‹ Manuel républicainChapitre 31 sur 38 · LA DIGNITÉ PERSONNELLE · texte numérisé non relu

LA DIGNITÉ PERSONNELLE

droit de se plaindre d*être écrasé. )> Il n'a pas une moindre répugnance pour le mensonge, qui est aussi une dégradation; et, repoussant tout masque, il veut être vrai en toutes choses. Vous pouvez donc vous fier à sa parole; c'est celle d'un homme. Le même respect de la dignité humaine'inspirera à ceux qui en seront pénétrés l'horreur de l'ivrognerie et de tous les vices qui ravalent l'homme au, rang de la brute et souillent, hélas I sur une si large échelle nos sociétés démocratiques. La sobriété, comme la sincérité, comme cette fierté d'âme qui chasse tout esprit de courtisanerie, doit être Taccompagnement et le soutien des républiques. Nous ne demandons pas aux républicains de retourner au brouet noir des Spartiates, mais de rejeter loin d'eux tout ce qui dégrade la personne humaine, tout ce qui tue l'amour du travail, tout ce qui étouffe en nous le sentiment de notre responsabilité et de nos devoirs. Ce sentiment est la condition vitale de tout système républicain. Non seulement il ne faut pas en étoufiTer le germe, mais il faut le développer dans toute sa plénitude, si l'on veut faire des hommes capables de vivre en république. C'est de là que naît ce respect de la dignité humaine dont nous venons de relever l'importance. C'est par là que les citoyens apprendront à ê^aider eux-mêmes, au lieu de compter sur le secours d'autrui et de tout attendre de l'État. Ainsi se formera l'habitude de l'effort personnel et de l'initiative privée, si rare chez les peuples que le despotisme a tenus en tutelle, mais si nécessaire dans les républiques.

100 I.ES MOEURS RÉPUBUCAINES.

LE CrLTE DE LA FAMILLE.

La famille est la première et la plus naturelle de toutes les associations humaines. Elle est le noyau originaire de la société et la base même des États. Là où elle est en honneur, où ses lois sont respectées, elle est un solide fondement de la cité; le mépris de la famille et de ses devoirs est au contraire le signe certain de la décadence d'un peuple. Qu'attendre en effet d'une société qui traiterait légèrement la chasteté des femmes , les liens du mariage , l'éducation des enfants, le respect des parents, l'afFection réciproque des frères ? Elle serait nécessairement vouée à la ruine. La corruption de la famille ne peut manquer d'avoir pour effet celle de l'État, car elle ouvre la porte à toutes les autres. Que le despotisme s'en accommode et même l'encourage, cela est dans sa nature même, puisque le caractère du despotisme, suivant la saisissante image de Montesquieu, est de jeter l'arbre par terre pour en cueillir les fruits; mais la république doit laisser l'arbre debout et l'entourer de tous ses soins. Sans doute il y a une certaine préoccupation étroite des intérêts de famille qui est un obstacle à l'indépendance du citoyen et à l'accomplissement de ses devoirs publics; mais, bien comprises, les vertus

i/amol^r de la liberté. loi

familiales sont elles-mêmes raliment des vertus civiques, et, loin de nuire aux intérêts généraux de la république, elles concourent à sa prospérité. Ceux-là donc commettent une profonde erreur qui croient fortifier l'État en ruinant la famille. Comme Aristote Tobjectait justement à Platon, ils noient dans l'océan la goutte de miel que la nature a déposée en chacun de nous. Voulez-vous être un bon citoyen, soyez d'abord bon fils, bon époux, bon père, bon frère ; vous remplirez ainsi vos premiers devoirs, et la république s'en trouvera bien. Le culte de la famille est une des conditions de son salut.

LAMOrn DK LA LIBERTE.

La république suppose dans les citoyens Tamour de la liberté. Sans cet amour, ils feraient bon marché d'une forme de gouvernement qui leur impose une tâche glorieuse sans doute, mais pénible, celle de, se gouverner eux-mêmes, et ils se laisseraient aller volontiers au despotisme, qui les débarrasse de ce souUi, Aussi l'amour de la liberté a-t-il été considéré de tout temps comme Tune des qualités essentielles du républicain. Mais il faut que cet amour soit éclairé par une idée exacte de la liberté.

