepolo pour modèle. De retour à Berlin, il fut chargé de travaux importants, dont il s'acquitta assez hien, grâce à sa facilité, à sa composition originale et <'i son excellent clair-ohscnr ;

La famille des Tiscudeln, de Hainaut, dont les deux frères, J. -Antoine (1720-1784) et J.-Henri (1722-1789), le premier, étudia à Francfort et à Paris ; et revint en Allemagne et établit une école de dessin à Hambourg, où il publia une instruction pour apprendre la peinture par principes; — le second, étudia aussi à Paris sous Carie Van Loo et à Venise sous Piazetta, fut nommé directeur de l'académie de (';issel, y forma aussi une école et s'y lit remarquer par des compositions gracieuses, d'nn coloris i)arlbis un pou vif comme celui de Piazetta, et des portraits pleins d'expressions ;

Leurs deux neveux : J. -Henri Conrad (1742-1808), s'occupa plus de gravure et publia sur ce sujet uu traité élémentaire; et J. -Henri-Guillaume (1751-1829), élève de son oncle J. -Henri, habita longtemi)s Rome et Naples, où il se fit connnître pnr de beaux portraits revint dans sa patrie, et y passa pour un des artistes les plus habiles de son époque.

H.vcKERT, Pbilippe, dit Hackert d'Italie, qu'il ne faut pas confondre avec le paysagiste hollandais •L Hakkert, a aussi été très habile dans ce genre et dans les marines. A une imitation exacte de la nature, il joignait une belle couleur et une bonne perspective. Il a beaucoup de rapport avec de Lacroix de Marseille. On trouve de ses tableaux à Nnples, qu'il a longtemps

habitée, et eu llussie, où il travailla beaucoup x>our Cathei'iue 11.

Eudii Fr.ENDKMJEKGEii, Siyismoiid (1745-1801), qui vécut à Paris au milieu des artistes les plus distingués, Y puisa uu goût éclairé et un dessin correct. On a de lui dos paysages et de bons portraits ; — Les deux i'rères Klgilgeas (iérard et Charles (de \1T2 à 1832), dont le premier peignait l'histoire et le poi-trait, le second le paysage; leurs œuvres ne se trouvent guère qu'cji Russie, où ils ont joui d'une grande réputation; — ToPEEii (18::?0), qui a lait des scènes populaires, des iétes villageoises, rappelant notre Taïuiay pour le paysage, et Boiliy pour les figures.

En somme toute, ce que nous connaissons de l'école allemande suffit pour nous montrer que sou caractère essentiel est le sentiment raisonné; c'(îst-à-dire que dans la plupart de ses productions c'est l'esprit qui parle plutôt que le cœur. Si, comme nous l'avons dit, elle a cela de commun avec les écoles flamande et hollandaise, de viser à l'interprétation rigoureuse de la nature, elle en diffère sous le rapport de la netteté de l'exécution et de la hnesse du travail qui sont le caractère distiuctif des deux autres écoles, et qu'elle n'atteint jamais au même degré.

Ses portraits ont un cachet d'austère gravité qui séduit plus qu'il ne charme; sa couleur est froide, et quand elle s'anime, elle dépasse souvent le but. Comparez un tableau religieux allemand, peint dans le cours du xvi« siècle, à un tableau du même genre peint en Italie à la même époque, et vous reconnaissez dans le premier une influence de la modification que les doctrines de Jean Hus, de Luther et de Calvin ont imprimée au génie des peuples du Nord, qui est, sinon le berceau de ces doctiines, du moins le lieu où elles ont plus promptement séduit les esprits. Le doute y arrête l'élan de la foi ; elle peut y être aussi sincère, mais elle y est moins ardente.

Enfin, il est bon de savoir que la patience étant un des attributs inhérents au tempérament allemand, les peintres de cette nation sont d'adroits imitateurs et ont admirablement copié les maîtres italiens. Ce qu'a fait en ce genre dans le courant du siècle dernier Dietrich prouve ce qu'ont pu faire avant et depuis lui des hommes aussi habiles.

§ yi. — ÉCOLE ANGLAISE.

Cette école est encore moins connue de nous que celle d'outre-Rhin ; mais du moins nous avons à lui , offrir cette excuse, que nos collections pubHques n'ont rien d'elle; ensuite que son originalité, c'est-à-dire son caractère propre comme école, ne remonte guère au-delà du xviii" siècle. C'est en vain qu'on cite :

QuESNEL, François (1542-1619), comme un de ses fondateurs; cet artiste appartient à l'école française, puisque, bien que né à Edimbourg, il vint de bonne heure en France, où il mourut, ayant été peintre de la cour de Henri III, et y laissant les plus belles preuves de son talent, consistant surtout en miniatures ;

Olivier, Jean (1556-1617), qui étudia en Italie sous Frédéric Zucchéro, et se livra aux portraits, surtout en miniature. On sait que c'est sur une de ses miniatures que Rubens et Van Dyck firent les portraits de Jacques ; — Ferguson, Guillaume (vivant en 1610), auquel on doit de bons tableaux de nature-morte, surtout des gibiers et des instruments de chasse ;

D'Obson, Guillaume (1 610-1647), élève de Van Dyck, dont il ne fut qu'imitateur ; — RichardsoxN,- Jonathan (1664-1745), bon peintre, savant théoricien, mais dé-

l)Ourvii de noblesse et complètement étranger à la science du clair obscur; ~ Thornill, Jacques (1676- 1734), connu surtout par ses fresques de Greenwicli et du dôme de Saint-Paul; — Kent, Guillaume (1685- 1740), qui alla étudier à Rome sous B. Lutti, et se distingua surtout dans rarchitecture ; — Taylor, Broock (1685-1731), qui fut j)lutôt homme de lettres et savant que peintre.

