DE L'ART GRAPHIQUE DES PEAUX-ROUGES ET COMMENTAIRES
SUR LE ZiVRE DES SAUVAGES,
On n’a jamais douté qu'il n’existât parmi les tribus de l’Amérique septentrianale une espèce d’alphabet nictographique, une série de figures homophoniques qui, par la juxta-position de signes symboliques, représentaient des actions et des idées, obscures, imparfaites il est vrai, mais ayant un sens défini. Outre cet alphabet commun, qui paraissait être connu de tout le monde, on crovait que les ho,..mes-médecines, c’est-à-dire les prêtres et les magiciens, possédaient, comme les prêtres égyptiens, un système graphique plus complet pour les chants sacrés et les mystères religieux, et dont ils se servaient phonétiquement pour rappeler à la mémoire des initiés les notes musicales et les paroles qui devaient être chantées. En effet, on a remarqué, particulièrement dans les tribus du Nord, que les Indiens se servaient dans leurs cérémonies mystiques et superstitieuses de notes pictographiées, peintes sur des écorces de bouleau.
Les premiers missionnaires observèrent aussi que les Peaux-Rouges avaient un système héraldique par lequel on reconnaissait la division des tribus en clans ou familles,
re ge
Re ES
ri
au moyen d’un emblème appelé fotem (prononcez dodem) qui démontrait les affinités et les liens de consanguinité. Ce totem ou blason se plaçait sur les tentes et sur les poteaux mortuaires pour indiquer le clan auquel la famille ou le défunt appartenait. Au Texas, nous avons vu des familles entières de Peaux-Rouges portant leur totem tatoué sur le visage. Le mot totem est dérivé d’un terme générique des langues indiennes du Nord qui veut dire ville ou village, et se rapporte au mot de maison employé dans un sens héraldique. En effet, le totem est un vrai signe de blason; il représente à la fois le nom, les armes et la devise des grandes familles sauvages. Les personnes qui ont le même totem ne peuvent pas se marier entre elles ni l’échanger contre un autre.
Si la pictographie est la plus ancienne méthode adoptée par les peuples primitifs pour exprimer leurs idées, comme les monuments anciens nous en fournissent des preuves surabondantes, le système totémique, c’est-à-dire la représentation d’un nom ou d’un personnage par un signe symbolique, réclame la priorité dans cet art. Les sceaux et les cachets mis en usage pour indiquer la devise, la marque ou la signature d’une personne confirment notre assertion.
Cette division d’une tribu en différents clans ayant le même emblème, comme les Highlanders en Écosse, existe chez les Peaux-Rouges depuis une époque immémoriale, Cet emblème est ordinairement un quadrupède, un oiseau,
un poisson ou un reptile, c’est rarement une plante, un
cez dodem) sanguinité.
s et sur les el la famille ons vu des leur totem d'un terme ù veut dire son employé in vraisigne armes et la rsonnes qui ntre elles ni
ode adoptée lées, comme es preuves ire la représigne Symes sceaux et devise, la
ment notre
ns ayant le ‘osse, existe mémoriale.
, un oiseau,
plante, un
arbre où un corps inorganique. À la mort d'un grand chef, lorsqu'on met un poteau mortuaire ou une pierre tumulaire sur le lieu de la sépulture, on peint toujours sur cette pierre ou sur ce poteau le totem du défunt dans une posture renversée. Ce genre d’épitaphe est facile à lire.
Il y a des hiéroglyphes que nous appellerons fotémiques, parce que les totems en forment les signes principaux et caractéristiques. Ils indiquent ordinairement une sorte d'unité de vue et de pensée d’une fnanière fort simple ; c’est un mode d’arrangement systématique et presque uniforme dans toutes les tribus du Nord.
