VII. TRANSITIONS EN GARANTISME
(29° cahier, cote 10.)
Les germes de pleine Civilisation sont Y'art nautique ct la chimie expérimentale. La civilisation n'est qu'un avorton industriel tant qu’elle ne possède ni la boussole et l'art nautique , ni les connaissances chimiques. Du moment où clle acquiert ces 2 moyens, l’industrie tient du plus au moins le gouvernail de la politique, où elle ne joue qu'un rôle subalterne dans les deux premières phases de la Civilisation.
Aussi les gouvernements se montrent-ils aussi stériles que leurs beaux esprits quand ils veulent ramener la féodalité directe et scigneuriale (1"° phase) qui n'est pas possible. Car le commerce empiîte et s'emparera de la féodalité composée ou Banque rurale qui antantirait la simple ct dévorerait les seigneurs même par le prêt usuräire. Le Commerce en Civilisation doit finir par tout dévorer, pour peu qu'il soit moins [ ] que dans son état actuel, où quoique réduit au seul instinct , 1! marche encore assez rapidement à l’envahissement.
Aussi aperçoit-on unc tendance confuse à un nouvel ordre. On parle d'association sans oser aborder le problème. C’est dans l'agriculturc que l'association pourrait aborder le bien et personne ne songe à l'y introduire. Aucune société savante n’a mis au concours l'invention d'un procécé pour associer 300 familles villageoises. On tomberait donc dans le faux régime d'association, comme on est tombé dans le régime du commerce mensonger et complicatif. Ce serait l'entrée en &e phase de Civilisation:
Cette 4° phase ou féodalité industrielle a 2 germes fort inconnus , quoiqu'ils soient sous les veux de tout le monde, les Monts-de-piélé et les Maitrises exclusives. |
Les Monts-de-piété, si on les étendait à l'agriculture, deviendraient bientôt propriétaires d'une moitié du territoire , même sans prèts à un taux usuraire, tant de gens par inconduite ou mauvaise gestion, ou mal réel, sont hors d'état de rembourser. Un Mont-de-piété. par contre préserverait encore de l'usurier, qui souvent absorbe en quatre à cinq ans la propriété de l'emprunteur. ((Aussi voit-on s'établir des caisses . hypothécaires qui prêtent à un taux modéré et qui acquièrent encore
beaucoup de domaines par suite de non paiement. Ce sont des Montsde- piété ruraux.)) Une agence générale de ce genre pourrait bien vite réaliser le plan de ceux qui parlent de monétiser le terrain. Pour le monétiser il faut le posséder, afin que le papier émis ait une garantie. Or, dès qu’un gouvernement aurait acquis par les Monts-de-prété ruraux Ja moitié du territoire, il pourrait bien émettre des billets jusqu’à concurrence du quart, cc qui est déjà plus que suffisant à l'entretien de sa dette.
Les diverses compagnies à qui on affermerait cette branche d’industrie formeraient une féodalité industrielle, une ligue possédant dans chaque canton la majeure partie des terres.
À mesure qu'elles acquerraient, elles logeraient les familles pauvres, à qui on fournirait, au moyen de jardins et fabriques, un travail assuré.
Ce serait pour tout gouvernement un moyen facile de duper et mattriser les peuples. Il tiendrait la classe pauvre en domesticité directe et l’'amorcerait par un petit intérêt sur quelque branches de fabrique ef culture. Les impôts de cette classe seraient avancés sans poursuite et sans frais par les Monts-de-piété ruraux ou Banques rurales, ou fermes commerciales, comme vous voudrez. Ce régime procurerait au mianistère en France la nomination de 300,000 fonctionnaires, à 25 par canton. Les villes auraient des moyens d'imiter ces établissements et assujettir la classe ouvrière , but où on tend pas les livrets.
Ainsi le peuple, en moins d’une génération, tomberait insensiblement en servage féodal industriel. Nos gens à projets fiscaux sont bien stériles de n’avoir pas eu l’idée de cette opération, qui constitue la 4€ phase de Civilisation.
