‹ Manuel républicainChapitre 14 sur 38 · L INSTRUCTION PUBLIQUE · texte numérisé non relu

L INSTRUCTION PUBLIQUE

L'œuvre de rinstruction publique demeurerait incomplète si elle ne s'étendait aux jeunes filles. Sans doute, elles ne sont point appelées à participer, comme les hommes, aux affaires de la politique : la vie publique ne sied pas en général à leur nature, et c'est surtout au foyer domestique qu'est leur place, parce que c'est là que leur destination a tracé leurs devoirs, comme filles, comme épouses et comme mères ; mais la république n'en est pas moins intéressée à leur assurer l'instruction sans laquelle elles ne sauraient remplir dignement leur rôle dans la société.

Ce point a été jusqu'ici, chez presque tous les peuples, beaucoup trop négligé, par suite de cet absurde préjugé qui rabaisse les femmes au rang de créatures inférieures, et faisaitdire à nos aïeux, suivant le propos rapporté par le Chrysale de Molière :

. . . Qu'une femme en sait toujours assez

Quand la capacité de son esprit se hausse

A connaître un pourpoint d'avec un haut-de-chausse.

C'est ainsi qu'en les entretenant systématiquement dans l'ignorance de tout ce qui éclaire l'esprit et élève l'âme, on a développé en elles les idées fausses et les goûts frivoles, qui, à la place de l'action bienfaisante qu'elles devraient exercer, rendent leur empire trop souvent pernicieux.. Il faut combattre l'ignorance comme un fléau non moins funeste chez les femmes

que chez les hommes, et les instruire de telle sorte qu'elles puissent Revenir pour leurs maris de dignes compagnes, donner à leurs enfants une bonne éducation, et répandre partout autour d'elles une salutaire influence.

La république aura donc des écoles pour les filles comme pour les garçons. Elle aura des écoles primaires 011 elle leur offrira gratuitement cette instruction élémentaire dont aucune ne doit être privée. Elle aura, en outre, des écoles professionnelles où elle formera d'habiles ouvrières, capables de vivre honnêtement de leur travail. Elle aura aussi des écoles secondaires où celles qui sont aptes à pousser plus loin leurs éludes recevront une instruction plus étendue, mais toujours solide et pratique. Elle aura même des écoles supérieures où seront enseignées, à leur usage, les connaissances littéraires et scientifiques qui leur ouvriront certaines carrières auxquelles elles conviennent parfaitement, mais dont l'accès leuraétéjusqu'ici injustement fermé, celle, par exemple, de la médecine (nous parlons, bien entendu, de la médecine de leur sexe).

Toutes ces écoles concourront à arracher les femmes à la misère, à la frivolité, au vice ; à les rendre capables de comprendre et de remplir leurs devoirs dans toute leur étendue ; à relever enfin leur rang dans la société.

Il ne s'agit pas de les assimiler absolument aux hommes, ainsi que l'ont rêvé certains réformateurs. Comme la nature leur a donné des facultés et des fonc-

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