CHAPITRE VI
CONSTRUCTION GRAPHIQUE. DIAGRAMMES
La somme des recherches analytiques exposées jusqu'alors dans le cour> de cet ouvrage n'a, ainsi que nous l'avons explicitement spécifié en mainte^ occasions, qu'un but unique : déterminer, construire et dessiner le diagramme vertical du plan médian antéro-postérieur dont la figure 8 est un type des plus nets. Il représente avec la plus grande exactitude, à l'échelle de moitié, les mensurations d'un crâne italien.
Ce diagramme peut être établi seul, sans l'immixtion du système de projection, ou avec adjonction de ce système introduit dans le diagramme. Dan> le premier cas la méthode d'exécution se comprend de soi.
S'agit-il d'insérer sur le diagramme le système de projection, on tire uik droite horizontale précise H. En un point convenable de cette horizontale, on élève une perpendiculaire V; au point d'intersection de ces deux droite> on vient placer le point b du diagramme (comme dans la fig. 8) ou le point Puis, si, comme dans la figure en question, on choisit le point b comme pivot du diagramme, au-dessus et en avant de lui on trace une droite qui, partie du point b, aille dans cette direction former au-dessus de l'horizontale un angle calculé d'avance qui dépend du rapport en chaque cas particulier du triangle facio-nasal avec l'horizon : angle 6?zH. C'est sur cette droite qu'à l aide du compas on détermine le point n. Les deux points b et n seront dès lors les points de départ de toutes les mesures. On agirait de même, si l'on se proposait d'établir le diagramme ayant pour pivot le point X.
Mais supposons que, comme dans le cas actuel, on ait à établir le diagramme pivotant sur le point b. On détermine par l'entre-croisement des rayons et (kf) mesurés sur le crâne le point X que l'on vient ensuite placer sur le diagramme. Il n'est désormais pas besoin de chercher les autres rayons ayant le point À pour origine, de les mesurer sur le crâne, de les calculer. Le compas nous les donne immédiatement. Un diagramme a donc une double importance : il constitue un dessin ; il nous permet de trouver, sans être astreints à des mensurations crâniennes directes, une grande quantité de mesures.
Le diagramme de la figure 8 contient un grand nombre de lignes ponctuées. Pour en connaître la valeur, il suffit de placer l'échelle sur le diagramme et, quand il s'agit comme ici d'un diagramme à moitié de la graiideur naturelle, de multiplier par 2 les chill'res lus sur le décimètre. La lecture des angles d'un diagramme se fait de môme par ra|)plication du rapporteur; ici on n'est pas obligé, comme on l'a fait pour les lignes, de réduire de moitié.
On peut, prenant toute esjjèce de points dans des directions les plus dillV'rentes, les relier entre eux par des droites, et se rendre compte de la grandeur de ces lignes aussi bien que de la valeur et de l'orientation des angles,
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rien qu'en mesurant sur le diagramme les scliémas dessinés, à laide de l "échelle et du rapporteur. Du point X correctement installé par exemple, on trouvera toutes les dimensions (pii en partent, et l'on mesurera les i-ayons correspondants dans l'espace intracrànien. Il est de la plus gi-anile importance, aussitôt après que l'on a introduit les axes de projection, de pouvoir mesurer sans plus tarder les hauteurs et longueurs l'éelles de toutes les droites et des points qui les limitent. On construit, à cet elVet, sur l'horizontale H un triangle rectangle dont la base coïncide avec cette droite; le long de la base de ce triangle on déplace une équerre orientée de telle sorte que, son hypoténuse étant tournée du côté do l'hypoténuse du rectangle fixe, les points [i,'t;, a, et autres, coïncident successivement avec l'un des côtés de l'angle droit formé par l'équerre, côté perpendiculaire sur la base du rectangle lixe, c'està-dire sur l'horizontale. On marque au fur et à mesure sur l'horizontale H les pieds des perpendiculaires abaissées virtuellement des points désignés sur cette droite ; on obtient ainsi [S', u', a'. On mesure avec son échelle ou décimètre les distances p^', w', aa', c'est-à-dire les hauteurs projetées de p, a, etc., ou leurs longueurs, s'il s'agit des distances des points p', a', etc., au pied n' de la perpendiculaire menée par le point n.