Nous avons vu la représentation d’une émigration de Clippeways venant des bords d’un lac et allant à travers des rivières, des forêts et des montagnes dans un pays civilisé. Cette scène était peinte par les sauvages eux mêmes sur une écorce de bouleau. En bas du tableau, on voyait plusieurs petits lacs bleus placés les uns à côté des autres; plus haut, une grande rivière de la même couleur, et se dirigeant de l'Est à l'Ouest; au-dessus de cette rivière, des criques, des arbres, symboles des forêts, et des tumuli imitant des montagnes $e trouvaient disséminés cà et là; enfin, au sommet du tableau, il y avait une douzaine d'animaux (totems des chefs chippeways) portant un cœur peint en rouge sur la poitrine, et placés les uns derrière les autres. Des lignes noires partaient des yeux et du cœur de tous ces animaux emblématiques et allaient aboutir aux veux et au cœur de celui qui était à la tête de
ete | LAN
Van
la troupe et semblait commander l'expédition. On voyait également deux autres lignes noires tracées dans cette pictographie; la première partait du lac inférieur pour aboutir à l'œil de l’animal qui guidait les autres, et la seconde sortait de son cœur pour pénétrer dans une cabane située en face de lui. L’explication de cette scène est presque inutile, tant la pensée de l'artiste est simplement et clairement rendue dans ce sujet. Les lignes noires conver- “eant vers le même point symbolisaient l’unité de vue, à ::es et de sentiments des chefs chippeways, dans l’exécution du projet qui leur faisait quitter les bords solitaires d’un lac où ils demeuraient, pour aller s'établir dans un pays civilisé, figuré par la cabane, ei sous la conduite du chef qui les guidait.
Il y a des totems qui représentent une idée plus ou moins abstraite; dans ce cas, le symbole de cette idée prend une forme arbitraire dont on ne devine la signification qu'approximativement et d’après des données déjà reçues. Ainsi le Vent-qui-souffle, nom d’un guerrier ottawa, est symbolisé par un totem représentant une feuille de saule traversée par des lignes obliques; l’Aurore-qui-se-lève , nom d’un autre chef indien, est représenté par un cygne qui secoue ses ailes; le Tonnerre-qui-gronde est dépeint par des zigzags semblables à la foudre, que l’on place dans les serres de l’aigle, etc.
Outre les signes totémiques, la pictographie des Peaux- Rouges comprend encore deux sortes d’écritures figuratives, dont l’une se compose de signes vulgaires et l’autre
RS
n. On voyait ans cette picr pour abouet la seconde cabane située > est presque ment et claioires Converinité de vue, ss, dans l’exéords solitaires ablir dans un a conduite du
idée plus ou tte idée prend à signification s déjà reçues.
er ottawa, est uille de saule pqui-se-lève , par un cygne e est dépeint e l’on place
ie des Peauxitures figuraires et l’autre
er
de signes hiératiques. M. Schoolcraft divise la pictographie indienne en deux catégories, dont les noms et les divisions sont en algonquin. Quoique cette double division ne nous paraisse pas très-exacte, puisque l’auteur lui-même place un épisode de chasse dans la catégorie du kekeewin, elle est néanmoins fort utile, et nous la mentionnerons brièvement.
La première catégorie, appelée kekeewin (prononcez kikiouïnn), comprend les voyages et les sépultures (adjidatigwum) ; la seconde, désignée sou :e titre de kekeenowin, comprend la médecine (medawin), .* nécromancie (jesukawin), les révélations (wabeno), les chasses (keossawin), la guerre (nundobewunewun), l'amour (sageawin) et l’histoire (muzzinabikon).
Le mot kekeewin signifie écriture peinte ou pictographie, et désigne les signes représentatifs simples. Le mot kekeenowin signifie pictographie instructive, et désigne plus particulièrement les signes symboliques. Les inscriptions indiennes concernant les voyages, les sépultures, les guerres et les chasses sont d’une interprétation facile, et pour peu que l’on se soit familiarisé avec le système totémique et les signes symboliques des Indiens, on déchiffre ces sortes d'inscriptions sans beaucoup de difficultés. Aïnsi l’épisode de chasse à laquelle nous faisions allusion plus haut était consigné sur un pinus resinosa, près du Namakaxgon, tributaire du Sainte-Croix. Il représente deux animaux totémiques placés au-dessus de deux canots, se dirigeant vers un ours noir, et au-dessous de cet ours
6x MANUSCRIT PICTOGRAPHIQUE
se trouvaient six barbots. Cela signifiait que deux chasseurs (de latribu des chippeways), représentés par les deux animaux totémiques, tuèrent un ours et prirent six barbots du temps qu’ils campaient sur les bords de la rivière.
