‹ Manuscrit pictographique américain [microforme]Chapitre 19 sur 30 · CS · texte numérisé non relu

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Dans les documents historiques ou administratifs d’un ordre plus élevé, l'écriture figurative, constamment phonétique, n’est plus idéographique que par abréviation ou par impuissance. Itzcoatl ? (serpent d’obsidienne), nom du quatrième roi de Mexico, a pour rébus, dans les tribus de Lorenzona ? et dans toutes les peintures populaires, un serpent (coatl) garni d’obsidienne (itztli), pouvant à volonté s’interpréter, phonétiquement, par le son du mot, ou, idéographiquement, par son acception grammaticale. Mais tout devient phonétique dans les peintures plus précises. Le codex Vergara (Boturini, $ IF, n° 12), f. 39, 42, 49, 52, écrit syllabiquement ce même nom d’ltzcoatl au moyen de l’obsidienne (itz-{li, racine, its), du vase (comitl, racine, co) et de l’eau, atl 5.

Nous devions mentionner sommairement ces deux systèmes de la pictographie des Égyptiens et des Mexicains pour montrer les analogies qu’ils ont avec l’art graphique des Peaux-Rouges.

Quoique les Indiens de l'Amérique septentrionale et leurs ancêtres aient fait peu de progrès dans l’art de rendre la pensée par des signes et des figures, néanmoins

1. itscoatl, où itzcohuatl, où izcohuatl paraît être primitivement le nom d’un poisson appelé robalo par les Espagnols et iscohua par Hermandez, mais il n’est jamais écrit de cette manière.

2. LORENGANA, Hist. de Nueva España, pl. 3, et dans lord Kingshorough, pl. 4e, 2e part. de la collection de Mendoya. Clavigero, t. I", appendice.

3. Voir Aurix, Mémoire sur la peinture didactique et l'écriture figurative des anciens Mericains,

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les représentations symboliques dont ils se servent à cet effet sont arrangées d’une manière uniforme et systématique, qui se retrouve parmi toutes les tribus du continent américain. Les Indiens ont, comme les Égyptiens, différentes manières d'écrire, soit par des signes phonétiques, soit par des signes hératiques ou sacerdotaux, et des signes démotiques ou vulgaires. Le caractère général de ces figures se compose de signes Arriologiques, c’est-à-dire peignant l’objet même dont il s’agit, et de signes symboliques ou allégoriques, c’est-à-dire peignant la forme typique, idéale ou conventionnelle de l’objet que l’on veut désigner.

ils possèdent également des signes mnémoniques ; nous verrons aussi que parmi les tribus algonquines, les Chippeways et autres peuplades du Nord, il existe des chansons écrites en caractères phonétiques ; mais ce sont des excep'ions et non une coutume générale, et nous verrons par la suite quelle est la nature de ces signes.

La pictograohie indienne n’est'pas une science déterminée, ayant ‘les règles immuables et des lois fixes : c’est le premier pas fait par un peuple encore enfant pour sortir de la barbarie et consigner les simples annales d’une histoire qui commence. Par ces efforts d’une jeune intelligence, la nature dirigeant de la même sorte les individus qui se trouvent dans les mêmes conditions, il s'ensuit que, sans avoir eu d’autres maîtres que la tendance naturelle qui pousse l’homme vers le progrès, les Indiens de toute l'Amérique du Nord ont su représenter d’une manière à peu près analogue des idées, des

faits, des dogmes, des préceptes et même des sentiments.

Une chose digne de remarque, c’est que les inscriptions anciennes de l'Amérique septentrionale ont le même caractère que les inscriptions les plus modernes. Cette fixité dans la manière de consigner la pensée au moyen de signes symboliques ou représentatifs indique une répugnance à changer une ancienne méthode pour en prendre une nouvelle ; elle dénote aussi l’état simple, erratique, d’une société stagnante, isolée, ne vivant que de guerres et de chasses, léguant aux générations futures les arts primitifs qu’elle avait reçus des générations précédentes et qui suffisaient à des besoins limités.

À part les inscriptions purement historiques, la grande majorité des hiéroglyphes des Peaux-Rouges ont pour objet la manifestation de leurs croyances religieuses et de leur puissance mystérieuse, basées sur le système de la multiplicité des esprits inférieurs ou secondaires, qui forme le caractère principal de leur théogonie. C’est également ce système qui a suscité l’idée de la magie médicale des Midés et les notions orientales des oracles et des prophètes des Jissakids, dont nous parlerons bientôt, et qui ont converti leur art en rites nécromantiques.

