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rite l'oubli, disons le mot, le dédain dont on l'accable • aujourd'hui ? Non, sans doute, mille fois non : d'abord, elle a eu sa raison d'être, qui était d'arracher du domaine de l'art le frivole, le joli, le convenu ; et elle y a répondu d'une manière satisfaisante ; seulement elle a persisté dans ses moyens au delà des besoins. Ensuite si, en voulant réduire l'art à des théories absolues, elle l'a privé de ce charme que lui donnent les élans de l'imagination, elle en a aussi prévenu les écarts, et elle a montré qu'en dehors de certains principes cet art ne serait plus qu'illusion ou pure fantaisie.
Elle a d'ailleurs à opposer à ses détracteurs des noms devant lesquels tout homme sensé doit s'incliner, et des pages historiques dignes de la gloire impérissable qu'elles sont destinées à célébrer. Si tout ce qui sort du pinceau de ses chefs laisse quelque chose à désirer, il n'en est pas moins incontestable que, dans la plupart, on y rencontre, portées au plus haut degré, plusieurs des conditions essentielles de l'art.
Par exemple, quel artiste de notre époque pourrait se flatter de dessiner plus correctement que David? Où trouver un coloriste plus habile que Gros (1771- 1835)? A part Prud'hon, que nous mettons en dehors V de la question , qui a su donnei' à une figure un modelé plus doux, des formes plus gracieuses que Gmo- DET (1767-1824) ou le baron Rfgnatjlt (1754-1829)? Avons-nous aujourd'hui beaucoup d'artistes capables, à part la couleur, de faire des portraits plus vivants et d'une plus belle tenue que Gérard (1754-1829) et Robert-Lefebvre (1756-1831), et de composer plus dramatiquement une scène que Pierre Guérin (1774- 1833)? Si nous exceptons l'hémicycle de l'école des Beaux-Arts, de Paul Delaroche, avons-nous aussi beaucoup de compositions mieux comprises et aussi largement exécutées que Brulus condamnant ses ftls à mort, de LÉTHiÈEiE (1760-1832) ; la Bataille d'Austerlitz, de Gérard ; les Pestiférés de Jaffa, la Bataille d'Aboukir et la coupole du Panthéon, de Gros; enfin, le
Naufrage de la Méduse, de Géricault, J.-E.-Tliéod. - André (1790-1824), qui semble être le dernier effort do cette école, et un pas de fait pour sa transformation dan a le grand style, en ce sens qu'il est venu prouver que le plus ou moins de pureté des formes dans les arts n'était pas absolument nécessaire; le point important éta v ':, que l'action scénique fût rendue de manière a par ît;" à l'esprit et au cœur ?
Rendons donc justice à cette école ; disons qu'elle a trop souvent sacrifié l'esprit à la raison, que pour d:) venir plus accessible aux masses elle s'est conteniez d'un dessin linéaire correct jusqu'à la raideur, et v.a s'est pas suffisamment occupée ni du prestige si sédni sant de la couleur, ni du modelé que donne un clah" obscur bien entendu; et que, par là, elle est souvoîV; restée uniforme et froide. Mais reconnaissons-lui va,grande science de composition, une pensée nettem>-.i] •, exprimée, et cherchant toujours à se mettre à la ha'.! teur de la brillante époque qu'elle a eu à traverse;un grand soin de détails, et une actualité qui lui ont permis de triompher des inconvénients de thèmes officiellement arrêtés et de la mesquinerie des costumes ctc l'époque.
Enfin, si on nomme communément cette école écol-j de l'Empire, ce n'est pas à dire pour cela qu'elle n'ait eu que la courte durée du règne de Napoléon P"-, D'abord elle a eu pour fondateurs trois hommes qui en ont arrêté franchement le type dans des ouvrages antérieurs à ceux de David , conséquemment à l'Empire ;
ViEN, Jos.-Marie(l 71 6) , qui a offert l'exemple jusqu'à • lors unique d'un artiste ayant peint jusqu'à 92 an^; (il n'est mort qu'en 1809); — Vincent Fr.- André, élève de Vien (1746-1816) ; ~ Peyron, J.-F.-Pierre' (1744-1815), qui a employé à Rome tout son pouvoir h ramener le goût vers l'antique et la saine imitation delà nature. Nous avons eu sous les yeifx, il y a quelques jours, une lettre autographe de Peyron, datée de
de 1787, dans laquelle il déclarait que « pour se dis- <c tinguer il fallait nécessairement sortir de la mau- « vaise manière alors à la mode. » A ces trois noms il serait jusLe d'ajouter celui de Callet, Ant. -François (1741-1823), qui pour être moins connu, n'en est "pas moins un de ceux qui les premiers secouèrent le joug et firent de louables efforts pour sortir drf la mauvaise manière signalée parPeyron; comme on le voit par les trois belles pages qu'a de lui notre musée n"^ 87, 88, 89; les Saturnales ou l'Hiver; le Printemps; l'Eté ou les Fêtes à Cèrés.
