LE SUFFRAGE UNIVERSEL
Les principes du gouvernement républicain étan| posés, voyons ce que doivent être en conséqueiîce les institutions républicaines.
La république, c'est le peuple se gouvernant luimôme, au lieu de se laisser gouverner par un maître, comme dans la monarchie absolue, ou par une caste jouissant exclusivement de cette prérogative, comme dans les gouvernements aristocratiques. 11 suit de là que tous les citoyens qui le composent doivent avoir voix au chapitre dans le règlement de la chose publique. Si ce droit de suffFage n'appartenait pas à tous,
mais seulement à une certaine classe de citoyens, si large qu'elle fût, on n'aurait pas le gouvernement du peuple par lui-même, mais celui d'une fraction du peuple par une autre fraction. Le suffrage universel est donc la condition fondamentale de toute république digne de ce nom. Il est la voix de la nation exprimant tout entière sa volonté sur les choses qui l'intéressent tout entière.
A la vérité, comme la loi qui doit régler les intérêts publics ne peut être délibérée par tous les citoyens réunis, et qu'ils ne peuvent en diriger ou en assurer tous ensemble l'exécution, ils sont bien forcés de confier ce soin à certains d'entre eux; mais ceux-ci ne sont que leurs mandataires, et le mandat dont ils sont investis est nécessairement borné, temporaire, révocable. C'est donc toujours en définitive la volonté du peuple qui s'exerce par le moyen de ces législateurs ou de ces fonctionnaires, qui tiennent de lui leur pouvoir, et ll'agissent que comme ses délégués.
Ainsi le peuple demeure ce qu'il doit être dans le gouvernement républicain : son propre maître. 11 garde tout entière la souveraineté qui lui appartient, et dont il ne pourrait se dépouiller qu'en se suicidant. 11 peut bien en déléguer les fonctions dans certaines conditions déterminées, mais il ne l'abdique pas pour cela. Il est et reste le souverain.