Parmi les archéologues et les ethnographes des deux mondes qui se sont occupés des antiquités américaines, il y en a peu qui aient cherché sérieusement à déchiffrer ces sortes d’hiéroglyphes, au moyen desquels les Peaux-Rouges ont essayé de tous temps de rendre leurs idées, pour rappeler tout simplement un fait, une croyance, une coutume,

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ou pour léguer à leur postérité le souvenir d’un de ces événements qui font époque dans la vie d’un homme ou dans l’histoire d’une nation. La cause de cette indifférence pour la pictographie indienne est certainement moins le manque de matériaux propres à une pareille étude que le mépris affecté que l’on affecte en général pour les Indiens, à qui l’on refuse trop arbitrairement toute capacité intellectuelle ou artistique. Il est vrai que la variété des signes hiéroglyphiques et des figures symboliques des indigènes, leurs lignes informes et bizarres, ont pu décourager bien des antiquaires, qui ne voyaient dans ces signes que des productions grossières d’une imagination étrange, déréglée et purement individuelle.

Nous avouons sans peine que les Peaux-Rouges sont loin d’être doués d’une intelligence supérieure et remarquable; mais sept années d’une étude approfondie, impartiale et constante de leurs mœurs, de leurs coutumes et de leur histoire, nous ont convaincu que le mépris qu’on affecte pour leur capacité est trop exagéré, et que dans une certaine mesure ils sont susceptibles d'imitation et même d'invention. Du reste, si la science ne s’occupait exclusivement que des peuples plus ou moins civilisés, les annales historiques du genre humain seraient incomplètes, elles offriraient des lacunes immenses, qui laisseraient planer la plus grande obscurité sur l’origine des nations, leur solidarité, leurs émigrations et les rapports qu’elles ont entre

elles,

Tous les voyageurs ont remarqué cette habitude qu’a-

vaient les Peaux-Rouges de représenter des figures sur des peaux, des arbres, des rochers, mais principalement sur l’écorce du bouleau blanc (betula papyracea), qui possède une surface lisse, flexible, capable de se rouler et de recevoir facilement toutes sortes d'empreintes. Souvent ces figures sont burinées ou peintes en couleurs. Autrefois ces inscriptions étaient t'*s-communes sur les arbres qui bordaient les sentiers fi£quentés par les sauvages, depuis les Florides jusqu’à la baie d'Hudson; mais les pionniers er ont abattu une très-grande quantité. Tous les historiens de l'Amérique septentrionale s'accordent à dire que les Indiens avaient la coutume de tracer ainsi le souvenir de quelque épisode de leur histoire.

Les signes dont ils se servaient pour ces sortes d’inscriptions sont, pour la plupart, symboliques ; ils paraissent être à peu près les mêmes que ceux employés par les différentes races de la grande famille humaine avant l’invention des signes phonétiques et des caractères alphabétiques; ils ressemblent à ces dessins grossiers que Îles enfants tracent sur les murs avec du charbon ou de la craie. Nous croyons que la différence qui existe dans le perfectionnement de ces systèmes hiéroglyphiques, parmi les divers peuples du globe, provient plutôt du degré de civilisation relative ou de barbarie dans lequel ces peuples se trouvaient plongés, que de l'époque de leur formation en sociétés régulièrement organisées et constituées. La position géographique, le climat et le caractère des

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On trouve de l’analogie, un certain air de parenté dans ces symboles de la pensée, tracés par les peuplades les plus éloignées les unes des autres, lorsque, avant de parvenir à une civilisation plus avancée, elles ont commencé leurs annales publiques ou privées dans un état également voisin de la barbarie.