Les tableaux de Vien, de Vincent et de Peyron, dont les noms sont presque oubliés aujourd'hui malgré les services qu'ils ont alors rendus à l'art, sont: L'Ermite endormi, ÙM premier; Alcibiade recevant des leçons de Socrate, dn second; les Funérailles de 3Iiltiade, du troisième. Trois pages remarquables, dont le style et l'exécution tranchaient si complètement avec les doctrines et les manières alors en vogue, qu'il devenait facile de pressentir que la peinture allait entrer dans une nouvelle voie.
Ensuite, cette école a été classique jusqu'en 1830, et si ses principaux représentants sont, après David, qui l'a formulée dans toute son expression, le baron Hegnault, Gros, Guérin, Gérard, Gn^odet, la plupart des hommes qui sont encore aujourd'hui l'honneur de notre école moderne, sont sortis de leurs ateliers. C'est ainsi que MM. Ingres, Tsabey, Carie Vernet, Abel PujoL, Couder, Granet, Pagnkst, Gautherot, Léopold Robert, sont éle\e3 de David; Paul Delaroche et Bellangé, de Gros; Léon Cogniet, Eugène de la Croix, Ary Scheffer, Géricault et Sigalon de Guérin; Hersent, Blondel et Menjaud, de Regnault; Bouchot et plusieurs autres de Lethière, etc.
Cette école n'a pas d'ailleurs été tellement absolue que plusieurs de ses élèves n'aient pas senti le besoin de s'exercer en dehors du grand genre historique.
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Aussi a4-on-vu' paraître à cette époque un grand nombre de compositions, surtout en tableaux de chevalet, qui sont encore reclierchées aujourd'hui, et qui entrent assez fréLjuemment dans le commerce pour qu'on doive les connaître et savoir à quel prix elles sont généralement cotées. Par exemple :
Dans le genre mythologique : Landon, Ch. -Paul (1760-1826), élève de Regnault, qui a mis beaucoup de finesse et de grâce dans ses têtes de femme, et dont la composition, quoiqu'un peu froide , n'est pas dépourvue de charme , comme on peut le voir par le tableau qu'a de lui le musée sous le n° 316 : Léda et ses deux fils. Castor et Pollux. 11 a été conservateur des tableaux de notre musée et a publié, comme nous le verrons, plusieurs ouvrages importants, que nous citerons plus loin; Lobdon, Pierre Jérôme, élève de Prud'hon, d'après lequel on a gravé un Saint-Sébaset la Communion d'Attala;
Langrenon, J.-Ferd. (1791), .élève de Girodet, connu par plusieurs compositions sagement peintes, parmi lesquelles on a surtout remarqué un tableau représentant la Paix, la Justice et l'Abondance ;
Lagrenée, J. -Jacques, dit le jeune (1740-1821), que nous avons déjà cité, élève de son frère, moins recherché que celui-ci, avec lequel on le confond souvent;
ValIvIN (1815), bien connu par ses bacchanales, ses baigneuses et ses fêtes de Diane, de Gérés. On a de lui un Triomphe d'Amphytrite et Thésée et Hippolyte. Ses petites compositions, sans être d'un grand style ni bien dessinées, sont d'un effet agréable ; on en voit qui rappellent le baron Hegnault et même Prud'hon; aussi est-il assez recherché, quoique restant toujours à de faibles prix : de 2 à 300 francs. Quelques compositions atteignent cependant 5 à 600 francs ; nous avons même vu de lui un tableau représentatit des Nymphes faisant danser des amours, monter à 800 francs ;
— 366 — -'J^ Mallet, J.-Bapt. (1759-1825), élève de Prud'hdiet de,Mérime'e, qui a aussi fait des bacchantes, des Vénus couchées, des amours jouant avec des nymphes dans des paysages, des scènes de famille de petite dimension, où il excellait surtout à représenter des enfants et dea femmes vêtues de satin ; on le confond quelquefois avec Vallin, mais il est plus fini, peint avec plus de sentiment et se vend plus cher ; il a souvent peint à la gouache.
Dans les scènes d'intérieur, on trouve Boissieu, J.-Jacques (1736-1810) qui a fait quelques tableaux à 1 huile, mais beaucoup de dessins et d eaux-fortes à la manière flamande. Notre musée a de lui, sous le n° 21, un beau paysage; et on voit à Lyon, sa ville natale, Une jeune femme jouant de la mandoline, le Ballon, les portraits en dessin de son frère et ceux de Montgolfier et de M. de la Salle ;
BiLCOQ, Marie-Antoine, reçu académicien en 1789, d'après lequel on a gravé, en 1780, la Consultation et d'autres scènes familières peintes avec esprit et vérité; il a exposé au salon de l'an xii l'Intérieur d'une cour, le Laboratoire d'un chimiste, un Aveugle sortant d'un village;
Drolling, Martin (1752-1817), qui a étudié les maîtres hollandais et a exposé aux salons de l'époque plusieurs tableaux d'intérieur qui ont eu un immense succès : La Cuisine, que l'on voit au musée sous le n° 186, est un de ces tableaux ; on connaît encore de lui le Marchand ambulant et plusieurs autres qui dénotent une grande étude de la perspective ; mais ils ont un peu perdu dans l'opinion des amateurs, parce que s ils ont la naïveté des Flamands et des Hollandais, ils n'en ont pas le moelleux.
