‹ Manuscrit de mil huit cent treize, contenant le précis des événemens de cette année, pour servir à l'histoire de l'empereur Napoléon;Chapitre 42 sur 53 · ARMEE DES ALLIÉS · texte numérisé non relu

ARMEE DES ALLIÉS

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Corps de Giulay.

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4io MANUSCRIT

La plaine fopraiit à peùne qiidque& nomeft à cette foule dliomme$ afiamés que 1^ alliés font arriver de toiitça part», qt qui se voient forcés d'y prolonger leur séjonur* Maif^ dwrière nos lir gnes sont les magei&ins et les reasourceS;deia viUe la mieux approvisionnée de la Saxe. Les blessés sont en grand nombre dans les deux. camps; mais, tandis qbe ceux de Tennemi restent étendus dans les sillons de la plaine ou dispersés dans les décombres des villages voisins, les nôtres sont recueillis dans les maisons de Leipsick. Notre infériorité va toujours croissant sous le rapport du nombre; mais ici le terrain y reme'die mieux que partout ailleurs. Nos ailes sont appuyées sur le cours de deux rivières j la Pleiss et la Parthanous enveloppent et nous protègent; notre centre occupe les positicMis dominantes de la plaine , et nous sommes adossés à Venceinte d'une grande ville dont les portes sont à nous. Enfin , si les masses de lennemi parvenaient à enfoncer deslignes si biqn appuyées , nous pourrions tenir encore derrière des murs, des défilés et des marais, asse? de temps du moins pour que le gros de l'armée se retirât avec sécurité par la route de Lutzen et de Weissenfels.

Complètement rassuré sur ses vivres, sur ses blessés et sur sa retraite, l'empereur peut donc encore une fois disputer la victoire.

DE MIL HUIT CENT TREIZE^ 4ti . Cependant , plus la lutte se prolongé , plus les alliés reçoivent d'auxiliaires. Notre camp n'attend plus que le Êtible corps du général Reynler. Chez l'énnenii , le nombre des combattaus va presque doubler par l'arrivée de trois nouveauxcorps d'armée. Bemadotteconche ù Landsberg^ CoUoredo arrive à Borna , et Benigsen à Naumhorf.

; L^empereur balançait dans son esprit les diverses chances de cette situation difficile , lorsqu'on ^mène devant lui le général autrichien Merfeldt.

Le général Merfeldt est une ancienne connais-» sance; c'est lui qui est venu demander le célèbre armistice de Léoben ; c'est lui qui , négociateur à Gampo-Formio , a rapporté à Vienne la paix qui sauvait la maison d'Autriche des ressenti-' mens du Directoire ; enfin c'est lui qui ^ dans la nuit d'Austerlitz , a envoyé le billet au crayon et les premières paroles d'armistice auxquelles le salut des deux empereurs était peut-être attaché. La singulière destinée du général Merfeldt le ramène en présence de Napoléon dans le moment même où celui-ci aurait besoin à son tour d'armistice et de pfiix. L'empereur sourit de ce nouveau jeu de la fortune, qui semble, dit-il , se plaire à donner aux alliés fous les moyens de prendre avec lui leur revanche , même en générosité.

4ia MANUSCRIT

. Napoléon £|Ocepte 1 occasion et veut essayer

encore une fois s'il est, possible de s'entendre. ^

On a rendu à M. de Merfeldt son épée; il a partagé avec les généraux de la maison le repas frugal du camp. L*empereur le prévient qu'il va le renvoyer sur parole , et le charge de porter à l'empereur d'Autriche (Je nouvelles offres de conciliation.

u Cette querelle devient bien sérieuse ,t> dit-il à M. de Merfeldt après lui avoir adressé quelques paroles consolantes sur le malheur qu'il a eu d'être fait prisonnier. « Vous voyez comme on » m'attaque et comme je me défends. Votre ca- » binetne pense*t-il pas à prévenir les suites » d'un tel acharnement ? S'il est sage , il doit y » songer; il peut encore tout arrêter, il le peut » ce soir:. mais 9 demain, peut-être ne le pourra- » t-il plus; car qui sait les événeraens.de de- }} main ?

