‹ Manuscrits de FourierChapitre 112 sur 134 · TOME III · texte numérisé non relu

TOME III

de ses membres étant sur ce point d’une opinion opposée à celle du maître. Fourier n’est pas pour nous un pape où uu prophète à la parole infaillible, et nul de ses discigles se enoib tenu d’adopter servilement ses idées. Quand le temps sera venu de discuter les lois relatives à Punion des sexes, l’humanité instruira la question et jugera. Nous n ous en rapportons parfaitement à elle pour faire son choix dans les œuvres de Fourier, et n’y prendre que ce qu'elle y trouvera de fondé en raison et en vérité.

Qu'il soit done bien entendu que la publication suivante a pour objet de produire un document sur une question où l’on peut être fort éloigné d’accepter les vues de Fourser, mais où tout homme honorable reconnaîtra qu'il n’a poursuivi qu’ur but : faire régner la vérhé, la justite, la loyaeté et la liberté dans les rapports aujourd'hui si dépravés des sexes.]

Un chapitre sur l'amour ! Eh ! que peut-on dire de neuf sur cette matière, après tant de romanciers et de beaux esprits qui ont tiré la quintessence du sujet ?

Il est bien aisé d’être neuf après des milliers d'écrivains qui sont échos les uns des autres, et qur n'ont guère d'autre science que de peindre le bien qu'ils ne savent pas donner. Ce ne sont pas des tableaux d'amour qu'on leur demande : l'en existe assez dans cent mille romans. L'homme riche voudrait des réalités; il sait bien, à prix d'argent, se procurer des odalisques, mais non pas des amantes ni des unions sympathiques, et, lors même qu'il est encore en âge d'en trouver, on l'entend de bonne heure se plaindre de satiété et manque d'illusions. Les romanciers. ke dédommageront en peinture, mais non pas en réalité ; ils seront dans un étrange embarras si une fée Urgèle, une douairière de 80 ans teur demande le secret d'inspirer à des jeunes gens une belle passion , une illusion sentimentale sans appât d'intérêt; les romanciers diront à la bonne dame de 80 ans : « Revenez à l'âge de 20 ans, et nous vous férens trouver des jouvenceaux épris de vous pour ves beaux yeax, ou bien sachez, comme Ninon de l'Enclos, être belle et aimable jusqu’à 80 ans. »

Au fait, c'est une science bien neuve que celle des sympathies amoureuses artificielles. Nos faiseurs d'esprit ne savent.pas même les établir entre jeunes gens , Hs ne savent pas déterminer les causes des sympathies qui existent: comment sauraïent-ils en créer quand il‘ y a disproportion d'âge ?

Nous n'avons, répliquent-ils, rien de cette prétention ; nous pensons, au contraire, que La vieillesse doit renoncer à l'amour, puisqu'elle ne peuat.se procurer qu'à prrx d'argent, et par des. voies ignobles, une om- -bre d'ilusion, ur simulacre d'amour. La vieillesse doït donc se sevrer de ces passe-temps du jeune âge, et s'occuper utilement pour l’équilibre . du commerce et.de la charte.

Mais que répondre à une douairière- qui, jouissant de 400,008 fr. de rente, ne veutsvecper nr du: eomaierce nt de la: churtu:et préférerast un

DU GROUPE HYPERMINEUR. 134 passe-temps d'ameer bien réciproque ? Eh ! laïssez-da faire , disent nos savaais ; si elle a 400,808 fr., manquera-t-rile d'adulateurs pt chevahers de miséricorde qui ni ferent euhlir les ouisages du éemps?

Ainsi répondront nos crrilisés , gens fout matériels, et ne voyant en amour qu'an principe, que le matériahisme ou rut. 1ls publient sur l’amour senttmental de volumineux romans pour le bien de leur commerce ; mais, si on leur demande l'art de procurer cet amour à celui qui le désire, ils répliquerent par 20 escebarderies.