Voilà, si nous ne nous abusons, de la trigonométrie et de la géométrie descriptive pratiques, qui mettent en reUef, dans le sens propre du terme, tous les avantages de cette méthode rigoureusement scientifique. Elle nous sort de la géométrie barbare usitée jusqu'à nous.
Son moindre avantage est de nous permettre de tirer de grandeurs connues une grande quantité de grandeurs inconnues. Les droites du diagramme sont en outre surmontées de chiffres indiquant la dimension des arcs de cercle qui, d'étapes en étapes, unissent le point n aux autres points. Mais il faut avoir grand soin d'établir ce diagramme sans différer, tandis qu'on a l'individu sous la main, parce qu'il fait ressortir avec une incomparable clarté des erreurs de mensuration et de calculs que la contemplation ultérieure des nombres pourrait laisser échapper, quelque habileté que l'on déployât à manier ces nombres et à les arranger en une chaîne rationnellement mouvementée. Sans doute, c'est du temps et de la peine qu'exigent nos méthodes. Mais la tachymétrie sans l'exactitude est loin de constituer un avantage.
La méthode de construire des types à l'aide des séries de nombres a de grands défauts. D'abord, les crânes modernes sont des formes mixtes issues du mélange de types fondamentaux variés qu'il est impossible de reconnaître dans les moyennes, puisque les types que nous modelons à l'aide de nos moyennes représentent exactement la moyenne du mélange. En second lieu, la bigarrure dans la combinaison des nombres empêche que la figure ne s'anime suffisamment, et les mesures ne projettent point assez nettement maints détails importants de la forme. 11 faut posséder le coup d'œil artistique de l'anthropologue pour y distinguer le petit noyau de crânes qui, présentant les caractères des types originels, ont, par leur mélange, donné naissance à la majorité des races présentes. Tel est le motif pour lequel Hœlder a dégagé de la population souabe trois types ancestraux dont se sont formées la plupart des races de l'Europe moyenne.
11 distingue trois types de races primordiales : la race germanique, la race sarmate (slave), la race touranienne (finno-magyare). On ne rencontre plus qu'un très petit nombre de ces types parmi les populations actuelles encore vivantes; la plupart des crânes de ces dernières sont des formes mixtes.
Le type primitif germain (type des séries tumulaires ou Rcihengrœber. V. fig. A) est dolichocéphale. Ce crâne vu par en haut {norme verticale) apparaît comme un hexagone sphérique allongé davant en arrière (vignette a,) ; l'occiput franchement coupé au niveau de la fontanelle postérieure proémine à l'instar d'un cône mousse. — Vu jiar la face postérieure (vignette c,) [norme
occipitale), ce crâne ressemble à un toit d edilice supporté par des murailles presque perpendiculaires; sa base (en réalit-, la dislance bimastoïdiennej ne parait pas beaucoup plus étroite que son diamètre transversc maximum manileslement Ibrmé dans l'espèce par la distance interpariélale. Il semble donc plus haut que large. — Vu de côté [norme latérale), il semble relativement bas parce qu'il est allongé et que, sous cet aspect, la saillie conique de l'occipui est des plus manifestes, de môme que la forte projection en avant du maxillaire
Fig. A. — Ancêtres des peuples de l'Europe (d'après Hœlder).
supérieur (prognalliisme). — Enfin, vu de face [norme faciale) (vignette b^) il frappe par l'étroitesse et l'élévation du front et du visage (le maxillaire inférieur est haut) ; les arcades zygoinatiques paraissent perpendiculaires. La plus grande largeur du crâne passe par son milieu.