Elle présenterait des illusions de bien-être et de moralité : secours assuré aux malades et infirmes des campagnes, caisse d'épargne universelle, discipline du menu peuple, qui serait dès l'enfance élevé dans l'édifice communal, action unitaire en agriculture par toutes les fermes communales, qui opérerait selon les instructions ministérielles de la capitale, selon le plan donné par un comité central de la capitale (on serait assuré qu'un procédé utile en agriculture serait introduit à jour fixe dans tout un empire) , abolition de l’usure individuelle, précautions contre la famine par silos communaux , grande épargne du combustible et voie de restauration des forêts, entrepôt des denrées da du peuple et local salubre, bien pourvu et géré bien économiquement. Ces fermes feraient d'énormes bénéfices auxquels participerait le gouvernement, mais le pauvre serait tenu sévèrement et passerait de la pauvreté accidentelle à la pauvreté fixe et méthodique. On le grugerait collectivement au lieu de le pressurer individuellement. Absorbé
peu à peu par les fermes rurales, le peuple se trouverait retomhé en esclavage industriel, moins fâcheux certainement que l'esclavage mlitaire qu’on établit en Russie.
Aiasi , la Civäisation en 4° phase doit finir, comme elle a commencé en première phase, par une féodalité différemment organisée. C'est un effet de la loi de contaet des extrêmes qu’on retroure en mal comme en bien, dans tous le système de la nature.
Un autre germe de féodalité industrielle est la mattrise en nombre fixe, en monopole corporatif, s'emparant d'une branche d'industrie. Les gouvernements réalisent dans divers genres cette méthode, en s'emparant de queiques branches de commerce, du sel, du tabac, du via, de l'eau-de-vie. La cour d'Espagne vient de s'emparer du commerce de la morue; celle de Perse fait ke monopole de l'eau. Rien n’empécherait de pousser plus loin cette méthode et de réduire le commerce en monopole äscal aniversel. On pourrait motiver l'opération sur ce que le commerce est devenu si trompeur, que le gouvernement ne pourra pas l'être autant et classera plus fidèlement les qualités.
Les besoins, la pénurie fiscale animeraient bientôt ces deux innovations. Alors la féodalité industrielle commencerait par les villes et le commerce pour s'étendre de là aux campagnes et à l’agriculture.
Après avoir indiqué les moyens d'atteindre au lien sociétaire, je dois, par forme de contre- preuve, dissiper les illusions qu'on se fait sur l'état civilisé, et prouver que toutes les prétentions au perfectionnement, aux garaniies sociales, ne sont autre chose qu’une tendance à sortir de la Civilisation et s'élever à un échelon supérieur, celui du Garantisme.
Il est donc absurde d'associer les deux idées, garanties sociales et perfectionnement de la Civilisation , puisque toutes les garanties collectives sortent du système civilisé, et que lui-même est obligé de déroger à ses principes toutes les fois qu'il veut obtenir une garantie oollective.
Il est visible que l'esprit hématn fait des efforts pour établir les ga ranties sociales, c'est-à-dire entrer em 6° période. Jusqu'à présent il y a point réussi; les garanties n'existent qu'en rêve et aullement en réalité. Anssi manque-t-on de la plus importante, celle da travail et . da minimum d'entretien.
Après 3000 ans de trophées en industrie, n’avoir pas même réussi à garantir le travail et le nécessaire au peuple, c'est vraiment marcher à pas de tortue dans la carrière sociale. Cependant l’on manifeste un ardent désir de connattre les progrès futurs et possibles du genre ka-
main , témoin cette phrase extraite d'un journal français , à qui je ré-
ponds en regard :
C'est en consultant avec attention, |
patience et sagacité les annales du genre humain , en observant et com-
pàrant les naticns dans les périodes
successives qu'elles ont traversées (a), en creusant au fond des abymes qui séparent quelquefois ces périodes (b),
a. — Elles en ont traversé 8 et ne sont pas arrivées à la 6°, qu'elles invoquent sous le nom de garantie sociale.
b. — Il no faut pas tant creuser :
on verra que le minerai est à fleur de terre ; c'est le calcul de l’attrac-
c'est surtout en cherchant à mieux connaître la nature de l’homme, à saisir les rapports mystérieux (c) qui existent entre son organisation et son intelligence, qu’un homme supérieur pourra tracer d’un pinceau hardi et fidèle , le véritable tableau de la civilisation , les progrès possibles et futurs du genre humain (d).
tion le plus facile de tous.
c. — Pour saisir ces rapports il eût fallu édudier l'attraction passionnée et l'analogie du monde matériel au spirituel : rien de mystérieux que dans l'imagination de ceux qui allèguent impossibilité pour esquiver la recherche.
d. — Ce progrès possible est, dès à présent connu en tous échelons ; c'est l'entrée en périodes 6, 7 et 8.