Cependant ils se disent protecteurs du sexe faible. Eh ! peuvent-ils ignorer que les femmes dans f'âge avancé conservent beascoup de penchant à l'amour ? Elles n'ont pas, cemme les hommes, des disitraotions soit d'étude, soit d'afaires ; elles n’ont pas la liberté de s'accomuwoder publiquement avecune chambrière ou aneentretenue; elles manquent tout-à-fait de ce délassement arsoureux dont le besoin se fait sentir chez elles, et n’est que peu ressenti du sexe masculin. La loi leur interdit, dans l’âge avancé, cet amour doat l'homme se réserve pourtant la jouissance, quoiqu'uu vieillard n'ait presque aueun besoin d'amourette quand il est distrait par les affaires, les études, etc. .

Sur ce, on va s'informer si je veux me déclarer l'avocat des douairières et de leurs inclinations galantes. Je suis l'avocat des 12 passions, et je prétends démontrer que, si elles existent, l'erdre social doit ea garantir la jouissance aux classes de tout âge qui peuvent La désirer. — Mais pourrez-vous faire en sorte que la vieillesse redevienne aimable et inspire des penchants amoureux à la jeunesse ? Le miracle serait trop fort. © — Qu'importe! nous opèrerons ce miracle et bien d'autres également incompréhensibles ; on en verra les preuves au traité du ralliement passioanel des 4 groupes; mais, pour comprendre ses effets , commençons par une étude régulière des groupes et de leurs accords tant essentiels que mixtes; ensuite nous apprendrons à opérer sur ces accords et les créer à eù ils n'existent pas. É

Les 2 ressorts eu principes ont été indiqués {rose vif piq., 144).

Spir. — Affinité spirituelle par la céladonie.

Matér. — Affinité matérielle par la copulation.

Si chacan des 2 principes agit isolément, il en résultera 2 groupes aussi différents que k seraient en ambition 2 groupes, dont Yun amrait la gloire pour objet et l’autre ne songerait qu'au pillage. Rien n'est plus trivial en amour qu'une réunion d'hommes et femmes qui, n'ayant les uns pour les autres ancun penchant de cœur, ne s'assemblemt que pour le lien matériel, on accord de prime sensuelle (monogamie). Cette jouissance peut être goûtée par deux personnes qui se méprisent ; elle n’a denc rien de cemmun avec l'amour sentimental, qm suppose une

estime respective.

Il n’est pas moins certain que le groupe d'amour peut se former de 2 manières : en monogamie matérielle et monogamie spirituelle. Il n’est noble que par la réunion des 2 ressorts : lien matériel et lien spirituel, d’où natt l’accord de tierce (androgamie), quand les 2 conjoints sont animés du double penchant. Il y a hémigamie quand l'un des 2 conjoints n’a qu’un seul des 2 penchants, comme il arrive souvent dans les mariages, où un vieil époux épris.... d'amour matériel et sentimental pour sa jeune moitié, ne trouve en elle qu'un retour borné au matériel.

Il n’y a pas là discord positif, mais il n’y a pas non plus d'accord plein , comme il existerait si chacun des 2 époux modulait des 2 éléments, du matériel et du spirituel. Cette réciprocité donnerait l'accord de tierce ; il n’y a que seconde et consonnance insipide, amour incom plet, dans le lien que je viens de décrire.

Il est très-rare que l’hémigamie soit en spirituel seul chez l’un des conjoints. Quand madame de Maintenon épousa Scarron par amitié, par reconnaissance, elle n'avait sûrement pas pour lui de penchant matériel, pas non plus de penchant céladonique ou sentimental , c'était de sa part un mariage d'amitié, un lien mixte. Ayons soin, en toute occasion, de distinguer les degrés mixtes des degrés spéciaux, de même qu'en échelle de gamme il faut distinguer les 7 essentiels ou diatoniques des 5 ambigus ou dièzes.

J'ai observé, au précédent chapitre, que nous ne pouvons pas connaître en Civilisation la monogamie spirituelle ou groupe de céladonie. Ce penchant ne se manifeste que d'un côté, et jamais, ou presque jamais, chez 2 personnes simultanément ; il expose au ridicule et aux duperies le très-petit nombre de ceux qui y sont enclins, et il est nécessairement ridiculisé parmi nous, puisqu'il ne peut être utile que dans les cas d’alliance avec l'accord >» x, omnigamie inverse, qui est si impraticable en Civilisation, que je ne crois pas même devoir en donner la définition, quoiqu'il produise l'effet le plus noble et le plus sentimental qu'il y ait dans la gamme d'amour.

