‹ Manuscrit pictographique américain [microforme]Chapitre 1 sur 30 · À M. PAUL LACROIX · texte numérisé non relu

À M. PAUL LACROIX

Bien cher bibliophile,

Vous souvient-il de ces charmantes soirées d'hiver, passées dans ce petit salon que j'aimais tant, et toujours rempli de fleurs, de tableaux, de souvenirs, d'esprits de tous les genres, d'hommes et de femmes de tous les pays, de tous les âges ct des caractères les plus divers? Vous rappelez-vous ce jeune homme pâle, triste, souffrant et réveur, qui revenait des solitudes lointaines du Nouvenu- Monde, et dont les récits étranges vous attendrissaient si profondément? Pauvre enfant! semblable à ces plantes exotiques, chétives et vivaces tout à la fois, qui croissent auprès des tombeaux, il sen“ lait sa séve se tarir ct ses fleurs se faner, parce que la rosée du ciel tombait seule et goutte à goutte sur ses feuilles desséchées, et qu'il ne Veyait sur terre aucun bâton sur lequel il pût

solidement s'appuyer. Vous aimiez jouir de son étonnement, lorsqu'il se trouvait au milieu de ce monde créé par la civilisation moderne et si nouveau pour lui : esprit, pensées, sentiments, tout le surprenait et tout aussi l’attristait profondément. Vous aimiez l'entendre parler auprès du feu de ses courses échevelées sur des chevaux sauvages; vous frémissiez parfois en écoutant ses aventures singulières, et vous vous intéressiez au raconteur, parce que son cœur parlait plus haut que ses lèvres, et que vous deviniez bien des choses dans cette nature bizarre, exceptionnelle et primitive.

Parmi cette foule d'amis sincères ou douteux, d'oisifs et de curieux dont ce jeune homme était souvent entouré, il se trouvait un homme célèbre par ses écrits, remarquable par son érudition, ses vastes connaissances, et dont la bienveillance se traduisit moins par des paroles d’une admiration banale et stérile que par des faits indiquant un intérêt réel : « Vous êtes inconnu, disait-il à son « jeune protégé, vous n'avez point de protection, « point de ressources suflisantes pour mener « une existence modeste, mais tranquille; votre « santé ruinée ne vous laisse plus qu'une route à « suivre dans la vie, c’est la carrière littéraire,

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« Écrivez vos souvenirs de voyage, publiez vos « notes sur les solitudes américaines, je guiderai « vos premiers pas, et vous marcherez bien vite « tout seul, car vous avez en vous tous les élé- « ments du succès. Petit ruisseau deviendra grande « rivière, et vous verrez que la gloire, la considé- « ration et le bien-être vous sortiront bientôt de « cette triste impasse dans laquelle vous végétez. » Ainsi encouragé du geste et de la voix, avec constance et bonté, le jeune voyageur obéit, quoique avec timidité, car il doutait de lui-même et n'osait se produire en public : depuis, il a toujours trouvé sur sa route ce généreux ami qui lui disait : « Courage, avancez. »

Grâce à ce bon protecteur, à ce guide intelligent, petit ruisseau n’est pas devenu grande rivière ; la gloire, les honneurs et le bien-être n’ont pas visité sa demeure, mais son front n’est plus courbé vers la terre par les soucis, l'isolement et la cruelle nécessité; il rêve encore, mais avec moins de tristesse; son travail n'est plus sans salaire et sans fruit; le cercle de sés amis s’élargit peu à peu, et le gouvernement même laide avec autant de bienveillance que de générosité.

