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L’absorption de l’eau par les mousses

Les mousses ne possèdent pas de véritables racines, mais des rhizoïdes. Pour étudier convenablement ces organes, on choisira le Bryum caespiticium , mousse que l’on rencontre fréquemment sur les murs. A l’aide d’un filet d’eau, on écartera aussi bien que possible la terre qui s’attache aux plantes, puis on coupera la partie inférieure d’une tigelle et on l’examinera après l’avoir déposée sur un porteobjet. On remarquera qu’il s’échappe de la tigelle de longs filaments pluricellulaires très larges, colorés en brun, possédant parfois des ramifications plus fines, et dont le sommet seul est incolore. Les cloisons transversales des cellules sont obliques et font exception à la règle si générale de la découpure à angle droit. Les rhizoïdes, dont nous avons à nous occuper ici , ont pour principale mission de fixer la plante dans le sol. Gomme organes d’absorption de l’eau, ils ne possèdent qu’une importance secondaire, au moins chez beaucoup de mousses.

Si on dépose une motte de Hylocomium triquetrum à l’état humide dans un cristallisoir contenant de l’eau, les parties supérieures des plantes se dessèchent immédiatement. Cette expérience nous apprend qu’il n’existe pas à l’intérieur, des mousses une circulation d’eau aussi active et aussi complète que dans le corps des plantes supérieures. En observant avec soin les touffes de Hylocomium plongées dans l’eau et dont les sommets sont desséchés, on trouvera d’ailleurs que les tigelles sont mouillées sur une assez grande longueur au-dessus de la surface de l’eau. Dans les mousses, l’eau peut, par conséquent, s’élever jusqu’à une certaine hauteur, et ce sont évidemment des actions capillaires qui déterminent cette ascension. L’eau monte bien jusqu’à une hauteur déterminée dans les cavités étroites qui se rencontrent entre les tigelles et les feuilles étroitement appliquées sur elles, mais toutes les parties de la mousse qui ne sont pas fournies d’eau par cette circulation extérieure doivent nécessairement se dessécher. Si on dessèche soigneusement entre des feuilles de papier à filtrer un pied robuste de Hylocomium triquetrum , et qu’on le plonge ensuite par son sommet ou par sa base dans la solution d’une couleur d’aniline (j’ai employé une solution aqueuse de violet de méthylaniline) , il est facile d’observer, en effet, que le liquide monte, par capillarité jusqu’à une certaine hauteur. Lorsque des touffes de Hylocomium ou de Hypnum pesées à l’état sec séjournent environ 20 minutes dans l’eau , puis sont déposées sur une lame de verre placée obliquement, pour laisser dégoutter l’eau

(1) Detmer, Vergleichende Physiologie des Keimung sprocesses der Samen, léna, 1880, p. 71 .

DEUXIÈME DIVISION

en excès, et pesées de nouveau, on constate que ces mousses peuvent retenir un poids d'eau de plusieurs fois supérieur à leur poids primitif. Le résultat de cette expérience peut nous donner une idée de la quantité d’eau que les mottes de mousses peuvent retenir par capillarité dans les bois. Comme régulateurs de l’humidité, les mousses jouent, en effet, dans certaines contrées un rôle important, sur lequel nous ne pouvons nous étendre ici.

Si on examine des sections transversales des tigelles de Hylocomium triquetrum , on trouve que tout leur tissu est constitué par des cellules possédant des parois d’un brun jaunâtre et fortement épaissies. Les cellules périphériques et celles qui sont les plus éloignées du centre (les autres forment une sorte de faisceau central) ont une cavité beaucoup plus étroite que celle des autres cellules. Dans les mousses qui ne possèdent pas un faisceau formé de cellules longuement étirées ou ne possèdent qu’un faisceau peu développé, toute la circulation, alors extérieure, de l’eau se fait par capillarité. Un faisceau central développé semble, au contraire, pouvoir assurer une circulation intérieure, comme le prouvent des expériences faites sur un Polytrichum. Il y a, en effet, un faisceau central très développé dans les tigelles de Polytrichum , comme on peut le constater en examinant au miscroscope de minces sections transversales, et lorsque je plongeais dans l’eau par leur partie inférieure quelques tigelles de Polytrichum formosum étroitement serrées les unes contre les autres, les feuilles supérieures des plantes restaient fraîches. Dans cet état, les feuilles de Polytrichum sont écartées de la tige, tandis qu’elles s’incurvent vers le haut lorsque la tige se dessèche.

Un intérêt particulier s’attache aussi à la façon dont les Sphagnum attirent l’eau de l’extérieur et la retiennent. Pour comprendre ce phénomène, il suffira de quelques indications sur la structure de leurs feuilles. Nous soumettrons des feuilles de Sphagnum acuti folium à l’examen microscopique. Les touffes, vertes, rougeâtres ou d’un rouge intense, de cette mousse sont faciles à trouver. Chaque feuille adulte est formée de cellules chlorophylliennes reliées en un réseau avec des cellules incolores mortes, contenant de l’eau ou de l’air, encadrées par les premières, et dont les membranes munies d’épaississements spiralés ou annelés sont percées de véritables trous. Les cellules retiennent l’eau qui pénètre par ces orifices, de sorte que la touffe de sphaignes peut déjà, par là, retenir l’eau, comme le ferait une éponge (1).

(1) Pour ce qui concerne l’absorption de Peau par les mousses, voy. : Oltmanns, Strassburger Inaugural-Dissertation , 1884.

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LES FORCES MOLÉCULAIRES DES PLANTES

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