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CHAPITRE IV

DU GROUPE HYPOMINEUR, FAMILLISME OU PARENTÉ, CONSANGUINITÉ, DESCENDANCE.

Déjà j'ai [dit aux] Prolégomènes qu'il règne une foule de préjugés sur le lien de famille et ses propriétés ; je vais insister sur ce sujet.

Le groupe de famille, ou lien de consanguinité, est le seul des 4 qui soit immuable: ses relations dans l’ordre civilisé sont restreintes au minimum par le mariage exclusif ; un bâtard et sa mère en sont exclus, quoiqu’on admette dans la famille des membres évidemment hétérogènes, du côté du père, et dont la physionomie suffirait seule à motiver l'exclusion, souvent provoquée par les aveux indiscrets des amants de la mère.

On peut envisager dans ce groupe 7 liens assez distincts :

Soucue.— Le Conjugal. — Rameaux. — Le paternel, le filial, le fraternel , le collatéral , l’aïeulique, le naturel et l'équivoque ou transition, qui est l’état de doute sur la paternité ou filialité réelle. Un père peut douter que tel soit son fils et un fils peut douter que tel soit son père. Si ce fils est un mulâtre né d’une mère blanche, il peut bien, en dépit de la loi Zs pater est quem, etc., douter que son père légal, qui est blanc, soit son véritable père. Voilà donc en matériel 7 liens qui peuvent être l’objet de divers calculs sur les affections, et qui pourtant n’ont aucun rapport avec la gamme de famillisme ou échelle de degrés passionnels, dont nous parlerons ailleurs.

Je ne m’arrète pas à l'analyse de ces divers liens de famillisme, j'en conclus seulement qu'il faut s’habituer à admettre des degrés dans l’apalyse des groupes et dans l'intensité du lien. On n'est jamais dans les voies de la nature quand on perd de vue la progression, essence de la passion foyère 4 Y, dite Unitéisme.

1æ LA PHALANGE.

Les moralistes, si charmés du hien de famille, n’ont jamais songé à le chasser par échelle de degrés et. enr remarquer les côtés faibles, notamment das ke lien de souche ce cœmugal dont on vaate les douceurs, tandis qu'en réalité besucoup d'époux passent leur vie à se quereller, dsputes le poavoir, et ne commencent à jouir qu'à là mort de l'uu des cosjoints, qui laisse à l'autre plem exercice de sa volonté.

Une quahité précieuse de Ken paternel, c'est qu'il est ke pies durzble. Aucun des & amours n’est aussi stable que le maternel; cette propriété a jeté les philosophes dans ue foule d'erreurs. Ils en ont concu que le Ken de famäle (qui n’est point réciproque, puisque l'enfant ne rend point au père égale dose d'affection) devait tenir le gouvernaï des relations domestiques, où il ne doit intervenir que pour un quart; d'autant mieux que cet amour des pères pour les enfants est très-aveugle et très-vénal. Il ne conduit qu'à deux extrèmes vicieux : à les gâter quand is sont enfants, et les saerfier quand Hs sont grands. Si Les pères avaient la liberté de vendre leurs enfants, comme en Gcorgie, on en verrait les 340 vendre leurs filles , déjà vendues indirectement dans certains mariages où le père ne consulte que son amhition.

Il n'est pas de passion qui entraîne plus à la bassesse que l'amour paternel. Ur père se soumet à toutes les humiliations. dévore tous les affronts, pour négocier un placement de sen fils ou de sa fie. J'en ai entendo, après des mariages manqués, dire : « Je suis honteux de ce que j'ai fait pour négocier ce mariage. » [ls reconnaissent leur avilissement quand les démarches ont éckoæé, et demain ils en feront autant pour un autre cnfant.

Si donc la philosophie tient à l'honneur, elle ne devait pas faire du famillisme la passten rectrice des relations sociales ; car l'esprit de bassesse. qu'engendre cette passion, proave qu’elle a besoin de contrepoids, et qu'il est très-déraisonnable de vouloir en faire un levier dominant en mécanique socrale.