» Notre alliance politique est roiùpue ; mais w entre votre maître et moi une autre allianpe M subsiste , et celle-ci est indissoluble. C'est elle w que j'invoque ; car j'aurai toujours confiance » dans les sentimens de mon beau-père. C'est à » lui que je ne cesserai d'en appeler de tout ceci. » Allez le trouver, et répétez-lui ce que je lui ai .» déjà fait dire parBubna.

» On se trompe sur mon compte ; je ne de* *

DE MIL HUIT CENT TREIZE. 4^3 fe mande pas mieux que de me reposer à l'ombre » delà paix, et de rêver le bonheur de la France, » après avoir rêvé sa gloire, i.. Et cependant votre n politique sacrifie à la peur qu'elle se fait de » moi , non-seulement les affections les plus na- » tureljes , mais ses plus chers intérêts; Vous ». craignez jusqu'au sommeil d u lion; vous croyez » ne pouvoir jamais être tranquilles qu'après lui » avoir arraché les griffes et coupé la crinière. I) Eh bien ! quand vous l'aurez réduit à ce triste » état, quelles en seront les suites 2 lesavez-vous » prévues? Tourmentés pari le désir avide de ren couvrer d'un seul coup tout ce que vous avez » perdu par vingt ans de xbalheurs , vous n'avez » que cette idée, et vous ne remarquez pas que » depuis vingt anstout a changé autour devous; » que vos intérêts ont changé de mémeyetqiife » désormais, pour l'Autriche, gagnet aux dé- » pens de la France, c est, perdre.* Vous^ y i^flë- » chirez, général Meyfeldt: ce* n'est pas, tirop de » l'Autriche, delà France, et mêmedelèrPrusse, n pour arrêter sur la Vistiile le débordéméWt » d'un peuple à demi, nomade,' essentifellenïèilt » conquérant, et dontil-immense empire s'étfend » depuis nous jusqu'à la Chine.... ? ' •

» Au surplus , je dois finir par faire dessacri- » fices : je le sais; je suis prêt à les faire.» L'empereur entre alors dans le détail des conditions

4i4 MANUSCRit

auxquelles il souscrit d'avance. Ici, comme à Prague, Napoléon renonce à la Pologne, àrillyrie, à la confédération du Rhin. Toujours dans les mêmes dispositions relativement à l*Espagne , à la Hollande et aux viHes anséatiques,îl consent à leur rendre leur indépendance ; mais il désire renvoyer cette stipulation à la négociation dé la paix maritime , pour s'en servir comme moyen de compensation avec l'Angleterre. Quant à l'Italie , il se borne à demander l'indépendance et l'intégrité de ce royaume; il est prêta traiter des intérêts italiens sur ces deux bases. Enfin , pour prix de l'armistice à conclure dans les vingtquatre heures , il offre d'évacuer sur-le-champ l'Allemagne , et de se retirer derrière le Rhin. « Adieu, général, ajoute-t-il en congédiant M. de >i Marfeldt; lorsque de ma part vous parlerez » d'armistice aux deux empereurs , je ne doute I) pas que la voix qui frappera leurs oreilles ne èi soit pour eux bien éloquente en souvenirs. » M. de Merfeldt est aussitôt conduit aux avantpostes. Il passe au damp des alliés ; et dans le moment ou ses amis déploraient son malheur et sa captivité , il reparaît au milieu d'eux décoré d'une mission que tout vainqueur aurait ambitionnée.

DE MIL HUIT CENT TREIZE. iii

•9017KIIÉB MJ 17.

Le 17 au matin, le temps est pluvvlustéWsom^ bre. L'arrivée-dii jour n'interrompt pas le calme morne qui règne dans le camp} On s'attetnl à voir Tennemi recommencer le combat; nos troupes sont sur la défensive ; mais personne ne se présente , et la journée entière se passe sans que le canon se fasse entendre. L'ennemi est -il si fa» tigué qu'il ait besoin de reprendre haleine ? le^ corps d'armée qu'il attend ne sont-ils pas encore arrivés '? ou bien délibère-t-on sur le âiessage deM.de Merfeldt?