Ajoutons, ou plutôt répétons, car l'observation a déjà été faite, que le lien de pure céladonie, chez les Harmoniens, suppose queles 2 amants aient d'autre part un lien composé ou un lien de tierce par affinité matérielle et spirituelle, c'est-à-dire que Dapbnis et Chloé, unis par sien matériel et sentimental, peuvent avoir tous deux un lien sentimental ou céladonique, savoir : Daphnis avec Galatée , puis Chloé avec Tircis. On fait bien parade, en Civilisation, de quelques liens de cette espèce, mais rien n'est plus faux; il n'y a partout que lien d'amour composé, ou convoitise spirituelle et matérielle à la fois; il peut aussi exister quelquefois lien d'amitié simple ou affinité de caractère entre

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Daphnis et Galatée, ‘entre Chloé et Tircis; mais il n’y a pas de lien céladonique. Je me suis assuré, par une foule d'informations, que ce lien n'existe pas en Civilisation. Si quelques individus en ont le penchant, il n’est jamais partagé. C'était un point très-important à éclaircir, parce que je serai obligé de démontrer en Harmonie composée que le lien céladonique, lien excessivement rare, produit en Harmonie des effets aussi précieux pour l’industrie générale, que l’est le diamant parmi nos pierres; mais ces effets ne pouvant pas avoir lieu en Civilisation, il n’est pas étonnant que l'amour céladonique, tout-à-fait inutile dans cette période, y soit méprisé comme le serait une perle fine chez de grossiers sauvages qui, n’en connaissant pas la valeur, donneront vingt perles pour une bouteille d'eau-de-vie.

J'ai indiqué comparativement (2° rose vif piq., 186) les # accords cardinaux d'amour. Il n’est pas à propos de parler des accords transcendants, 7e et & Y x, dont nous n'’aurons pas d'emploi en Harmonie simple ou hongrée. Nous n’avons à disserter ici que sur l'amour banal ou accord de tierce, homme et femme unis par lien matériel et sentimental. C’est sur cet accord que nous allons étudier les propriétés générales du groupe hypermineur.

La propriété essentielle de ce groupe est le contresens hiérarchique , la concession du pouvoir au sexe le plus faible. Un véritable amant est celui qui obéit aveuglément à une maîtresse, effet presque impossible en Civilisation, où mille motifs empêchent l’homme de se livrer à cette soumission, et de ployer sous le joug féminin. La femme ne manquerait pas d'exiger d’abord le mariage en cas de convenance pour elle; or, ce risque de mariage concourt, avec d'autres calculs d'intérêt, pour habituer l'homme civilisé à conserver de l'empire sur une maîtresse, et les pères ne manquent pas d'inspirer aux enfants, sur ce point, une défiance qui entrave plus ou moins le penchaïit au dévouement amoureux.

D'autre part, l'éducation forme et doit former la femme à des sentiments serviles, par convenance pour l'esclavage conjugal, qui est sa destinée. Il faut qu'elle soit disposée d’avance à servir les caprices d’un maître qu'elle ne connaît pas encore. Ainsi, la femme, étant de trèsbonne heure imbue de préjugés sur son infériorité, incline à la soumission, qui est nécessaire dans l’ordre civilise.

L'éducation harmonienne inspirera aux 2 sexes des sentiments tout opposés. La femme, avant d'aimer, s’attendra à une soumission absolue de l'amant. On l'aura, dès le bas âge, façonnée à croire que si les hommes sont supérieurs en force, les femmes doivent l'être en influence dans toutes relations d'amour. Les coutumes et convenances

d'intérêt général conGrmeront nette opinien; dès-lors La femme n'aura rien dos penchanis serviles qu’on lui inculque aujourd'hui; quant aux hosmmes, dès que le dévonement absolu à une mattresse ne sera d'aucun danger pour eux, on ne prendra aucun soin de les prémunir contre les astuces féreinines. L'un et l'antre sexe adoptera en amour la marche naturelle, qi est la soumission du fort au faible, ou contresens hiérarchique.