Chaque parti qui domine en Civibisation se passionne pour l'un des & groupes, et veut en outrer l'influence, tout subordonner au sroupe qu’il préfère. Si l'esprit dominant d’un gouvernement est. la démagogie, le groupe d'ambition et de sectisme, comme en 1793-94, voas verrez ce gouvernement fouler aux pieds les 3 autres groupes et enseigner que c'est une vertu de dénoncer sen père et de Fenvoyer à l'échafaud. Telle était la doctrine des meralistes Robespierre et Marat, Hébert et Chaumette. Mêmes opinions régnaient chez les vrars répeblicains et usuriers de Rome. Ils vastaient l'oubli absolu du famillisme , Brutus qui {ue son père e4 Bratns qui immole ses 9 fils. Pareil esprit se reproduit dans les gouvernements sacerdotaux qui sont encore à dominance d'ambition.

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Ils vanteront Agamemmon qui consent à livrer sa fille aux bourreaux, Abraham qui veut tuer son fils Isaac, et Jephté qu égorge sa fille.

Ainsi, lorsqu'on ne saït pas établir la-balance entre les 4 groupes, chacun d'eux opprime les 3 autres. Chez les Barbares, il n'est sorte d'horreur: qu'on ne eommette pour favoriser l'amour polygame, qui est légal en Barbarie. Un sultan conduisant ses femmes à la campagne, les fait précéder de quelques bourreaux chargés d'égorger tous les hommes qu'on rencontrera , de peur qu'ils ne soient aperçus des femmes et que la morale barbare n’en soit blessée. Les hordes sauvages, qui sont toutes en pivot d'amitie, foulent aax pieds le lien filial, égorgent les pères et aïeux quand ils sont vieux. Bref, chacun des 4 groupes immolera les 3 autres à ses convenances, tant quon ne saura pas établir l'harmonie et l'équilibre des 4 groupes, qui ne peut pas avoir lieu dans les 4 périodes lymbiques dites Sauvagerie, Patriarchat , Barbarie, Civilisation.

Autant les groupes sont injustes, oppresseurs ct faux en action isolée, autant ils sont équitables et vrais en action collective. Il faut donc rechercher une méthode qui les fasse intervenir tous & combinément en mécanique sociale, ct qui ne donne pas à 4 ou 2 toute influence, à l'exclusion des autres. Pour alteindre ce but, il faut d’abord les bien connaître tous #4, ainsi que leurs échelles de développement, que j'ai nommées gammes passionnelles.

Il est à peu près inutile que je donne la gamme de famillisme, car ses hauts accords, déjà impraticables en Civilisation, sont inutiles dans l’'Harmonie hongrée, dont nous allons traiter. Par exemple, que nous servirait d'étudier un accord de sixte qui a lieu entre 2 individus reconnaissant spontanément et réciproquement des enfants de plusieurs percs où mères ? Un tel accord est criminel en plein chez les Civilisi où la loi ne recounatt pas les enfants naturels de père ni de n° Cet accord est criminel à demi chez les Barbares, où un sultan pl connatire des enfants de 6 femmes et 100 concubines , tandÿ4u ue sultane serait livrée aux bourreaux si elle avouait une gro$s€ d'un autre que le sultan. Aiasi la sixte de famillisme est hony<€ Chez les Barbares comme la sixte d'amour. | |

Les accords de 7° simple sont impossibles en Civiliion: la loi ne reconnattrait pas 2 pères qui se disputeraient un enfit: €t voudraient tous deux se déclarer en lien de pateraité avec l'ensit. lui assurer des droits d'héritage. Ainsi auraient fait 2 favoris dANiaon qui se disputaient, je crois, un de ses enfants. Ce lien équiydue Ou accord de transition est de grande ntilité en Harmonie coposte, où un bâtard est toujours réclamé par plusieurs familles et g4£xé à plusieurs. De pareils liens sont inconcevahles aujourd'hy €t 26 peuveni avoir lieu

qu’en 8° période, où le genre humain est assez riche pour que les moindres n'aient besoin de rien et soient encore réclamés par une foule de gens riches qui veulent les adopter pour affinité industrielle, ou s’en attribuer la paternité par amour pour la mère.