C'est en vain, disons-nous, qu'on cite ces artistes et quelques autres, on ne trouve dans leurs œuvres rien qui offre cette communauté de sentiment, de couleur, cle composition propre à constituer une école. Ce n'est véritablement qu'à partir de Hpgartli, c'est-à-dire au commencement du xviii^ siècle, que l'Angleterre peut prendre sa place.

L'Angleterre, pour cela, n'avait pas été complètement privée de peintres à dater du moment où les arts refleurirent en Europe ; mais la plupart et les plus remarquables, lui furent fournis par les pays étrangers, surtout par l'Italie et les Pays-Bas.

C'est ainsi que, dès le commencement du xv"^ siècle, Henri VIII, ayant vainement essayé, comme François I", d'attirer Raphaël à Londres, se contenta d'y faire venir Nunziata del Toto, élève de Ridolp. Ghirlandajo, le rival, mais non l'égal de Perino del Vaga; Luc Penni, frère du Fattore, l'élève, l'ami et le légataire de Raphaël, et Jean Holbein, qui passa plus de vingt ans en Angleterre, où il laissa une grande quantité de portraits, tant dans les maisons royales que dans les châteaux de l'aristocratie, comme à Windsor, à Hampton- Court, chez les ducs de Northumberland, de Manchester, de Portland, de Newcastle, etc.

Plus tard, Jacques I^'' y attira Van Somer, Paul, l'Anversois, qui fit son portrait, œut de Anne de Danemarck, sa femme, et du prince de Galles, son fils, et de plusieurs autres, qui s'y voient encore. — Van KuLLEN vint aussi en Angleterre à la môme époque,

et y fit Jjo<iiicoup do portraits en même temps que Van Dyck, antoiir dii([uel s'étaient groupés plusieurs Flamands et Hollandais qui lui servirent d'aides ou devinrent ses imitateurs; comme le Hollandais Adrien Hannkman (1610-1680), qui fit à Londres le ijortrait de Van Dyck et revint à La Hnye occuper le poste do directeur de l'académie, et le Flamand David Beek (1621-1656), qui enseigna le dessia aux enlants de Ch-'u-les I^'-.

Puis viiu'ent : le chevalier Lely qui, indépendamment de ses beaux portraits, s'acquit un titre à notre estime en protégeant notre célèbre Largillière; — et Ivueller, dont la réimtation comme nous l'avons déjà dit, égala presque celle de Van Dyck. Enûn arrive lîogarth, dont les œuvres, comme pensée et exécution, furent pour l'Angleterre une véritable nouveauté.

Hogarth, Guillaume (1697-1764), a eu cela de comnmn avec bien d'autres, et des plus habiles, de n'être arrivé à la célébrité qu'après avoir passé par les épreuves les plus pénibles de la vie. D'abord peintre d'enseignes, puis graveur de cartes d'adresses, d'armoiries, de frontispices, il no fut connu que par les ligures qu'il peignit et grava pour une édition d'Hudibras de Butler, avec le portrait de l'auteur.

La plupart de ses productions sont des scènes comi- (lues où percent toujours un esprit satyrique, une gaieté pi(j[uante, très-souvent même burlesque, etiuie aptitude toute spéciale pour saisir les traits caractéristi(iues des physionomies, leurs défauts, leurs ridicules, !(}urs vices; mais toujours pour en faire jaillir une idée morale, un principe, une leçon.

Implacable bourreau de tous les travers, dit avec raison de lui M. Pliilarète Chasles, il a laissé dans l'histoire de l'ai-t une trace profonde et originale. Pour frapper le vice, rien ne l'arrête. Philosophe, conteur, romancier, cynique, doué de puissance dramatique et d'observation, il touche à la comédie, il atteint à la

tragédie de la viu privée. Ne pas l'admirer serait injuste, l'imiter serait dangereux.

Nous ne eoimaissons Hogarth en France que par les gravures de sesœuvi-es, parmi lesquelles on remarque surtout le Maringe à la mode, en six tahleaux, qui l'ait partie de la galerie nationale; ArUviléQi Indolence, vie opposée de deux artisans, dont l'un devint Lord-inairo de Londres, et l'autre fut pendu à TyLurn: la France et r Angleterre ; deux (•aricatures oiï il oppose ridiculement « l'urbanité, la gaîté et la bonne mine du peuple anglais à la grossièreté tiiste et maigre de la nation française, » pour se venger d'avoir été pris pour un espion lorsqu'on traversant la France, après la paix d'Aix-la-Chapelle, il dessinait la porte de Calais; Ja Conversation mondaine ou les Buteurs de punch ; ÏElcct ion parlementaire ; le Combat de coqs; la Vie du libertin, en huit planches, du musée Saône, etc., etc. Viennent ensuite :

Scott, Samuel (mort en 1772), peintre de vues et de marines, qui chercha à imiter Guill. Van de Velde, mais resta bien loin de lui pour la légèreté des A^agues, la transparence des eaux et le dessin des figures. On connaît surtout de lui le Pont de Westminster et le pont de Londres en 1745, qui ornent la galerie Vernon ;

CooPEE, Richard, qui peignait à Ediml)ourg en 1735; auteur de plusieurs portraits qu'on prendrait pour avoir été peints par Van Dyck, si le dessin eu était plus correct et la touche jdus ferme ; — Lambert, Georges (1710-1765), auquel on doit des pjay sages ayant beaucoup de rapport avec ceux du Guaspre, mais d'une exécution plus lâchée;