Quant au tableau de la civilisation, je vais le tracer d'un pinceau fidèle, nommé rudesse : ce n’est guère le moyen de plaire.
Tant qu'on n'étend pas les garanties au peuple, on reste dans le cadre de la Civilisation , puisque les garanties régulières doivent être collectives, embrasser tout le corps social, toutes les classes, réaliser leurs vœux généraux, opérer à contre-sens de nos assemblées représentatives qui, envoyées pour diminuer les impôts et charges publiques , n'aboutissent toujours qu’à les accroître. Aussi sont-elles un perfectionnement réel de la Civilisation, en ce qu’elles perfectionnent le pillage ct la duplicité d'action, agissant en apparence pour le peuple et en réalité contre lui. |
Notre système social dépouille l'homme des droits naturels dont il jouit dans l’état sauvage, savoir : cueillette, pâture , pèche , chasse , ligue intérieure, insouciance, vol extérieur. Il faut donc lui garantir en compensation ce travail auquel on le condamne, lui assurer un travail fructueux et adapté à scs moyens ; enfin un minimum ou nécessaire pour le cas où ce travail lui manquerait.
Les gouvernements oat si bien reconnu la justesse de ce principe, qu'ils assurent à leurs employes militaires des pensions de retraite et des casernes de vétérance, puis aux employés civils, dans le .cas de
vieillesse et de retraite, des fonds de réserve formés d’une retenue annuclle sur le traitement des employés valides.
C'est une mesure fort sage, mais qui sort du système civilisé, puis qu'elle oblige solidairement les masses ponr l’individu. Pourquoi n’estelle pas étendue à tout l’ensemble ?
Nos sciences politiques s’apitoyent sur le fléau de l’indigence, qu'elles appellent opprobre éternel des sociétés civilisés. Le remède est bien connu, lé principe est bien mis en pratique dans la coutume des fonds de retraite ; il ne s’agit que d’appliquer à la société entière ce que le gouvernement fait pour ses employés civils et militaires. C’est donc la société entière qui doit s'engager pour assurer le minimum à ses membres indigents.
La méthode à suivre dans cet engagement est des plus simples. Elle consiste à obliger solidairement les & groupes, c’est-à-dire toutes les corporations d'Amitié, d'Amour, d'Ambition et de Familisme, à qui tient l'individu. Nos politiques ont voulu renvoyer ce soin à la famille qui s’y refuse et avec raison. Le secours doit être formé par les 4 proupes dans l'ordre suivant :
Amilié. — Elle n'engendre dans l’état actuel aucune corporation. C'est une lacune politique : il fallait, selon les lois de garantie collective, que les amis dans tout le cours de la vie, se confédèrent, s’obligent par un secours. À défaut il arrive que si un un homme, tombé à 50 ans dans l'indigence, réclame le secours de 40 hommes qui auront été très-liés avec lui à l’âge de 25 ans, il s'en trouvera 9 sur 10 qui le méconnaitront , effet qui n'aurait pas lieu s'il existait un engagement corporatif. Les 9 anciens amis de celui qui est dans le besoin seraient obligés, selon leurs moyens, de se cotiser pour lui procurer un travail convenable, ou un quart du minimum d'entretien en 4"°, 2, 3° classe, selon le cas. .
Mais aucun ami ne voudrait souscrire à pareil engagement, ou du moins très-peu y consentiraient si les 5 autres groupes n'étaient pas appelés à intervenir.
Ambition. — Elle forme de nombreux liens dans le cours de la vie. Tous ceux qui ont été associés, coopérateurs en affaires d'intérêts, doivent être obligés pour un quart de minimum. L'engagement doit s'étendre aux | 1. Ainsi les chefs de maisons opulentes doivent contribuer à la formation d’une caisse de secours, destinée aux domestiques vieux et pauvres , et de même les domestiques enrichis, pour Jeurs confrères indigents, — sauf à graduer les doses de secours, selon le cas de boune ou mauvaise conduite.