Les accords de 8°, quoique non praticables en Civilisation , sont une très-belle harmonie, qui tend à unir par lien de consanguinité toutes les familles du globe ; et le cadre en sera fortement goûté des moralistes, des philosophes, des hommes religieux, et surtout des princes, qui y verront la garantie la plus stable pour les garanties titulaires. Il n'est pas encore temps de donner l'explication de ces accords; j'en parlerai en traitant de la successibilité directe en lignées princières et sceptres héréditaires garantis.

Le groupe de famillisme déjà si restreint en Civilisation par la monalité conjugale, est encore plus restreint par la brièveté de la vie humaine. L'homme peut à peine voir sa 3° génération, son arrière- petitfils, et un civilisé devenu arrière-grand-père se croit un vétéran de paternité, tandis qu’un harmonien arrière-grand-père sera un damoiseau, un pilier de bals, un champion de sympathies et d'aventures galantes. Un homme, une femme, verront facilement leur 7° génération en Harmonie, où la longévité est telle que de 12 individus nés le même jour, il en parvient au moins 4 à 444 ans.

L'affection s'établit dans ce groupe du plus àgé au plus jeune : le père aime beaucoup plus son fils que le fils n’aime son père. Il en est de même de l'aïeul à l'égard du petit-fils. La raison de cette inégalité est { je lai dit aux Prolégomènes) que l’aïeul doit beaucoup plus au neveu que le neveu à l'aïeul. Le plus obligé des 2 est celui à qui le

JUPE de parenté procure la plus vive jouissance. Or, laquelle est la

Pl vive, ou de voir la postérité qu’on à engendrée, ou de connattre ÆlUAGnt on est descendu. L'expérience prouve qu’en ce genre le plai- SIT € «jeul ou du père est au moins triple de celui du descendant, et la preuv.en est qu'un aïeul, surtout en famille titrée, jouit prodigieusement en syant un bambin de 3 à 4 ans destiné à perpétuer la lignée. Cet enfant d connaît aucunement ce qu'il peut devoir à l'aïeul , et ne l'aime que Part qu'un grand-père a soin d’affriander l'enfant par des dragées et cajolesss de toute espèce. Le bambin n’a d'autre plaisir dans cette liaison que &j es friandises et faveurs qu'il reçoit, mais pas la moindre jouissance fative au lien de famille, et, pour preuve, si l’aïeul, au lieu de le flatter, neuj parlait que de la morale et de la charte, sans y joindre quelques sucreies, on verrait l'enfant s'enfuir aux approches de l'aïeul. Il n'y a donc, jusu'à l'âge de puberté, aucune affection Éliale des enfants aux parents, il y a qu’affection amicale et corporative,

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laquelle devient filiale après la puberté, et n’est encore que le tiers de celle des pères.

J'ai observé (Prolég.) que les civilisés pauvres de jouissance et empressés de se créer des illusions, ne veulent pas prêter l'oreille à ces vérités qui pourtant n’ont rien de fâcheux pour eux, car elles ne tendent qu’à leur enseigner un ordre familial où le père sera vraiment payé de retour par l'enfant, et satisfait du tribut; mais, pour bien établir cette théorie consolante pour les pères, il faut les désabuser d'abord des illusions actuelles , et leur prouver qu'ils ne connaissent pas Îles vrais moyens d’exciter l'amour filial.

Ils se fient sur le titre de paternité; mais la paternité, considérée dans l'acte originel qui la constitue, n’est nullement un titre à l'affection du descendant ni à la considération publique; et pour preuve qu'arriverait-il, si, dans une assemblée de famille, on voyait une de ces scènes qu'on représente dans les mélodrames, un inconnu arriver inopinément, et dire à tel des enfants : « C’est moi qui suis ton père, en voilà les preuves ; — les lettres de ta mère attestent nos amours à telle époque; — d’ailleurs tu es ochavon, né de quarteron et blanc, tu ne peux pas être fils de pèreet mère blancs; c'est moi, quarteron, qui suis ton père ; — ta figure est la fidèle image de la mienne : tu ne dois qu'à moi seul la tendresse filiale. » Que déciderait l'assemblée sur cette prétention de l’arrivant qui s'appuierait de la ressemblance, de la voix publique, de la correspondance, et de mille détails aussi scandaleux que vrais? Les assistants opineraient à l’expulser et le déclarer perturbateur du repos des familles, etc.; tous exborteraient l'enfant à conserver son affection au père légal, et tous, en excluant le vrai père, prouveraient que l'opinion ne considère pas l'acte originel de paternité comme titre à la gratitude et au dévouement du descendant ni à la considération publique. Le dernier des scélérats peut acquérir d’un instant à l’autre le titre de père, et ne sera pas plus respectable. Si Robespierre vient nous dire qu'il est père, il ne sera pas moins un monstre digne de tous les supplices.