Le mot confrssene peut sembler irepropre, car le cantresens n'est que relatif, par comparaison au groupe d'ambition, qui étahlit la hiérarchie en subordiuation de l’inférieur au supérieur. Mais quel serait l'élément d'harmonie entre les 4 groupes s'ils ne présentaient pas des contrastes généraux, soit de tons, soit de hiérarchie ? Ces contrastes seront analysés ea chapitre spécial.

Certains pays, entre autres la France, affectent de reconnaître cette hiérarchie d'amour, ete supériorité du sexe faible. Un étranger qui ne connaîtrait pas la France, et qui se laisserait prendre aux apparences, au ton chevaleresque des coteries, aux fadeurs des couplets d'opéra, aux . simagrées générales de courtoisie, serait tenté de eroire que les femmes sont reines en France. Il n’en est rien, elles n’y sont que trompeuses et trompées. D'une part elles sont dupes des jeunes gens qui, presque tous aigrefins en amour, se font honneur de rouer les femmes ; celles-ci, en revanche, usent de représailles sur la classe des hommes confiants et des maris; de sorte que la France, en amour, n'est qu'une rouerie universelle ou chaos d'astuces réciproques. On ne trouverait pas en Allemagne moitié de ces tricheries, et je dirais : pas le quart, si je parlais de 89, époque où les Français n'avaient pas séjourné dans toutes Jes villes d'Allemagne. Leur longue résidence a dà y fausser et franciser le earactère des femmes ainsi que le ton des relations d'amour.

En thèse générale, on peut dire que la femme cvitisée, obligée à une dissimulation perpétuelle, est un être dégradé, travesti, dont le naturel ne peut que difficilement se développer; elle est à peu près comme le castor dans l'état domestique, où il devient le plus insignifiant des animaux, quoiqu'il soit le plus intelligent dans son état de pleine liberté. Il est quelques femmes dont l'esprit paraît bien développé parce qu'elles entsecoué le joug du préjugé et acquis l’usage des roueries amourenses, des astuces conjugales et du jargon de [ morale ]. Mais de tels développements sont une dépravation, un essor subversif, et non pas un progrès louable et utile, comme serait une invention de quelques usages d'Harmonie. Les femmes ont cette propriété. Je prouverai, au Traité du Garantisme, qu'il aurait suf& de {(80)) 400 ans de Garantisme amoureux pour les conduire à la découverte des séries passionnelles ou des dispositions préliminaires. C'eût été un beau trophée pour l'esprit féminin, qui a plus

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d'aptitude à ce genre d'invention que le mascufm; car la fenrmie à plus de finesse et de tact en ce qui touche aw perfectionnement des relations passionnelles. Or, si les femmes civilisées n’ont fait aucune invention en ce genre, on peut dire que, matgré leur raffinement en astuces inutiles, efles ne sont que des êtres qui, comme le castor domestique, ne savent pas faire usage de leurs moyens. [Voir la note interealée page 446 ci-après.]

Pour apprécier k dégradation des fennnes civilisées, it faut ks mettre en parallèle avec leurs supérieures et.inférieures. Etablissons en ce-sens une progression de 3 femmes seulement : l'edahisque de sérail, le bourgevise civilisée ét la dame de cour.

L'odalisque est une espèce de brute, se trouvant honorés de servir de passe-temps à qui l’achète, se croyant dépourvue d'âme et hannie da séjour céleste. Nos paysannes de la classe morale tiennent un peu de cet abrutissement, et. sont respectueusement debout derrière le mari at-tablé. On trouve déjà une grande différence chez nos bonrgwoises ; elles ont du caractère, du bon sens, et ne se croient pas des machines créées uniquement pour le plaisir des hemmes. Cependant, malgré leur aptitude à l'intrigue, elles sont encore bien serviles en affaires d’ambition, parce qu'elles tiennent à la classe d'hommes qui est intraitable sur le chapitre de l'argent, toujours épargné chez les bourgeois, parce qu'ils n’en ont pas à profusion et ne le gagnent pas aisément. Si on passe à lu femme de cour ou à la courtisane de grand ton, comme Ninon, Laïs, enfin à la classe qui n'est point rapetissée, hébétée par les soins du mépage et le défaut d'argent, on trouve urie inmense supériorité sur les femmes de elasse morale, dites ménagères. C’est chez les femmes de haut parage et pleinement libres qu’on entrevoit les développements dont l'esprit féminin estsusceptible; à la vérité son esser actuel ne tend qu'aux voies du mal, mais elles déploieraient même Mmteñigenee dans un état de choses qui les entratnerait au Bien. Cet effet ne peut avoir lieu que dans une société supérieure à la Civilisation.