BoiLLY, Louis-Léopold (1761-1845), artiste laborieux qui, indépendamment d'une immense quantité de scènes d'intérieur des plus spirituelles et
d'une foule de caricatures, a fait plus de cinq mille portraits qu'il terminait en quelques heures. Il a été un des artistes les plus populaires de son époque, et cette popularité il la méritait par l'esprit avec lequel il représentait le côté comique d'une scène, le soin qu'il mettait à ses costumes, le modelé de ses figures ; il n'a pas cessé d'être recherché. Une petite scène d'intérieur de lui ne se vend jamais moins de 8 à 1,200 fr. La Mère de famille a monté , l'année dernière, à 1,780 francs (vente Fallu, de Poitiers). Nous venons même de voir (10 janvier 1865) une grande scène représentant une Distribution de comestibles aux Champs- Elysées, un jour de fête publique, être adjugée à 3,500f. Bien plus, une petite scène composée de quatre personnages, intitulée la Promenade, a monté à la vente Morny (juin 1865) au chiffre de 7,700 fr.
On confond souvent les petits portraits de Boilly avec ceux d'un nommé Van Gorp, d'origine flamande, qui a longtemps habité Paris, où il est mort un peu avant Boilly, auquel il est inférieur. On a aussi gravé d'après Van Gorp de très jolies scènes d'intérieur; par exemple : Voilà papa^ etc.;
SwEBACH, Jacques-Fr. -Joseph, dit Fontaine (1769- 1823), bien connu par ses scènes militaires, ses haltes, ses campements, sur le devant desquels il ne pouvait guère se dispenser de placer un cavalier monté sur un cheval blanc. Ces scènes, peintes d'une touche ferme et spirituelle, dont les personnages et les animaux sont solidement posés, décèlent d'ailleurs une connaissance exacte du sujet. Sa réputation et son prix se maintiennent. Notre musée n'a cependant rien de lui ; mais il est très-connu et assez recherché dans le commerce, où son prix se maintient de 3 à 4 et même 600 fr. pour les tableaux de petite dimension ;
Duplessis-Bertaux, sur la vie duquel on a peu de renseignements, mais qui a cherché à imiter Swebach, dont il s'est quelquefois rapproché ; il est beaucoup moins estimé et se paie beaucoup moins ;
A. -Xavier Le Prince, mort en 1826 à vingt-sept ans. Les deux tableaux qu'a de lui notre musée dénotaient qu'il aurait figuré un jour au rang de nos grands ar* tistes : un Embarqwment de bestiaux, n» 455, et le Passagè du Susten, dam le canton d'Uri, m Suisse, A sa vente, qui s'est faite en 1827, on a vu, entre autres bonnes compositions, une Chasse au lion, qui ne s'est vendue que 445 fr. ; depuis nous avons vu, vente Leroux, 1859, une Fête de village monter à 700 fr., et en 1861, vente Rhoné, la Station de la diliqencè. à 560 fr. ;
Robert, Louis-Léopold (1794-1835), auquel ses deux tableaux du musée, les Moissonneurs des Marais-Pontins, le Retour de la fête de la Madone de l'Arc, n"' 493 et 494, et plusieurs autres productions comriie les Pêcheurs de l'Adriatique, l'Improvisateur napolitain, ont donné, comme à Géricault, une place peut-être trop élevée pour qu'il put s'y maintenir ;
Mme Haudebourt-Lescot (1784-1845), auteur de très -jolies scènes d'intérieur, parmi lesquelles on a surtout distingué J.- Jacques cueillant des cerises, la Bonne mère, la, Dame de charité. Ses œuvres, on ne sait trop pourquoi, ont beaucoup perdu de leur prix. On a d'elle, à Versailles, un tableau représentant la Pnse de Thionville;
Duval-le-Gamus, Pierre (1790), qui a aussi fait des scènes familières d'une grande vérité, comme les Frères de la doctrine chrétienne, la Partie de piquet des invalides et plusieurs autres^ où il a fait preuve d'une grande facilité d'exécution;
DuvAL, Eust. -François, qui a peint dans le même genre que le précédent, et a mis des figures dans les paysages de plusieurs artistes de son temps ;
Destotiches, Paul-Emile; Legoeur, J.-B.; Franque* LIN, J.-Aug., ont aussi peint, à cette époque, de charmantes scènes d'intérieur, mais qu'on trouve aujour-
d'hui d'une composition trop naïve et d'une facture trop molle.
