Tome II. a«.É<lit. i
les bouches de TElbe jusqu'à ceîieç de la Vistule, ils sont partout accueillis comme les messagers précurseurs d'une réconciliation générale. Suivons-les d'abord dans le nord de l'Allemagne.
Le duc de Reggio ( maréchal Oudinot ) s'avançait sur Berlin , mais ce n'était pas sans difficultés* Parti le a6 mai du champ de bataille de Bautzen pour descendre la rive gauche de la Sprée , il avait rencontré , dès le lendemain , à Hoyerswerda , l'avant-garde de 1 armée de Bulow, qui accourait au secours de la capitale des Prussiens.; il l'avait battue le 28, et avait continué sa marche jusqu'à Luckau. L'armistice lui est signifié le 5 juin , au moment où il vient d'échouer dans un coup de main tenté sur l'enceinte murée de cette petite place. Nos avantpostes s'établissent sur la frontière qui sépare de ce côté la Saxe de la Prusse , c'est-à-dire à quinze lieues au plus de Berlin.
La nouvelle de l'armistice arrive à propos à Leipsiçk pour rétablir l'ordre sur notre ligne de communication avec Erfùrt et la France. Les généraux russes Woronzow et Czernicheff, ennuyés de se tenir sur la rive droite d« l'Elbe, eri observation devant nos garnisons deMagdebourg, de Wittenberg et de Torgau, et croyant l'empereur trop occupé sur son front en Silésie pour, songer à ce qui se passe derrière lui, avaient
jcigé Toccasion fevorable pour se jeter au delà de l'Elbe, et. faire une guerre de surprise à nos dépôts, à nos hôpitaux, à nos convois, à nos dé<tachemens en marche, et même à nos courriers» Le succès avait d'abord surpassé leurs espérances^ Le ao mai, leurs coureurs avaient pillé un convoi de cinquante voitures d'artillerie, allant d'Augsbourg . à Dresde , et engagé maladroitement hors de la route militaire entre Zwickau et Chemnitz, Le a3, un détachement de qliatre cents hommes ^ en marche de Bruiiswick à Leipsick^ sous le commandement du géhéral Poinsot , avait été attaqué par douze cents cosaques à Coenneni , entre Bernbourg et Halle , sur le^ bords de la Saale ; la moitié du détachement ef, le général Poinsot lui-même avaient été faits, prisonniers ; le reste s'était rallié sous Léipsick. Le 3o, les cosaques de Czernicheff avaient enlevé près de Halberstadt un convoi d'artillerie qui se dirigeait sur Magdebourg. Enfin le partisan Lutzow s!était montré battant les chemins du côté de Weimar.
Mais quelque bien informés que fussent les généraux ennemis par suite de leurs intelligences avec les affiliésdu Tugend-bund, répandus sur les routes de la Saxe, de la Thuringe et de la Westphalie,41s ignoraient les mesures de prudence que l'empereur avait prises de longue main ,
prëcistoent po«r déjoua? de pa?eilles leirtatiires.
Des divisions de résiçpve s'étaient organisées k Wesel et à Mayence. Un. corps d'observation se. rassemblait à Wurtzbsourg, sous les ordres du due deCastigUone(AugereaNu). I^e géi^ér^l Milhaïud réunissait du côté de Francfort et de Hanau trois mille dragons, arrivant d'Espagne ; des colonnes de marche recommençaîeat à déboudier par tous les ponts du Rhin, et conduisaient à l'armée , non-seulement les recrues qu'on avait int struites et habillées depuis l'ouverture de la canir pagne, mais encore lies régimens appelés de divers points de l'empire pour former sur l'Elbe un quatorziènie corps d'armée. Enfin six milk chévamt arrivaient pardiverses routes à Leipsick, où le duc de Padoue ( Arrighi ) devait en former un cinquième corps de cavalerie.
G'fest au milieu de ces mouvemens de troupes que les généraux Woronzow et Czernicheff. s'étaient aventurés. L'armistice qui leur est notifié par le duc de Padoue, aux portes mêmes de Leipsick , met fin à cette échauffourée ^
« Le duc de Padoue n'avait encore pour garantie de la signature de Tarmistice qu'une lettre confidentielle. Les généraux ennemis se sont fiés sans hésiter à la signature du duc de Bassano , qui était au bas de cette lettrfe , et à la parole du duc de Padoue qui en cautionnait r authenticité.