AViLSON, Richard (1713-1782), élève en Itahe de Zuccarelli, mais ayant reçu des conseils de Raphai-l Mengs, de Joseph Vernet. C'est un desartistes les plus populaires de l'Angleterre, qui le surnomma le Claude Lorrain anglais, éloge qu'il justifie souvent par une composition élégante, une touche spirituelle, une belle

lumière et des ombres bien calculées. La galerie nationale a de lui les ruines de la vUIp^ de Mécène à Tivoli, d'une excellente qualité ; on connaît encore de lui Apollon et les saisons, une vue du Pô, Cicéron dans sa villa, le pont de Langallan, la tombe des H or aces , la niortdesenfa,nts de Niobé, etc.Sonmalheur, ditM. PhilarèteChasles, est d'avoirété trop complètement artiste au milieu d'une société politique et commerçante.

Ici se présente sir Josué Reynolds (1723-1792), qui a joui d'une immense réputation et de tous les avantages qui en sont ordinairement la conséquence. Si, comme peintre d'histoire, il ne fit jamais rien de bien remarquable, il faut convenir que, comme portraitistes non-seulement il se plaça à la tête de tous les artiste de sa nation, mais qu'il peut encore soutenir la comparaison avec les plus grands peintres de l'Europe en ce genre. Peu d'artistes, en effet, ont su donner aux femmes et aux enfants plus de grâce dans la pose, plus d'éclat dans les chairs;sa couleur est douce et harmonieuse, etses fonds sont disposés avec l'art le plus propre à faire ressortir ses figures. Son dessin laisse malheureusement souvent à désirer, le coloris étant la qualité à laquelle il a pour ainsi dire sacrifié toutes les autres. Arrivant à une époque où, dans les mœurs anglaises, la vie calme et digne du château avait remplacé les mœurs chevaleresques et galantes, il sut faire ressortir dans ses portraits la simplicité souverainement élégante et majestueuse de l'aristocratie anglaise, unique en son genre, et, comme l'a dit avec autant de justesse que d'esprit, M. Biirger, faire poser ses ladies en déesses.

Les œuvres de Reynolds, très-nombreuses d'ailleurs, ne se rencontrent presque jamais dans le commerce ; et, s'il s'y en trouvait, elles atteindraient des prix fort élevés. On peut en juger par les deux portraits de jeunes fi'les que possède à Paris lord Hertford, dont l'un a été payé 54,600 fr. et l'autre 25,000.

La galerie nationale a de lui plusieurs tableaux fort

remarquables ; entre autres, comme grandes compositions, une Sainte Famille et les trois grâces, Y enfant Samuel; comme portraits, celui de lord Ligonier à cheval, de sir W. Hamilton de Wyndham. Le duc d'Aumale a, de sa main, le portrait de Louis- l'hilippe, son père, en costume de colonel-général des hussards ; le musée de l'Ermitage à Saint-Pétersbourg a son Htrcide étouffant les serpents. Reynolds a publié plusieurs discours sur la peinture ; mais il n'a jamais su ni pu joindre l'exemple au précepte, car lui qui recommandait de s'en tenir aux formes générales de la nature, n'a Jamais employé dans ses œuvres que des types individuels, des modèles uniquement britanniques; en un mot, des physionomies locales. Il n'est pas jusqu'aux paysages dans lesquels il a placé, par exemple, la Sainte- f'amillr, qui ne soit une copie exacte de quelque gras pâturage d'un point quelconque des trois royaumes-unis.

En même temps que Reynolds jouissait à Londres de la plus grande réputation comme peintre de portraits, Gainsborough, Thomas (1727-1788), obtenait aussi de grands succès dans ce genre, mais il l'abandonna pour se hvrer plus spécialement au paysage. Peut-être a-t^il eu tort, car ses portraits, moins fins de ton que ceux de Reynolds, ont souvent plus de noblesse et sont quelquefois d'une régularité de dessin et d'une ampleur de style qui soutiennent la comparaison avec ceux de notre célèbre Largillière. Quant

ses paysages, leur composition est simple, mais d'une admirable wité, la couleur en est chaude et transparente, les fonds en sont bien compris, et la perspective aérienne en est savamment calculée; mais tout y est l'expression fidèle de la nature, prise dans son sens absolu, rien de plus; aussi Reynolds disait de lui : si Gainborough ne voit pas la nature avec l'œil d'un poète, il la voit avec celui d'un peintre.

De même que les productions de Reynolds, celles de Gainsborough sont peu sorties d'Angleterre. La gale-

rie nationale a de lui plusieurs portraits, et des paysages parmi lesquels on remarque surtout la Charrette du marché, l'Abreuvoir du village, les Petits pay.'^ans, etc. Ses œuvres, sans avoir la valeur commerciale de celles de Reynolds, se maintiennent néanmoins à des prix élevés, car dans une vente qui s'est faite à Londres en 1863 (vente Bicknell), on a vu un paysage de lui, le Repos, monter à 20,436 fr.. taux auquel il ne serait certainement pas parvenu chez nous.

