‹ Manuel pratique ou traité de l'exploitation des chemins de ferChapitre 2 sur 78 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Quel est celui qui, en ouvrant ce livre, ne lui demandera un éclaircissement, un conseil, un appui ?

Le vaste mouvement qui entraîne les sociétés modernes vers un échange de plus en plus rapide de relations pénètre si bien la vie de chacun de nous, que le voyage devient une nécessité de premier ordre, et le transport l'un des éléments les plus puissants de l'activité humaine.

La vapeur et l'électricité triomphent de tous les obstacles et renversent toutes les barrières. Comme deux courants irrésistibles, elles mêlent les peuples et préparent l'unité pour les générations futures. Tout ce qu'elles touchent se transforme, se féconde, s'adoucit, et il semble que leur pouvoir toujours croissant doive niveler les mœurs comme il abaisse les montagnes. Mais dans cette merveilleuse éclosion de forces nouvelles, dans ce changement radical d'habitudes, dans cette expansion de besoins sans cesse surexcités,, apparaissent des réglementations compliquées, des embarras pratiques, des difficultés de détail qui exigent l'observation minutieuse des faits.

VIIl PREFACE.

l'étude des textes, l'explication méthodique des principes.

Le droit, ce flambeau sacré dont la clarté souveraine doit guider les pas de l'homme dans toutes les carrières ouvertes à son génie, se révèle et se formule ici en applications positives qu'il importe de bien [)réciser : tel est le but de ce livre.

L'auteur, par de patientes recherches, s'est efforcé de mettre ceux qui le consulteront à même de trouver une solution à toutes les questions que peuvent présenter et le service des voyageurs et le transport des marchandises. C'est ce double aspect qui lui fournit la division naturelle de son travail, et nous espérons que le lecteur reconnaîtra que nulle autre ne pouvait y introduire plus d'ordre et de logique.

Ainsi il prend pour ainsi dire à son domicile celui que ses affaires, ses affections ou sa fantaisie conduisent à la gare d'un chemin de fer. Aussitôt qu'il y met le pied, il y rencontre une organisation puissante rendant d'éminents services, mais aussi pouvant devenir tyrannique, ou tout au moins tracassière. IJ lui in)porte de bien savoir quels sont vis-à-vis d'elle ses droits et ses devoirs, ce qu'il peut exiger, ce qu'il doit accepter. Toutes les choses humaines ont leurs inconvénients, et chaque progrès est marqué par de nombreux, souvent par de cruels sacrifices.

C'est même une loi constante du développement social que les améliorations considérables imposent toujours certaines restrictions à la liberté individuelle. L'invention des chemins de for met cette vérité en relief d'une manière saisissanle. Elle est l'image la plus frappante de l'association démocratique dominant tout par l'union des

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forces collectives mais demandant à chacun, pour obtenir ce grand résultat, la soumission et la discipline. Lorsque, dans le monde antique, l'un de ces philosophes héroïques dont la gloire rayonne jusqu'cà nous, Pythagore, Hérodote, Slrabon, Pausanias quittait sa ville natale pour étudier de lointaines contrées, il consacrait à ce rude labeur la plus grande partie de son existence et ses merveilleux récits étaient accueillis par l'enthousiasme de ses contemporains comme une œuvre presque divine. Que de siècles se sont écoulés avant que les hommes communiquassent entre eux autrement que par le glaive et la conquête ! Le commerce, les arts, les sciences ne sont venus que fort tard à la suite des armées victorieuses, et ont été condamnés à de prodigieux efforts de courage et de persévérance. Mais cette lutte nécessaire, ces fatigues, ces périls, cette perpétuelle attente de l'inconnu, faisaient du voyage une épreuve singulièrement propre à fortifier le caractère et à développer rintelligence. Sans remonter à ces temps les plus reculés, celui qui, il y a cent ans, avait visité seulement l'Europe avait dû bien des fois déployer les ressources d'un cœur ferme et d'un esprit énergique. Combien tout est changé! Lorsqu'en 1804, dans une houillère du pays de Galles, l'ingénieur Thevithiest, imaginait de substituer la vapeur à l'action des chevaux qu'épuisait le transport du charbon sur des rails de bois revêtu de métal, il n'avait pas la conscience de la révolution immense dont il était l'instrument. Vingt-cinq ans plus tard, Robert Stephenson construisait la locomotive, et le mouvement ne devait plus s'arrêter. L'obscure voie de fer dont le premier tronçon est soudé à la mine de Merthyr-Tydvill enlacera le globe entier. Dès aujourd'hui, elle unit le dé-

X l'RÉFACE.

troitde Gibraltar aux rives de la Neva, elle a franclii l'Atlantique et relié les cités florissantes qui s'épanouissent sur le continent américain au souffle vivifiant de la liberté, elle sillonne la terre de Pharaon et les bords du Gange, enfin elle a vaincu l'immobilité de la cour de Rome et pénétré au sein de la ville éternelle comme un symbole latal d'émancipation et de progrès ! Aussi les flots bumains s'y j)récipitent : c'est par centaines de mille qu'il faut compter les voyageurs de cbaque année. Une armée de travailleurs est à leur solde et dispose pour eux un matériel formidable. Tous les grands centres de population lancent et reçoivent plusieurs fois par jour, avec une régularité presque mathématique, ces foules transportées par ces redoutables appareils que la science a rendus obéissants et dociles. De tels miracles ne sont possibles qu'à la condition d'un ordre sévère. Naguère encore l'homme riche étaiten voyage plus ou moins son maître, et trouvait avec les avantages de l'isolement les plus grandes facilités pour une rapide locomotion. La vapeur l'enrégimente avec le public, et comme le premier venu il doit subir la règle commune. H y a donc intérêt pour tous à ce que cette règle soit nettement définie et ne puisse être ni faussée ni exagérée.

L'auteur de ce livre a réussi à la dégager de toute équivoque. H suit le voyageur et devient à chacun de ses pas son conseil et son guide; il le renseigne, l'avertit et Téclaire. Il lui dit ce qu'il doit faire au départ, en route, à l'arrivée, dans quels cas et dans quelle étendue est engagée la responsabilité des Compagnies. Dépositaires d'une force si énorme, ces grandes associations industrielles ont vis-à-vis du public d'impérieuses obligations à remplir.

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