- La liberté n'est pas la licence : celle-ci n*est pas

102 LES MCeURS RÉPUBLICAINES.

seulement l'abus de celle-là, elle en est la négation. Celui qui s'imaginerait qu0 sa liberté consiste à faire tout ce qui lui plaît sans souci de celle des autres, ne serait pas l'ami, mais l'ennemi de la liberté : il la rui* nerait dans son principe. La liberté ne va pas sans une règle qui en restreint pour chacun Texercice au respect de celle des autres. Aussi est-elle identique à l'ordre vériiable.

Il suit aussi de la juste idée de la liberté qu'elle n'a non plus rien de commun avec le fanatisme de ceux qui n'admettent pas qu'on puisse penser autrement qu'eux en matière de religion, de philosophie ou de politique, et qui voudraient imposer aux autres leurs idées. Le fanatisme des sectaires de telle ou telle doctrine philosophique ou politique n'est pas moins ré* voltant que le fanatisme religieux; peut-être même Test-il davantage, car il transporte dans le champ de la libre pensée les procédés de ceux qui ne songent qu'à l'étouffer. Le vrai amour de la liberté repousse le fanatisme, de quelque côté qu'il vienne. Celui qui le possède reconnaît à chacun le môme droit de penser qu'il s'attribue à lui-même, et ne se montre intolérant qu'à l'égard de l'intolérance, qui supprime le droit. Il sait d'ailleurs que, si l'esprit humain est un, il est divers aussi, que ce serait folie de vouloir mettre toutes les têtes sous un même bonnet, et que la diversité même des manifestations de la pensée est une des conditions de la recherche de la vérité.

En tout, la liberté, c'est-à-dire le libre épanouisse-

l'amour de l'jSgauté. 103

ment de toutes les facultés, le libre exercice de toutes les activités, le libre développement de toutes les reaeonrces, est, en môme temps que le droit de chacun, le meilleur instrument du bien commun. Les libertés publiques ne sont que la consécration et la garantie de cette liberté-là. C'est celle-là qu'il faut aimer, c'est celle-là qu'il faut revendiquer et défendre contre les usurpations du pouvoir, quel qu'il soit; c'est celle-là que tout vrai ami du gouvernement républicain doit savoir pratiquer pour son propre compte et respecter chez les autres. Il n'y a pas de république digne de ce nom et durable sans les mœurs de la liberté.

i'amour pe ï^'égauté,

L'amour de l'égalité n'est pas moins essentiel dans une république que celui de la liberté. L'égalité a beau être inscrite, à côté de la liberté, dans la con- Blilution d'un pays, ce pays ne sera pas vraiment républicain si elle n'est pas aussi dans le cœur et dans les mœurs des citoyens, si les uns cherchent à se distinguer des autres par. des titres et des décorations, s'ils affectent des airs de supériorité blessants pour ceux que la nature ou la fortune n'ont pas aussi bien dotés, s'ils étalent un luxe écrasant, sj enfin, au lieu de chercher

10!| I.ES MCJEL'RS BÉPUBUCAINES.

à faire oublier la distance sociale qui peut exister entre eux et leurs concitoyens, ils l'accusent insolemment. Cette vanité est tout l'opposé de l'amour de l'égalité, par conséquent de l'esprit républicain. D'un autre côté, cet amour n'est pas celui d'un nivellement brutal qui égaliserait toutes les conditions, effacerait toutes les différences et confondrait toute lasociété dans un même néant. Il accepte les distinctions qu'on ne pourrait supprimer sans attenter à la liberté, et il n'exclut ni la reconnaissance due aux services éclatants, ni le respect du talent bien employé. L'amour de l'égalité n'esl pas la haine de* toute supériorité. S'il chassé la vanité, il ne repousse pas moins V envie, celte plaie des démocralies qui appelle aussi le despotisme. Le malheur est que le premier de ces vices, en se produisant chez les uns, excite ou envenime le second chez les autres. Voulons-nous prévenir les explosions de l'envie, gardonsnous des étalages de la vanité, et donnons à nos mœurs le cachet du véritable amour de l'égalité.

L HUMANIÏK.

G'est beaucoup d'aimer la liberté et l'égalité : il n'y a point de république là où ce double amour ne domine pas dans l'âme des citoyens, et c'est ici la première source d'où jaillit la vie républicaine; mais cela ne

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