Action des poisons sur les plantes
Les graines constituent des matériaux d’étude convenables pour décider si une substance donnée peut exercer une action nocive sur les cellules végétales. Il faut évidemment se garder de conclure qu’une substance doit être considérée comme un poison pour tous les végétaux, parce qu’elle peut, dans une espèce végétale, nuire à la vie ou même la détruire. Pour examiner l’action sur les plantes du sublimécorrosif, du sulfate de cuivre, de l’acide salicylique, de l’acide phénique, de l’acide citrique, de l’atropine, du chlorure de quinine, du sel marin, etc., on se procure des solutions à 0, 1 — , 0, 2 — , 0, 5 — 1,0 que l’on verse dans de petits vases en verre (on peut également faire usage de solutions plus étendues ou plus concentrées). Dans ces liquides, on mettra un certain nombre, pas trop petit, de semences de pois. Après 24 heures, les matériaux d’étude gonflés, seront déposés
(I) Voy. Detmer, Botan. Zeitung , 1886, n° 30.
LES FORCES MOLÉCULAIRES DES PLANTES
dans une petite quantité d’eau contenue dans des cristalJisoirs ou placés sur de la sciure humide. On compte le nombre de graines qui ont germé pendant un temps déterminé et on compare la longueur des germinations avec celle qui a été atteinte par des germinations qui se sont constamment trouvées, dès le début, dans des conditions normales. J’ai trouvé, par exemple, par ce procédé, que des solutions d’acide salicylique à 0,1 ^ exerçaient déjà une action extrêmement nuisible sur les pois (1).
On cultivera ensuite des germinations de Pisnm dans des cristallisoirs, en veillant à ce que les cotylédons soient à moitié recouverts d’eau. Après quelques jours, on déterminera la longueur des radicules et des tigelles des germinations, et on remplacera l’eau par des solutions, de concentration connue, de différentes substances, avec lesquelles les germinations resteront en contact pendant 24 heures.
On mesurera derechef la longueur des organes des germinations, que l’on placera de nouveau dans l’eau distillée, afin d’observer si la croissance persiste. D’après mes recherches, certains poisons arrêtent définitivement la croissance des germinations; d’autres l’arrêtent aussi,
mais cet arrêt n’est que momentané et les germinations reprennent leur développement quand on les plonge ensuite dans l’eau distillée.
J’ai placé des graines gonflées de Pisum sativum dans un peu d’eau contenue dans un cristallisoir de verre. A côté de ce cristallisoir, se trouvait un verre contenant du chloroforme, et le tout était recouvert d’une cloche de verre. Aucune graine ne germait, bien que la température (18° C.) ne fût pas trop basse (2). Il est aisé d’instituer une expérience de cours pour montrer Faction nocive du chloroforme sur les cellules végétales. On verse du chloroforme dans un cristallisoir que l’on place, avec une feuille de Bégonia manicata dont le pétiole plonge dans l’eau, sous une cloche de verre (voy. fig. 39). Les cellules végétales sont immédiatement tuées; la feuille se décolore, parce que les masses protoplasmiques tuées sont devenues perméables aux acides du suc cellulaire, qui décomposent la chlorophylle (3).
Lorsqu’on veut rechercher si certaines substances peuvent nuire au
Fig. 3P. — Appareil pour observer l’action du chloroforme sur les organes végétaux.
(1) Voy. Detmer, Landwirthschl. Jahrbücher , vol. 10, p. 733.
(2) Voy. Detmer, in Forschungen auf dem Gebiete der Agriculturphysik de Wollny, voL 5, p. 253.
(3) Voy. Detmer, Botanische Zeitung, 1886, n° 30.
DEUXIÈME DIVISION
développement du Pénicillium ou des bactéries, et même l’arrêter complètement, on fera des cultures, de la manière indiquée dans les 32 et 35, avec cette différence cependant que l’on ajoutera aux solutions nutritives des quantités déterminées des corps dont on veut étudier l’action sur les plantes (par exemple l’acide salicylique, le sublimécorrosif, etc.). On ne négligera point de faire des cultures de contrôle, en n’ajoutant point de poison aux solutions nutritives.
J’ai abandonné pendant huit jours une solution nutritive de Pasteur, qui contient du sucre candi (voy. dans le g 17, la préparation de cette solution), sans rien y ajouter, et une autre fois en l’additionnant de 0, 2 °/0 d’acide salicylique. Dans ce dernier cas, le liquide, au bout de ce temps, était encore clair; dans la solution pure, il s’était produit une importante végétation bactérienne qui la rendait trouble.
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