MÉMOIRE SUR LES CONDITIONS DE RÉSOLUTÎTLTTÉ PAR RADICAUX
(pagos 33- ")o) (1).
Dans les quelques lignes d'introduction au Mémoire sur les conditions de résolubilité des équations par radicaux que Galois avait biffées (d'ailleurs très légèrement) et que Chevalier a conservées avec raison, Galois dit que le Mémoire est extrait d'un Ouvrage qu'il a présenté à l'Académie il y a un an. Le manuscrit de Galois n'est pas un extrait, c'est le texte même qui a été remis à l'Académie. Qu'il en soit ainsi, c'est ce que Chevalier avait signalé dans une note (page 33 des Œuvres, note 2) ainsi conçue :
J'ai jugé convenable de placer en tête de ce Mémoire la préface qu'on va lire, bien que je l'aie trouvée biffée dans le manuscrit. Ce manuscrit est précisément celui que l'auteur présenta à l'Académie.
La dernière phrase de cette note, qui figure clans la copie de Chevalier et sur l'épreuve dont j'ai parlé, a disparu du texte définitif. Liouville a-t-il voulu effacer la légère contradiction entre le texte et la note, a-t-il cru devoir se conformer au désir de Galois, qui semble avoir souhaité qu'on ignorât que ce Mémoire était celui-là même qu'il avait présenté à l'Académie; a-t-il jugé luimême que, pour des raisons de convenance envers l'Académie,
(1) J'ai eu à ma disposition le manuscrit de Galois, la copie de Chevalier et une épreuve, corrigée de la main de Liouville, mais où ne figurent pas toutes les modifications apportées aux notes: j'aurai l'occasion de parler plusieurs fois 4r retle épreuve.
celte ignorance était préférable? C'est là, en vérité, des questions dont la réponse importe bien peu, non plus que la petite inexactitude du mot extrait. Il importe beaucoup plus que le texte du Mémoire de Galois ne se soit pas égaré, comme le précédent, et qu'il ait pu être remis à l'auteur, qui y a fait plusieurs remaniements : ceux-ci, le plus souvent, peuvent se distinguer par l'écriture. La conjecture de Chevalier, à savoir que « Galois a relu son Mémoire pour le corriger avant d'aller sur le terrain » (note de la page 4o), est tout à fait vraisemblable.
La première page de la couverture, qui subsiste, est fort sale, tachée d'encre, couverte de gribouillages, de bouts de calcul, à l'encre ou au crayon, au recto et au verso, dans tous les sens; quelques-unes des formules laissent supposer que Galois, en les traçant, pensait à quelque point de la théorie des fonctions elliptiques; d'autres se rapportent à une suite récurrente.
En haut et à droite du recto on lit (écriture de Liouville) « Rapport du 4 juillet 1 83 1 »; puis, en titre, d'une écriture qu'il serait probablement possible d'identifier :
MM. Lacroix Poisson
commissaires
le 17 jer i83i
le tout suivi d'un paraphe ; en face du nom de Poisson, il y a le mot vu, d'une grosse écriture, celle de Poisson sans doute. Au verso, entre des taches et des calculs, Galois a écrit
Oh î chérubins.
On peut bien supposer que cette apostrophe s'adresse à MM. Lacroix cl Poisson.
Le manuscrit contient onze pages (38 x 20); la marge occupe la moitié de chaque page ; elle contient plusieurs notes et additions, dont les unes remontent peut-être à la première rédaction, dont les autres ont été sans doute ajoutées par Galois, lorsqu'il a revu son travail pour la dernière fois : telle est assurément celle qu'a signalée Chevalier, le tragique « je n'ai pas le lems ».
En marge de la seconde page, on trouve ces quatre noms :