Un artiste qui partagea la vogue avec Reynolds et Gainsborougli, pour le portrait, est Georges Romney (1 734-1 80Î?). Il n'eut pas leur talent, mais son pinceau est d'une grande facilité ; sa couleur est claire, fraîche et brillante, et ses détails sont pleins d'élégance; ses figures manquent en général de caractère. La galerie nationale a de lui une Elude de Bacchante sous les traits de lady Flamilton. Cette lady Hamilton qui, de simple servante dans une taverne de Londres, était devenue la femme de sir William Hanulton, ambassadeur d'Angleterre à Naples, était pour Romney le modèle sur les traits duquel il s'était plu à peindre Jeanne d'Arc, la Madeleine pénitente ; une Bacchante, plusieurs femmes historiques de conditions opposées.

Les autres artistes dont l'Angleterre put aussi à bon droit s'honorer à cette môme époque, sont :

W. Benjamin West (1738-1 820), qui, bien que d'origine américaine, se rendit de bonne heure à Londres où de grands succès l'attendaient; car il y devint peintre du roi en 1772 et surintendant des peintures royales en 1 790 : honneurs don t le rendaient digne une grande sévérité dans le choix de ses sujets, la correction de son dessin, la vigueur de sa touche. Il fut l'ami de Raphaël Mengs. de Reynols et de Wilson; il eut dans Matthieu Brovvn un élève et un imitateur^ qui ne sut ni éviter ses défauts, ni s'élever à ses qualités.

La galerie nationale à plusieurs tableaux de West, parmi lesquels on remarque surtout Vinsfallation de

l'ordre de la jarre Lier e. 11 a orné le plafond de Tacadémie royale de Londres d'un Christ bénissant les enfants. Mais on connaît de lui, entre autres tableaux historiques Cromwel devant le Parlement, le traité de William Penn avec les Indiens-, la mort de Nelson, et celle du général Wolfe, la famille de West, Elisée et la Sulam'ite, et une foule de tableaux dont les sujets sont empruntés à la mythologie, comme Jupiter et Sèwélé, Vénus et Adonis, Oreste et Piila.de. Parmi les portraits on connaît surtout ceux de Georges III et de la famille royale, de lord Grosmnor, du duc de Portland, de lord Behting, de lord Lyttelton ;

GuNiNGHAM (1740-1793), qui étudia en Italie, où il s'inspira du Gorrége, du Parmesan et de Solimène surtout, dont ses ouvrages portent le caractère. Malgré la vie cahoteuse et dissipée qu'il mena, il sut encore assez ménager son temps pour produire des œuvres d'un grand mrrite, remarquables surtout par une grande facilité, jointe à un grand fini. Son principal tableau à Londres est une revue du Grand Frédéric à Berlin, qu'il avait habitée, et où il avait remporté deux fois le grand prix à l'Académie de peinture;

FusELi ou FussLi, Henri (1741-1825). Get artiste, d'origine allemande ou mieux suisse puisqu'il est né à Zurich, fut à la fois homme de lettres et peintre. Gomme homme de lettres, il publia un dictionnaire des peintres et des aphorismes sur l'art, qui ne sont pas sans mérite; comme peintre, il prit Michel-Ange pour modèle et, à force de vouloir être hardi et original, toucha presque à l'extravagance.

Ayant habité plusieurs années l'Italie, il vint se fixer à Londres, et trouvant toutes les places prises par Reynolds, Grainsborough, West et Barry, il crut pouvoir y saisir un motif de donner un libre cours à son imagination fantastique. Son début en effet fut un Caurheniar. Ge tableau, bien connu par la gravure, représenle luie femme presque nue, étalée sur son lit, la Irfe rpjetéf^ on bas, lo> cheveux épars, et oppressée

sous Tétreinte d'un singe accroupi sur sa poitrine, pendant qu'un autre monstre souffle une vapeur empestée entre les rideaux de sa couche.

Une fois lancé dans cette voie excentrique, mais où il obtenait réellement du succès, il ne s'arrêta plus, et fit paraître successivement : Hamlet et le Spectre, Titania et Bottom, empruntée à la comédie intitulée : le Songe d'une nuit d'été de Shakespeare, dont il s'inspira souvent, puis le Barde, le dieu Thor terrassant le Serpent, la maison de Lazare, la Sorcière de Macbeth, une vision da prince Arthur, Caïnet Abel\ et une foule d'autres productions qui, toutes néanmoins empreintes d'un sentiment profond du beau, justifient ce qu'on a dit de lui : qu'il avait pris le gigantesque pour le grandiose , là bizarrerie pour l'originalité, l'exagération pour la hardiesse.

Barry, James (1741-1806), fut aussi, comme Fusél, un représentant de cette tendance de l'école anglaise vers la grande peinture historique, allégorique et poétique. Tendance fort louable assurément, mais que son caractère fantasque, son admiration exagérée pour la statuaire antique réduisirent, pour lui à l'état d'illusion, puisqu'il ne put jamais l'atteindre.

Les premiers tableaux qu'il exposa à Londres à son retour d'Italie, où il avait jugé les œuvres de Michel- Ange et de tîaphaël bien au-dessous du degré de perfection qu'il rêvait pour l'art, furent une Vénus sortant de la mûr, Jupiter d Junon, puis un Mtrcure et un Narcisse, une Education d'Achille par le centaure Chiron, une Stratonice, une Féle de Gérés \

Mais ces sujets olympiques n'ayant excité aucune sympathie, il se retourna vers un sujet moderne emprunté à l'histoire de son pays, la Mort du général Wolfe, qui n'eut pas non plus un grand succès. Ce fut alors au'il proposa de décorer de peintures bibliques Saint- Paul de Londres, et qu'éconduit de ce côté, il obtint l'autorisation d'exécuter à ses frais dans la grande

salle des Adelphiune série de six tableaux historiques, dans lesquels il eut la bizarrerie, pour ne pas dire la maladresse, d'entremêler à des divinités païennes et une foule de figures allégoriques, des gentlemen anglais, costumés à la mode du temps. Ces tableaux lui attirèrent des critiques auxquelles il répondit si durement qu'il fut expulsé de l'académie de peinture. Il mourut quelque temps après, toujours infatué de ses théories et convaincu de n'avoir pas été compris .