Nous voyons en effet beaucoup de ressemblance, pour ia disposition des sujets et la forme des signes symboliques, entre les monuments des tribus indiennes de l’Amérique du Nord, l'inscription sibérienne gravée sur les bords du Yenisei, représentant des épisodes de chasse, et l'inscription récemment découverte sur un rocher perpendiculaire près de l’Irtisch, dans la Tartarie. Les savants qui ont étudié la pictographie péruvienne et mexicaine, lui trouvent aussi quelques rapports avec les autres systèmes connus de peintures figuratives. À trente-deux kilomètres au nord d’Arequipa, à Huaytara, dan: la province de Castro-Vireyna, et près de Huari, dans le Pérou, on rencontre sur des morceaux de granit des multitudes de hiéroglyphes, représentant des personnages, des fleurs, des animaux, des fortifications, etc., dont l’origine est certainement antérieure à la dynastie des Incas, et dont les formes sont à peu près les mêmes que celles de Rockv- Dell, de l'El-Moro et de p'usieurs autres localités du Nouveau-Mexique. En Suède, en Norvège et dans la Laponie. le même fait se reproduit, les mêmes analogies se retrouvent, et pourtant il n’est pas douteux que toutes ces

inscriptions n’ont pas été gravées par un même peuple, mais bien par plusieurs; seulement, ces peuples étaient encore dans l’enfance de la civilisation. Plus tard, cette manière de reproduire la pensée s’est perfectionnée ; elle est devenue un art qui a été poussé très-loin, comme on le sait, chez les Chinois, les Égyptiens et les populations du plateau de l’Anahuac.

De toutes les inscriptions américaines, celle qui a été l’objet de la plus grande attention des archéologues et des antiquaires des deux continents, est l'inscription du Dighton-Rock, rocher situé à l'embouchure du Taunton, près de l’Assonet, dans le Massachussetts, et dont nous avons pris un fac-simile. La largeur de ce rocher est d'environ quatre mètres, sur une hauteur de un mètre soixante-dix centimètres. Sa surface est polie, peut-être par la nature, peut-être par là main de l’homme. Longtemps recouverte de mousse, de détritus et d’immondices, cette inscription a sans doute passé inaperçue jusqu’au milieu du siècle dernier, où elle devint le sujet de plusieurs rapports et de discussions scientifiques. Un grand nombre des signes qui la composent ont été plus ou moins effacés par le temps et par les opérations faites pour nettoyer !e roc du limon et des herbes qui le recouvraient. Les caräcières qui forment cette inscription sont des hiéroglyphes kyriologiques et symboliques, représentant les exploits d’un grand guerrier prophète. Les traits, grossièrement sculptés, paraissent avoir été creusés dans la pierre à l’aide d’un instru-

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M. Mathieu‘, écrivain francais, avance que les caractères hiéroglyphiques gravés sur le Dighton-Rock furent exécutés par les Atlantides, vers l’an du monde 1902 ; il prétend que /n, fils d’'Indios, roi d’Atlantide, est nommé dans l'inscription comme chef d’une expédition qui alla en Amérique dans le but de contracter un traité de commerce ; que ce même /n devint le père d’une famille distinguée en Chine, et vivait du temps de Yas, en l’année 2296, c'est-à-dire quarante-huit ans après la submersion de l’île Atlantis, ou 4800 ans avant l'ère chrétienne. M. Mathieu ajoute que ces caractères sont les mêmes que ceux qui sont employés dans le système numérique des Chinois, qu'ils ressemblent à ceux en usage chez les Romains, lesquels prétendaient les avoir reçus des Pélasgiens. qui eux-mêmes en étaient redevables aux Atlantides.

Nous ne pouvons nous empêcher de remarquer d’abord que si /n vivait en 2296, les Atlantides ne pouvaient guère parler en 1902 de son expédition future, à moins que ce ne fût d'une manière prophétique, ce qui n’est pas probable, car l’inscription semble indiquer un fait historique passé, un combat dans lequel il y a eu un certain nombre de morts. Il est donc plus rationnel de croire qu’elle se rapporte à un personnage illustre figuré par un des deux Htems* placés à peu près au centre du rocher, et que ce