Les inscriptions tracées sur les poteaux funéraires (adjidatigwum) rappellent les regrets des vivants et la gloire ou les vertus des défunts. Les Peaux-Rouges ont toujours eu une vénération profonde pour les morts, et le culte assidu qu'ils leur rendent est vraiment touchant. Les tombeaux indiens sont généralement situés dans des lieux pittoresques, sur des éminences d’un aspect gracieux et romantique, et au-dessus ou à côté des tombeaux de personnages illustres ou vénérés on plante un poteau avec le totem du défunt et des signes symboliques qui indiquent les principaux événements de sa vie. Dans certaines tribus les poteaux funéraires ne sont plantés sur les tombeaux que lorsque le corps du défunt est tombé en dissolution ; alors on recucille ses ossements, on les enterre et l’on met au-dessus l’épitaphe hiéroglyphique. Dans ces sortes d’épitaphes, le totem est peint renversé, ou bien à côté de lui on dessine une espèce de croix de Saint-André fermée et ayant la forme d’un sablier.
Les autres inscriptions sont beaucoup plus compliquées que les précédentes, et sont particulièrement l’œuvre des prêtres magiciens ou hommes-médecines, pour rappeler leurs cérémonies mystérieuses, l’art de la médecine magique et les oracles qu’ils prétendent rendre sous l’influence des esprits qui les protégent.
deux chaspar les deux six barbots la rivière.
‘aires (adjiet la gloire nt toujours et le culte chant. Les ns des lieux gracieux et aux de perteau avec le i indiquent aines tribus s tombeaux dissolution ; » et l’on met sortes d’épicôté de lui ré fermée et
ompliquées l'œuvre des ur rappeler decine ma-
sous l’in-
AMERICANN. 69
Ceci nous oblige à dire quelques mots sur l'existence, dans les grandes tribus du Nord, de deux classes d'hommes qui font profession, les uns, de connaître l'art de guérir les maladies par la magie et par des simples, et s’appellent medas où midés ; les autres prophétisent, interprètent les songes et s'appellent yossakeeds ou jissoukés. On a voulu donner à ces deux classes le caractère d’une association dont l'importance équivaudrait à celle de la franc-maçonnerie ; nous le croyons d'autant moins, que cette fraternité prétendue ne s'accorde guère avec les haines, encore existantes, de tribu à tribu, et qui font que les midès et les Jjissoukés s’entr'égorgent sans pitié comme les autres guerriers.
Il est de fait notoire que les Indiens intelligents comprennent facilement la plupart des monuments pictographiques gravés ou peints par les magiciens et les prophètes ; cela nous porte à croire que ces deux corps n’ont aucun lien particulier qui les rattache aux autres tribus, et que leur idéographie suit les mêmes principes que celle des autres populations de l’Amérique septentrionale. Elle ne diffère de l’idéographie vulgaire que par un peu plus d’incohérence et d’obscurité, qui découlent naturellement des sujets qu’elle représente, et dont le caractère est essentiellement mystique.
Les midès sont régulièrement organisés en corps pour étudier et enseigner la magie. Les jissoukés ne forment pas une association proprement dite : ils se composent d'hommes isolés qui se livrent aux prédictions et à l’inter-
prétation des songes et des augures. Néanmoins, dans la pratique, ces deux arts ne laissent pas d’avoir quelque analogie ; ainsi le midé cherche à se rendre les événements propices et le jissouké les prophétise, Tous les deux attribuent leur pouvoir à l'intervention des esprits qui peuplent le ciel et la terre, et tous les deux possèdent des amulettes qui leur donnent une puissance surnaturelle.
Parmi les tribus algonquines, et probablement d'autres peuplades du Nord, on voit une troisième classe d'individus formant une association secrète dans ses rites, et appelée wabeno(prononcez ouabino), de ouabun, lumière du matin, parce que les réjouissances, ou plutôt les orgies auxquelles se livraient les membres de la société pendant leurs réunions nocturnes, duraient jusqu'à la pointe du jour. Cette institution est d’une origine plus moderne que celle des midés ; elle en est non-seulement une modification, mais encore une dégradation ; son objet unique paraît être le plaisir des sens, la luxure et le culte du phallus dans ce qu'il avait anciennement de plus ignoble. L'amour, qui n’entre point dans les compositions du midawin, est souvent chanté dans les orgies du wabeno, dont les rites mystérieux nous sont très-peu connus, et que le manuscrit que nous publions fera sans doute mieux connaître.
