‹ Manuscrits de FourierChapitre 102 sur 134 · LI · texte numérisé non relu

LI

. Jui conseille de s'appuyer pour inspirer confiance. Elle pourra sans indiscrétion y joindre une critique des essais déjà tentés et de l'impré- - voyance de ceux qui les ont dirigés.

On retrouve même inadvertance dans toute étude sur les autres branches du bonheur social, sur le bonheur des femmes, sur celui des enfants ou des vieillards, et autres classes dont le bonheur ne pourrait naître que des dispositions et jouissances inconnues dans l’état civilisé.

On ne songe point à inventer des moyens de bonheur ; la science ne veut dans aucun cas s'avouer les découvertes qui restent à faire et les mettre au concours. Aussi voit-on avorter successivement toutes les - entreprises formées pour améliorer la condition de l’homme social. Chacune d'elles , avant de mettre la main à l'œuvre, avant mème de - faire aucun plan d'opérations, devrait prendre en considération que :

4° Le but à atteindre, c'est la garantie d’un minimum d'entretien en échelle graduée, assortie aux 3 classes de fortune ;

29 La voie à suivre pour arriver à ce but, c’est l'invention et élablissement d'un régime d’attraction industrielle ;

83° Le ressort à employer pour créer cette attraction, ce sont les séries de groupes libres fonctionnant en séances courtes et variées.

Au lieu d'envisager ainsi le sujet intégralement , se tracer une marche régulière, se rallier à la nature ou attracüon, chacune de ces sociétés n’a songé qu'à faire prévaloir ses fantaisies individuelles, comme l'ont fait les fondateurs des monastères. J'ai lu les statuts de ces sociétés et je n’y ai rien vu ou vu presque rien qui s'accordät avec la nature collective ou attraction.

Par exemple elles négligent toutes la première branche d'attraction collective , celle de la bonne chère dont elles re disent mot et qui est le plus puissant moyen de créer des liens amicaux dans une réunion de 2,000 personnes, pourvu qu'on y organise la gastronomie équilibrée, distribuée en séries de triple classe de fortune, en série sur les variétés d'un produit et de sa préparation , en série sur les assortiments et variétés de compagnies et sur leurs intrigues de plaisir et d'industrie, contrebalançant les impulsions gloutonnes du sens du goût? Cette disposition est la plus féconde source d'attraction ‘indus- - trielle ; c’est la première à laquelle il faut tendre dans un grand établissement, et c'est pourtant ce dont on ne dit mot dans les factums que j'ai lus. On y vante au contraire les pratiques opposées à l'attraction , telles que la sobriété, chose très-opposée au goût général, et surtout aux goûts du peuple masculin , qui est tout dévoué à la gucule et. regarde en pitié les autres plaisirs, mème l'amour. Sans doute il ne: convient pas de pousser aux excès de la table , mais il faut les prévenir

par 2 genres de plaisir mconnus aujourd'hui même aux tables des riches. Ce sont :

Le raffinement cabalistique sur la sorte et la préparation , et la culture des mets servis,

Le charme des affinités de caractères et des variétés d'intrigues et de débats dans les compagnies. .

Si ces 3 ressorts sont employés en dose convenable, aucun individu ne tombera dans l'excès. J'ai cité à ce sujet un très-faible contrepoids, l'amorce d'une partie sur un mauvais billard, qui suffisait seule à plusieurs jeunes gens pour leur faire quitter précipitamment un bon repas. Or, si vous supposez des contrepoids 20 fois plus puissants, on concevra que le peuple harmonien, quoique très-ennemi de la s0briété et gastronome raffiné, ne donnera jamais dans les excès de la table et qu’il arrivera à la tempérance par l'impulsion de plaisirs multipliés et sans aucun frein de sagesse répressive. Mais cette sagesse harmonique ou sagesse par attraction, tient à l'emploi des contrepoids aftrayants, et les contrepoids ne peuvent se trouver que dans le régime des séries de groupes libres et passionnés fonctionnant en séances courtes et variées Tant que les fondateurs d'établissements sociétaires ne viendront pas se rallier à cette théorie, ils n’opèreront aucun bien, ou bien n'approcheront du bien que dans les détails où ils se rallieront à ladite théorie.

J'ai remarqué, en lisant leurs statuts et principes, que, lorsqu'ils ont quelques vues en attraction, ils s'attachent toujours aux faux emplois, par exemple:

A l'attraction négative ou lien corporatif fondé sur la crainte d'un sort plus fâcheux et non sur le double charme des sens et de l'âme;

Au tarissement d'attraction ou état de choses qui, en empêchant les passions d’éclore, épargne le malheur de ne pouvoir les satisfaire ;

À la collision en attraction, ou état de choses qui fait supporter un mal réel et véritable par convenance corporative ou autre.

