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CHAPITRE 11 ^H

DE L'ANALGÉSIE OBSTÉTRICALE

La douleur qui accompagne la contraclion n'est pas une condition nécessaire à sa production et à son efficacité : il y a des femmes qui accouchent sans souffrances. Dès que l'anestbésie eut été découverte, on songea à produire artificiellement ce que l'on observait parfois spootanémeul dans les accouchements naturels.

Simpson, d'Edimbourg, a été le promoteur de l'anesthésio en obstétrique. Le premier, le 19 janvier 1847, il endormait par l'éther une femme pour pratiquer la version dans un bassin rétréci; et, le premier encore, le 20 novembre de la même année, ilseservaitdu chloroforme dans le même but.

L'anestbésie obstétricale, née en Angleterre, souleva dans son pays d'origine une controverse des plus vives et surtout ibéoîogique; on vil le grand Barnes, invoquant en

(1) L'accouclieur ftaat ix gauclie.

ANALGÉSIE GÉNÉUALE . 97

mé.decine le principe des causes finales, professer que « c'est outrager la loi fondamentale de Tadaptation que de prétendre, qu'un créateur bienfaisant a associé la douleur au processus de la pariurition autrement que dans un but sage et nécessaire ».

L'2(nésthésie obstétricale conquit ses grandes lettres de aaturalisation le 7 avril 1853, jour où la reine Victoria se fit accoucher au chloroforme par Snow.

En France,. la question fut discutée plus scientifiquemetit ; on a reproché à Tanesthésie obstétricale de diminuer la vigueur des contractions, de prédisposer aux hémorragies post parturrij en favorisant Tinertie utérine, et d'avoir une influence fâcheuse sur l'enfant.

Depuis, sont venus s'ajouter aux calmants généraux de la douleur les anesthésiques locaux et, en particulier, le chlorhydrate de cocaïne.

En obstétrique, Ton est appelé à se servir des anesthésiques dans deux circonstances.

. Dans le premier cas, il s'agit d'une opération obstétricale, pour laquelle l'immobilité et l'insensibilité sont nécessaires : c'est un cas particulier de l'anesthésie chirurgicale.

C'est alors qu'on peut parfois voir survenir les accidents signalés plus haut; mais il s'agit d'une indication majeure.

Dans le second cas, on cherche simplement à supprimer la douleur : c'est une simple question de convenance. C'est là là véritable anesthésie obstétricale.

Les douleurs de Taccouchement siègent plus particulièrement soit au niveau de l'utérus, douleurs de dilatation, soit au niveau des régions vagino-périnéales, dues à leur distension et à leur éraillure, douleurs d'expulsion.

On a songé à y parer par :

A. L'anesthésie générale; B. L'anesthésie locale.

Anesthésie g^énéraie. — La suppression de la douleur tactile est le premier phénomène observé dans l'anesthésie chloroformique; il est possible de limiter l'anesthésie à ce degré, tout en laissant persister les autres modes de sensibilité, ainsi que l'intelligence; ce résultat s'obtient plua

A. Pozzi. —^ Man. d'accouchcm

«8 DE L'ASALCËSIB OBSl£Tll[CALB

comptëteiijent pour les orgiines douÉâ naturellement d'uns faible seDsibilîté comme l'esL l'ulérus.

On peut donc, sans endormir complèlement, obtenir la suppression des douleurs de dilalalion utérine et l'atlénualioo très grande des douleurs d'expulsion.

Il y a, au point de vue des résultais obtenus, des diUërences assez variables, suivant les femmes.

I.'aneslhi'tsic. dans les aci:ouehemenls naturels, mérite donc mieui le nom d'analgésie obslélrir.ale.

L'analgèsÎQ obstétricale na prësenle pas les inconvénients reprochés à l'aaesthésie totale. Le chloroforme, administré à doscsanalgéaiantes, ralentit, au début, les contractions utérines qui, du reste, reprennent ensuite leur fréquence; il ne supprime pas l'action dos contractions abdominales. D'une façon générale la durée du travail est un peu augmentée.

L'analgésie obstétricale, formellement coatre-iudiquâe cbez les femmes sujettes aux lipothymies, aux syncopes, ue devra pas être administrée d'une façon indiiïé rente. Il faut la réserver auï cas de douleurs excessives, cliea des femmes nerveuses, d'une susceptibilité particulière.

{Nous avons plus haut mis à part les cas d'intervention).

'l'cciioiquc, — Le chloroforme en obstétrique ne s'administre pas de la même façon que dans l'anesthésie ordinaire (1).

La technique en a été bien donnée par Snow, l'accoucheur de l'impéralrice Victoria, d'où le nom de ehlorofopmisation ou ckhrofarme à la /leine qui est resté à la technique employée dans l'analgésie obstétricale,

1" L'on ne donoera lo chloroforme qu'au moment des contractions; celles-ci étant passées on retirera la compresse.

2° Sur la compresse on ne versera chaque fois que quelques gouttes de chloroforme.

L'intermittence dans l'administration des doses et la petitesse de ces dernières sont les deux grands points à obsers \ea règles générales de 1'

ANESTIll-SIK LOCALK 99

ver: Tanalgésie obstétricale demande beaucoup de patience et de soin pour être bien faite.

Il faudra constamment surveiller la sensibilité cutanée et si elle venait à s'émousser interrompre la chloroformisation (1).

Ancsthésfe hypnotique. — C'est un moyen curieux, mais infidèle, qui ne réussit que chez les grandes hypnotiques, ou à la suite d'un entraînement hypnotique long, difficile, et non sans danger.

Anenthésfe locale à la cocaïne. — L'anesthésie locale

peut être faite à l'aide de badigeonnages ou d'injections; ces deux moyens s'associent. Le ôadigeonnage est indiqué surtout contre les douleurs de dilatation du col et de distension du vagin, les injections pour calmer les douleurs d'expulsion vulvaire.

Le badigeonnage, répété plusieurs fois sur le col et le vagin, se fait avec une solution aqueuse de chlorhydrate de cocaïne à 4 p. 100. Il faut dans ces cas s'abstenir d'injections au sublimé qui décomposent les alcaloïdes; ce serait là, d'après Doléris, Tunique cause des insuccès (2).

Contre les dernières douleurs, on fait 5 à 10 minutes avant l'expulsion de la tète, dans chaque lèvre, près de la lourchette, une injection d'une demi-seringue de Pravaz de la môme solution aqueuse de cocaïne (3).

(1) Voir Drouet. De V analgésie chloroformique dans les accouchements naturels,

(2) Doléris et Dubois. De l'analgésie des voies génitales par l'application locale de la cocaïne pendant le travail de raccouchemeut (Académie de médecine, 1886).

(3) Auvard et Secheyron se servent d'une solution un peu plu* forte, 5 p. 100. Bien d'autres moyens ont été proposés. Voir Pinard. De l'action comparée du chloroforme, du chloral, de l'opium et de la morphine chez la femme en travail [Th, agrég,, 1878); Labarraque {Gaz. obstétr., 1878); Chaigneau [Th., Paris, 1890, n» 173).

Le bromure d'éihyîe a dans ces derniers temps été fortement recommandé.

PREMIÈRE SECTION

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