Dans le paysage : De Marne, J.-Louis (1744-1829), est aussi un peintre de la nature , mais d'une nature peu idéalisée; ses compositions se bornent généralement à des vues de routes, de canaux, de foires, de fêtes de villages, animées de personnages et d'animaux peints avec esprit et Lien groupés ; il a fait quelques scènes à la manière flamande qui sont estimées. Il se maintient à des prix relativement élevés ; ses meilleurs tableaux sont ceux antérieurs à 1810; on les voit quelquefois monter à 600 et même à 1,000 fr.; ceux de petite dimension vont de 300 à 500 fr. Cependant on en a vu dans les belles qualités atteindre des chiffres beaucoup plus élevés ; témoins les quatre qui se sont vendus en 1860, à la vente Seymour, dont l'un a monté à 3,000 fr., un autre à. 1,400 fr. et un troisième à 1,200 fr.;
Bruandet (qu'on sait seulement être mort en 1803), surnommé avec quelque raison le Ruysdaël français ; on lui doit de charmantes compositions ; ses arbres sont légers, ses fonds transparents ; il se plaisait surtout à peindre des forêts et savait y faire pénétrer l'air et la lumière. On donne souvent comme étant de lui des paysages de Bude ot, Philippe, dont la feuille est plus déC(»upée et le ciel moins vaporeux. Swebach,Taunayet Du val ont souvent mis des figures dans les paysages de Bruandet, dont nous avons au musée, sous le no 53, une charmante Vue de la Forêt de Fontainebleau, prise d'après nature ;
Valenciennes, Pierre-Henri (1750-1819), élève de Doyen, qui se forma pour le paysage par les nombreuses études qu'il fit en Italie des œuvres de Claude et du Poussin ; il fonda à Paris une écule de paysage d'où sortirent tous les paysagistes de l'Empire. On lui reproche aujourd'hui de manquer de vaporeux, d'avoir
des plans trop accusés, en un mot d'être trop prosaïque; aussi a-t-il perdu de son prix, à ce point que dan,s une vente qui s'est faite il y a quelques jours (août 1865) on en a vendu plusieurs, dont le plus important n'a guère dépassé 300 fr.
Bertin, J.-Yictor, né en 1775, élève de Valenciennes et fondateur en France du paysage historique, a eu, comme son maître , beaucoup de succès il y a trente ans, mais il est complètement abandonné aujourd'hui; S3s horizons sont froids, sa peinture est hsse et sa couleur d'un bleu- vert qui fatigue promptement l'œil et Yesprit ;
Taunay, Nicolas-Antoine (1755-1830), est des paysagistes dits de l'Empire, celui dont la réputation s'est le mieux conservée. Il a longtemps habité ritahe et le Brésil, et a puisé dans ces riants climats une couleur animée et le goût d'une nature plus grandiose que celle à laquelle s'est borné De Marne. Ses paysages ne sont pas d'ailleurs la partie la plus importante de ses tableaux ; ils servent le plus habituellement de cadre à des scènes pleines d'intérêt, comme le prouvent les trois toiles que possède de lai le musée ; il est assez recherché et se vend bien ;
Vernet, Antoine-Gharles-Horace, communément appelé Carie Vernet, (1758-1836), père de notre célèbre Horace, fut chargé de représenter la plupart des grandes batailles de l'Empire, et s'acquitta de cette tâche avec un talent qui, sans le mettre, à la hauteur de Gérard et de Gros, lui acquit une place des plus honorables parmi les artistes de l'époque; il (ixcella surtout à peindre des chasses et fit un nombre prodigieux de caricatures et de scènes comiques frappées au coin de l'actualité et de l'esprit ;
Pau de Saint-Marthn, Alexandre, et les deux frères BmAULT (Pierre-Xavier et Joseph-Xavier), ont eu aussi quelques succès; mais leurs paysages, totalement dé-
pourvus de couleur, d'effet et de poésie, n'ont aujourd'hui qu'un faible prix ; — Dunouy, Alexandre-Hyacinthe (né en 1757), a eu une manière assez spirituelle de peindre le paysage; il a beaucoup travaillé ; ses œuvres se sont mieux maintenues que celles des deux précédents ; on voit plusieurs tableaux de lui à Versailles, entre autres une Irruption du Vésuve d'un effet saisissant; il a peint avec De Marne une Entrevue de Napoléon avec Pie VII dans la forêt de Fontainebleau;
Granet, François-Marins (1775-1849), dont les Intérieurs de C/oiîm,très-recherchés et payés fort cher il y a quarante et même trente ans, sont un peu abandonnés aujourd'hui; mais n'en sont pas moins d'excellents exemples de perspective et de scènes conçues avec esprit et exécutées avec une grande fermeté. Il a eu quelquefois pour collaborateur le comte Forbin, L.-Nicol.-Phil.- Auguste (1777-1841), ancien directeur des musées royaux, qui, indépendamment de ses titres à la renommée comme peintre, s'est acquis des droits à la reconnaissance des artistes en créant le musée du Luxembourg, où sont déposées les œuvres des artistes vivants, que le gouvernement achète à la suite des expositions ;
Michel, sur lequel on n'a aucun renseignement. On sait seulement qu'il vivait encore en 1830. Avant cette époque, nous l'avons souvent rencontré dessinant aux environs de Paris. Il a fait une foule innombrable d'études sur papier. Peu d'artistes modernes ont compris l'horizon mieux que lui : ses ciels, ses terrains, ses fabriques sont indiqués avec une vigueur peu ordinaire et admirablement éclairés. Ses études qui, dans son temps, se vendaient par masses deux et trois francs, sont recherchées aujourd'hui et se vendent 30, 40 et même 100 francs. Swebach, Duval et Demay, qui a aussi fait de jolies petites scènes villageoises, ont mis quelquefois des figures dans ses paysages terminés ; de ces paysages nous en avons vu quelques-uns qui rappelaient Ruysdaël ;
