‹ Manuscrits de Évariste Galois. [Papiers et écrits mathématiques.]Chapitre 1 sur 6 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Les manuscrits de Galois ont été remis à Joseph Li ou vi 1 le par Auguste Chevalier : Lion ville a légué sa bibliothèque et ses papiers à Fun de ses gendres, M. de Blignières ('). Mme de Blignières s'occupe pieusement de classer les innombrables papiers de son mari et de son illustre père. Elle a recherché et su retrouver (non sans peine) les manuscrits de Galois : ceux-ci, ainsi que d'autres papiers importants, seront donnés à l'Académie des Sciences : Mlne de Blignières a bien voulu, en attendant, m'autoriser à examiner les manuscrits de Galois et à en publier des extraits : je lui exprime ici ma profonde reconnaissance.

Je dois aussi des remercîments à M. Paul Dupuy, dont tous les géomètres connaissent la belle Notice sur la vie d'Evariste Galois, publiée dans les Annales scientifiques de l'Ecole Normale (2).

(') Céleslin tic Blignières (1820-1905), ancien Élève de FÉcole Polytechnique, a été Fun des disciples directs d'Auguste Comte, l'un des plus distingués sans doute et vraiment capable, par l'étendue de son esprit et de son savoir, de comprendre pleinement la doctrine du maître. Mais l'indépendance de son caractère et l'originalité de son esprit l'ont empêché de s'enrôler dans l'un ou l'autre des partis du Positivisme. Il plaisantait parfois de son isolement et se qualifiait de bli g nié ris te : on lui doit une intéressante Exposition de la Philosophie et de la Religion positives (Paris, Chamerot, 1857).

Pendant neuf ans ( 1 87^-1882 ), un commerce de pensée, très actif, s'établit entre Liouville et M. de Blignières. De ce commerce, dont Fun et l'autre ont beaucoup joui, M. de Blignières a gardé jusqu'à sa mort un souvenir singulièrement vif et présent .

(2) Tome XIII ( 1 Sq6 ) de la 3e série. Cette Notice a été reproduite, avec le portrait de Galois, dans les Cahiers de la quinzaine [2e cahier de la 5e série (1908)]. T. 1

M. Dupuy a bien voulu procéder à un premier classement des manuscrits qui m'avaient été remis et en séparer ceux qui appartiennent incontestablement à Galois, dont il connaît bien l'écriture.

Les lignes qui suivront, les quelques fragments ou notes que je pourrai publier n'ajouteront rien à la gloire de Galois : elles ne sont qu'un hommage rendu à cette gloire dont l'éclat n'a fait que grandir depuis la publication de Liouville.

Cette publication a été faite de la façon la plus judicieuse ; mais, soixante ans plus tard, on est tenu à moins de réserve. Les mathématiciens s'intéresseront toujours à Galois, à l'homme et à ses écrits : il est de ceux dont on voudrait tout savoir.

Je m'occuperai tout d'abord des œuvres posthumes et des papiers qui s'y rapportent. Pour la plupart de ces papiers, on possède la copie de Chevalier; d'ailleurs l'écriture de Galois est, d'ordinaire, parfaitement lisible et même assez élégante; mais elle est parfois abrégée, hâtive; ies ratures et les surcharges abondent; j'aurai à signaler quelques mots et quelques phrases illisibles.

L'importance de l'œuvre de Galois sera mon excuse pour la minutie de certains détails, où j'ai cru devoir entrer, et qui va jusqu'au relevé de fautes d'impression, dont le lecteur attentif ne peut manquer de s'apercevoir. Je ne me dissimule pas ce que cette minutie, en elle-même, a de puéril.

Les œuvres posthumes occupent les pages 4°8~444 du Tome Xt (1846) du Journal de Mathématiques pures et appliquées et les pages 20-6 1 des Œuvres mathématiques dJ Evariste Galois publiées sous les auspices de la Société mathématique de France (1). C'est, sauf avis contraire, à ce dernier Ouvrage que se rapportent tous les renvois.