1. Cité par Warden dans son ouvrage sur les antiquités américaines. 2. Voir plus loin la signification de ce mot.

52 MANUSCRIT PICTOGRAPTIQUE

guerrier ou ses descendants ont voulu perpétuer ainsi le souvenir d’une entreprise militaire glorieuse pour lui. MM. Yates et Moulton, dans leur Histoire de l'État de New-York, pensent que cette inscription est d’origine phénicienne. Ils basent leur opinion sur la similitude de quelques-uns des signes qui composent cette inscription avec des caractères phéniciens ressemblant aux lettres A. M. O.P. W. X. Cette preuve ne nous paraît pas convaincante, attendu que les caractères alphabétiques dénotent une civilisation déjà avancée, et que, sur le continent américain, on ne les trouve jamais mélangés aux signes hiéroglyphiques anciens. Ces prétendus caractères alphabétiques ne sont d’ailleurs autre chose que des signes symboliques : ainsi l'O ou le cercle représente ordinairement le soleil dans la pictographie des Peaux-Rouges ; VX, ou la croix de Saint-André, représente le plus souvent un homme mort; l’M une habitation, etc., mais comme la forme donnée à ces signes est un peu arbitraire, il est très-facile de se tromper sur leur interprétation. On voit encore des inscriptions hiéroglyphiques sur des rochers, dans les États du Connecticut, de la Géorgie, du Kentucky, du Minnesota, de l'Ohio, deRhodes-Island, etc.; il y en a de très-remarquables et d’assez bien conservées dans l’île de Cunningham sur le lac Erié. La Carrière des Pipes-Rouges, du Coteau des Prairies, en recèle de nombreuses, tant anciennes que modernes. On en trouve encore dans les montagnes qui avoisinent le Gila, le Colorado et près de la Sierra de Züni, dans le Nouveau-Mexique.

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Celles de la Sierra de Züni se rencontrent dans une gorge qui à dù faire partie d’une ancienne route, conduisant de Santa-Fé au Colorado de l'Ouest ou au Mexique. Elles couvrent la partie inférieure d’une montagne verticale, unie sur une étendue d’un demi-kilomètre environ, et appelée £l-Moro. La gorge percée dans cette montagne est à cent cinquante kilomètres sud-ouest de Santa-Fé, par le 108,29’ de longitude Ouest, et le 35° de latitude Nord. Ces inscriptions gravées à hauteur d'homme sont, pour la plupart, hiéroglyphiques ; quelques-unes sont en latin et les autres en espagnol. Les plus basses sont à moitié cachées par des toufles de pandanus candelabrium, plante très-commune dans ces régions.

Les inscriptions espagnoles ont différentes dates; quelques-unes ont sans doute été gravées par les compagnons de Juan de Oñate, lorsqu'il fit la conquête de ce pays en 1595; mais les archives de Santa-Fé ayant été brülées par les Indiens, il est difficile de spécifier les auteurs de ces inscriptions avant l’année 1680. Du reste, la plupart de celles qui appartiennent au xvn siècle sont en partie inintelligibles. Quelques-unes portent simplement des noms et des dates mélangés avec des hiéroglyphes, dont plusieurs sont de la même époque, et peut-être même postérieurs aux inscriptions espagnoles. En effet, on rencontre fréquemment des croix gravées, soit sur le simulacre d’une tombe, soit isolément ou à côté d’une étoile, ou bien encore au milieu d’un cercle indiquant un pueblo 1

A. Village.

indien, Ce signe du chrétien nous semble prouver que le catholicisme avai léjà pénétré parmi les tribus de ces vastes solitudes.

Une partie de la montagne paraît avoir été choisie pour retracer un fait historique très-détaillée, à en juger par les signes totémiques, les figures humaines, les mains ouvertes, symbolisant l'amitié; les zig-zags indiquant la foudre, les lignes ressemblant au plan d'un pueblo, etc. Mais on est obligé de deviner en quelque sorte et par voie de comparaison le sujet de ces récits hiéroglyphiques, car les Indiens, naturellement soupçonneux, sont très-réservés dans leurs conversations avec les étrangers, et divulguent difficilement le secret de ces signes, au moyen desquels ils perpétuent le souvenir de leurs annales.

A l’intérieur de ces petits monuments appelés estuffas (étuves), et qui sont très-communs surtout dans les anciens pueblos, on voit un système de peintures figuratives de plus perfectionné que celui des inscriptions ordinaires de l'Amérique septentrionale. Les tribus du Nouveau- Mexique, qui ne sont pas encore converties au catholicisme, adorent les astres et le feu, comme le faisaient leurs ancêtres : des représentations de ce culte, ainsi que des signes de leur vénération pour Montezuma, sont peints sur la surface intérieure des murs des estuffas. Ces peintures ont beaucoup d’analogie, dans leurs formes et leurs couleurs, avec la pictographie moderne des Peaux-Rouges ; néanmoins. elles sont toutes d’une date antérieure à la

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découverte de l'Amérique par Christophe Colomb, et nous paraissent être l'intermédiaire entre la pictographie perfectionnée des Mexicains et l’art graphique primitif des Indiens du Nord.