Telle est l'habitude aussi incommode que dangereuse d'aller nupieds, coutume des sociétaires de New-Lanark.

Ces austérités et méthodes négatives n’ont aucun rapport avec la méthode naturelle qui tend au développement des passions contrebalancées par leur grand nombre, leur activité, leurs impulsions alternatives et contrastées. Il est certain que les compagnies d'Angleterre et d'Amérique n’ont aucune. idée de cette méthode et opèrent à contresens en attraction; aussi n’obtiennent-elles aucun succès malgré leurs illusions qu'il convient de dissiper tres-franchement.

Les établissements de New-Lark et Hoogstraten en Hollande, n'ont trouvé aucun village qui voulût imiter Jeur organisation , et qui est-ce

qui pourrait être séduit par des austérités monacales, comme la manie d'aller nu-pieds? De tels établissements sont des réunions de trapistes et faquirs industriels. Il pourra s’en former d’autres. La multiplication d'un ordre monastique n’est point une preuve de sa coïncidence avec les vues de la nature; les chartreux, les trapistes, font des prosélytes, et les réunions de monachisme industriel formées en Angleterre pourront bien aussi s'étendre par cantons affiliés, mais la pierre de touche en régime d'attraction c’est l'adhésion des gens riches et des savants. Quand on verra tous les millionnaires adopter la coutume d'aller nupieds en pays froid et boueux, on pourra croire que cette méthode est conforme à l'attraction. Ce n'est pas avec de tels statuts que M. Owen fera la conquête du genre humain, comme il l'avait annoncé à l’empereur Alexandre (Bruxelles, 4844), et comme il l'a promis récemment encore dans son discours aux habitants de New-Lanark, à qui il vante les charmes de la sobriété, charme très-peu en crédit chez les Anglais. Aussi le genre de vie de New-Lanark n’a-t-il tenté personne , quoique seize années d'existence en aient mis en évidence les prétendues délices. Une vie bien sobre, un travail bien monotone et bien uniforme, comme le tissage au métier, la filature du coton, sont précisément ce qui convient le moins dans une tentative d'association, et si les établissements de New-Harmony-Motherwell et Orbiston ne prennent pas. une autre marche, on peut leur augurer même dénouement qu'à celui de New-Lanark.

Il ne suffit pas de changer de méthode, de procéder en sens différent de ceux qui ont échoué, il faut adopter des mesures sûres et conformes aux trois conditions citées plus haut. Je vois des principes tout opposés dans les plans et statuts des compagnies anglaises. J'en vais citer de réminiscence quelques erreurs seulement; j'en pourrais citer au moins cent si j'avais pris des notes.

Parlons d'abord de la soc'été nouvelle, celle de Coopmut, qui doit avoir profité, s'être éclairée par les erreurs de ses devanciers ; cependant elle se déclare par le fait incompétente en théorie; car elle propose de fonder le plus grand nombre possible de sociétés conformes à: son plan. Si elle veut en fonder plus d'une, elle doute donc du succès de la première ; elle n’a donc pas foi à sa propre théorie, car si le régime qu'elle propose est attrayant, s’il est conforme au vœu de la nature, il suffira de l’organiser dans un seul canton pour amener le moude entier à l'imiter par le double appt du bénéfice et du plaisir ; mais si l'an propose d'en fonder un grand nombre en divers lieux, c'est avouer indirectement qu'on doute de l'influence du premier canton. Si l’on croyait qu'il sera organisé de manière à créer l’attracfian

industrielle et les harmonies sociétaires, on ne proposerait pas d’en fonder plusieurs; car le premier suflira à opérer l'initiation générale s’il atteint réellement au but, à l'attraction industrielle.

Proposer d’en fonder plusieurs, c'est se dénoncer soi-même, s’accuser d'impéritie, avouer qu’on n’est pas sûr d’opérer selon l'attraction , qu'on n’espère pas que l'aspect du premier détermine l'initiation subite et générale ; or, si ce n'est pas par l'attraction que cette société veut opérer, c'est donc‘par l'arbitraire, par l'esprit de système, par la discipline monacale, comme celle des Bruno et des Bazile, des Loyola; elle veut donc former des monastères industrieux de telle ou telle règle, tandis que d’autres sociètés fonderont des monastères d'une règle différente. L'industrie se trouverait dès-lors comme le clergé, divisée en régulitre et séculitre. Et que seront tous ces établissements d'industri: régulière ? Ils seront une Civilisation de 4° phase bâtarde, une féodalité industrielle bâtarde , et qui, dans son début, pourra bien porter ombrage aux gouvernements, car elle tendra comme les jésuites à un cnvahissement fédéral isolé du gouvernement, tandis que des Banques rurales qui auraient cette même tendance l’exerceraient d'accord avec Ie gouvernement ct sous sa direction. C’est pourquoi les Banques rurales seraient unc Civilisation de 4° phase méthodique et non bâtarde.