Telles sont les trois classes d'hommes qui ont le plus développé l’art graphique dans les déserts de l’Amérique septentrionale. Il est inutile de donner ici des détails sur ces institutions étranges qui tombent, sinon devant les progrès que fait la civilisation parmi les tribus améri-
ns, dans la uelque anaments proattribuent plent le ciel tes qui leur
ent d’autres d'individus et appelée e du matin, uxquelles se rs réunions Cette instides midés :
ais encore re le plaisir e qu’il avait entre point ent chanté érieux nous le nous pu-
ont le plus l'Amérique détails sur devant les bus améri-
caines voisines des pionniers anglo-saxons, au moins sous l'influence de toutes les causes qui contribuent à leur décadence et à l'extinction de la nationalité indienne. Du reste, nous sommes convaincu qu'on à donné trop d'importance à ces institutions, que les opinions qui ont été émises sur ce sujet sont un peu hasardées, et qu'il règne encore beaucoup plus d'obscurité que de certitude sur la nature de ces trois sociétés.
Les curieuses recherches de M. Schoolcraft sur les midés, les jissoukés et les ouabinos ne laissent pas d'offrir les renseignements les plus complets qui ont été écrits jusqu’à ce jour sur ces mystérieux inspirés ; mais pour éviter des discussions fastidieuses, nous nous bornerons à dire quelques mots sur les chants pictographiés des midés et des ouabinos surtout, car les jissoukés racontent, écrivent leurs prophéties, mais ne les chantent pas; et, comme ils ne forment pas un corps proprement dit, leur pictographie, toute individuelle, rentre dans là catégorie commune de l’art graphique, dans ce qu’elle a de plus primitif,
Les midés, dans l'exercice de leurs fonctions médicales et dans leurs cérémonies mystiques, chantent ordinairement des chansons qu'ils savent par cœur, ou qu'ils ont pictographiées sur des peaux ou des écorces de bouleau, et dont les figures sont des symboles mnémoniques qui servent à rappeler les paroles figurées par un type conventionnel. Ces paroles, pour être répétées, doivent avoir été apprises une fois; car, quoique les signes qui les re-
présentent ne soient pas variables, celui qui ne connaît pas les signes ne pourrait pas chanter les paroles. On peut dire que ces signes sont à la fois phonétiques, mnémoniques et homophones, et c’est ce qui en rend Pintelligence impossible à celui qui n’y a pas été antérieurement initié. Dans ces sortes de signes, la valeur phonétique n’est conservée que d’une manière relative ; ainsi la figure d’un lièvre o1 d’une oïe ne représentent pas les sons wau-bos (lièvre), wai-wai (oie), mais bien le nom générique d’un quadrupède ou d’un oiseau dans un sens figuratif ou représentatif.
Ce mode primitif de rappeler les idées est trop imparfait pour spécifier les sons; n ‘inmoins, c’est un moyen puissant pour aider la mémoire et lui raviver le souvenir des choses apprises ; c’est aussi le but unique que se proposent les Peaux-Rouges en pictographiant leurs chansons. Ceci est très-important à savoir pour déchiffrer les inscriptions historiques, où le totem joue un si grand rôle. On voit par ce qui précède, que ces caractères hiéroglyphiques ont nécessairement différentes clefs, qui varient sinon de tribu à tribu, du moins de nation à nation,
Après un minutieux examen de la pictographie des ouabinos, on s'aperçoit que les signes symboliques représentant des paroles suivent tes mêmes principes que nous venons d'indiquer pour les chants des midés, et qu'ils n'ont d'autre valeur que celle de l’association des idées
1. Une nation se compose quelquefois de cinq ou six tribus, et même davantage.
ne connaît Jaroles. On ques, mnénd lintellirieurement phonétique si la figure as les sons nom génc-
1 sens figu-
p imparfait en puissant " des choses oposent les is. Ceci est nscriptions le. On voit hiques ont
on de tribu
aphie des jues représ que nous , et qu'ils
des idées
us, et même
qu'on y attachait en pictographiant les sons, si nous pouvons nous exprimer ainsi. Citons quelques exemples. Un signe hiéroglyphique représentant un homme tenant un serpent vivant dans ses mains doit s’interpréter par ces mots : « Je l’ai pris sous terre »; un chasseur debout avec un arc et des flèches, se traduit ainsi : « Je chasse avec deux corps » ; un arbre avec deux jambes signifie : « Je danse jusqu’à l’aurore », etc. Comme on le voit, ces expressions indiquent un symbole, une action mystique. Pourtant il règne souvent de l’incohérence dans les idées représentées par les signes symboliques ou phonétiques, et ces signes ayant en outre une clef variable pour leur interprétation, il s'ensuit que cette idée est très-difficile à découvrir. Aussi nous ne doutons pas qu’une inscription indienne appartenant à l’une de ces catégories ne puisse être interprétée de deux ou trois manières, complétement différentes les unes des autres.