Il est donc très-simple que la re‘onnaissance soit publique, elle est trop naturelle et trop vive

pour rester secrète au fond du cœur; car n’estil pas bien lâche celui qui laisse étoufler sa grntitude par un sentiment quelconque? Cet homme, ce protecteur intelligent, désintéressé, c'est vous, bien cher bibliophile : sans vous languirait peutètre encore, dans un coin obscur de la France ou de l'étranger, cette plante épanouie sous les tropiques, mais inconnue, originale, sans parfum, sans couleur, et qui ne demandait que les soins et l'appui d'une main amie pour répandre au dehors les quelques qualités dont la Providence l'avait douée,

Recevez donc ici l'hommage de ma sincère et de ma profonde reconnaissance, car celui que vous avez ainsi obligé, auquel vous avez ouvert une nouvelle carrière, un chemin qu'il ne croyait pas pouvoir suivre, vous l'avez deviné sans doute : c'est celni qui sera toujours heureux de se dire,

Votre très-reconnaissant, très-affectionné et tout dévoué ami,

Eu. DouExecH,

Missionnaire apostolique.

Paris, 1 juin 1860,

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NOTICE SUR LES ANCIENS MANLSCRITS AMÉRICAINS ET SUR LE LIRE DES SAUVAGES.,

Les lacunes que la science trouve encore de nos jours dans l’histoire de plusieurs grandes familles du genre humain, nous portent à rechercher avec une avide et louable curiosité tous les anciens monuments historiques qui peuvent jeter quelques lumières sur les origines des peuplades peu connues, et particulièrement sur les indigènes du Nouveau-Monde. Malheureusement ces monuments sont rares, et la plupart des originaux ont disparu depuis la découverte de hristophe Colomb : les uns ont été détruits ou dispersés par les premiers européens qui s'emparèrent de cette nouvelle terre promise, les autres

tombèrent entre les mains d'individus incapables de comprendre la valeur du trésor qu'ils possédaient. Cependant, à force de recherches, on a retrouvé dans les bibliothèques et les dépôts publics, où bien dans la possession de quelques familles de vieille souche, un cerlain nombre de manuscrits de la plus haute antiquité, Le chevalier Boturini avait commencé, dès l'année 1736. une des plus riches collections de documents manuscrits de ce genre qui ait été faite sur l'histoire du Mexique et de l'Amérique centrale. Cet antiquaire milanais, mais d'origine française, avait été autorisé par un bref du Pape et par l'Audience royale de la Nouvelle-Espagne, à régulariser le culte de N.-D. de Guadeloupe, si célèbre au Mexique, et encore aujourd'hui mêlé à celui de Touantzin (notre mère) des Aztèques. Iluit ans de pénibles et dispendieuses recherches pour rassembler les documents éveillèrent d'avares susceptibilités, Le vice-roi comte de lFuenclara, saisit argent, bijoux, musée, et Boturini, enfermé avec des malfaiteurs, fut réduit à vivre d’aumûônes, Absous par le juge, et cependant déporté, il fut pris en mer par les Anglais qui. “ontre le droit des gens, le dépauillèrent d'un reste d'antiquités conservées par des amis, et lui enlevèrent même ses vêtementst, On n'a jamais su, dit M. de Humboldt, si ces peintures sont parvenues en Angleterre, ou si on les à jetées à la mer comme des toiles d'un tissu grossier et mal peintes 2,

1. M. AUBIN, Mémoire sur la peinture didactique, etc. <. HuusozoT, Vues des Cordillières.

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rouvé dans en dans la 16. Un cor tiquite, Le née 1736.

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Notre savant compatriote s'était proposé : 1° de réunir tous les documents possibles et de reconstituer autant qu'il le pourrait oil par des originaux, soit par des copies, la collection de Boturinis 2 de rechercher les pièces de même nature, et que l’antiquaire milanais estimait exister en nombre à peu près égal au pouvoir des indigènes ; 3° d'y joindre les documents recueillis par Vevtia, par Gama et par Pichardo, dont la collection, au dire de M. de Humboldt, était la plus riche et la plus belle de la capitale. Vingt années de recherches et de sacrifices de tout genre ont été consacrées à cette tâche diflicile. On jugera, par l'extrait suivant du catalogue de la collection de M. Aubin jusqu'à quel point il a réussi.

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