De quels titres peut donc s'appuyer un père civilisé et barbare? Estce des neuf mois pendant lesquels il a préparé la naïssance de l'enfant ? Non, car sur ces 9 mois il en est plus de 8 d'exercice inutile où le père est intervenu pour son plaisir et non pour le bien de sa progéniture, qui serait de même née sans cette prolongation de service conjugal. Jusque là ce n'est pas l’enfant qui est redevable, mais ce sont les père et mère qui sont redevables à l'enfant du plaisir dont sa création a été le résultat; d'autant mieux que souvent les père et mère cherchent par des tricheries à éviter cette naissance, quoiqu'ils sachent qu'en fraudant ainsi Ja nature et la république ils pèchent grièvement, selon Sanchez, Azor, Suarès et tous les casuistes.

Ajoutons que, d'ordinaire, cette naissance d’un rejeton est un grand charme pour eux. Les voilà donc, pour un plaisir sensuel de 9 mois, récompensés par 3 autres plaisirs: 4° celui d’avoir une gostérité, un héritier ; ® celui d’avoir un enfaut qui fera leur délassement, le charme de leurs loisirs; 3° celui de trouver dans un rejetan le soutien de leur vieillesse et de leurs vnes ambitieuses. D’après ces 3 plaisirs, joints à celui d’une copulation de neuf mois, le père est & fois payé d'avance de sa prétendue peine, et quatre fois redevable à l'enfant avant même que celui-ci ne sache ce que c’est que la paternité.

Faut-il donc établir la redevance $liale sur les soins de l'éducation ? La question est décidée par les mères que jugea Salomon. I faut que cette éducation soit un grand charme pour les père et mère, puisque les pauvres même pe voudraient pas se défaire de leurs enfants, malgré les peines que leur coùte l'éducation. Elle donne donc en balance plus de plaisir que de peine, et surtout aux riches, qui ont de quoi charger quelque domestique de toute la partie pénible des soins pateruels.

Quelle serait la douleur d'un couple de riches époux à qui on enlèverait un enfant unique et à qui.on adresserait la lettre suivante : « Ne cherchez point votre enfant et n’en soyez pas inquiets, il sera traite aussi bien que chez vous; il est chez un couple encore plus riche que vous, mais qui, privé d'enfants, voulait s'en procurer un. Voyez dans ce rapt un double avantage : vous êtes délivrés des embarras de l'éducation, et, de plus, exempts de la dépense; il y a économie de peine et d'argent. Réjouissez-vous ! » Loinde se réjouir, les père et mère mettraient en quête la police pour arrèter et faire punir le ravisseur.

La mère seule a essuyé des fatigues réelles par l'accouchement et quelquefois par l'allaitement. Il est évident qu’elle en est payée par la nature et l'attraction. Elle attache son bonheur à oes fatigues, et on la voit braver tous les dangers pour conserver l’objet de ses soins ; elle tombe dans le désespoir quand la mort lui enlève le nourrisson. A quoi se reduit donc le mérite des père et mère dans la procréation et éducation d’un enfant? Leurs titres sont ceux d'un homme qui a cultivé une fleur, élevé un animal, et qui se trouve amplement satisfait en les voyant crottre et prospérer. La plante ne lui doit rien, le cheval qu'il a élevé ne lui doit point de reconnaissance, et pourtant il se trouve assez dédommagé par le seul fait de l'accroissement ; et pourtant ces éducations, loin de lui donner neuf mois de plaisir matériel, lui ont donné plusieurs mois et annécs de fatigue réelle.