Un indice provisoire de cette étendue des facultés fémimnes est que sur 40 femmes qui ont régné sans époux, sans maftre, on en a va 9: atteindre à la célébrité; pourrait-on en dire autant des sonverams? Si quelques reines ont chencekK, comme Christine de Suède et Marie Stuart, ç'a été par déférence pour les préjugés; car celles quï ont su hardiment tes fouler aux pieds, comme Fhsabeth et Catherine, sont devenues d’autant plus cékbres qu'elles ont traîné le sexe maseulir dans Ka boue et

prouvé qu'il peat de: son plein gré, sans le stimulant de Féducation;, se ravaler fort au-dessous des femmes. Vit-on jamais fes maftresses des rois égaler l'opprobre des favoris de Catherine? Or, si où suppose lamour pleinement libre comme if le serait em Harmonie composée (qui

n’est pas celle dont je donne le traité), et les astuces d'intérêt bannies du commerce amoureux, il est hors de doute que les femmes, dans ce cas, atteindront à une grande perfection dont on voit déjà les germes chez les dames de cour et chez quelques bourgeoises bien stylées, dont l’essor est encore entravé par le défaut d'argent, par les simagrées et mascarades qu'exige le préjugé.

Cette digression était nécessaire pour motiver la propriété de contresens hiérarchique et dominance féminine que j'ai assignée au groupe d'amour; elle ne pourra s'établir que dans un ordre de choses exempt des embüches qui excitent à bon droit la défiance des hommes civilisés et leur accord à maintenir les femmes dans une dépendance qui leur est vraiment nécessaire. Car, dans l’état civilisé, elles ont communément le vice des mauvais chevaux qui se cabrent et s’emportent quand ils ne trouvent pas un écuyer capable, mais qui obéissent avec plaisir au bon cavalier qui sait les mattriser. Soit dit sans injure, c’est bien là le portrait des femmes civilisées ; elles ont besoin d’un maître exercé qui les traite en supérieur ; elles se moquent d’un homme qui se met au ton du véritable amour et devient l'esclave de sa belle.

Pour analyser exactement les amours de Civilisation, il faudrait les examiner dans l'accord de sixte ou orgie phanérogame ({fédérale)}, composée de deux ou plusieurs coteries honnétes et de bonne société, où les hommes ont eu toutes les femmes, et les femmes ont eu tous les hommes. Je ne parle pas des petits bourgeois qui ont assez cet usage de mettre les femmes en commun, je veux parler des réunions plus buppées dont l’orgie devient ligue fédérale, exerçant de l'influence dans le pays. Ces orgies ont le vice de se croire tout permis, de considérer l'honneur comme | ], et le monde comme un troupeau de benêts à tromper sans scrupule. De pareilles sociétés sont une fréquentation dangereuse pour les non initiés ; la coterie ne manque pas de les compromettre pour ses intérêts. Les habitués de ces orgies, hommes et femmes, deviennent bientôt capables de toutes sortes d'infamies, et ce genre de lien prouve que l'amour, plus que les autres groupes, devient d'autant plus dangereux en Civilisation qu’il est plus élevé en degré. Aussi l'accord de tierce n’y est-il que peu dangereux et seulement pour les | }, tandis que les accords de 4°, 5°, 6°, yformentuncres- | cendo de dépravation. C’est bien pis des accords de 7°; nous sero donc bornés à étudier les hauts accords d'amour dans leurs emplois d’H monie composée, dont je ne traite pas dans cet ouvrage.