C'est aussi à cette époque que vivait Allan, David, d'origine écossaise, (1744-1796), qu'on a surnommé le Hogarth écossais. Envoyé à Rome à l'âge de 20 ans, il y obtint au concours de l'Académie de Saint-Luc une médaille d'or pour un tableau ayant pour sujet l'origine de la peinture. De retour à Londres, il y peignit des sujets classiques, des paysages des portraits. Ses illustrations du poème de Ramsay, le Gentil berger, firent sa réputation.

Comme peintre, disent les historiens de son temps, le mérite d' Allan est assez borné; il n'eut jamais la finesse du dessin, l'harmonie de la couleur ni la grâce, ni la grandeur. Il a fait des portraits qui n'ont de remarquable qu'un caractère individuel ; il a peint des paysages, mais ils manquent d'air et de lumière; il a essayé le style historique, mais, sauf sa Jeune corinthienne et l'Origine de la peinture, tous ses efforts ont été impuissants. Son génie, (si génie il ya), consiste surtout dans l'expression, dans l'humour et la bouffonnerie sarcas tique.

MoRLAND, Georges (1763-1804) , fut un très habile peintre de genre. Il se livra d'abord au paysage, puis aux scènes grotesques, et finit par adopter les animaux, genre dans lequel il obtint un véritable succès. Son dessin est correct , sa lumière et ses ombres sont habilement distribuées. Rien ne se ressent dans ses œuvres de la vie de débauche et de dérèglement à laquelle il a succombé si jeune, comme notre malheureux Lan-

larn, aiiquol on peul, ie comparer, sons le rapport du Lalent, de l'incurie et de la misère.

Comme Lantara, en effet, il vécut au jour le jour, exploité par des spéculateurs qui tiraient profit de son insouciance et de ses défauts. On ne voit aucune œuvre de Morland dans les collections nationales. Il n'est pas un peintre de galerie aristocratique ; mais il est très populaire en Angleterre et recherché par les artistes qui apprécient avec raison la peinture facile, leste, ahondanje, et spirituellement sentie. Puis vient :

Lawrence, sir Thomas (1769-18,30), qui eut à peu près autant de succès et de réputation pour le portrait que Reynodls, dont il reçut les conseils, s'il no fut pas son élève, et auquel il succéda à vingt-quatre ans, comme président de l'Académie de pehiturede Londres. Il fut cependant h'ien loin de l'égaler : sa peinture manque en général de solidité ; poussant à l'excès la complaisance pour ses modèles, il a donné à plusieurs des principaux personnages qu'il a peints, des poses maniérées et des attitudes que réprouvent tout à la fois l'ai-t et le bon goût.

Néanmoins ses portraits ont un charme qui séduit,' une couleur si douce et si harmonieuse, les accessoires en sont traités avec tant de soin, qu'on ne peut s'empêcher de les admirer. Aussi il n'est pas une famille aristocratique qui n'en possède un ou plusieurs. Quant aux compositions historiques, on ne connaît rien de lui qui réponde à la réputation dont il a joui comme portraitiste.

La liste des personnages qui se sont fait peindre par lui est très longue: les principaux sont l'Irlandais Cvrran et sir Walter Scott, Astley Cooper et i^iv Humphrey Davy; les lords Grey, Canning. Castlereagh, Aberdeen, William. Piit, les comtes Balliurst, Rohe<i Londomkrry et (le Liverpool, lady Cowper, lady Greij et sis enfants; et parmi les tètes couronnées, on cite surtout Georges IJl et Georgc<; JV,Pie 17/, Ic^^empryi'iirs dr Hii^sie ot lï'.lutri-

che, le roi de Prusse, Charles X et le roi de Rome. Ses portraits lui rendaient d'ailleurs beaucoup, car celui de lady Coivper lui a été payé 500 guinées. C'est la galerie nationale qui a son portrait de l'acteur John-Philip. Kemble, et la reine celui du pape Pie VII.

Lawrence a eu dans Opie, Jean, (1761-1807), un compétiteur qui eût certainement contrebalancé sa réputation comme peintre de portraits, si son caractère lui eût permis d'adopter la tenue et les manières qui donnent accès dans le grand monde. Car si son faire est moins harmonieux que celui de Lawrence, il a plus de solidité; sa touche est large et accentuée, son dessin ferme et correct et sa couleur d'une grande vérité. On connaît de lui des scènes familières et quelques compositions historiques dans l'exécution desquelles Lawrence eût probablement échoué.

Ce qui arriva à Opie était aussi arrivé à Hoppner. Jean (1759 1810), que la réputation de Lawrence éclipsa pour ainsi dire, et qui avait pourtant les qualités nécessaires pour obtenir la faveur publique. On en donne, entre autres preuves, ses portraits de William Pin et de Y Acteur Smith, qu'a de lui la galerie ' nationale , son tableau de la Muse Comique, et celui de Vénus et Adonis de la collection Wyndham de Londres.

Henry Howard (1769-1847), fut aussi un des compétiteurs de Lawrence pour le portiait, mais il resta encore plus éloigné de lui que Jean Opie. Il ne se livra d'ailleurs au portrait que parce que les succès de Reynolds et de Lawrence avaient tellement mis ce genre en honneur ou pour mieux dire en faveur en Angleterre, que peu d'artistes de cette époque jugoaient convenable de s'y soustiaire.