Le type primitif sarmate est brachycépliale. Par en haut, il affecte la forme d'un œuf (V. vignette o,) dont la i)oinle serait dirigée en avant et dont la plus grande largeur tomberait en arrière du milieu de celte face. Il est, ainsi examiné, plus large et moins long que le type précédent. Par l'occiput il semble plus
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large que haut (vignette c.,) ; la calotte et les parois latérales présentent une coui'be plus accentuée. Le diamètre bimastoïdien est remarquablement moindre ((ue le diamètre transverse maximum. Sous l'aspect latéral, la (ace postérieure est douée d une incurvation uniforme; la courbe ne s'éloigne cependant pas tortementde celle du vertex. Le maxillaire supérieur est moins saillant. L'aspect lacial se distingue par une hauteur et une largeur modérées du front, l'étroitesse et la longueur du visage, la moyenne grosseur du nez. Maxillaire inférieur court (V. b.,).
Le type touranien primitif est brachycéphale à l'extrême. Contemplé par ses dessus (V. vignette «g), il donne l'impression d'un cercle presque parfait. La longueur en est peu supérieure à la largeur, et sa plus grande largeur passe au milieu du crâne. L'aspect de l'occiput est encore celui d'un cercle régulier (c^) : il paraît sous ce jour bien plus large que haut; les contours en semblent vivement incurvés, le diamètre bimastoïdien étant par conséquent l»eaucoup inférieur au diamètre transverse maximum. De profil, c'est un crâne dont l'occiput globuleux, sphéroïde, forme une saillie discrète, sans accidents uiarqués à partir de la voûte pariétale, qu'il semble continuer en bas et en arrière. Étant peu long, il a l'air d'être haut. Pas de proéminence du nez. Enfin vu de face (vignette 63), il nous offre un front large et bas, une saillie latérale de la partie moyenne du crâne ; le visage est court et large ; le maxillaire inférieur, court aussi; nez petit et plat dont la racine est profondément entaillée ; les os malaires proéminent en dehors en même temps que leur bord inférieur est plus rejeté à l'extérieur que leur bord supérieur.
Nous n'avons pas épuisé la liste des formes crâniennes cardinales. Il serait notamment bon d'ajouter aux trois types que nous venons de décrire celui bien caractéristique des Slaves du sud, dont le crâne élevé, très aplati en arrière, paraît raccourci dans son diamètre antéro-postérieur en arrière du plan transverse et vertical biauriculaire.
Il est aussi en Europe une race qui présente toutes les apparences d'une race pure. Ce sont les Juifs. Tout semblait indiquer qu'on en constaterait les caractères, à quelques variations individuelles près. Nos examens nous ont cependant appris que leurs têtes offrent toutes les modalités fondamentales et mixtes de la race du milieu de l'Europe. Cette constatation nous inspira dans le principe l'idée de prétendre que ces transformations sont l'œuvre de la communauté psychique, morale et sentimentale qui s'établit entre les individus, et que la fusion, complétée par l'identité des conditions physiques et sociales de tous les êtres vivant dans un milieu semblable, imprime le cachet du métis de l'Europe moyenne à la race juive elle-même. Mais Renan a démontré que les Juifs de l'Europe ne forment pas une race autochtone, qu'ils constituent une nation qui prit naissance dans la foi en des dogmes religieux réunissant, au cours des âges historiques, aux premiers Israélites de race, les éléments de toutes les races européennes.
Sans doute les Juifs connus sous le nom de Juifs espagnols ont un type plus uniforme, qui serait le type sémitique pur des premiers temps, autant que nous ayons pu nous en rendre compte en consultant les tableaux et les planches qui représentent les anciens Égyptiens. D'autre part, les chroniques anciennes d-u Malabar racontent que ces Espagnols sont les descendants d'une colonie espagnole formée à l'époque de Nabuchodonosor (700 avant J.-C. à peu près) de fugitifs judaïques qui, après avoir été chassés d'Espagne, se sont conservés purs de tout mélange jusqu'à nos jours. D'ailleurs, les Afghans, qui se nomment eux-mêmes fils d'Israël, sont des descendants beaucoup plus nets des Juifs anciens que les Juifs d'Europe.