Les contours des signes symboliques sont assez corrects ; ils dénotent une connaissance déjà avancée de l’art d'imiter la nature. Dans les estuffas un peu ruinées du pays des Jémez on voit, peints en rouge et en bleu, des plantes, des oiseaux et des quadrupèdes, tels que dindes, cerfs, loups, renards, chiens, etc. Les cerfs et les biches surtout sont remarquables par l’exactitude de leurs proportions et la pureté des lignes.

Les Jémez assurent que ces figures n'ont aucune signification; que ce sont des ornements et non la représentation de quelques événements de leur histoire politique, civile ou religieuse. Mais lorsqu'on connaît le caractère de ces Indiens, il est permis de douter de leur sincérité ; et puis dans ces peintures il y a des signes et des figures groupés de telle facon, qu'ils indiquent évidemment un fait quelconque, un souvenir, une idée complète. Ainsi, une de ces peintures représente l’intérieur d’une chapelle dédiée à Montezuma; au premier étage, on voit deux hommes assis l’un en face de l’autre, et sonnant de la trompette, sans doute pour demander de la pluie à leur protecteur, car à gauche de cette peinture il s’en trouve une autre représentant la même chapelle, mais sans les deux adorateurs; au-dessus du temple dans lequel ils prient est peint un éclair avec un dard, indice de

l'orage, ce qui montre sans doute que Montezuma a promptement exaucé la prière de ses fidèles croyants.

Les gorges étroites du Chaco, du Chelly et presque toutes les vallées du Nouveau-Mexique possèdent, ainsi que les estuffas, de nombreuses inscriptions de tous genres indiquant le même degré de barbarie, sinon les mêmes époques.

La grotte du Rocky-Dell, située sur les confins du Llano Estacado, au nord du Texas, a le plafond couvert de peintures symboliques ; et les murailles, ainsi que le plancher, sont remplis de signes hiéroglyphiques. Une de ces inscriptions les plus curieuses représente un homme nu ayant un tomahawck dans une main et un sabre dans l'autre; de chaque côté de la tête il porte deux énormes appendices qui semblent indiquer des oreilles. Un autre personnage, probablement le Grand Esprit, est représenté avec des ailes et un soleil au bout d’une main. Outre ces personnages isolés, on voit encore des groupes de figures allégoriques représentant des faits historiques. D'abord , c'est un navire avec ses voiles, puis un homme debout sur un cheval et un Indien aux jambes nues, qui le regarde par derrière. Des prêtres avec des croix et des Espagnols viennent ensuite.

Une autre peinture, plus compliquée que la précédente, se compose de lignes droites et courbes, de traces de mocassins, de flèches, d'hommes, de chevaux et d’un soleil. Des Indiens racontent qu'autrefois cette localité était un rendez-vous de chasse, où leurs ancêtres se ren-

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daient pour chasser les buflles. Après s'être réjoui pendant longtemps, ils se reposaient près du ruisseau et traçaient sur les murs de la grotte quelques épisodes historiques. Dans ces hiéroglyphes, ils reconnaissent Monlezuma placé dans cet endroit pour le sanctifier et conserver les sources du ruisseau; ils voient aussi le grand serpent créé par Montezuma pour donner de la pluie et préserver la vie de ses adorateurs. Les hommes ayant des cornes sur la tête représentent la danse des buflles, que les chasseurs indiens célèbrent encore de nos jours avant de commencer leurs chasses,

Les hiéroglyphes trouvés dans la vallée du William, près du Rio Colorado de l'Ouest, ressemblent à ceux de l'El-Moro et du Rocky-Dell ; mais ils paraissent moins compliqués, les scènes sont plus simples ou plus abrégées, les signes sont pour la plupart des figures humaines, des animaux symboliques, des mains, des soleils et des lignes de différentes sortes.

Aux environs de Saint-Louis, dans le Missouri, on à trouvé l'empreinte parfaite de pieds humains ciselés sur une pierre calcaire d’un bleu grisâtre, d'environ deux ou trois mètres de long sur un ou deux de large, et qui fut extraite d’une carrière voisine. Ces empreintes sont tout à fait semblables à celles qui ont été copiées sur les terrasses des temples de Thèbes en Égypte, de Karnak, et particulièrement à Nakhaur dans le Bihar méridional; mais personne n’a pu découvrir encore le sens et les auteurs de cette singulière sculpture.