C’est redire, en d’autres termes, de fàcheuses vérités déjà exposées aux prolégomènes, mais si on veut apprendre l'art de jouir vraiment des plaisirs de la paternité et d'igspirer aux enfants ua retour sincère pour les parents, il faut d'abord, par une stricte analyse des liens ac-

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tels, se convamcre qu'ils n’atteignent pas le but, et que tout est le plus souvent ilasoire dans les affections civilisées, comme daus les mérites: sur lesquels on veut les fonder.

L'hourme crvilrsé est si dépourvu de mérites réels qu'il veut s'eu créer de facfices, conme celui de la paternité, et s'arroger à l'appai de ce titre, si souvent faux, une considération publique et une affection flrale qu'il ne sait pas obtenir par he-même ; et si chacun, sur ce point, défère aux prétentions des pères, est que nut ne doit contester un privilège dont il espère jouir demain, en devenant père à son tour.

Les pères vont répliquer avec aigreur : « Faut-it donc penser que nous n'avons aucun titre à Faflection de nos enfants, que nous devons leur être indiflérents, étouffer les plus deux sentiments? » Loin de là, je n’intente cette querelle aux pères que pour leur enseigner le secret de réaliser eur vœux, d'obéenir la pleine et constante affection de leurs enfœnts. Ki est certain, de l’'aveu de tous les pères, qu’ils ne se trouvent pas assez aimés des enfants, ils ont donc manqué leur but, et il faut reeourir à de meilleures voies, car il est évident que les pères n’obtiennent de leurs enfants, en retour d'affection, que le tiers de celle qu'ils onf pour eux.

Tout père voudrait connaître le secret d’être aimé presque autant qu'il ame; je dis presque autant, parce qu’il sent bien que l'affection de l'enfant ne peut jamais égaler celle des père et mère; mais on voudrais plus de réciprocité; et, tel est le résultat que va leur garantir l'Harmomie; c'est un ordre de choses qui satisfera les pères de double mamère : car, en Îles exemptant de tonte la partie répugnante de l'éducation, de tous les ennuis matériels et spirituels, entretien et frais, réprimande, contrainte, punition, inquktade, etc. , elle keur assurera de la part de leurs enfants une affection peu inférieure à celle des pères.

Ajoutons que les pères seront amplement satisfaits par le lien d'adoption qui est inconnu aujourd’hui. J'ai déjà observé (Prolég.) que si on estime Faffection des pères à 3. et qu’ils obtiennent en retour des enfants 2, et des adoptifs 2, ils reeucilleront 4 pour 3, et seront, en der nière analyse, plus aimés qu’ils »’aimeront.

La nature a si bien disposé les pères à cet ordre de choses, qu'ils ne s’attendent pas à ètre aimes de l'enfant autant qu'ils laiment. Ils seraient amplement satisfaits d'en retour en proportion de 2 pour 3.

Si l’Harmonte, en teur donnant ce retour, leur assure encore une affection d'égal charme dans les adoptifs industriels, n’aura-t-elle pas payé aux pères le double de la dette qu'ils prétendent aujourd'hui, et dont ïs sont réduits si souvent à n'obtenir, au lieu d'amour, que k baïne des enfants, et poussée jusqu'au crime de parricide ?

En faveur de la brillante perspective que l'Harmome présente aux

pères, on ne doit pas s'étonner qu'elle contredise les préventions civilisées, et que, sur le Famillisme comme sur les 3 autres groupes, je m'efforce de dissiper une foule de préjugés qu’on nous donne pour voix de la nature, et qui ne sont que des illusions philosophiques, puisqu’elles nous conduisent à des résultats fâcheux , comme l'indifférence, ou du moins la tiédeur des enfants pour les pères.