L'accord de sixte s’est légalement établi dans l’ordre Barbare, où règne la coutume des sérails ; mais c’est une sixte hongrée , car les sérails ne sont orgie que pour l'homme et non pour la femme. Or, ce n’est pas

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dans les accords bâtards ou hongrés qu’il faut étudier les propriétés des groupes ; on les discernera mieux dans les orgies secrètes des civilisés, car ces orgies ou accords de sixte sont des accords pleins qui opèrent en composé et non en simple; mais les orgies civilisées sont vicieuses, en ce qu’elles ne s’allient pas aux convenances générales ; elles se dérobent à l’influence de la législation et s’enveloppent de mystère; elles feignent beaucoup d'empressement à soutenir la législation et la morale qui les proscrivent. Aussi, les bourgeoises qui ont des orgies secrètes font-elles spéculativement un galimatias de sacrilèges et de pruderies , se confessant et communiant avec éclat, tonnant pour la religion et les bonnes mœurs, affichant un amant titré, une passion romanesque, pour cacher leurs débauches.

Ainsi l'orgie civilisée, ou accord de sixte, et de même les accords de quarte, quinte et septième, ne produisent qu’un chaos d’hypocrisie dans lequel on ne peut nullement étudier les propriétés des hauts accords d'amour. D'ailleurs, la grossièreté et la perfidie des relations civilisées rendent ces sortes de relations si vicieuses qu'on répugne à en faire l'analyse.

(( Elles sont pourtant honnes à examiner comme contremarches de mouvement. J'appelle effets de contremarche les résultats que donnent les 12 passions en périodes lymbiques, où elles produisent toujours la fausseté au lieu de vérité, la discorde au lieu d'harmonie ; et c'est un calcul assez amusant que celui de la contremarche et diffraction des passions, c'est un parallèle semblable à celui de la chenille et du papil-

lon, qui sont les 2 [ ] produits par le même. }) Elles sont pourtant bonnes à examiner comme effets de diffraction passionnelle.

Qu'est-ce que la diffraction passionnelle ? dira plus d’un lecteur , et si on lui répond ad hoc, si on veut lui définir la diffraction en simple et en composé, il s'épouvantera du jargon analytique.

On appelle diffraclion vu contact d’extrémes un effet de mouvement reproduit en sens inverse, comme le miroir renversé qui montre un individu la tête en bas et les pieds en haut, mais qui, malgré ce contresens, donne la véritable image; nous allons en juger par quelques applications (le 43 du lilas et le 2 ch. du rosat, 1, p. 17).— Justice prompte, pachas, — Sérail, orgie générale.

Il est de même inutile de traiter de l'accord pivotal ou octavien omnigame; c’est une relation inconcevable dans nos mœurs obseènes qui rapportent tout au matériel; l'amour omnigame fait intervenir des masses de plusieurs milliers d'individus qui, souvent, ne se sont jamais vus, et qu’on sait pourtant sympathiser du premier jour (au bout d’une ou 2 heures), en ordre composé, en lien spirituel et matériel; je ne saurais en donner aucune idée avant d'avoir expliqué la théorie et Je mécanisme des sympathies harmoniennes.

Les gammes d'amour at de famillisme, ou gammes affectives mineures, sont les plus.propres à démontrer l’inconséquence de nos prétendus aquis de la nature, et mettre leur science en oontradiction avec ellemême , car ils admirent dans les 2 groupes majeurs tous les hauts accords qu'ils condamnent dans les 2 groupes mineurs ; ee eutre, ils ne peuvent pas, en affections majeures, en liens d'amitié et d’ambition, faire naltre aucune ombre de ces hauts accords qu'ils recommandent, comme la bienveillance uunirerselke. À quoi sert donc leur philosophie de la nature, si, sur £ gammes d'accords animiques , elle en rejette deux, et ne peut pas, dans les 2 autres, faire usage des touches omnimodes, ou 8%, d'où naftrait l'harmonie sociale ?