Howard avait en effet débuté sous Phil. Reinagle, peintre de paysages et d'animaux, qui avait, soit dit en passant, une aptitude particulière pour imiter ou contrefaire les maîtres hollandais, comme Ruysdael et Hobbéma ; et dont il épousa la fille. Il eut été pru-

dent de sa part de s'arrêter à un de ses deux derniers genres ; mais, ayant été occupé en Italie par le statuaire Flaxman à copier des statues, il se crut appelé à la È^rande peinture historique et mythologique, et ny apporta ni l'aptitude de conception nécessaire, ni les qualités d'exécution et de couleur qui, chez les peintres français de son époque, offrent une compensation. Aussi est-il si peu estimé aujourd'hui qu'il est presque oublié.

On a peu gravé d'après Howard, mais il a beaucoup dessiné pour les graveurs. Ses biographes citent de lui une Histoire de Pandore, une Naissanee de Vénus, une Diane et &es Nymphes, la Maiiou de Morphée, làJeune Fille avx Fleurs qui est le portrait de sa fille sous un costume vénitien ; mais, dit M. Bûrger, Vénus, Diane, Hebé, Pandore et ses nymphes, n'ont pas plus à se louer de lui que le soleil, la lune et les étoiles, qu'il a eu aussi la bizarre idée de mettre en tableau.

Dawe, Georges (1781-1829), pinceau'brillant et facile, d'une exécution assez remarquable, se livra tour à tour à l'histoire et au portrait. Son début dans l'histoire fut Achille désespéré de la mort de Patrocle, mais n'eut, comme plusieurs autres productions semblabes, telles qu'Hercule étouffant le Serprnt, une 3Ière arrachant son enfant du nid d'un aigle, qu'un demi-succès. Aussi se livra- t-il plus particulièrement au portrait.

Ayant eu occasion de peindre à Aix-la-Chapelle les portraits de "Wellington et de la plupart des souverains coalisés contre la France, il reçut d'Alexandre l'offre de se rendre en Russie, et eut l'occasion d'y faire les ponraits de tous les personnages éminents, de ceux surtout qui s'étaient rués avec le plus d'acharnement sur la malheureuse France d'alors. Ces portraits lui donnèrent plus de profit que d'honneur. A peine Alexandre fut-il mort qu'il reçut l'ordre de quitter la Russie et revint à Londres, .visita de nouveau la Russie et rentra en Angleterre; où son nom ne survécut guère à sa personne.

CoNSTABLE, Jeaii (1776-1837), est cité comme un des plus habiles paysagistes actuels. On a voulu sans doute dire par là qu'il est un des artistes en ce genre qui ont les premiers essayé de secouer le joug de la routine et de ne prendre pour guide que la nature telle qu'elle se représente à leurs yeux et non à leur imagination. A en juger par ce que disent de lui ses compatriotes, il tient tout à la fois de Salvator Rosa et de Kuysdael, si ce n'est d'Hobbéma, ce qui est beaucoup dire, à notre avis ; son œuvre est nombreuse. La galerie nationale et l'Académie royale ont plusieurs tableaux de lui.

Dans son excellent travail sur les peintres anglais, M. Bûrger (ïoré) a fait graver de Con stable : la Rivière de la Stom% la Ferme de la Vallée^ le Port de Yarmourth, la Cathédrale de Salisbury, le Champ de blé, le Printemps. Tout en lui reconnaissant de solides qualités, il ne peut s'empêcher de trouver que le feuilié de ses arbres, môme un peu reculés, est souvent tapoté, brillanté, agacé, trop plastiquement émaillé de reliefs, qui ont la même valeur que les terrains ou les chaumières et autres objets immobiles... La ramée d'un de ses chênes ou de ses saules, transportée par terre au premier plan, y ferait un gazon court et dru. Ses ciels sont exécu tés avec les mêmes procédés que ses eaux et ne sont pas plus impondérables. Gomment trouver là Kuysdael et Hobbéma?

Jackson, John (1778-1 831), fut comme Gainsborough Reynolds, Lawrence, Opie et Hoppner, un habile portraitiste; inférieur aux trois premiers, il peut, sous ce rapport, être mis au rang des deux autres, ne fût-ce que par son charmant portrait de 3Iiss Stephens, la célèbre actrice de Govent-Garden, qui devint comtesse d'Essex.

On dit que de 1 824 à 1 830, il a exposé plus del 50 portraits. Il travaillaitavecuneextrômefaciUté, carsuivant un auteur, il fit la gageure de faire en un jour d'été cinq pôrtraits qui lui furent payés 25 guinées chaque. Son nom n'est pas resté très populaire en Angleterre

On voit de lui, au musée de KeusiiigLou, son portrait et celui de lord Grey. Celui de Flaxman paraît être son plus beau, puisque Lawrence disait que Van Dyck eût été fier de le signer. Les pei'sonnes qui l'ont vu figurer, il y a quelques années, à l'exhibition de Manchester, ne partagent pas tout à fait cette opinion.