L'empereur, qui est en mesui'e de recevoir la bataille, perdrait trop d'avantages en allant Tof* frir. Il faut donc attendre , et. se contenrter de mettre à profit le temps que l'ennemi nous laisse *. ,

Tandis que les caissons vides vont se remplir, ■■ ■ ' ■ ■ ■ ■ ' I

' Le 17, à deux heures après midi , la grande aimée des alliés devait recommencer le combat ; mais les mauviiis chemins ayant retardé l'arrivée de l'armée de Pologne (Be* nigsen), Tattaque fut remise au lendemain. (Voir l'ouvrage du colonel Butturlin , aide de camp de l'empereur Alexandre; i8i5, pag. laS. )

' Le 1 7, du côté de Bliicher , il y eut un combat de cava^ lerîe entre Wassilzichoff et le duc de Padoue.

4i6 MARUSCRlt

que le soldat répare ses armes , et que de tous côtés on se prépare avec calme et activité à la reprise du combat , l'empereur passe la journée dans fA tewt^ , disposant le nouvel ordre de bataille dans lequel il veut recevoir l'ennemi.

La nuit arrive sans qu'on ait aucune nouvelle de M. de Merfeldt K La pluie tombe à verse sur les bivouacs. Un profond silence règne autour des tentes du quartier-général jusqu'au moment où le lever de la lune vient dissiper l'obscurité de la. plaine. Alors le mouvement prescrit corn- ' mence à s'exécuter.

Les équipages et les caissons se mettent en route pour traverser Leip'sick et gagner Lindenau.On brûle çà et là des caissons vides qu'on ne peut emmener, et 1^ explosions qui en résultent sur divers points achèvent de réveiller le camp.

L'empereur quitte son bivouac à une heure dii matin , et se porte d'abord dans la direction de

« On lit , dans l'ouvrage de M. Odeleben , que le général Merfeldt , envoyé le 16 au quartier-général autrichien , revint le lendemain. C'est une erreur grave ; M. de Merfeldt ne revint pas , et la réponse qu'on attendait ne fut remisé que trois semaines après à M. de Saint-Aignan , à Francfort. ( Yoir la note écrite à Francfort, par le baron de Saint-Aignan, le 9 novemjjre ; Manuscrit de 181 4 y page 54 de' la deuxième édition. )

DE MIL HUIT CPNT TREIZE. 417 LeipsicL Arriva à Veaihraoclïemebt des deux routes de Rocklitz et de Grimma, il cherche à reconnaître le plateau qui va devenir le centre de notre nouvelle position. TJn moulin à tabac , qui se trouve, en arrière de PrQbstheyda,3ur une émmence appelée le Thonberg^ lui paraît un emplacement favorable pour son état major.

L'empereur sp feit ensùitç conduire à Rend» nitz,où le prince de la Mçscowa a son quartiergénéral. Il le réveille et lui donne ses ordres pour le lendemain. Continuant sa tournée, il traverse la ville et se rend à Lindenau, auprès du général Bertrand. 11 ordonne à celui-ci de se mettre en marche pour Lutzen et de gagner, sans perdre de temps, tes défilés de laSaale, dont il doit rester maître. .

En revenant , il visite les ponts de Lindenau ,

donne des ordres pour qu^on établisse dans les

marais voisins quelque nouveaux passages qui

puissent faciliter la traversée de ce long défilé ,

et fait relever les postes du général Bertrand à

Lindenau par deux divisions de la garde sous, le

commandement du duc de Trévise. Enfin, à huit

heures, l'empereur revient à Stœtteritz, où son

quartier-général s'est établi dans la nuit. Mais, à

peine a-t-il mis pied à terre , que le canon de

Schwartzenberg se fait entendre. Aussitôt il

remonte à cheval pour se porter à la posi*-

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