NOTICE
SUR LES INSCRIPTIONS AMÉRICAINES ET SUR LA PICTOGRAPHIE DES PEAUX - ROUGES,
Sans voulair expliquer l'introduction des arts graphiques chez les tribus américaines en particulier, nous pouvons hardiment attribuer leur origine aux mêmes causes qui les ont fait naître chez les autres peuplades primitives de la terre, si toutefois ils n’ont pas été transplantés de l’ancien monde dans le nouveau.
Lorsque la grande famille humaine commenca de se former en petites sociétés, ses notions religieuses étaient aussi limitées que ses connaissances dans les arts. Elle avait moins d'amour que de crainte pour la divinité qui l'avait châtiée des fautes de ses ancêtres par l’effrayant Cataclysme du Deluge, dont le souvenir s’est conservé jusqu’à nos jours dans l'esprit des peuples les plus barbares. Mais cette crainte se reportait également sur les objets créés dont la nature avait quelque chose d’imposant. de mystérieux, de dangereux ou de redoutable. Aussi, lorsqu'un homme devenait l'heureux Vainqueur d’un quadrupède, d’un reptile ou de tout être réputé pernicieux
ou puissant, il se plaisait à perpétuer le souvenir de son triomphe par la représentation grossière de l’objet pris ou tué. Plus tard, des signes auxiliaires vinrent s'ajouter à ces substantifs et leur donner de la vie en désignant les détails simples et généraux de l’action représentée.
Telles sont les premières conceptions qui ont dà présider à l’art pictographique et le mettre en usage parmi les peuplades primitives. La. pictographie fut la base des hiéroglyphes, comme ceux-ci furent la base des caractères alphabétiques.
Dans ces ébauches d’un art naissant, on n'avait recours qu’à des signes symboliques ou représentatifs d'idées. Les Égyptiens imaginèrent ensuite de représenter des sons articulés par la représentation de figures animales et d'objets inanimés ; ils perfectionnèrent le système hiéroglyphique en rappelant des noms propres et autres, au moyen de cartouches contenant une série de signes phonétiques. Grâce à la découverte de M. Champollion, qui vit dans chaque signe hiéroglyphique la valeur phonétique d’une simple voyelle ou d’une consonne, on a pu lire sur les inscriptions égyptiennes des noms propres, des substantifs, des verbes et des adjectifs; en un mot, on a déchiffré ces monuments d’une civilisation que les savants et les philosophes avaient fort exagérée, car, après le travail admirable de notre illustre compatriote, on voit que tout hiéraglyphe phonétique est l’image d’un objet physique dont le nom.en langue égyptienne commence par la voyelle ou par la consonne qu'il s’agit de représenter.
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En appliquant ainsi le système égyptien à la langue francaise, nous pouvons former le mot abbé en mettant, par exemple, dans un cartouche, les figures d'un agneau, d'un bateau, d'une balance et d'une épée : :: iatre mots, comme on le voit, commencent par les | :ractères alphabétiques dont nous avons besoin pour composer le mot abbé, Cet exemple nous prouve que les hiéroglyphes égyptiens n'indiquent pas un grand progrès dans l'art graphique, et que les Égyptiens ont été dépassés en cela non-seulement par les Chinois, mais encore par les peuples de l'Amérique centrale.
Dans l'une des trois écritures employées par les Égyptiens, les caractères symboliques jouent néanmoins un grand rôle, comme chez les Peaux-Rouges, et l’on sait qu’'Horapollon nous a même conservé la signification d’un certain nombre de ces caractères : ainsi l’ibis désignait le cœur ; l’épervier, l'âme ; la fldte, l'homme aliéné ; le nombre seize, la volupté ; la fourmi, le savoir ; le nœud coulant, l'amour ; etc.
L'écriture mexicaine, d'après M. Aubin, présente au moins deux degrés de développement. Dans les compositions grossières dont les auteurs se sont presque exclusivement occupés jusqu'ici, elle est fort semblable aux rébus que l’enfance mêle à ses jeux. Comme ces rébus, elle est généralement phonétique, mais souvent aussi confusément idéographique et symbolique. Tels sont les noms de villes et de rois cités par Clavigero, d’après Purchas et Lorenzona, et d’après Clavigero par une foule d’auteurs.