WiLKiE, sir David (1785-1841), est de tous les artistes de ce siècle un de ceux qui ont joui de la plus grande réputation en Angleterre. Il a surtout peint des scènes familières, dans lesquelles il a réussi à Joindre l'originalité propre à sa nation à l'esprit non d'Ostade, ni de Téniers, mais de Jean Steen; ses compositions sont généralement excentriques, et son but semljle avoir été bien plus de montrer le côté comique d'une scène que d'en tirer une leçon morale. Sous ce rapijort, il est déjà inférieur à Greuze, dont il n'a d'ailleurs jamais atteint la grAce ni le doux coloris. Sa couleur est cependant chaude, mais d'une vigueur qui dégénère souvent en lourdeur, ainsi que son modelé qui est bien arrêté , mais parfois anguleux.

Wilkie a beaucoup produit quoiqu'il, soit mort étant encore dans la force de l'âge; ses tableaux ornent des collections d'où ils ne sortent presque pas. La galerie nationale, l'Académie royale et la reine ont ses plus belles productions. A la vente du roi de Hollande (1850), sa Famille du Distillateur, tableau d'un mètre carré environ, a été vendu vingt et quelques mille francs. En 1853, une composition historique, Marie Stuart quittant le Château de Lochleven, a été vendue à Londres 18,000 francs.

Les gravures de son Jour des Rentes, de son Marclic, de ses Nouvellistes, de ses Politiques de Village, de soji Bedeau de la Paroisse, du Jour des Loyers, Forment le moindre contingent de ses travaux"; on a de lui : le Collin-Maillard, la Saisie, la L' Cture du Testament, la Noce de Village,les Moissonneurs pendant l'orage, la Ltttre de Recommandation, les Délices de lamusique, etc. Toutes

ces œimes sonL accaparées par les riches galeries de l'Angleterre, où elles sont immolùlisées.

Un artiste dont le talent a excité bien des controverses en Angleterre, dans ces derniers temps, est Turner, Guillaume (1775-1851). Les uns en ont fait un génie,' les autres lui ont nié toute espèce de talent. 11 y a certainement des deux côtés une grande exagération. Si sa touche a une hardiesse qui dépasse souvent les bornes, 011 ne peut pourtant méconnaître qu'il existe dans la plupart de ses compositions un côté éminemment poétique, une lumière éblouissante, et un art tout particulier de tirer de l'ordonnance la plus simple un effet saisissant. Turner a d'ailleurs changé plusieurs fois sa manière ; mais toujours mécontent de la dernière adoptée, il a fini par tomber, surtout après un voyage qu'il fit en Italie, dans une exagération de mise en scène, de dessin et de couleur qui a souvent donné raison à ses détracteurs.

Quelques personnes ont comparé Guillaume Turner, à notre Eugène Delacroix. Nous n'avons pas sous les yeux des éléments de comparaison suffisants pour résoudre cette importante question, mais nous doutons que Turner ait trouvé, pour ses fréquentes exceotricités, une excuse ou une compensation aussi puissante que celle que notre compatriote a trouvée dans l'éclat de sa couleur, pour ses irrégularités de composition et de dessin. Les œuvres de Turner forment à Londres, dans le musée national, une galerie à part qui se compose de plus de cent tableaux. Ses œuvres atteignent des prix tellement élevés qu'en 1860 une de ses vues de Venise, le Grand Canal, a monté à 63,000 francs. Il n est pas rare de voir une de ses aquarelles atteindre 8 et même 10,000 francs.

Enfin BoMNGTON, et non pas Bonnington, Richard- Parkes (1801-1828), est l'artiste dont l'Angleterre a eu le plus a, s honorer dajis le commencement de notre siècle. Mais c'est par puce cnjivioisip que nous le met-

tôns-dâns l'écolo anglaise, car s'il est né en Angleterre, c'est en France, où il vint à peine âgé de quinze ans, qu'il s'est formé ; et, bien qu'il n'y ait pas beaucoup fréquenté les ateliers, on peut cependant croire que c'est chez Gros, dont il a été quelque temps l'élève, qu'il a puisé son penchant pour la couleur, qui fut le côté saillant de son beau talent. On lui doit des marines, des paysages et des tableaux de genre de petite dimension, mais une immense quantité d'aquarelles, parmi lesquelles on remarque plusieurs belles Vues de Venise, qu'il a visitée.

Là touche de Bonington est vive, pétillante et n^itùrélle; sa couleur chaude, dorée, est d'une admirable transparence; son dessin est fmet léger, et pourtant soii exécution est grasse et d'un bel empâtement. Quoique mort très jeune (à 27 ans), il a beaucoup travaillé. Nous avons de lui François et la duchesse d'Etampes, ravissante petite toile qui a coûté 6,700 francs en 1849, mais qu'on paierait certainement de 12 à 15,000 francs aujourd'hui, puisqu'à la vente de lord Seymouf, Henri III recevant l'ambassadeur d'Espagne, a monté éxceptioiinellement, il est vrai, pour des raisons étrangères à l'art, à 49,000 francs. Il existe dans le coinliierce une foule de copies ou d'imitations dè ses aquarelles.

Dans l'exposition des tableaux de l'école française, organisée en 1860, sous le titre d'exposition du Boule- Vart des Italiens, dont nous avons rendu compte dans les n°' du 14 juillet et du 4 août 1860, du Moniteur des Arts, on remarquait de Bonington : Anne page et Slender, d'après les Joyeuses Commères de Windsor, de Shakespeare, et la Charrette, appartenant, à Lord Hertford ; la Plage de St- Valéry, à M. le marquis Maison ; la. Plage cleDunkerque, kU. Binder de l'Isle- Adam, et dëux belles aquai-elles, signées des initiales de l'auteur, t-e Page et les Bords de la Loire.