Watelet, E.-Etienne, né en 1780, a aussi joui d'une certaine réputation ; nous connaissons de lui une Vallée des Alpes, qui n'est certainement pas sans mérite. Sa manière se reconnaît dans les œuvres de M. Lapito, L.-Auguste, son élève, qui lui fait honneur; — Malbranche (1790-1838), si connu par ses Effets de neige, d'une grande vérité, d'un dessin correcL et naturel, est complètement délaissé aujourd'hui. Le musée de Gaen, sa ville natale, a trois de ses plus jolies compositions ;
MiCHALLON, Achille (1796-1822), fils du célèbre sculpteur de ce nom, et élève de Valenciennes et de Dunouy, a eu des débuts qui lui présageaient le plus bel avenir. Son style est poétique, son exécution pleine d'énergie, ses sites savamment accidentés, et les scènes dont ces sites sont le théâtre, sont conçues dans un esprit élevé. Indépendamment de son paysage du musée, on connaît de lui la Mort de Roland, le Combat des Lapithes et des Centaures, des Bergers contemplant les ruines d'un tombeau. Avec tout leur mérite ses paysages n'en sont pas moins passés de mode, et ne se vendraient pas aujourd'hui le quart de ce qu'ils se seraient vendus il y a trente ans; ce qui certes n'est pas juste;
M. Rémond, J.-B.-Gharles (né en 1795, encore vivant) , a fermé la liste des paysagistes connus de l'Empire; son style est celui de Michallon, dont ses œuvres ont subi le sort. Nous avons vu récemment cet habile artiste assister en souriant à la vente d'un de ses paysages qui, comme ceux de Michallon, n'avait pas dépassé le quart du prix qu'il eût atteint en 1825. Qu'il vive vingt ans encore, ce que nous lui souhaitons, et il verra certainement bien des œuvres, prônées aujourd'hui, tomber plus bas que les siennes;
Enfin un artiste également vivant, auquel on doit de bonnes copies de Ruysdael, d'Hobbéma et de quelques autres maîtres hollandais, est M. Grailly. On voit de
ces copies se vendre, dans le commerce, des prix assez élevés; nous en connaissons une qui figure dans une belle collection, et qu'on croit bien être de Ruysdael,
Ecole moderne
Si nous avons nos coudées franches pour juger les morts, il n'en est pas de môme pour les vivants. Les arti-stes forment une classe éminemment irritable, et le plus léger doute sur le talent du dernier d'entre eux est toujours mal accueilli, quelles que soient les expressions employées pour exprimer ce doute.
^ Ecrire l'histoire de l'art, ou pour mieux dire l'histoire de la peinture contemporaine, est donc une tentative aussi périlleuse que déUcate, et serait principalement une prétention ridicule dans un ouvrage non pas écrit pour étabhr des principes, mais destiné uniquement à indiquer la marche à suivre dans l'étude des tableaux, et à offrir, concentrés sous le plus petit volume possible, les principaux éléments de cette étude. Aussi sommes-nous obligé de nous en tenir ici à de simples et courtes générahtés.
Or, nous avons dit et cherché à prouver que l'école de David avait succombé à ses prétentions à l'omnipotence, ei à son refus ou à son impossibiUté de se transformer pour se mettre plus enharmonie avec les mœurs ou le mouvement intellectuel que faisait naître notre nouvelle organisation sociale. Dégagés de ses liens, les artistes qui lui succédèrent ont abandonné ce qu'on appelle la tradition avec une fougue égale au moins à la docilité que leurs prédécesseurs avaient mise à s'y soumettre, et ont abordé tous les genres, toutes les manières, apportant dans la rechei-che du nouveau une abondance d'activité créatrice vraiment extraordinaire.
De cette espèce d'anarchie ne tardèrent pas à sortir quelques hommes dont les œuvres tranchaient trop avec ce qu'on était habitué à voir pour ne pas devenir autant de drapeaux autour desquels se groupèrent des niasses qui formèrent ainsi de nouvelles écoles. Ces écoles, au lieu de s'éclairer de l'expérience du passé, de s'emprunter mutuellement ce qu'ehes avaient de bon, et de marcher d'un accord commun , chacune dans la sphère de ses vues et de ses moyens, à la recherche du vrai, s'érigèrent en adversaires, s'excluant l'une l'autre, au point de former non-seulement de curieux contrastes, mais de violentes antithèses et de donner heu à de choquantes rivalités.
Ces rivahtés éclataient surtout à l'occasion des expositions officielles, qui devenaient ainsi un véritable champ de bataille, où des tableaux ennemis se disputaient ardemment la victoire au milieu d'un tumulte de critiques et d'éloges exagérés de part et d'autre. L'animosité a quelquefois été telle, qu'elle nous a plus d'une fois rappelé ce qui s'était passé dans une des dernières expositions des œuvres de l'école de David, où les élèves de Girodet criaient chapeau bas ! aux visiteurs qui passaient devant le Pygmalion de Girodet, qu'ils donnaient, bien entendu, pour le chef-d'œuvre de l'Ecole française.