DE MIL HtUTCERT. TREIZE. 5
Sur le Bâd^-Elbe, l'arnibtice trouve le priiice
<fEcknînl!i(ifl«rèchalDavoat)en possession, de
Hambourg et de Lubeck , et les Danois rétablis
dans notre alliance.
Le cabinet de Copenhague , qui s'était vu presque à la merci des alliés, avait fléchi uu moment tous le joug des circonstances. Mais la nouvelle de Lutzen l'avait ranimé ; et le roi, indigné de la hauteur des alliés , n'a pas tardé à se réfugier sous l'appui de Napoléon. Dès le 29, ses troupes se sont replacées sous lé commandement du prince d'Eckmulh. Ce maréchal est rentré de vive force le 3i mai dans Hambourg, et ce sont les Danois qui , le a juin , ont repris Lubeck. En même temps le prince héréditaire, déguisé en matelot, é'esl jeté 'dans une barque qui Ta porté sur les écueils de la Norwégé , où il va soutenir en personne ses droits contre Tusurpation su^ioîse. Enfin an miritstre de confiance du roi, le président de Kaas, est en route pour se rendre auprèn de Napoléon..,.. Cest dans (ces circonstances que farraistice parvient le 9 a Hambourg. La prise de cette place est une bataillé perdue pour le commerce anglais \
« Voir dans les pièces historiques qui se trouvent à la fia de cette partie la lettre remarquable par laquelle Napoléon développe lui-niême ses idées sdr Hambourg.
Il nous reste à parler des places assiégées. Les officiers qui y sont envoyés arrivent le 7 juin à Stettin, le 8 à Custrin, le 10. à Dantzick, le 12 à Zamosc et à Modlin.
Toutes ces garnisons sont dans le meilleur état; investies d*abord par des cosaques ou des milices ^ elles ont long-tempà conservé la liberté de battre la campagne pour ramasser des vivres , des fourrages , et compléter leurs approvisionnemens. Ce n'est guère que depuis deux mois que des armées plus régulières en ont resserré le blocus. Mais partout on est resté maître des dehors, et aucuns travaux de siège n'ont été commencés sérieusement par l'ennemi.
Nos garnisons sont de toutes nations ; ici des Westphaliens et des Napolitains, des Bavarois, des Badois et des Espagnols; là des Saxons, des Hollandais et des Italiens. Le noyau n'est formé que par un petit nombre de Français; mais les aigles de la France n'en sont pas moins solidement plantées sur ces remparts : chaque troupe rivalise de zèle et de fidéUté. Je n'ai pas besoin de citer les Polonais; ils ont enlevé à jamais aux Suédois le titre de Français du Nord. Cependant on a redoublé d'adresse et de manège pour séduire , intimider ou soulever nos auxiliaires. Parlementages , insinuations, dusses no6-
velles, promesses, menaces même , rien na été épargné , mais rien n'a réussi.
A Stettin , le général Dufresse s'est distingué par une grande fermeté de caractère. Avant que les Prussiens jetassent le masque, il a eu longtemps une guerre sourde à soutenir contre eux. Mais au dehors, ses réquisitions n'en ont pas moins été exécutées , malgré Bulow même, et au dedans, les municipaux ont été forcés de comprendre ce que c* était qiCune (fille en état de siège. Des ressources considérables ont été mises ainsi sous la main de la garnison. Depuis la rupture de» Prussiens , le. général Bulow et ensuite lé général Tauenzien ont youIu suivre ime cor^ respondance avec le général Dufresse , et ils lui ont fourni ainsi l'occasion de se faire aufcant d'honneur par ses lettres ' que par sa conduite militaire ^
Devant Custrin, c'est le général WoronzofiF qui a long»tempâ commandé le blocus ; mainte-
*• Voir un extrait de la correspondance du général ûo- (ressedA^nfr, les pièces, historiques qui se trouvent à la fin de cette psirtîe.
* Pendant l^mùstice , Bernadette vint parader autour de Stettin , sous prétexte de passer en revue T armée de siège \ il cherchait avec affectation à se faire voir de la garnison et voulâût sans doute essiayer si de vieux souVêntcf
nant c'est le général Kapwitz* La garnison, forte d'environ cinq mille liozni»», n'a pas cent cinquante malades. Le gouvemenr français, Fornier d'Albe, a pour lieutenant le gén^l ^jurtembergeois FolgrafF.