Autre inconséquence : on voit dominer en secret tous les accords défendus par la loi, ceux de 4°, 6°, 7°, et celui qu'elle veut établir exclusivement, l'accord de tierce, Andregamie, ne s'établit jamais ou presque jamais par les voies légales qui régissent l'amour, 1! ne manque pas, en Civilisation, de ces amours de tierce où règne, de part et d'autre, le lien matériel et spirituel ; mais ces amours ne naissent que chez des couples qui ne s'aiment pas constitutionnellement en vertu d'acte notarié et enregistré à la municipalité. Tous ces amours sont des infractions à la loi, ct pourtant ce sont les seuls heaux selon le monde galant, qui réprouve le système amoureux de la philosophie. Celle-ci, avec ses méthodes légales, n’élève guère les amours qu'à l'Hémigamie, ou accord de seconde ; Jes conditions de mariage et trafic pécuniaire qu'elle impose à l'amour ne laissent guère d’accès au lien sentimental, réduisent Je mépage à une froide et mercantile union, dout les deux conjoints se lassent bien vite, et dont il ne peut résulter qu’un conflit de fausseté universelle, aucun des conjoints ne voulant adhérer sincèrement à la fidélité permamapente quexige celien si éloigné du vœu de la nature.

Et si les philosophes ont quelque respect pour ce vœu, que pensentils de l'impulsion qu’elle donne à 500 millions de barbares chez qui l'essor habituel et unanime est la 6° [ ], ou accord de sixte simple, nommé chez nous Polygamie ? que pensera la philosophie de cette honnête compagnie civilisée, dite gens comme il faut, bourgeois, grisettes, etc., qui, dès qu'ils en ont la faculté, s'adonnent ea secret à r'[{ ], ou accord de sixte, et font de leurs morales coteries autant d'orgies gazées? Ainsi, en voulant réduire les groupes à tel ou tel accord exclusivement, il arrive qu'on manque son accord et qu'an tombe communément dans des accords vicieux et suhversifs, comme sont tous ces amours qui, confraires à un ordre établi, ne peuvent produire que la fausseté générale ; aussi domine-t-elle en plein dans tout le système amoureux de la Civilisation.

Nous aurions, selon le tableau donné (souci 2, 440), & accords faux

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à décrire, 2 en extragamie, ® es soligamie ; leur infuence n’est que trop réelle en Civitstion, et concourt à prouver le vice du système qui régit les amours. Définissons brièvement ces 4 dscords.

Sokigamie. Le diecord négatif direct ut ré? a lieu par la masturbation ou soligamie matérielle, geare forcé pour les religieux et les captifs. Tissot, dans un ouvrage intitulé l’Onanisme, en a démontré ks nombreux inconvénients et les ravages.

Le discord négatif inverse at ut° ou soligamie spirituelle, a lieu par la contemplation discrète, les soupirs romantiques , genre assez en vogue chez les peuples du Nord, ét qui est une dépense de temps et de pensées très-nuisibles à l'individu.

Extragamie. Le discord positif direct uf ut dièze, extragamie, roule sur une coutume très-obscène de l'antiquité, c’est l’abus des enfants; cette infamie était permise aux républicains d'Athènes par les lois de Solon, qui la défendait seulement aux esclaves et l’autorisait chez les hommes libres. Si l’on en juge par cette loi, ils étaient fort adonnés à ce genre dépravé, dont Plutarque fait l'éloge. En dépit du philosophe Plutarque, ce résultat est compté pour discord en gamme d'amour, vu les résultats évidemment funestes à la classe des enfants qui en est l’objet.

Le discord positif inverse ut si bécarre, bestigamie, est fourni par la bestialité, qu’on dit très en vogue chez les tendres bergers des Py- . rénées. S'il est vrai que tous les goûts soïent dans la nature, celui-là à coup sûr n’est pas de la belle nature, et cés £# consonnances fausses pe sont point admissibles en Harmonie.