Le premier travail de l’interprète sera donc de classer l'inscription qu’il veut traduire, et de 1 examiner attentivement, afin de savoir si elle appartient à la pictographic commune, à la pictographie totémique, ou à la pictographie que nous appellerons mystique, parce qu'elle est uniquement pratiquée par ies membres des sociétés secrètes dont nous avons parlé pius haut. Cette classification nécessaire fera connaître, dans une certaine mesure, non la valeur des signes, mais l'association des idées qui se rattachent
aux signes pictographiés. C’est après avoir fait ce travail
que nous sommes arrivé à croire que le manuscrit indien que nous publions participe de ces trois caractères.
Malgré les lacunes qui se rencontrent par ci, par là, et la détérioration de quelques feuillets qui interrompent les récits pictographiés, nous croyons pouvoir établir quatorze divisions ou chapitres dans ce manuscrit. La plupart se rapportent aux turpitudes phalliques, spermatiques, excrémentitielles et même sanglantes, si communes aux anciennes populations «es deux mondes. Quelques traits d'histoire viennent se mêler à ces coutumes barbares, dont l’origine, comme nous le verrons par la suite, est souvent religieuse.
A côté de ces représentations grossières, historiques, mystiques et symboliques, se joignent un grand nombre de caractères hiéroglyphiques, dont nous ignorons la valeur, et de caractères alphabétiques appartenant à plusieurs langues, que nous n’avons pas pu reconnaître d'une manière positive, à cause de l’imperfection de ces caractères, dont la plupart, européens et modernes, sont joints à d’autres, soit anciens, soit inventés (comme ceux de l’alphabet cherokee), pour exprimer des syllabes. Aussi, pour ne pas émettre légèrement une asserticn précoce, nous préférons nous abstenir de toute dissertation sur ce sujet. et remettre à plus tard une étude apnrofondie des inscriptions alphabétiques mélangées aux signes hiéroglyphique de ce manuscrit.
Nous dirons pourtant que parmi les quarante inscriptions
crit indien ères.
ar là, et la mpent les r quatorze plupart se iques, exunes aux ques traits ares, dont st souvent
istoriques, id nombre ‘ons la vant à pluaître d’une ces Caracsont joints e ceux de es. Aussi, 1 précoce, ion sur ce fondie des
hiérogly-
scriptions
alphabétiques! dont nous venons de parler, et dont quelques-unes sont assez longues, les noms de Maria, Anna, Joannes semblent y être écrits d’une manière très-intelligible, ainsi que d’autres mots, sinon allemands où anglais, au moins d’une origine tudesque.
La première division, qui comprend douze pages, est fort obscure à cause des vides qui résultent de la détérioration de plusieurs feuillets; néanmoins, elle comprend des signes que nous ne pouvons passer sous silence, etsur lesquels nous ferons quelques observations, sans vouloir le moins du monde imposer nos opinions à personne. Nous laisons le champ de la discussion parfaitement libre, et nous adopterons même volontiers toute interprétation contraire à la nôtre, lorsqu'elle nous sera démontrée clairement et posée sur des bases solides, si difficiles à trouver dans ce nouveau terrain. Nous regrettons seulement de ne pouvoir pas expliquer tous les signes comme nous en expliquerons une bonne partie, et quoique notre travail sera nécessairement incomplet, nous n’hésitons pas à le livrer à la publicité pour faciliter la tâche de ceux qui voudront traduire littéralement ce singulier document de le pictographie indienne.
La première page se compose de signes de diverses natures. Le premier nous paraît un totem ayant la forme d'un animal. Le deuxième, qui ressemble au chiffre ro-
main X, est sans doute un signe numérique, car dans
i. Nous ne mentionons pas celles qui nous paraissent ne représenter
qu'une lettre où qu'une syllabe.