Depuis quelques années, ces* rivahtés ont pris un caractère moins acerbe. Les tendances les plus diverses, les moyens d'exécution les plus opposés continuent bien à être représentés ; les dieux, faux ou vrais, ont bien toujours leurs fidèles, mais non d'aveugles fanatiques, et si on n'est pas d'accord sur le but et les moyens de l'art, on reconnaît du moins à chacun les droits d'exposer les raisons de ses préférences pour tel ou tel enseignement, et de son admiration pour tel maître plutôt que pour tel autre.
Ceci étant admis, et ne niant pas que, si, pour le moment, toute formule générale adaptée à la peinture
contemporaine est impossible, tant elle serait sujette à exception, nous devons néanmoins reconnaître que ce qui divise les esprits sur la marche de l'art, c'est de décider vers laquelle de ces deux choses il doit diriger ses préférences :
De la Réalité ou de l'Idéal, quant au fond ;
De la Ligne ou de la Couleur, quant à la forme.
Question grave, solennelle, si on peut parler ainsi, mais que nous ne pourrions aborder que par des personnalités, et qu'en opposant, par exemple :
La composition symétrique, et le dessin si froidement correct de M. Ingres , à la richesse d'imagination et à la vertigineuse couleur d'Eugène Delacroix ;
La sobriété magistrale des moyens matériels employés par Hippolyte Flandrin dans ses portraits, à la touche si délicatement empâtée , si prétentieuse et pourtant si agréable de M. Chaplin ;
Les scènes archaïques, si flnenient exprimées de M. Gérome, aux figures si rembranesquement enlevées de Decamps ;
La touche si ferme et si accentuée de M. Théodore Rousseau, à la nature si légèrement ébauchée des paysages quelquefois trop idylliques de M. Corot ;
Le jpetit monde enchanté et chatoyant, mais un peu imaginaire de M. Baron, aux Vénus campagnardes, si vraies dans leur laideur , mais si habilement brossées de M. Courbet ;
Le inysticisme si bien rendu, quoique parfois exagéré d'Ary Scheffer, au prosaïsme si riche et si fécond d'Horace Vernet ;
Les grandes compositions symboliques de M. Ha-
MON, aux petites scènes d'intérieur, si minutieusement peintes, de M. Meissonnier ;
Les têtes si jolies, quoique d'un charme un peu languissant de M. Landelle , et les portraits d'une si excessive coquetterie, mais d'une touche si molle de M. DuBUFFE fils, aux têtes si hardiment peintes, mais quelquefois d'une couleur si sombre et si sèchement arrêtées de M. Couture ;
Les délicats et vaporeux arbustes de M. Daubigny; à la luxuriante végétation de MM. Diaz et Troyon ;
Les troupiers si expressifs dans leur mâle simplicité de M. PiLS, aux grenadiers si naturels aussi, mais souvent trop bien attifés de M. Bellangé ;
Les marines si nettes, si claires et si correctes de M. Durand-Braoer ou de M. Gudin, aux vagues si pétillantes et si écumeuses de M. Isabey, et aux horizons si brillants et si dorés, et pourtant si harmonieux de M. ZiEM, etc., etc., etc.
Ces citations nous semblent suffire pour montrer que notre école moderne, malgré la foule d'artistes médiocres qui l'encombrent avec les meilleures intentions, a d'habiles représentants dans tous les génies, et que beaucoup d'entre eux abordent le même genre avec un égal succès, par des moyens différents et souvent opposés ; c'est là son côté saillant, son principal mérite ; et il est déjà très-grand.
Quant à savoir si le temps sanctionnera l'enthousiasme que suscitent les uns, l'indifférence etles blâmes dont on accable les autres , nous avons eu trop d'exemples de l'instabilité de nos goûts en pareille matière pour oser nous prononcer. Tout ce que nous croyons pouvoir avancer, c'est que les prix qu'atteignent certains noms dans nos ventes publiques pourraient bien ne pas être ceux qu'ils obtiendront dans une vingtaine d'années.
Aussi, pour notre compte personnel, nous n'oserions donner à personne le conseil de baser l'espoir d'une fortune à venir sur une collection de tableaux modernes achetés avec l'entrain et la furie dont plusieurs ventes récentes nous ont donné l'émouvant spectacle. Il n'en reste pas moins vrai que si dans notre école moderne il y a, en général, comme cause , plus de talent que de génie, et, comme résultat, plus de réputation que de véritable gloire, nous n'en marchons pas moins à la tête des autres nations , et que nous n'avons peut-être à nous reprocher qu'un excès de productions, quand elles sont pour la plupart ou complètement stériles ou tombées au dernier degré de la décadence.
Nous l'avons dit, et nous le répétons ici, l'amateur de tableaux qui veut acquérir des connaissances étendues et solides dans cette partie ne peut se dispenser de voyager, non-seulement parce qu'il trouvera toujours de nouvelles choses à voir, mais encore parce que c'est sur les lieux mêmes qu'on peut bien juger les maîtres de chaque école.
