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La tension longitudinale

Pour démontrer que beaucoup d’organes végétaux peuvent éprouver des tensions longitudinales, des entre-nœuds ou des fragments d’entrenœuds croissant verticalement sont placés sur du carton épais, marqué de fins traits, et leur longueur est fixée par deux points au moyen d’un crayon à pointe très aiguë. A l’aide d’un rasoir bien aiguisé, on enlève des lambeaux des divers tissus des entre-nœuds (épiderme, uni d’ordinaire au collenchyme; écorce; bois; moelle, séparée du bois par quatre incisions longitudinales) ayant la longueur de l’objet et sans solution de continuité. On les porte sans les déchirer sur le carton pour en fixer la longueur par des points de repère. Au moyen d’une règle divisée en millimètres, on pourra alors mesurer la longueur des entre-nœuds intacts ainsi que celle de leurs tissus isolés. Les observations dont nous nous occupons s’effectuent d’une façon convenable en employant des entre-nœuds de 50 mm. environ de longueur, en voie de croissance active, deSambucus nigra, de Nicotiana Tabacum , de Vitis vinifera et à’ Helianthus tuberosus. On remarque que la longueur des lambeaux isolés de tissus va toujours en augmentant de l’extérieur vers l’intérieur. La moelle, isolée d’entre-nœuds à croissance active, devient d’ordinaire plus longue que l’entre-nœud intact; l’épiderme isolé est au contraire plus court, et les lambeaux des tissus intermédiaires ont conservé exactement, ou à peu près, la longueur de l’organe intact. La moelle, par conséquent, aune forte tension positive ou active; l’épiderme, une tension négative ou passive.

Si on représente par 100 la longueur de l’entre-nœud intact, et si on effectue le pourcentage de la différence qui existe entre la longueur de l’épiderme isolé et celle de la moelle isolée, on obtient des nombres (évidemment pas d’une exactitude absolue) qui mesureront l’intensité de

LES MOUVEMENTS DUS A l’ ACCROISSEMENT DES PLANTES.

la tension dans les organes végétaux intacts. Lorsque, par exemple, la longueur totale d’un entre-nœud employé pour ces recherches est de 50 mm., la longueur de l’épiderme isolé de 49 mm., celle de la moelle isolée de 54 mm., la tension de l’organe intact (par rapport à sa longueur représentée par 100) pourra être représentée par 10. Cette valeur, en effet, sera souvent obtenue, lorsqu’on effectuera, par exemple, des recherches sur les entre-nœuds deSambucus nigra.

ïl est intéressant de mesurer, de la façon qui vient d’être indiquée, l’intensité de la tension dans chacun des entre-nœuds successifs d’une tige. Lorsqu’on rapporte toujours à 100 les différences de longueur des lambeaux d’épiderme et de moelle, on obtient des nombres comparables qui permettent de constater que la tension, faible dans les entre-nœuds les plus jeunes, acquiert une valeur considérable dans ceux qui sont quelque peu plus âgés, pour devenir de nouveau beaucoup moindre dans ceux qui sont encore plus âgés. Les pousses de Sambucus nigra constitueront donc d’excellents matériaux d’étude.

Pour ce qui concerne les causes de la tension longitudinale, il faut remarquer que la production de cette tension doit être surtout attribuée à la forte turgescence des cellules de la moelle. Les cellules de la moelle ont la propriété d’absorber de très grandes quantités d’eau. La moelle cherche ainsi à s’étendre le plus possible et s’efforce de déchirer les tissus dilatables de la périphérie. Ceux-ci, qui ne sont pas seulement dilatables, mais encore élastiques, chercheront de leur côté à comprimer la moelle. La turgescence considérable des cellules de la moelle provoquera chez elles un allongement particulièrement important, circonstance qui augmentera encore la tension dans les entre-nœuds. Avec les progrès de l’âge de la tige, lorsque la moelle aura perdu son eau et qu’elle ne s’accroîtra plus, la tension longitudinale s’annulera également. Mais la dilatation transversale, qui sera étudiée d’une façon détaillée dans le §148, interviendra alors pour produire une forte croissance en épaisseur de l’organe végétal.

Au moyen des inflorescences de Taraxacum officinale, il est facile de démontrer, dans un cours de physiologie végétale, que la moelle possède réellement la propriété d’absorber sans difficulté des quantités d’eau considérables. L’examen au microscope, de l’extérieur vers l’intérieur, d’une section transversale montre un épiderme, un collenchyme, un tissu vert et un parenchyme médullaire; dans le tissu fondamental se trouvent des faisceaux libéroligneux. Si on fend une jeune inflorescence suivant sa longueur, et qu’on en place les morceaux dans l’eau, ils s’enroulent rapidement en spirale sous les yeux de l’observateur, le côté de la moelle devenant convexe (voy. fig. 90). Le tissu médullaire absorbe bientôt de grandes

Fig. 90. — Inflorescence de Taraxacum officinale fendue suivant sa longueur, ayant subi des enroulements en spirale après avoir été déposée dans l’eau et par suite d’une absorption d’eau.

286 QUATRIÈME DIVISION

quantités d’eau ; il en résulte un allongement de ses cellules et l’enroulement en spirale de l’objet. Si on examine, de la façon indiquée plus haut, l’intensité de la tension d’un entre-nœud d’une plante immédiatement après l’avoir coupé, puis celle d’un second entre-nœud, dès qu’il sera légèrement flétri après avoir été exposé à l’air, on trouve que la différence qui existe entre l’épiderme isolé et la moelle, isolée également, est plus grande dans le premier entre-nœud que dans le second : ce qui prou ve de nouveau que la teneur en eau des tissus est d’une haute importance pour l’intensité de la tension des organes végétaux.

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