Amour, — ]l n’est rien de plus ingrat que les amants. Une fois ma-
riés, ils oublient et laisseraient périr de faim toutes leurs maîtresses. Le mariage, dans notre système social, est un foyer d'égoïsme qui étouffe toute charité. Dans la société des garanties collectives les amours interviendraient pour un quart dans cette prestation du minimum.
L'engagement serait assez délicat quant aux femmes, qui ne peuvent pas avouer le lien. Il y aurait des dispositions à prendre à cet égard. Je crois inutile de les exposer ici, et je me borne à établir le principe d'intervention de l'amour pour un quart du fonds de garantie.
Familisme. -- Lorsque la famille n'aurait qu'uu quart à fournir, elle cesserait de méconnaître l'obligation, et ce quart serait bien facile à percevoir sur les parents de divers degrés.
D'ailleurs les perceptions ne seraient pas individuelles. Chacune des & corporations aurait sa caisse générale dans toute ville et dans tout cauton, ct cette branche de secours serait organisée de manière à ce que l'individu n’aurait point de sommation personnelle à adresser.
Je sais que ces [ {ne sont pas praticables en Civilisation, mais redisons qu'il s’agit ici d'une société qui n’est plus La Civilisation
Ce genre de secours dont nous n'avons aucune idée, ne serait en garantie sociale que moitié du remède contre l'indigence. II faut au secours joindre le préservatif et assurer du travail à celui qui en sollicite. Mais comment notre système social est-il organisé à cet égard ? On n'a pas fait le premier pas en garantie de travail. On nous vante les prodiges industriels de nos manufacturiers qui, périodiquement, condamnent leurs ouvriers à la misère par une opération qu’on appelle #ieftre
‘bas les métiers. Vous verrez fréquemment dans Lyon, Paris, Manchester, Leeds, des ouvriers réduits tout-à-coup à la mendicité parce qu'on à mis bas lès métiers.
Mais lorsque les métiers étaient en activité, le chef de fabrique faisait de grands bénéfices, et après qu'il a gagné des millions avec ses ouvricrs, il en est quitte pour les envoyer mendier si le temps devient moins favorable. C'est une législation commode pour les riches, mais est-clic juste et doit-on s'étonner de la tenacité de l'indigence tant qu'on népglige à ce point les préservatifs les plus [ ], comme l'en-
gement proportiounel ces chefs de fabrique pour le soutien des ouvricrs pauvres, Selon Îles services de l'ouvrier ct les facultés des chefs ?
Tels sont les droits ct secours qu'il faudrait songer à assurer au peuple, au lieu de lui garantir une souveraineté dont il n'a que faire, et ce n'est pas seulement à la ville, mais avant tout dans les campagnes que ces précautions seraient nécessaires. J’ai décrit à la fin du 44° chapitre l'espèce d'établissement qu'en devrait fonder dans chaque petit
canton de 4,500 à 2000 habitants [Comptoir communal] , pour assurer travail et secours au peuple. Cet établissement serait susceptible de divers développements dont je n'ai point parlé. Il serait universellement établi dans la 6° période. Il tendrait surtout à faire disparaître ces amas de chaumières dont l’économie moderne fait trophée et où la culture est exercée au plus mal.
Dès l’avènement en demi-association (6° période), on s’occuperait à agglomérer tous ces ramas de misérables, manquant de tout ce qui est nécessaire en exercice agricole : on leur donnerait un intérèt sur les travaux de ferme, jardin , étables et fabriques dont serait pourvu le grand établissement nommé Comptoir communal ou Banque rurale.
Loin de pourvoir à ces garanties collectives qui embrasseraicnt les masses de la population et les porteraient sur l’agriculture , notre politique ne s'occupe qu’à accrottre les plaisir des riches. Elle ne fait trophée en industrie que de ce qui est inutile à la masse. Quel fruit le peuple a-til retiré de ces productions exposées fastueusement au Louvre? En est-il moins misérable, et ce progrès industriel n'est-il pas la honte de l’industrie et de la science tant qu'il n’aboutit qu’à aggraver les misères du peuple, d'autant plus malheureux dans le système actuel que les fluctuations de l'industrie exposent souvent les manufactures à la stagnation ?