76 MANUSCRIT PICTOGRAPITOUE
plusieurs inscriptions indiennes il a la valenr d'in nombre. Le troisième signe, qui revient fréquemment dans le manuscrit, nous est totalement inconnu. Les caractères suivants : 10,1, 0 et , paraissent souvent comme les signatures de Wampatuck, Mammion, Weymous et Canowa (puissants sachems qui vivaient dans le xvrr° siècle), dans les contrats qu’ils firent soit avec le gouvernement, soit avec des particuliers; mais ici ces caractères ne sont pas des signatures, mais bien des signes idéographiques, phonétiques ou même symboliques. Nous penchons pour cette dernière hypothèse, et nous croyons que le signe formé de deux barres, au milieu desquelles se trouvent un ou deux cercles, indique une journée ou une fraction de la journée. Le cercle simple ou double, dans la pictographie des Peaux-Rouges, doit s’interpréter ordinairement pour un symbole du temps. Gutte interprétation nous paraît pouvoir s’appliquer au troisième signe de la première ligne et au premier signe de la troisième ligne; ce dernier n'étant que la moitié du premier. On peut donc supposer avec de la vraisemblance, que l’auteur du manuscrit a voulu représcnic" par ce moyen le nombre de jours ou de fractions du jour que duraient les scènes phalliques ou historiques qu’il peint, ou bien encore l’époque où ces scènes avaient lieu. Comme les Indiens comptent par lunes ou mois et par neiges ou hivers, il leur était trèsfacile de préciser ainsi, par une modification du symbole ordinaire, le jour qu'ils voulaient désigner.
Le premier signe de la seconde ligne représente cer-
in nombre.
dans le maactères sui- 1e les signaet Canowa ècle), dans ement . soit ne sont pas iques, phos pour cette ne formé de un ou deux > la journée.
-raphie des nt pour un paraît poumière ligne ce dernier onc suppomanuscrit
de jours ou
était très-
u symbole
sente cer-
tainemient deux cornes, et par conséquent le symbole du commandement ou du pouvoir «ans un sens de domination. On se rappelle que dès la plus haute antiquité, les cornes furent prises pour le symbole de la puissance cu de la force active; aussi les dieux, tels que Bacchus, Harpocrates ec son fils Archeloüs, étaient-ils représentés avec le front orné des cornes du taureau. Les chefs indiens actuels portent encore dans un grand nombre de tribus, lorsqu'ils sont revêtus de leur plus beau costume, une coiffure surmontée de deux cornes de buffles. La nature de ce pouvoir ou de cette force est souvent spécifiée, dans la pictographie indienne, par des signes additionnels placés entre les cornes. comme nous le verrons par la suite.
Le premier signe de la page 3 nous paraît svmboliser le ciel, dans un sens figuré, écoutant les prières de celui qui l’invoque. Nous basons notre hypothèse sur la ligne courbe qui se replie à l’intérieur pour former deux sortes d'oreilles longues. A la page 48, on voit en effet un Indier indiquant de la main à quatre autres Indiens ce mêrr signe, comme pour leur montrer que le ciel, attentif à ses vœux, est prêt à faire sa volonté.
Le premier signe de la page 4 est certainement un phallus, emblème de la fécondité. On sait que le culte du phallus, du priape et du lingam, qui ont la même signification, était, dès les temps les plus reculés, non-seulement répandu dans l'Asie, l'Égypte et l'Europe, mais même
dans l’Amérique centrale, et surtout parmi les populetions
du plateau de l’Anahuac. C’est sans doute du Mexique que les Peaux-Rouges l'ont recu, car les statuettes phalliques découvertes dans l'Amérique du Nord, et dont nous parlons dans notre récent ouvrage publié à Londres !, ont été trouvées sur le territoire de tribus d’origine mexicaine. Seulement, ce culte est tombé en désuétude parmi les Peaux-Rouges ; il est devenu, comme en Grèce et à Rome, le principe de pratiques superstitieuses, obscènes et dépravées, encore en usage dans les réunions nocturnes des ouabinos.
Pourtant ce simulacre n’est pas indécent parmi les peuplades sauvages et à demi nues, comme il l’est chez les peuples civilisés ; il est ordinairement adopté dans la pictographie indienne pour représenter la force régénératrice du soleil et l’action de cette force sur tous les êtres de la nature. Aussi le rencontre-t-on isolé dans quelques inscriptions américaines, comme il l'était autrefois en Égypte, avant qu’on ait eu l’idée de le faire adhérer au corps humain. « Les Assyriens et les Perses, au dire de « Ptolémée, considéraient comme sacrés les membres « destinés à la génération, parce qu’ils sont les symboles « du Soleil, de Saturne et de Vénus, planètes qui président « à la fécondité, » On voit par là que ce n’était pas seulement le simulacre du sexe masculin, mais aussi celui
du sexe féminin que les Assyriens et les Perses consacraient
À, Seven years residence in the great deserts of North America, by the Abbé Domenech, 2 vol., with engravings, music and map. Longman, Green and Co, London, 4860,
lexique que phalliques nous pares 1, ont été mexicaine.