J'ai signalé, au début de ce chapitre, erreur de ceux qui pensent qu'il n'y ait rien de nouveau à dire sur l'amour. Tout paraîtra nouveau quand nous mettrons en œuvre les matériaux de cette gamme, dont je n'ai pas fait connaître les 3 touches les plus brillantes, la Y, > x et la X <<, ou om{[nimodes|,

Celles d'octave , au nombre de 3, La 8 directe, » Ÿ, La % inverse, »# X, La 8 mixte, X %(1),

Je me borne ici à définir le ressort de la 8 mixte, c'est l'amour pivotat ou lien de permanence composée. On nomme permamenis ou pivotaux en Harmomie les individus pour qui on à une constance composée, c'est-à-dire que l'amour qu'on a pour eux peut s'allier avec d'autres,

{1} D'ordinaire je ne fais pas mention d’une touche de 8° mixte dans les gammes, M elle y exisie, mais je la neelee pour ne pas compliquer les exposés. (Voie de Fourier.)

ct qu'on revient à eux avec plaisir, malgré les collègues qu'on leur adjoint. Il est peu de civilisé tant soit peu répandu qui n'ait parmi ses personnes aimées quelque pivotale et souvent plusieurs. Les liens de ce genre, combinés avec les amours de durée incertaine, fournissent en harmonie des sympathies (ranscendantes , et dont il est impossible de donner aucune idée.

En attendant, la négligence des civilisés, qui n'ont jamais songé dans leurs analyses à distinguer les amours pivotaux, prouve qu'il reste encore, même en Civilisation, beaucoup de choses neuves à dire sur l'amour. Que sera-ce quand on l’examinera en Harmonie dans toutes les combinaisons dont sa gamme est susceptible ?

[ Nous pouvons intercaler ici un passage sur les ‘femmes tré des cahiers, 27, cote 40, page 76, et 42, même cote, page 433.]

En régime sociétaire, la fonction d'officier [dans les séries] s’étend aux 3 sexes. Toute série passionnée choisit, élit ses chefs en proportion de sexe, et comme il existe des séries qui se composent de majorité numérique, quelquefois même en totalité, de femmes et d'enfants, chaque sexe étant libre en régime sociétaire et admissible à toutes fonctions, aucun des trois sexes, aucune réunion d'un seul sexe ne va chercher ses officiers dans l’autre sexe, excepté pour le cortège mythologique. Vingt femmes qui cultivent un champ d'æillet pour la parfumerie n'iront pas appeler un pédant masculin pour les présider, soit en travail, soit en conseil, soit en parade; elles éliront des femmes pour officiers, et si la Série se compose de 2 ou 3 sexes, elle mélangera en proportion son étatmajor et son corps d'officiers.

(Du reste on oublie cet amour-propre quand le talent désigne et fait désirer tel chef de sexe différent . la plus forte passion d’un groupe et d'une série étant toujours de briller en industrie et s’adjoindre les sociétaires dont on peut utiliser les lumières dans une concurrence émurlative. Ainsi l’on pourra, dans une série industrielle composée d'hommes presqu'en entier, élire une femme pour recteur, si cette femme est pourvue de connaissances nécessaires.)

Cette méthode pourra déplaire aux philosophes qui veulent persuader aux femmes qu'elles ne sont bonnes qu'à écumer le pot et réparer les culottes d’un époux citoyen, doctrine peu différente de celle des Turcs, qui persuadent aux femmes qu’elles n’ont point d'âme.

On n'admeltra pas, en Association, ces devoirs d’esclavage intellectuel que la morale impose aux femmes. Quant à présent, j'avoue que le caractère fallacieux des femmes civilisées paratt motiver cette opinion,

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mais leur caractère actuel est un travestissement de la nature. Il changera tout-à-fait non pas de fond, mais de marche en régime sociétaire, et l’on s’y convaincra bien vite que la nature leur assigne un rang émjnent, les a créées pour former concurrence au sexe masculin dans la majeure partie des fonctions, et surtout dans les actes où les femmes sauront bien vite reprendre le rang qui leur est dévolu, en relation d'industrie d'arts et sciences, de bonnes mœurs et d'honneur.

Mais tant que les théories de bonnes mœurs consisteront à priver les femmes de liberté en amour, en faire une esclave du plus fort, du sexe qui jouit de toutes les libertés refusées à la femme, le caractère féminin sera et devra être ce qu’il est aujourd’hui, l'hypocrisie obligée.

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