ën 1759 ou 1760, les Américains, voulant surprendre un célèbre Indien du nom de Natanis (probablement de la tribu des Abenakies), envahirent sa maison, qu'ils trouvèrent vide; mais sur les bords de la rivière qui coule auprès de la cabane de Natanis, ils découvrirent une carte dessinée sur de l’écorce de bouleau et suspendue à une perche : cette c:.rte décrivait très-exactement le cours des rivières vers l2 Canada et les endroits où elles devaient être traversées sous le point de vue stratégique. Les Américains ne manquèrent pas de profiter de cette découverte, qui prouve que les Indiens ne sont point aussi ignorants qu’on se plaît à le croire. Les Lénapes en particulier s’occupaient beaucoup de l’art de graver, appelé par eux ola-walum.

Il serait trop long d’énumérer toutes les inscriptions indiennes découvertes jusqu’à ce jour sur le granit des solitudes américaines, dans les gorges obscures et profondes, d’où le ciel ne paraît que comme un léger ruban d'azur flottant au-dessus de montagnes informes, blanchies par le soleil ou brûlées par les volcans. Que de fois, en parcourant ces régions désertes et sauvages que nous aimions tant à contempler, nous nous sommes surpris à rêver tristement sur l’origine, l’état actuel et l’avenir des Peaux-Rouges, lorsque, en nous frayant un chemin au milieu des ronces et des broussailles, nous trouvions sur une roche isolée, sur un cèdre plusieurs fois centenaire, sur un bouleau gigantesque quelques-unes de ces figures grossières, semblables aux dessins que l'enfant, d’une main

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Les Indiens sont encore des enfants d’un naturel sauvage que les faces pâles abrutissent ; mais il y a des tribus qui résistent à la corruption et qui profitent même de leur contact avec la civilisation anglo-saxonne pour faire des progrès dans les arts et dans l’industrie, Ainsi les Iroquois, les Chippeways et toutes les tribus algonquines du Nord ont développé l'art graphique d’une manière surprenante. Nous avons vu des originaux et des fac-simile de leur pictographie qui sont d’une exécution artistique passable, quoique barbare encore.

La représentation d’une danse d’Iroquois, dont parle M. Schoolcraft ds son grand ouvrage sur les Indiens, et qui a été dessinée par un de ces sauvages, dénote réellement une vraie connaissance des traits humains, des formes et des propcrtions anatomiques ; il y a de l’imagination dans cette composition et de la souplesse dans les contours. Gette danse, quoique grotesque, est peut-être le chef-d'œuvre de la pictographie moderne chez les Peaux- Rouges. Quelques dessins iroquois et même chippeways rappellent, par leurs formes et leurs couleurs, les figures placées sur les vases étrusques ; mais nous avouons qu'ils sont encore bien join de la perfection de ces produits italiques,

Les Iroquois ont montré de tout temps une grande apti-tude à symboliser leurs pensées. Lorsque le comte de Fontenac, à la tête d’une petile armée, envahit leur pays,

il trouva sur les bords de l’Oswego un arbre sur lequel les Indiens avaient figuré l’armée française. Au pied de cet arbre, les soldats trouvèrent deux fagots de bois composés de quatorze cent trente-quatre petites branches, indiquant par là le nombre d’ennemis que les Français auraient à combattre 1.

Actuellement, les Peaux-Rouges retracent bien moins souvent leurs idées, leurs annales et leurs souvenirs sur le: rochers que sur les arbres et sur les peaux dont ils se servent soit pour leurs vêtements, soit pour leurs tentes. La plupart des guerriers ont ainsi l’histoire de leurs hauts faits tracée sur leurs manteaux, leurs tuniques et leurs WwigWams. [Il est rare de voir un de ces vêtements sur lequel ne se trouve pas quelques dessins peints en noir, jaune, rouge, blanc ou bleu, représentant des fusils, des lances, des flèches, des boucliers, des chevelures, le soleil, la lune, des hommes, des chevaux, des routes ou quelques sujets mythologiques.

Nous avons eu en notre possession des manteaux de Comanches en peaux de buffle, dont la partie interne était couverte de figures symboliques qui, avant d’être peintes, avaient été légèrement incisées, au moyen d’un instrument tranchant, dans l'épaisseur du cuir. Sur l’un de ces manteaux on voyait figuré un Indien tenant un couteau à scalper dans une main et une chevelure dans l’autre; huit crânes humains étaient à ses pieds, signifiant

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