parmi les et à Rome, es et dépra-
turnes des
, parmi les 1 l’est chez dopté dans rce régénéus les êtres s quelques trefois en adhérer au au dire de s membres s symboles i président it pas seuaussi celui
bnsacraient
erica, by the >. Longman,
dans leurs cérémonies religieuses. Nous trouverons dans ce manuscrit de nombreux exemples de cette réunion de la figure des deux sexes.
En Égypte comme.en Amérique, le phallus se plaçait quelquefois sur la tête ou sur la bouche comme symbole de la force, de la puissance, uni à celui d’une double fécondité. Dans ce manuscrit, le phallus est fréquemment placé verticalement sur la tête, où horizontalement à côté des veux, des oreilles ou de la bouche. Nous voyons dans cet arrangement une indication de la force, de la puissance et de la fécondité des sens, ou des facultés localisées dans certaines parties du corps humain. Néanmoins, on ne doit pas toujours prendre le phallus dans la pictographie des Peaux-Rouges pour un signe symbolique; il n’est malheureusement que trop souvent une représentation plus ou moins exacte des scènes lubriques pratiquées parmi les sauvages.
Le dernier signe qui précède la dernière ligne de la page 4, à moitié déchirée, est ordinairement interprété. comme la croix de Saint-André fermée en haut et en bas, pour un scalp, un homme sans tête ou un homme mort.
La première figure de la page 5 représente un esprit ailé qui semble protéger deux Indiens assis ou courbés, tenant un phallus dans une main.
Le premier signe de la deuxième ligne (page 6) indique généralement un homme mort, comme nous l'avons déjà remarqué ; aussi ne reparlerons-nous plus de ce signe. Au
milieu de la page vient ensuite un géant. assis avec un
phallus au bas du ventre. Au-dessus de lui se trouvent plusieurs figures, dont l’une à la tête ornée d’une auréole. Ce signe symbolise la puissance céleste, un pouvoir miraculeux que possède l'individu qui en est ainsi décoré. Les esprits ou génies de second ordre sont également représentés de cette manière.
Les deux figures humaines de la page 7 ont les mains levées vers le ciel et le phallus en état d’érection. Nous croyons que ce sont deux ouabinos invoquant les esprits célestes.
Quoique la page 8 soit fort détériorée, nous pensons voir dans ces deux groupes de figures humaines quelque épisode des scènes contre nature pratiquées par les ouabinos dans leurs orgies nocturnes.
La page 10 nous montre à la première ligne un esprit tenant un faisceau de verges placées au-dessus d’un Indien dans une position inclinée. Ces verges peuvent être prises indifféremment pour des plumes d’aigle, emblème du pouvoir, pour des plantes magiques ou pour une émanation d’une puissance supérieure, d’un esprit qui répand sur l'individu un châtiment, une récompense ou un pouvoir surnaturel. La première figure de la troisième ligne est l'emblème de l'aurore, moment consacré à la clôture des cérémonies mystérieuses des ouabinos. La figure qui vient ensuite est ornée, de chaque côté de la tête, de deux appendices, symboles de l'attention. Ce sont deux oreilles ouvertes et attentives. Les Peaux-Rouges mettent ces
appendices aux esprits pour montrer qu'ils écoutent les
se trouvent ine äauréole.
uvoir miransi décoré.
également
t les mains ction. Nous
les esprits
US pensons es quelque ar les oua-
e un esprit ‘un Indien être prises
me du pouémanation
répand sur un pouvoir
e ligne est
clôture des
re qui vient , de deux ux oreilles 1iettent ces coutent les
AMÉRICAIN. s1
prières de leurs serviteurs, aussi bien qu'aux mortels pour signifier leur attention aux inspirations des esprits.
La page 11 symbolise une des cérémonies mystérieuses des cuahinos : treize esprits ou hommes inspirés entourent l'arbre magique, si fréquemment chanté par les membres de cette société, Plus bas se trouvent deux Indiens assis, dont l’un porte un phallus incliné vers treize ou quatorze figures alignées sur deux rangs. Cinq de ces figures ont un bras en l’air dirigé vers le phallus de l’Indien. Nous croyons que cette scène phallique est tout à fait mystique et ne renferme aucune idée obscène.