L'horoscope que je donne sur ces essais se trouve June par une particularité qu'il convient de rapporter.

Lorque M. Owen se rendit en Amérique pour y (idee la réunion de New-Harmony, je témoignai un jour à un Anglais de ses amis combien cette démarche me paraissait inconséquente. « N'est-ce pas, luidis-je, courir deux lièvres pour n’en prendre accun? il commence déjà un établissement nouveau à Motherwell, en pays bien cultivable, où il pourrait réparer les fautes commises à New-Lanark, opérer micux en réunissant culture et fabriques , et n'ayant pas les capitaux suflisants pour la fondation de Motherwell, il va en tenter une seconde en Amérique, disséminer ses capitaux déjà trop faibles et inspirer de la défiance, car tout actionnaire opinera à réunir ses capitaux sur un seul point pour frapper un coup décisif. On conclura de cette double entreprise qu'il n'est assuré de plein succès ni dans l’une ni dans l’autre ; que ce sont des spéculations aventureuses et cachant des vues mercantiles sous des dehors philantropiques. On dit que ses souscripteurs se ralentissent déjà; cela est aisé à croire, s’il opère de manière à causer de tels soupçons. » Sur ce on me répondit : Il fait cette entreprise de New- Harmony parce qu'il veut placer un de ses fils! 1! Étrange illusion de l’amour paternel ! il croit travailler, se persuade qu'il travaille au bien du genre humain, et avise au placement d'un de ses fils ! mais

analysons dans ce [ ] des conséquences plus graves. Ces réunions soi-disant philantropiques auront donc à leur tête un suzerain industriel qui sera ce qu’est l'abbé dans un monastère, ou le châtelain dans une bourgade; il aura la meilleure part en profit et la moindre en besogne. Ce sera tout à point une féodalité industrielle, une 4° phase de Civilisation en mode bâtard, sans intervention du gouvernement, ni association directe avec lui. Peut-être, au lieu d’un suzerain, d'un titulaire de sinécure , en créerait-on une demi-douzaine dans chaque réunion de ce genre. Ce serait une petite oligarchie industrielle dont les chefs masqueraient cette féodalité par exercice de quelque branche de travail très-facile, ainsi que cela se pratique en administration. Si M. Owen avait connaissance du régime sociétaire et de ses résultats, il saurait que les enfants du fondateur, eût-il une lignée aussi nombreuse que celle de Feth-Ali-Schah (soixante-cinq garçons et soixante-cinq filles), seront tous bien placés comme adoptifs du genre humain, dont leur père sera le libérateur. On s’empressera de leur offrir le seul genre de sinécure qui existe en harmonie, la présidence héréditaire des divisions administratives, qui sont de 13 degrés, depuis celle du globe entier jusqu'à celle d'un canton. D'ailleurs, du moment où l'as- Sociation existera, tout le monde sera placé, personne ne songera à pourvoir ses enfants, car l'harmonie saura que tout jeune homme, toute jeune fille avanceront sans peine dans les diverses fonctions dont la nature leur aura donné l'instinct et jouira dans tous les cas d'un minimum supérieur au sort de nos bons bourgeois. Si donc M. Owen pense que daus l’état social qu'il veut fonder, les pères auront encore * le souci de placer les enfants, comme il l’a pour les siens, il prouve par cela seul qu’il ne connaît pas le régime sociétaire, les résultats de l'attraction industrielle.

Je sais qu'il n’est pas suspect de cupidité, il a mème fait ses preuves de désintéressement en refusant de prendre aucune part dans les bénétices de l'établissement de New-Lanark. C’est encore une faute de mécanisme qu’il a commise, car, en régime sociétaire, les coopérateurs, tous, sans exception, doivent étre co-intéressés et rétribués selon leurs 3 facuités : capital, travail, talent.

Ainsi le désintéressement ct beaucoup d’autres vertus peuvent étre nuisibles en association, si on les pousse à l'excès. J'ai déjà expliqué en quel sens le désintéressement peut fournir des contrepoids utiles, mais en équilibre de passions, les excès de vertu ne valent pas mieux qu'aujourd'hui ceux de vice.