D'ailleurs, jouit-il de quelque bonheur dans les ateliers de grande manufacture ? Il y est au supplice, etil sera heureux dans la demiassociation ou 6° période, parce qu'alors toutes les manufactures seraient transportées à la campagne, et que le peuple exercerait à la fois aux ateliers, aux jardins, aux basses-cours , etc., selon le vœu de la 44° passion, de l’Alternante, à qui il faut, comme à toutes les autres garanties, un essor. Point de bonheur pour l’homme sans l'essor des passions !
La Civilisation sait établir bon nombre de petites garanties pour La classe riche : telles sont les assurances, les hypothèques; mais elle ne sait pas garantir au pauvre son premier besoin, le travail et le menimum.
Examinons plus en grand cette absence de garantie et la nécessité d'un plan général à cet égard, plan qui tendrait à sortir de la Civilisation, puisque l’ensemble des garanties forme une période sociale distincte entre l’état civilisé et l’état sociétaire. |
Sur l’agriculture il faudrait que la Civilisation trouvàt le moyen de se garantir contre elle-mème. Son agriculture est désordonnée en tous sens et destructive des climatures par l'excès du défrichement , par le déchaussement des montagnes et le tarissement des sources. La France, en 4893, a perdu 300 millions sur le défaut de maturité des ven-
danges, dont la valeur cette année ne s’éleva pas à moitié de ce qu'elle eût été en cas de maturation. Voilà le produit de ces cultures désordon nées qui ont déchaussé les Alpes, les Pyrénées et autres chaines. Qu’on se vante après cela d’avoir fabriqué des schalls ! 11 faudrait beaucoup de schalls pour compenser 300 millions, qui encore ne sont qu'une des plaies de l’agriculture. J'ai oui dire à des gens instruits que la récolte du blé avait “failli manquer en entier par un de ces vices d'intempérie qui , prolongé trois ou quatre jours de plus, aurait anéanti la majeure partie des moissons. Et comme ces vices vont croissant dans tous pays, ce serait ne rien faire que d’y remédier localement. Il faut une restauration générale, comprenant tout l'occident d'Europe, ct, pour mieux dire, tout le Globe ; car les climats viciés influent sur les régions voisines. Mais la Civilisation, avec ses lois et ses gardes, ne peut même pas restaurer un seul canton. Jamais elle n’entreprendrait les opérarations nécessaires comme le rechaussement des montagnes. Elle n'est qu'un pygmée pour de pareils travaux, et il est clair qu'il faut pour les effectuer une autre société apte à généraliser les entreprises de restauration.
Tel scrait l'effet du comptoir communal, qui, dans le régime des garanties, enrôle et régit toute la classe populaire. À peine fondé sur un point , il s'organiserait partout, vu l’appät de double garantie qu'il présente aux riches contre la misère et la dépravation du pauvre, aux pauvres contre l’indigence et l'ennui.
Dès-lors les forèts seraient en peu de temps restaurées par double voie : par la grande économie de combustible qu’opèrerait le comptoir communal et par l'économie de temps attachée aux grandes réunions agricoles et domestiques. Chaque individu aurait par cette réunion au moins cent cinquante jour d'économie à donner à la replantation et au rechaussement qui s'exécuteraient en tous les lieux, parce que les Régences de chaque comptoir communal seraient soumises à l'action unitaire, opérant selon les instructions données par le ministère, et que tous les gouvernements s’empresseraient de former chez eux un établissement si avantageux par les gouvernements et les peuples.
Il n'est pas besoin d'ajouter que le comptoir communal avance- - rait l'impôt de toutes les classes inférieures qu'il enrôlerait et occuperait.
Il resterait à établir même ordre parmi les peuples des villes. Ce serait l'effet d’une disposition à peu près semblable appelée Ménage progressif. Elle nattrait d'elle-même à la suite du Comptoir communal. Je me borne à faire observer que c'est par l’agriculture qu'il faut commencer la restauration de garanties sociales, principe fort inconnu des modernes, qui sont exclusivement occupés des peuples ces villes et des
manufactures, sans tenter ni proposer aucune opération de garanties en faveur du peuple des campagnes.
Celui-ci une fois organisé en état de bien-être cesserait de se refouler sur les villes, qui verraient au contraire les ouvriers se retirer dans les campagnes, pour y jouir du charme de combiner leur travail avec celui des jardins, étables et cultures, bien plus agréables à l’homme quand on est pourvu d’un beau mobilier agricole, comme le serait celui de tout Comptoir agricole.