La page 12 est à peu près la répétition de la 8; seulement, la troisième figure de la première ligne et la première figure de la deuxième ligne ont sur la tête une coiffure qui ressemble beaucoup à celle que portent les shoshonies lorsqu'ils célèbrent la fête du soleil; nous ne pensons pas que cette coiffure ait une importante signification.
Le second chapitre, qui ne se compose que des pages 13 et 16, nous paraît désigner l'introduction du christianisme dans une ou plusieurs tribus du Nord. Les pages 14 et 45 sont en blanc, et nous semblent moins une lacune dans le sujet qu’une inattention de l’auteur, qui les aura sautées sans s’en apercevoir. Le commencement de ce chapitre nous offre des figures dont nous avons déjà parlé, et de nouveaux signes qui reviennent à plusieurs reprises dans le courant du manuscrit. Le premier signe de la
quatrième ligne est un Indien portant au-dessus de la tête
soit un phallus, soit un autre symbole de la puissance ou de l’abondance qu’il reçoit d’en haut, c’est-à-dire d’une manière surnaturelle. Cette puissance doit être plutôt morale, intellectuelle que physique, car le personnage en question ne possède aucun des attributs que portent ordinairement les chefs ou les personnes pourvues d:s biens terrestres. La seconde figure de la même ligne est une chapelle ou une cabane de chrétien; les tentes indiennes, qui ont à peu près la même forme, ne sont pas surmontées d’une croix, et n’ont pas ces lignes horizontales qui indiquent les poutres avec lesquelles se construisent en Amérique les maisons appelées log-house. L'arbre qui vient après la chapelle désigne, dans la pictographie indienne, une forêt ou un bois. Le quatrième signe de la dernière ligne est probablement un os magique, et le cinquième de la même ligne, une pierre magique dont les Indiens se servent dans leurs superstitieuses cérémonies. Les Dacotas vénéraient autrefois des divinités monstrueuses représentées par des signes à peu près analogues à ceux-ci. On pourrait facilement donner un sens rationnel et même historique à ces deux dernières lignes, mais nous préférons nous contenter d'expliquer simplement les figures, afin de ne pas émettre une interprétation hasardée.
La deuxième figure de la quatrième ligne (page 16) est un signe fort compliqué, qui se compose de plusieurs cercles (dont deux sont croisés), et qui peut s’interpréter de différentes manières. La plus simple serait de le
prendre pour un symbole du temps, de l’aurore, du ciel
uissance ou -dire d’une être plutôt rsonnage en ortent ordi- :s ds biens est une chadiennes, qui surmontées es qui indint en Amére qui vient ie indienne, la dernière inquième de ; Indiens se es Dacotas s représeneux- ci. On el et même nous préféles figures, rdée.
(page 16) e plusieurs interpréter rait de le bre, du ciel
ou du soleil; mais ce signe revient ensuite plusieurs fois avec tous les caractères d’un personnage; cette particularité, jointe à celle que le petit cercle supérieur est marqué d’une croix ainsi que l’ovale inférieur, nous fait penser que l’auteur à voulu représenter un missionnaire au moment de la célébration des saints mystères, dans une tribu composée de plusieurs villages catholiques, ou dans plusieurs tribus contenant chacune une église. Dans cette hypothèse, ce signe serait interprété dans un sens kyriologique et non pas symbolique; le cercle croisé d'en haut représenterait l’hostie que le prêtre élève au-dessus de sa tête après la consécration, et l’ovale croisé serait une image de la chasuble que le prêtre porte pendant la messe.
Le troisième signe de la troisième ligne peut également recevoir plusieurs interprétations, en donnant une importance réelle aux lignes rouges perpendiculaires tracées entre les noires. Nous croyons que ce signe symbolise la terre, ou mieux encore le firmament, d'où s’échappent la foudre figurée par les lignes rouges, et la pluie figurée par les lignes noires. Dans une inscription chippeway que nous avons étudiée, il y avait deux signes à peu près semblables à celui-ci : l’un était totémique et signifiait une vallée, l’autre était kyriologique et désignait la terre; mais aucun n'avait les liges rouges qui nous font supposer que l’auteur a voulu représenter plus particulièrement ici le firmament. Cette hypothèse nous porte à croire que la
première figure de la deuxième ligne n’est pas un chef
4 ji 74 À ee AS << <<