Ces calculs d'attraction et d'équilibre en passion sont complètement ignorés de ceux qui opèrent dans les sociétés anglaises, et d'ordinaire tous les détails qu’on en apprend sont des contre-sens d'attraction. Der-

nièrement les jouruaux nous donnèrent pour nouvelle de la société de New-Harmonv, qu'elle va faire une gazetie. Ce sera un contre-sens le plus en attraction , car le travail de l'imprimerie est des moins attrayants, et je me serais bien gardé de l'admettre dans la liste des tra.vaux iadiqués peur la phalange d'essai. Il est du nombre de ceux qui me deviendront aîtrayants qu'an bout d’une dixaine d'années , gsand les intrigues industrielles seront élevées à tràs-haut degré. De là je présame que la société New-Harmeny n'a aucune méthode en mécanisme d'at-

traction , qu’elle est comme las autres, monacale et asservie à des sta-

fuis plus ou moins arbétraires.

On trouve à chaque pas semblables inconséquences dans les statuts et discours de ces sociétés. Par exemple, j'ai ln souvent dans leurs plans relatifs à l’enseignement et l'emploi des enfants lé mot récréation, puis des idées spéculatives sur l'emploi des instants de récréations. Les enfants, dans ce régime, se seront donc ennuvés au travail ou à l'étude? car toute récréation suppose des précédents ennuyeux qui exigent un délassement d'esprit ou de corps. Ces enfants, dans lears travaux et études, n’anront donc pas opéré par l'attraction, par stimuant d’un plaisir composé ou double charme? Si les enfants ne sont pas en attraction, les pères y seront encore moins, car les enfants sont la classe la plus aisée à amener à l'attraction industrielle.

On ne connattra pas de récréation en régime sociétaire , les enfants u'eu voudront pas plus que les pères; tous regarderont en pitié les cartes, les quilles et autres amusements de Civilisation perfectionnée, et, au lieu de séances récréatives ou distraetions à l'ennui, ils auront besoin de séances lénitives, ralentissements de plaisir, passage du bonheur composé au simple; car une journée à douze séances consécutives en bonheur composé causerait une tension trop forte dans le physique et le moral; c’est pourquoi il faut, pour l'équilibre matériel et spiri-

. tuel, des calmes de bonheur, des séances de plaisir stmple , comme la

Jecture des gazettes et autres menus passetemps faisant diversion quatre à cinq fois par jour à la véiémen ce des plaisirs composés. C’est un eflet contraire à celui qu'on nomme récréation ou restauration des corps-et des esprits abattus par la fatigue et l'ennui.

Ainsi, sur ce qui tauche aux récréations, à l'éducation, au travail et à tous les détails de la vie, nos faiseurs de systèmes n'ont aucune idée qui ne soit en opposition tranchée avec le régime sociétaire. Toutes leurs dispositions sont des contresens de chose et de mot, ainsi qu’on vient de le voir au sujet des récréations. En croyant spéculer sur l’association, ils n’ont que des méthodes antisociétaires, et pour leur donmer des notions justes sur ce sujet, il faudrait, disent fort bien Condillac

et Bacon, refaire en eux l’entendement humain, remettre chez eux l'ordre dans la faculté de penser, leur faire oublier tout ce qu’ils ont appris, car leurs connaissances acquises n'ont abouti qu'à leur f ausser le jugement sur tout problème d'association et d'attraction, et il est bien plus aisé, comme le pense Condillac, d'instruire sur ce genre ceux qui n'ont rien étudié que ceux qui, ayant beaucoup lu et beaucoup écrit, sont imbus de préjugés qu’ils prennent pour des principes et considèrent comme art du raisonnement l’art d'abuser des mots sans les entendre.

Aussi ont-ils déjà tellement dénaturé le sens du mot ussociation, qu’il n'existe plus une idée juste sur ce sujet, et qu'on n'a pas même posé les bases en ce genre d'étude. comme la garantie de minimum gradué , le concours de l'intérêt individuel avec le collectif, condition qui suppose le moyen d'arriver à la fortune par le plaisir et la vérité.