Cependant, comme il n'est pas donné à tout le monde de pouvoir se déplacer, l'amateur, en France, qui n'aspire qu'àdes connaissances si non superficielles du moins suffisantes pour sentir le charme de la peinture et en raisonner au besoin, peut se satisfaire sans même sortir pour ainsi dire de Paris. En efft^t, notre musée du Louvre est tout à la fois une des plus nombreuses et des plus riches collections qui existent puisqu'elle se compose de plus de 2,000 tableaux.
De ce nombre sont environ 5C0 itahens, 620 des écoles du nord : flamands, hollandais et allemands, et . 700 français ; plus une vingtaine de tableaux de l'école espagnole et quelques inconnus. A ces 2,000 tableaux,
il faut ajouter toute la collection Campana, fort riche par elle-même, surtout en tableaux gothiques, dont quelques-uns fort curieux, mais qui n'a peut-être pas encore été soumise à une étude assez approfondie pour que les objets qui la composent aient reçu une désignation irrécusable.
Les grands maîtres de l'Ecole italienne sont repré sentés dans notre musée par 12 Raphaël, 3 Gorrége, 18 Titien, 26 Annibal Carrache, 22 Albane, 13 Paul Véronèse, 9 Léonard de Vinci, 6 Jules Romain, 5 Pérugin, 4 Giorgion, 14 Dominiquin, etc.
Les écolesdu nord y comptent 42 Rubens, y compris la galerie de Médicis, 22 Van-Dyck, 1 1 Gérard Dow, 17 Rembrandt, 11 Philip. "Won-wermans, 6 Adrien et 2 Guil. Van de Velde, 4 François Miéris, 4 Terburg, 8 Metsu, 14 Téniers, 7 Adrien Ostade, 6 Ruysdael,
2 Hobbéma, 9 Karel Du Jardin, 11 Berghem, 10 Van Huysum, 3 Van Eyck, 10 Holbein, 3 Lucas de Leyde.
L'Ecole française, sans être aussi complète qu'on le désirerait, se compose cependant de 40 Poussin, 24 Le Sueur, outre la collection de Saint-Bruno, 16 Claude Lorrain, 20 Philippe de Champagne, 17 Sébastien Bourdon, 26 Le Brun, 12 Pierre Mignard, 41 Joseph Vernet, y compris la collection des ports de France, 1 1 Rigaud, 1 Largillière, 1 seul Watteau, 1 seul Pater, 6 Lancret, 5 Carie Van Loo, 13 David, 7 Gérard,
3 Gros, 6 Pierre Guérin, 3 Girodet, 4 du baron Regnault, etc., etc. On pourrait malheureusement faire une longue liste des maîtres français qui nous manquent, qu'on a laissé échapper l'occasion de se procurer, et qu'on ne pourrait avoir aujourd'hui qu'a des prix qui dépassent à vrai dire leur véritable valeur, comme nous l'avons dit et prouvé plusieurs fois. L'Ecole espagnole y compte 19 tableaux, dont 11 Murillo.
A notre musée est jointe une collection de près
de 1,500 dessins, catalogués et exposés, et de séries innombrables de dessins renfermés dans des portefeuilles. Une grande partie provient de la vente Mariette et des autres ventes célèbres du xvni" siècle, au temps où l'on vendait des lots de 80 dessins de Paul Véronèse pour 30 livres. Personne ne connaît complètement les trésors de cette collection.
Enfin il est complété par la collection des estampes de la Bibliothèque impériale, que le public peut consulter et qui fournit aux amateurs les moyens de contrôler l'authencité des tableaux. Cette collection, la plus riche du monde, se compose de gravures de toutes les écoles, en nombre peut-être de 3,000,000. Commencée en 1667 par Golbert, qui acheta le cabinet de l'abbé de Marolles (125,000 pièces environ), elle s'est surtout accrue depuis que les éditeurs sont tenus de déposer des exemplaires de leurs publications.
Après le musée du Louvre, on doit visiter la galerie du Luxembourg destinée, comme nous l'avons dit, à recevoir les œuvres des peintres vivants, achetées par le gouvernement, et qui ne peuvent être admises au musée du Louvre, s'il y a heu, que dix ans après la mort de leurs auteurs. A côté d'excellentes peintures, on en voit de bien médiocres. Les tableaux qui nous semblent devoir obtenir la consécration de l'avenir sont le Massacre de ScioAQ Dante et Virgile et les Femmes d'Alger, d'Eugène Delacroix ; la mort d'Elisabeth d'Angleterre, de Paul Delaroche ; le portrait de Cherubini, de M. Ingres; les Femmes Souliotes et le Larmoyeur, d'Ary Scheffer; plusieurs compositions d'Horace Vernet et de M. Schnetz, VOrgie romaine, de M. Couture; la Prairie, de mademoiselle Rosa Bonheur, les Fleurs, de Saint-Jean, etc, etc.
Vient ensuite le musée de Versailles lequel, pour les arts, représente deux époques : la grande époque de Louis XIV, par son palais, ses sculptures et ses peintures, et l'époque actuelle par son musée histori-
que, où les fastes de la monarchie française sont mis en tableaux. L'ancien Versailles est magnifique, comme on le sait, et l'on voit encore beaucoup de s?*lles conservées avec les décorations du temps. On y remarque les plafonds de Paul Véronèse, de Mignard, de Le Moine et de La Fosse; une foule de tableaux de Le Brun, de Van der Meulen.