Mais, dans l’état actuel, l’agriculture, par défaut de mobilier, est le tourment du peuple des campagnes, comme la fabrique, par la monotonie et È longue durée des fonctions, est le tourment de l’ouvrier des villes.
1, de l'agriculture, nous passons au commerce, on y verra des gare encore plus illusoires qu’en agriculture. Les gouvernements l'ont senti au sujet de la monnaie, dont ils se sont emparés en tous pays.
Le commerce est, comme l’ensemble du mouvement, sujet à deux méthodes : l'ordre mensonger ou concurrence individuelle , et l'ordre véridique ou concurrence sociétaire.
L'ordre mensonger présente une foule de caractères odieux, vraies monstruosisés politiques, telles que la propriété intermédiaire , l'estimation arbitraire, la monnaie individuelle, le mouvement parasite, les monopoles divers, la fraude garantie, l'insolidarité, l agiotage, l'usure, la banqueroute, etc. , etc.
Il est facile d’ entrevoir que cet échafaudage de vices tomberait dès le lendemain de la formation du comptoir communal : car, comme ils enrôleraient dans ehaque canton environ la moitié de la population, ils auraient une consommation assez forte pour faire en droiture leur approvisionnement et même celui des familles non enrôlées. Ils s’associeraient pour établir dans les ports et lieux d’entrepôts des agences non libres, très-subordonnées , et non propriétaires de denrées. Ces agences feraient venir en droiture des cargaisons de sucre et produits exotiques, et enverraient en draiture les produits indigènes. Là finirait le commerce indirect et mensonger; il serait réduit à fort peu de chose, à quelques objets de luxe dès l'entrée en 6° période.
Les moyens à mettre en jeu se bornent à trois passions chéries en secret de tout le monde (Cab. Pap. Comp.), et qui jouissent de l’inestimable propriélé de créer l'attrait industriel partout où elles sont appliquées combinément à des séries de groupe. Le mode d'exécution n est autre que l'opposé de nos coutumes. Il ne s'agit que de substituer des séries de groupes, combinaison la plus grande possible, à l’action isolée des familles qui sont la combinaison la plus petite possible, et d'opérer par séances les plus courtes et les plus variées au lieu des séances les plus longues et les moins variées qui sont la méthode civilisée.
(28e cote, 10.)
L'homme a besoin d'être intrigeé fortement. C’est une impulsion ou pression de la 46° passion, dite Cabaliste ; mais la Civilisation ne fournissant pas d'intrigues industrielles propres à passionner une compagnie assemblée , il faut bien lui créer une intrigue malfaisante, qui est le Jeu, délassement trés-pernicieux qui est un essor de la Cabaliste ; car il met en lutte et en intrigue subite vingt personnes ennuyées d'’ellesmêmes. Une réunion de salon, après quelques instants de dissertations savantes sur la pluie et le beau temps, ne saurait que se dire, tomberaït en calme plat; les personnages pèseraient les uns aux autres ; le jeu leur crée une intrigue dangereuse. L'état sociétaire leur en présenterait une fort utile, soit dans l'exercice d’un travail attrayant et passionné , soit dans la pratique des arts et des plaisirs alliés à l'industrie productive. L'État civilisé n'emploie les arts et les plaisirs qu'à détourner de l’industrie productiv e.
On ne jouera pas dans l'état sociétaire. À peine verra-t-on quelques vieillards malades ou infirmes recourir au jeu pour tuer des instants qu'ils regretteront de ne pouvoir pas donner à ces intrigues industrielles, faute d’agiliité et de santé ; mais on ne verra pas de gens bien portants manier des cartes. Leur journée ne pourra pas suffire aux intrigues réelles dont ils seront engoués: ils ne voudront pas perdre le temps à des intrigues factices.
Dans ce cas on n'aura pas besoin de réprimer la passion du jeu; elle tombera par le dédain.
Le jeu est un essor récurrent de la Cabaliste, car il la développe en sens inverse et malfaisant, lui donne une marche anti -industrielle. Rien n'est plus contraire à l’industrie que la passion du jeu; elle agit donc à contresens de la Cabaliste, passinn dont l'emploi. en règne sociétaire, est de stimuler sans cesse au travail et y répandre partout une émulation ardente.
