Le flétrissement des plantes
Lorsque, dans une plante, les pertes dues à la transpiration sont constamment supérieures à l’absorption d’eau, la plante se fane graduellement. Les feuilles deviennent flasques et, si on ne fournit point d’eau, finissent par se dessécher. Si, au contraire, on arrose la terre dans laquelle sont enracinées des plantes cultivées en pots (par exemple des fèves ou des courges), qui viennent de se faner, les cellules des feuilles
LES FORCES MOLÉCULAIRES DES PLANTES
regagnent immédiatement leur turgescence et les matériaux d’étude reprennent rapidement un aspect frais. Le même phénomène se produira aussi, sans qu’on fournisse de l’eau aux plantes fanées, si l’on prend soin de diminuer l’énergie de leur transpiration, en les plaçant, par exemple, sous une cloche de verre.
Lorsqu’on coupe des branches d’arbres ou d’arbustes abondamment pourvues de feuilles, et qu’on les plonge dans l’eau par l’extrémité inférieure de la portion ligneuse de leur tige, ces matériaux d’étude restent d’ordinaire frais pendant des jours entiers. Il est beaucoup plus singulier que les branches de certaines plantes, traitées de cette façon, se fanent très rapidement, bien que leur portion caulinaire soit fortement lignifiée. D’après mes observations, c’est le cas, par exemple, pour les rameaux de Salix fragilis. En général, cependant, les pousses coupées et placées dans l’eau restent d’autant plus longtemps fraîches que les productions ligneuses de leur portion caulinaire sont plus développées. Les pousses d 'Helianthus tuberosus coupées et placées dans l’eau restent fraîches pendant plusieurs jours lorsqu’elles ont à peu près un mètre de longueur ; celles qui n’ont que 20 à 30 centimètres de longueur, placées dans l’eau, se flétrissent, au contraire, très rapidement; ce sont les plus jeunes feuilles étalées qui se fanent d’abord, puis les plus vieilles.
Nous effectuerons maintenant sur Y Helianthus tuberosus l’expérience très instructive qui va être indiquée. De longues pousses d 'Helianthus sont pliées vers le bas, sans être détachées de la plante et sans être trop fléchies, de manière à plonger dans l’eau d’un vase placé audessous par un endroit situé à 20 centimètres du sommet, et de telle sorte que le sommet et les feuilles ne soient pas mouillés. Puis, au moyen d’une découpure produite avec un couteau bien aiguisé, nous séparerons de la plante la portion terminale de la pousse, sur une longueur de 20 centimètres. Nous ferons en sorte que la surface de section ne vienne pas en contact avec l’air, et reste toujours plongée sous l’eau. La pousse reste fraîche pendant plusieurs jours, tandis qu’une pousse d 'Helianthus, de 20 centimètres de longueur, coupée dans l’air et placée immédiatement dans l’eau (après 1/2 à 2 minutes, par exemple), se fane rapidement. Divers procédés permettront cependant de rendre sa turgescence à la pousse flétrie à’ Helianthus . Si on enlève quelques-unes des feuilles fanées, les autres feuilles prendront bientôt un aspect frais, parce que la perte due à la transpiration de l’organe sera alors couverte par l’absorption d’eau. Une pousse flétrie d 'Helianthus sera fixée, à l’aide d’un tuyau ou d’un bouchon de caoutchouc, pour empêcher l’accès de l’air, sur la courte branche d’un tube de verre courbé en U renfermant de l’eau, de maniéré que la surface de section soit plongée dans le liquide. On versera ensuite du mercure dans la longue branche du tube. Une pression mercurielle de quelques centimètres ne suffira évidemment pas
pour rendre sa fraîcheur au rameau flétri, mais si l’eau est chassée dans la pousse fanée d 'Helianthus avec une pression de 30-50 centimètres de mercure, la pousse regagnera sa turgescence. A l’aide d’un couteau bien aiguisé, nous couperons, sous l’eau, un morceau de tige de 5 centimètres de longueur, d’une pousse fanée d 'Helianthus de 20 centimètres de longueur, dont la base est plongée dans l’eau, et nous veillerons à ce que la nouvelle surface de section ne subisse pas le contact de l’air. La pousse prendra bientôt un aspect frais et regagnera sa turgescence.
Nos expériences sur les pousses d’ Helianthus , qui peuvent être répétées d’ailleurs sur d’autres plantes, nous montrent surtout que les pousses se fanent lorsqu’elles sont plongées dans l’eau aprèsavoir été coupées dans l’air, alors qu’elles restent fraîches lorsqu’elles sont coupées sous l’eau. Ce phénomène remarquable est dû à plusieurs causes. Lorsqu’on coupe dans l’air des organes végétaux, les substances gélatineuses ou gommeuses qui apparaissent sur la surface blessée, au lieu d’être écartées, adhèrent à la surface de section et diminuent ainsi le pouvoir d’absorption du tissu pour l’eau. Lorsque la section est faite dans Pair, la pression négative qui s’observe dans les éléments ligneux des plantes intactes qui transpirent (voy. g 65), est plus ou moins équilibrée : ce qui nuit considérablement à la circulation de l’eau dans les tiges. Comme il est facile de le concevoir, ces diverses conséquences ne se produisent pas lorsque les pousses sont coupées sous l’eau (1).
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