De là vient que, lorsqu'on me propose de lire ces systèmes arbitraires sur l'association , je m'y refuse, sachant bien qu'ils sont tous au niveau les uns des autres, et qu’on y trouve autant de contresens que de phrases, comme l'idée de récréation que j'ai disséquée plus haut. Lorsque je leur dis ces fâcheuses vérités, ils prétendent que je m’exprime grossièrement. Sans doute la vérité est très-grossière ; aussi ne la dit-on jamais à la cour, on ne la hasarde avec le beau monde que sous un déguisement, au bal masqué. Colomb et Galilée étaient des grossiers quand ils disaient à leur siècle : Vous jugez tout à contresens de la raison. Newton, Linnée, Harvey, Copernic, étaient des grossiers quand ils contredisaient leur siècle et heurtaient de front ses préjugés, et lui prouvaient que ses opinions dominantes étaient des absurdités. Il est bien certain que les vrais inventeurs sont très -grossiers dans leurs opipion; de là il suit que les écrivains qui disent des choses flatteuses pour le siècle et le monde civilisé, n’apportent aucune découverte. Si l’on désire des méthodes sûres en association, on doit se résoudre à entendre des avis fâcheux, comme l'est toujours la vérité, et souffrir que je leur dise avec Bacon et Condillac : Refaites votre entendement sur ce qui touche à l’association ; renoncez à prendre pour des principes vos préjugés , vos illusions, vantant la morale simple qui veut faire aimer la vertu pour elle-même, sans l'appuyer du bénéfice et du plaisir.

Ï1 faut franchir un pas pénible pour l’orgueil, se résoudre à reconnaître que tout est faux dans les doctrines civilisées comme dans les esprits, parce qu'en politique et eu morale ils suivent toujours la méthode simple au lieu d'adopter la composée, seule compatible avec l'attraction. Aussi arrivent-ils toujours à l'opposé de leur but; par exemple veulent-ils amener le peuple à la sobriété, en le modérant par

raison, Je peuple ne veut pas entendre à leur sagesse, parce qu'elle est ressort simple; mais si, à l'intempérance, on oppose un ressort composé, un double plaisir comme les cabales gastronomiques et le charme des réunions bien assorties, vous verrez le double contrepoids obtenir un plein succès. Il en est de même de la liberté, qui, en mode simple, ne produit que désordres de toute espèce, et l'on à vu qu'en commerce, pour établir la vraie liberté, les garanties respectives, il faut un monopole composé, une régie à double contrepoids, comme celle de la monnaie.

Parmi les erreurs que je nomme politique simple, espèce de simplisme, la plus funeste, celle qui a entrainé toutes les autres, est d’employer la raison isolément , la séparer de son premier appui, qui- est

: Dieu. Si la politique, avant de rien statuer sur l’ordre social, cut pris

pour règle de s’étayer de Dieu, scruter méthodiquement ses vucs, elle serait arrivée tout droit au calcul de l'attraction passionnée. Si Dieu a permis que l’homme s'initièt depuis Newton et Képler

- aux théories les plus transcendantes de l’équilibre de l'univers, 1l ne

veut sans doute pas nous cacher les lois d'un équilibre plus utile à connaître , celui des passions et des relations sociales, sur le mécanisme desquelles il! a dû statuer avant de créer les mondes et leurs habitants. Ce raisonnement conduisait en droiture au calcul de l’attraction , seule voic que puisse emplover l’homme dans la recherche des vues de Dieu.

Aussi ai-je indiqué comme principale issue de Civilisation la foi intégrale en Dieu et l'espérance en l’universalité de sa providence. Mais l'esprit religieux est ridiculisé par la politique moderne. ((Que ne se rallie-t-elle au moins aux appuis naturels de l'esprit humain, à la géométrie ? Qu'elle adopte pour règle dans ses tentatives que s'il y a unité dans le système de l'univers , il doit exister une théorie d'harmonie géométrique pour le monde social comme pour le monde matériel, et qu’il faut recourir à une politique sociale calquée sur la théorie newtonierne d'équilibre matérielle de l'univers. Il faut donc fonder une société de Coopération newtonienne , continuant la théorie de Newton et l'appliquant du matériel du passionnel. En sc traçant cette marche, on ne risquera pas de tomber dans l'arbitrair: des statuts ; la polttique n’agira plus en mode simple. fondé sur la ra'son seule, mais en mode composé, puisqu'elle associera la raison à un de ses appuis

” naturels, qui est la géométrie. Telle est la base du plan que je pense

proposer à ceux qui voudront fonder une société propre à ohtenir la confiance et réunir cn peu de temps les capitaux nécessaires à la fondation d'une phalange d'harmonie sociétaire}}. Etle ne veut s'étayer

daucun arbitre, pas même de l'expérience qui constate si bien que Ja Civilisation est un cercle vicieux et qu'on n'en peut espérer aucun bien , puisqu'elle n'arrive au bien que par dérogation à ces caractères, comme on le voit dans le régime du mouvement qui est tout-à-fait hors de Ja sphère des méthodes de libre concurrence dont il est l’antipode.

Page 1