Et parmi ces illusions philosophiques, en est-il de plus [ ] que d'avoir choisi pour pivot de mécanisme social le plus insocial des 4 groupes, celui de Famillisme ? Il est frappé d'insocialité, parce que son lien est invariable et restreint chez nous au plus faible développement matériel. Si 2 amis, 2 amants, ou 2 associés, ne se conviennent pas, ils vont former d’autres liens. Le groupe de famille est le seul qui ne soit pas libre de se dissoudre. Caïn et Abel ne peuvent pas, en dépit de Jeurs haines, cesser d’être frères. Si cette fixité de lien produit quelques effets louables, comme la durée de la tendresse maternelle , il en résulte aussi des vices très-odieux. L'esprit de famille détruit la philanthropie ou amour de la masse; chaque père s’hahitue à préférer l’intérêt de sa famille à celui de la société. Il est en véritable état de guerre avec le corps social. Les philosophes le sentent si bien, qu'ils sont obligés de subordonner le système social aux convenances du système familial. C'est sacrifier 3 groupes à un seul, c’est le comble du ridicule. On devait au contraire se proposer pour but d'amener les pères à cette bienveillance charitable, à ces penchants vraiment libéraux qui distmguent les célibataires, surtout dans le jeune âge, où on les voit zélés pour la masse de leurs semblables, cnclins à des dépenses et sacrifices pour le bien des corporations quelconques. Cet esprit s'éteint promptement chez l'homme devenu père de famille, d'où il est clair que le groupe de famille est le plus insocial de tous les groupes en relations externes.

Quant à ses relations internes, tout y respire l'injustice. Adam et Êve se passionnent pour Abel, qui est un paresseux, un flatleur; et Caïn, qui se morfond de peine pour nourrir la famille, n'en est payé que par d’injustes dédains. Dix enfants de Jacob sont traités en esclaves, parce qu'ils n’ont pas l'honneur d’être nés de Rachel, la plus récente des favorites. Abraham envoie son fils Ismaël mourir de faim dans le désert, parce qu'il n’a plus d'amour pour sa mère. L'Écriture , pour excuser ce scandale, nous dit que Dieu envoya un ange au secours d'Agar et Ismaël. Leur bannissement était-il moins injuste, et si les lois n’intervenaient de toutes parts pour mettre un frein à l’injustice des pères, verrait-on chez les 9/40 d’entre eux autre chose que l'exposition et la vente des enfants chez le père pauvre, l'oppression et la vente des épouses chez le père opulent? Il est bon de remarquer ces vices

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dans le groupe de famille, dont on a voulu faire le Pivot de socialité, et qui ne deviendra groupe sociable qu'autant que son influence, déjà fortement comprimée par nos lois, se trouvera pleinement absorbée par les coutumes d'Harmonie.

Toutefois, ce groupe, dont l'analyse paraît peu intéressante, nous présentera en Harmonie des effets très-brillants, entre autres :

D'intéresser chaque individu à prolonger la vie de celui dont il doit hériter ;

D'intéresser Chacun individuellement à maintenir les couronnes dans la famille titulaire, de sorte que, pendant 70,000 ans d'Harmonie, il ne pourra pas exister une famille détrônée ;

D’intéresser chaque famille à réclamer les douteux ou enfants de père incertain, et les adjoindre à 2 familles dont ils cumuleront les protections en participant par demi-droit aux héritages.

Telle sera la véritable harmonie de famille; ce lien qui aujourd'hui p’engendre que l’égoïsme, et auquel les philosophes veulent donner le sceptre des relations, doit au contraire être absorbé de 2 manières. Par l’nfluence des 3 autres groupes, il doit subir

Absorption numérique par la variété des ramifications,

Absorption concurrente par la masse des adoptions.

On verra ce mécanisme au traité des Séries, dont il est un des effets les plus brillants, surtout en comparaison de l'état actuel des familles, qui ne sont que des arsenaux de discorde, où les époux, les frères, sont en querelle permanente, où tout ne présente qu'injustice , jalousie, spoliation, perfidie , où la loi est obligée d'intervenir pour prévenir l’iniquité testamentaire des pères, à plus forte raison celle des frères, tou‘ours prêts à se spolier en affaires d'intérêt, comme ils étaient dès le siècle d'Abel, qui extorquait la faveur pour prix de son indolence, et de Jacob, qui dupa Ésaü pour un plat de lentilles , et comme ils seraient à perpétuité dans nos familles organisées philosophiquement, restreintes au minimum de liens, contre le vœu de la nature qui veut, dans tous les liens affectifs, la plus grande extension possible.

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