Il n’est donc pas d'illusion plus folle que celle de la morale qui prétend réprimer les passions. Si elles sont réprimées, ou si. seulement elles manquent de moyens d’essor, elles agissent comme les eaux entravées qui s'ouvrent un lit [ ] et vont ravager la campagne au lieu de la féconder. Ainsi les passions dans la marche dite récurrence reviennent à leur but par une voie malfaisante, et la raison qui prétend réprimer, entraver les ressorts du mouvement, n’aboutit qu'à faire développer en mal tout ressort qui se serait développé en bien dans l'état sociétaire.
On prouverait de même que la horde enfantine, ardente à briser et ravager est un travestissement ou récurrence de la 42° passion dite
Composite, qui est tres-ardente cher tes enfants, et qui, dans l’ordre sociétaire, les entraînernit sans cesse a travail ut$le. Il faut bien par opposition que cette passion en marche récorrente ïes entraîne à détruire ; aussi est-ce 1e plaisir supréme pour ure masse d'enfants réunis en liberté. -
La mode et ses caprices inutiles et maïsitles sont une récurrence de la passion 41° dite Papillonne. Il existera amesi des chmgements de mode en association; mais ils ne tourneront qu’à l'avantage de l'indus-. trie prodactive , et aujourd'hui ils ne tendent qu'à compromettre l'industrie, par des fluctuations désordonnées et les fortunes par de folles dépenses.
Voilà trois récurrences de trois passions mécanisantes. On en décrirait de même sur chacune des neuf autres et sur l'Unitéisme.
Ainsi læ prostitution estsune récurrence d'amour libre. Elle emploie à ruiner et libertiner lesYhommes l'amour libre, qui, dans l’état sociétaire, ne serait employé qu’à les exciter au travail utile. A l’examiner, sans acception de ;ses côtés vicieux, elle présente un effet d'harmonie très-brillant. C'est l'équilibre de pouvoir entre les deux sexes, mäle et femelle. Dans l’état civilisé, l'homme enlève tout à la femme, non-seulement les fonctions lucratives et emplois pubhes, exercice d'enscignement , etc., mais cn outre les travaux féminins, comme la couture et autres. Il ne reste aux femmes que ce que l'homme n'a pas daigné prendre, l'emploi d'écunier le pot, raccommoder les culottes d’un mari, et vaquer aux soins des petits enfants. La femme est donc réduite à une seule branche d'industrie, c’est le commerce de ses charmes. Elle en use pour duper ct ruiner l'homme par la prostitution qui règne dans toutes les classes, chez les dames de la cour comme chez les courtisanes de profession.
Le bon ton, dans l’état actuel , ne tnd qu’à éloigner du travail productif, le faire mépriser par la classe riche, bien élevée, et cependant le bon ton est un très-bel effet de la passion Unitéisme. Car il établit entre, nasions différentes l'unité passionnée de mœurs, usages et manières, sans aucune autre loi que l'amour propre de figurer dans la classe distinguce, sc garder des manières de la classe commune. C'est par l'influence de ce précieux ressort d-amour propre que des habitants de Pétersbourg, Varsovie, Berlin, Naples, s'accorderont à parler la langue française et copier les manières de Paris, parce qu’elles sont réputées les meilleures.
Si ce mème ressort d’unité’pouvait intervenir sur des relations plus importantes, déterminer tous les habitants du globe à adopter un mème langage, mème écriture, mêmes poids, ctc., sans aucune loi coercitive, et de plus exercer l'industrie utile, protèger ceux qui la pratiquent, ce
bon ton deviendrait la plus précieuse des passions; c’est ce qui aura lieu en régime sociétaire, et la nature doit nous donner sur cet effet futur, comme sur toutes les propriétés de l'harmonie sociétaire, des tableaux renversés qu’on nomme récurrence, et qui, en travestissant la passion, produisent pourtant une esquisse fidèle de l'harmonie future ; car nous voyons très-exactement
Dans le bon ton un tableau renversé de l'unité passionnée de mœurs et d'usages ; | | — Dans la prostitution un tableau renversé de l'équilibre de puissance entre les sexes.
PUBLICATION
(Fin.—Voir la précédente livraison.)