Lettre a Auguste Chevalier

(pages -rj-3-2).

Dimensions du papier : 3i x 20. La lettre, datée deux fois, au commencement et à la fin (29 mai 1802), contient sept pages : le

(') Paris, Gauthicr-Yillars, i$\rr

bas de la septième, au-dessous de la signature, a été coupé sur une longueur d'environ 8C,U.

Le verso de la dernière page contient le brouillon de deux lettres, d'ailleurs biffées, dont l'une porte une date, biffée aussi; on lit \/[ mai 83; il est vraisemblable que Galois a écrit sa lettre à Chevalier sur la première feuille venue, une feuille sur laquelle il avait griffonné une quinzaine de jours auparavant.

Ces brouillons sont disposés d'une façon assez singulière : ils comportent des phrases entières, puis des lignes, blanches au milieu avec un mot au commencement et un mot à la fin : ces mots sont souvent illisibles, tant parce qu'il est impossible de leur attribuer un sens que par suite des ratures : celles-ci vont de haut en bas ; il en est ainsi dans plusieurs des manuscrits de Galois; ici, elles semblent faites avec une barbe de plume, ou un bout de bois, qu'il aurait trempé dans l'encre; le premier brouillon de lettre est à gauche, le second à droite et se continue dans une autre direction; Galois a fait tourner son papier d'un angle droit. Voici ce que j'ai pu lire :

brisons là sur cette affaire je vous prie Je n'ai pas assez d'esprit pour suivre une conversation de ce genre mais je tâcherai d'en avoir assez pour converser avec vous comme je le faisais avant que rien soit arrivé. Voilà M1 le (Mis.)

en a qui

doit vous qu'à

moi et ne plus penser à des choses qui ne (Mis.) exister et qui n'existeront jamais

i4 mai 83

J'ai suivi votre conseil et j'ai réfléchi à qui s'est

passé sous quelque

dénomination que ce puisse ( l ) être ( Mis.) par s'établîr entre nous. Au reste M' soyez (?)

persuadé qu'il n'en aurait sans doute

(!) La lecture des quatre premiers mots de cette ligne est douteuse.

jamais été davantage; vous supposez

mal et vos regrets sont mal fondés.

La vraie amitié n'existe guère

qu'entre des personnes de même sexe

Surtout des

amis. Sans doute

le vide qu l'absence

de tout sentiment de ce genre. . ..

(Mis.) confiance... mais elle a été

très (Mis.) (i) vous m'avez

vu triste z demandé

le motif; je vous ai répondu que

j'avais des peines; qu'on m'avait fait

éprouver. J'ai pensé que vous prendriez

cela comme toute personne devant

laquelle on laisse tomber une parole

pour (il lis.) on n'est

pas

le calme de mes idées me laisse

la liberté de juger avec beaucoup

de reflexion les personnes que je vois

babituellement; c'est ce qui fait que

j'ai rarement le regret de m'être

trompé ou laissé influencer à leur égard.

Je ne suis pas de votre avis pour

les (Mis.) plus que

les (?) exiger

ni se vous remercie

sincèrement de tous ceux ou vous

voudrez bien descendre en ma

faveur.

J'ai collationné le manuscrit avec le texte imprimé : il n'est guère utile de parler de quelques changements de notation, sans aucune importance, qui remontent à Liouville, de dire que Galois a écrit bulletin ferussac et non Bulletin de Férussac, ou encore de signaler, page .^9 des Œuvres, ligne i!\, la substitution du mot « équation » au mot « réduction » que le sens indique suffisamment et qu'on lit dans le manuscrit et dans le texte de Liouville. Le point le plus intéressant est que le théorème de Legendre

(') il y a une laclic d'encre sur le mot; on distingue licitement les deux dernières lettres ce.

(page 3o, ligne 3i),

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