Le musée historique de Versailles est extrêmement curieux, quoique souvent la peinture n'en soit pas très bonne. On y a réuni des milliers de portraits bien authentiques, ou des copies à défaut des originaux, depuis les peintres anonymes qui ont précédé le xvi« siècle jusqu'aux contemporains, en passant par Glouet, Porbus, Van-Dyck, Rigaud, les Van Loo, Boucher, madame Le Brun, David, Gros, Gérard, etc. C'est là aussi qu'on retrouve une partie des tableaux de l'Empire, comme le Sacre da Napoléon, la Distribution des Aigles, par David; les Pestiférés de Jaffa, et quelques batailles de Gros, de Gérard, d'Horace Vernet, etc. M. AryScheffer y compte un de ses meilleurs tableaux, Charlemagne dictant les Capitulaires, et Eugène Delacroix, sa Bataille de Taillebourg et son Baudouin à Constantinople .
Fontainebleau est aussi à visiter ; c'est le palais qui offre le plus de documents à l'histoire de la peinture en France au seizième siècle; car, Outre les Italiens initiateurs des premiers Français, comme Le Primatice, Le Rosso, Nicole del Abbate, outre Fréminet, Fontainebleau offre aussi des peintures d' Ambroise Dubois et de quelques artistes presque oubhés et certainement introuvables ailleurs.
On sait d'ailleurs qu'elle est la richesse, la fantaisie, la variété de cette ancienne résidence de François l*"'', de Henri II , ou plutôt de Diane de I^oitiers : admirable type de Tarchitecture de la renaissance. Ses principales galeries ont été remises à neuf intérieurement, et la salle de Henri II est dans toute sa splendeur : elle
est ornée, çlafond et lambris , de quelques peintures du Primatice, qui sont d'un beau style. On trouve encore des traces de ce grand artiste, que quelques historiens appellent l'illustre Florentin, bien qu'il soit Bolonais de naissance, dans quelques autres parties du château, particulièrement, comme nous l'avons dit, le portrait de Diam de Poitiers, peinte nue en Diane chasseresse.
Quant aux collections particulières de Paris , les plus importantes sont celles de lord Hertford , de M. Rothschild, de MM. Delessert , des ducs de Luynes et de Galiera, de M. le marquis Maison, de M. le comte d'Espâgnac, de MM. PaulPérier, Henri Didier, Marcillê fils; et celle de M. Lacaze qui offre, indépendamment d'un grand nombre de- tableaux anciens des diverses écoles , le choix le plus heureux des œuvres des maîtres français, si recherchés aujourd'hui, du xvïiie siècle.
La destruction des collections du maréchal Soult, du baron de Mecklembourg, du prince Paul de Wurtemberg, de M. Montlôuis, de MM. Pélaprat et Patureau, de lord Seymour, de M. Pourtalès, de M. de Morny, etc., ont malheureusement depuis quelques années fait passer plusieurs tableaux de premier ordre en pays étranger. MlIs, par une heureuse compensation, il s'est formé et il se forme tous les jours depuis quelques années à Paris un grand nombre d'amateurs qui, sans viser à avoir de ces tableaux de premier ordre, qu'on se dispute avec acharnement dans les grandes ventes, et qui ne s'y obtiennent qu'à des prix excessifs, savent néanmoins profiter des occasions qui se présentent assez fréquemment à Paris , dans les ventes et chez plusieurs marchands, pour se procurer de bons tableaux et pour former ainsi d'agréables collections.
Enfin, le goût de la peinture se répand tellement en France que presque toutes nos villes importantes, surtout les chefs-lieux, aspirent à avoir leurs musées, et font de louables efforts pour encourager l'art par des expositions annuelles, où les amateurs de la localité peuvent, sans se déplacer, se procurer de très-agréa- 0 bles tableaux. Nos départements qui ont déjà des mu-
sées sont, par ordre alphabétique :
L'Allier, les Ardennes, l'Aube, l'Aude, les Bouchesdu-Rhône, le Calvados, la Charente-Inférieure, la 4t Gôte-d'Or, la Dordogne, le Doubs, le Gard, la Haute- Garonne,la Gironde, l'Hérault, l'Ile-et-Vilaine, l'Indreet-Loire, l'Isère, le Jura, la Haute-Loire, le Loiret, le Lot , le ^Maine-et-Loire , la Manche, la Meurthe, la Meuse, le Nord, le Pas-de-Calais, les Pyrénées-Orientales, le Bas et le Haut-Rhin, le Rhône, la Sarthe, la Seine-et-Marne, la Seine-et-Oise (Versailles), la Seine- Inférieure, les deux Sèvres, le Tarn, la Vaucluse, la Haute-Vienne, les Vosges, l'Yonne ; enfin Alger où existe déjà un musée destiné à recevoir tous les objets précieux résultant de la conquête et des fouilles, et qu'on complétera certainement par des tableaux.
Les villes dont les collections sont les plus nombreuses et les plus importantes sont Lyon, Montpellier, Marseille, Toulouse, Aix, Nantes, Rouen, Lille et Caen.