Le général hollandais Daëndels défend ModUn • Isolé dans cette place depuk le 5 fiévrîer , il y est resté long-temps sans être attaqué* Ce n'est que depuis peu de jours que Temiemi a démasqué ^des batteries et jeté des obus.
Plus loin , au fond de la Pologne, une gami- -son toute polonaise défend Zamosc. Elle a enlevé •des redoutes et du canon à l'armée assiégeante, et conserve ses jcommunicationtf avec 'Sandomir .et la Gallicie.
. Mais l'intérêt principal se porte sur Dan t^ick* Ob se souvient que le froid , les fatigues , les. maladies, les désordres de la route y ontentassé , du lo au i5 janvier, plus de trente-cinq mille bommes:: c'est une armée toate entière. Le gé-
Itti ayaient conaeTré quelque influence rar les soldats fran^ çafis , comme il s'en était vant^. A l'une de ses revues , un coup de canon est tiré de la place, et le boulet siffle aux oreilles du prince suédois. On vient se plaindre aussitôt de cette infraction à l'armistice, «c Ce n'est rien» répond froidement le générai Dufresse , c'est une affaire de police t un déserteur français a été signalé et la grand' gardeatiré. »>
DE MIL MUtT CENT TREIZE. 9
Béral qui la commande est un élève de Desâix , un aide de camp de Napoléon , c'est le l)raye Rapp. Sur cette armée et sur son chef reposent Lien des espérances! On est împatientde savoir ce qu'ils ont fait , dans les premiers momens-surtout, où l'ennemi , se précipitant sur l'Allemagne , leur offrait de si l>eUes chances. L'anxiée de Dantzick, maîtresse du delta de la Vistule , a-t-^le mis la mai^: sitr les ressources marchandes de MariemboUrjg, d'Ubing et de Marienwerdér?Sa marine a-t-elle fait courir des voiles hardies jusqu'aux extréjçpités du Nehnmg et du Frishaff? Sa cavalerie s'çst-elle jielée habilement sur les pas de l'ennemi ? Ses patrouilles ont-elles communiqué avec les garnisons voisines deThom et de l'Oder? A-^^elle enfin tenté quelques expéditions audacieuses pour la perte des arrière-gardes ennemies,? JS[on ; il neiaut point se faire illusion ; l'armée de Ikantzick ne s'est point élevée à la hauteur des destinées auxquelles elle était ap* pelée; elle a fait des sorties brillantes; elle a poussé des détachemens 4 plusieurs lieues de «pn enceinte; mais tout s*est réduit à des excur. siofis dans l'île de Nogat.
Le germe d'une épidémie s'était introduit dans Dantzick avec ses défenseurs. Dès les premiers momens la maladie avait fait d'affreux ravages ; il avait fallu s'occuper -des hôpitaux de préférence
lo MANUSCRIT
à tout ; Teuneini le plus dangereux était là. Les esprits s'étaient alarmés au point que le général Bapp avait été obligé d'interdire les funérailles. A ce fléau avait succédé celui des inondations. La Vistule^ se dégageant avec violence de son enveloppe de glace ^ avait envahi une partie de la place et des postesl avancés. Ce n'était que palissades emportées, écluses rompues, travaux submergés.... Lorsque la guerre des élémens s'était enfin apaisée, celle des Russes avait commencé. La garnison , insultée d'abord par Platow et ses cosaques, avait vu se former ensuite autour d'elle I mais à grande distance, les lignes du général Lewis , laissé en observation par le général Wittgenstein. Depuis le ao avril, le duc de Wurtemberg a pris le commandement du blocus. Des combats ont eu lieu dans tous les villages qui entourent la place. Au moment même où le capitaine Planât apportait l'armistice , le général Rapp venait d'obtenir un brillant avantage sur ses adversaires.
Dans toutes ces places, les officiers du génie et de l'aiitillerie ont mis le temps à profit pour augmenter la force de leurs défenses, et les ressources de leur arsenal. Si là guerre doit recommencer, tous les gouverneurs s'accordent à promettre de tenir encore long-temps. Mais cette assurance aggrave le tort ou le malheur de trois
places qui déjà ont succombé. Thorn est la première dont la garnison ait donné le triste exemple d'une capitulation ; cette place s'eàt rendue dès le 17 avril. La forteresse de Spandau s'est rendue le a4» et le fort de Czentoschau le 26 du même mois.
la MANUSCRIT