Les cdllections les plus importantes h visiter en An-

gleterre, iodépendammeilt de ]a galerie nationale :lo Londres, de celles de Windsor, d'Hamplon-Court et de Buckingham-house, sont : celles delord Francis Egerton du duc de Devonshire, de sir Robert Peel, de sir Heiu-i Thomas Hope, du duc de Matliberoug, du duc de Bedford, des marquis de Landowne, d'Exeter et de Bute, des comtes de Pembroke,de Cowper, Radnor, de Carlisse, de Scardale, de Leicester, de Spencev, de Darnley, d'Egremont,de sir Thomas Baring,de la famille Methnen, de M. Beckford, de M.-J.-P. Miles, etc., etc.

Quant à la galerie nationale, elle ne date que de 1825, et elle ne compte guère plus de 200 tableaux. On y voit de Léonard de Vinci, un Christ au milieu des docteurs \ (la Sébastien del Piombo, la fameuse Résurrection de Lazare ; du Baroclie, la célèbre Sainte-Famille, nis- ])eléG la Madone del {j allô: du Corrégc, un Ecce homo, l'Education do l'amour, et une Sainte-Famille connue sous le nom de la Vierge au panier achetée 100,000 fr., somme énorme pour un tableau de 30 et quelques centimètres de haut sur 25 de large, mais qui les vaut assurément; du Titien, l'Enlèvement de Ganymède et Bacchus et Arriane; du Francia,une belle Vierge glorieuse: quelques morceaux choisis du Parmesan, de Garofalo.. d'Annibal Carrache, du Dominiquin et du Guerchin.

L'école espagnole n'y présente que deux ouvrages imposants : une Sainte Famille et un petit Saint Jean de MuriUo. Les Flamands n'ont aussi que des échan» tillons, mais assez nombreux, beaux et variés ; par exemj)le les grands Flamands sont représentés par septBubens, parmi lesquels se trouvent, outre le Jugement ch Paris, acheté 100,000 fr., la fameuse allégorie appelée la Paix et la Guerre; trois Van t)yck, six Rembrandt, au nombre desquels la Femme adultère et V Adoration des bergers passent pour des chefs-d'œuvre; deux jolies marines de GuilL Van de Velde, un beau paysage de Cuyp, un autre de Van der Neer, et deux ou trois tableaVix de D. Téniers.

Les Français ont une part assez belle dans cette galerie; il y a en effet huit tableaux du Poussin tous très-lDeaux , dix de Claude Lorrain, parmi lesquels il s'en trouve de capitaux, tels que les deux célèbres marines appelées, l'une la Reine de Saba, et l'autre, la Sainte-Ursule, que nous avons déjà citées ; enfin, un admirable paysage de Guaspre Poussin. Parmi les œuvres des maîtres anglais, il faut surtout citer les six tableaux de Guill. Hogarth, connus sous le nom de Mariage à la mode, quelques portraits de Reynolds et de Lawrence, et le Musicien aveugle de Wilkie.

La galerie de Hampton-Court est surtout célèbre parles cartons de Raphaël. Ces cartons, primitivement au nombre de douze, furent peints peu de temps avant la mort de leur illustre auteur, pour servir de modèle de tapisseries de Flandres. Les sept restant furent achetés par Rubens pour Charles le»'. A la vente de ce prince, Cromwell les fit acheter pour la somme de 300 livres steii.

Après ces cartons, on y trouve les neuf peintures à la détrempe d'André Mantègne, représentant le triomphe de Jules César, puis une coUection de portraits historiques, peints en partie par d'excellents maîtres, tels que J. de Mabuse, Albert Durer, Holbein, Moro, Van Dyclv, Rigaud, Mignard, etc.

La galerie de Windsor contient à peu près 150 morceaux de peinture distribués dans les appartements. On y compte 31 tableaux de YanDyck, réunis presque tous dans la même salle. Une autre salle est consacrée aux œuvres de Rubens, parmi lesquelles on remarque surtout un admirnble tableau de famille, et deux paysages intitulés, l'un, la Prairie de Lacken, l'autre, le Départ pour le marché.

On y trouve aussi plusieurs bons tableaux des anciennes écoles d'Allemagne et des Pays-Bas, par exemple divers portraits de Holbein, et les célèbres

Usuriers de Metsys Quentin. Quant aux écoles d'Italie et de France, il faut mentionner un Saint Jean-Baptiste du Corrége, un magnifique portrait d'homme d'André Del Sarte, et quatre charmants paysages de Claude.

La collection de Buckingham-house, formée par Georges IV, offre les plus beaux exemples en productions choisies des Pays-Bas. Dans le nombre des tableaux flamands, on en trouve surtout de très-rares et de la meilleure qualité des maîtres les plus célèbres : Rembrandt, P. Potter, Gér. Dow, Wouwermans.

De l'école française, on y voit un joli petit tableau de Greuze, et Técole anglaise, chose étonnante, n'y est représentée que par deux portraits de Reynolds et deux cadres de Wilkie.

Ce que nous venons de dire de l'école anglaise, suffit pour prouver ces deux choses : 1° que, contrairement à ce que nous donnerait à croire l'absence totale de peintures anglaises dans nos musées, cette école, bien que de date récente, existe et mérite d'être sérieusement étudiée; 2" que les collections anglaises sont assez riches en tableaux des grandes écoles, pour que les artis tesde cette nation soient constamment rappelés aux vrais principes de l'art, et ne s'égarent pas soit en voulant s'élever à la grande peinture historique, dont nous semblent les tenir écartés leurs moeurs, même leur religion, soit en persistant à n'interpréter que leur nature spéciale, en toute chose trop exclusive.

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