‹ Manuel technique de physiologie végétaleChapitre 38 sur 147 · Action de l’électricité sur les plantes · texte numérisé non relu

Action de l’électricité sur les plantes

L’action de l’électricité sur les plantes est relativement peu connue, surtout dans ses détails (1). Un fait, notamment, semble intéressant au point de vue physiologique : c’est que les courants constants et les courants d’induction ne sont point sans influence sur les mouvements protoplasmiques; ils ralentissent d’ordinaire leur marche ou arrêtent complètement leur mouvement, et finalement amènent la mort des cellules.

Pour étudier ces phénomènes , on emploiera des jeunes feuilles à'Elodea ou des poils de courge provenant des parties les plus jeunes. Les matériaux d’étude seront soumis à l’observation microscopique , placés dans une goutte d’eau sur le porte-objet que représente la fig. 38, et recouverts d’une lamelle. C’est à mon collègue, M. Fromman , que je dois de connaître ces porte-objets. Sur la lame de verre G, se trouvent fixées deux lames de laiton M, M au moyen d’asphaltlack (dissolution d’asphalte dans l’essence de thérébentine). A chaque lame de laiton, est soudée une borne K. Les deux petites lames de papier d’étain St, St sont réunies, au moyen d’asphaltlack, aux lames de laiton et fixées sur le verre. Elles laissent entre elles un certain espace libre qui reçoit la goutte d’eau contenant l’objet à examiner. Pour étudier l’action de courants d’induction sur les cellules végétales, on visse sur le porteobjet les extrémités des rhéophores de l’appareil à induction; ce qui permet de faire des observations au microscope pendant que les courants exercent leur action sur les cellules. Il est important de pouvoir régulariser la force du courant dans les observations microscopiques, c’est pourquoi on emploiera les appareils d’induction que les mécaniciens fabriquent pour les usages médicaux. Ces appareils sont d’ordinaire disposés dans une caisse appropriée , rassemblant les éléments qui fournissent le courant. On peut aussi régulariser la force du courant au moyen de l’appareil à glissière de Du Bois-Reymond (2). Pour faire fonctionner cet appareil, on réunit les extrémités des fils

(1) Des données sur la bibliographie sont rassemblées en divers endroits dans le Hand buch der Pflanzenphysiologie de Pfeffer.

(2) Voy. pour les figures : Lehrbuch d. Physik und Meteorologie , de Müller, 8e édition (Pfaundler), vol. 3, p. 628.

Fig. 38. — Porte-objet pour expérimenter l’action du courant électrique sur les organes végétaux.

DEUXIÈME DIVISION

conducteurs de la bobine principale avec l’appareil moteur et le rhéotome, et on fera communiquer la bobine secondaire avec les bornes du porte-objet. J’ai trouvé, dans des recherches sur des feuilles d’Elodea , que de faibles courants d’induction suspendaient le mouvement protoplasmique qui, après l’arrêt du courant, recommençait peu à peu. De forts courants d’induction arrêtaient pour toujours le mouvement protoplasmique dans les cellules. Comme les forts courants tuent les cellules et que le protoplasme mort est facilement reconnaissable à sa perméabilité pour diverses substances qui ne parviennent pas à le traverser lorsqu’il est vivant (les matières colorantes, par exemple), il était intéressant de faire agir des courants électriques sur les poils des filets staminaux de Tradescantia . La mort des cellules devait être aisément établie par la sortie de la matière colorante du suc cellulaire, c’est-à-dire des cellules. Dans les recherches sur l’influence qu’exerce le courant électrique dans les cellules végétales, on observera attentivement les changements de forme que subit le protoplasme sous l’action du courant.

Il sera instructif de faire ensuite l’expérience qui va suivre (1) . On place sur une lame de verre deux fragments de feuille de Bégonia manicata , possédant une longueur de quelques centimètres. On envoie alors, pendant 15 minutes environ, un courant d’induction, pas trop faible, en plaçant les électrodes (petites pièces métalliques) sur les deux extrémités de la bande foliaire. Le second morceau de feuille servira de témoin. On place les deux bandes foliaires dans un vase en verre fermé. Le morceau qui n’a pas été électrisé reste vert et frais; celui qui a été électrisé brunit immédiatement, perd sa turgescence et devient mou, car le courant d’induction a tué ses cellules.

Page 1