OU 8BRIE DES TOUCHES D'HARMONIE GÉNÉRALE
Jusqu'à présent il en est de l'univers comme des sciences mocertaines : plus on en raisonne, moins on y comprend, et nous allons trouver sur ce sujet de plaisantes bévues à dénoncer. Elles sont à tel point qu'il faudra supprimer le mot Univers, auquel on attache tant de sens contradictoires, qu'il devient impossible d'employer ce mot dans une science régulière. Aussi l’ai-je remplacé par les mots Polyvers et Polyversel, pour désigner l’ensemble de ce qui existe en choses finies mfinies.
Chacun emploie à sa manière le mot univers. Nos romanciers en cosmogonie désignent sous ce nom le sphéroïde stellaire ou masse d'étoiles visibles qui a pour foyer notre soleil et son tourbillon, pour cintre les . étoiles fixes visibles, et pour enveloppe extérieure d'autres soleils invisibles formant la croûte ou le cuir de cette courge stellaire tapissée à l'intérieur d’un seul réceptacle de graines qui est la voie lactée. Voilà ce qu'on appelle communément univers. 1! faut bien que ladite masse porte un nom quelconque ; mais comment faut-il nommer les autres boules stellaires semblables à celle-ci, placées hors de portée de nos lunettes
et plus nombreuses que les atomes de notre globe ? Si l’on appelle toutes ces boules stellaires des univers, comment nommera-t-on la matière infinie et l’espace infini où elle gravite ? Il y aura donc un univers et des univers. Dès lors le mot univers au singulier ne désigne plus qu’une portion infiniment petite de ce qui existe.
Je n’aime pas à chicaner sur les mots, mais il est nécessaire de faire sentir le ridicule de celui-ci, le plus ridicule qui existe, en ce qu’il confond les deux extrêmes, la matière infinie avec une portion de matière qui n’est qu’un point dans l’espace. Que dirions-nous donc d’un bomme qui, ramassant sur ses terres un grain de sable, dirait : « Ce grain compose tout mon domaine. » On lui répondrait : « Vous vous moquez ! ce grain de sable n’est qu’une portion infiniment petite de votre domaine. » Notre erreur est la même quand nous croyons la matière générale bornée à cette boule étoilée que nous nommons univers, et qui n’est qu'une subdivision de matière moindre que n'est un ciron comparativement à notre globe; car ce globe ayant une étendue déterminée, on peut assigner une proportion exacte entre un ciron et le globe, tandis que la matière et l'espace étant infinis, notre univers est beaucoup moins étendu comparativement à eux que n'est un ciron comparé à notre globe.
« Cependant notre univers est bien grand, dira-t-on, puisque nos télescopes ne peuvent pas mesurer la distance de la terre aux soleils de voûte les plus voisins et encore moins l'éloignement des soleils ultérieurs qui terminent cette boule étoilée. » Cela paraît grand à nos yeux, mais une goutte d’eau paratt grande aux yeux d’un millier d'animalcules qui vivent et se meuvent dans ce petit espace. Un dé rempli d’eau serait pour eux un univers.
Pour apprécier la dimension relative de cette boule d'étoiles dont notre soleil et notre tourbillon occupent le centre, supposons-nous transportés bien loin au-delà, comme à la distance d'un million de fois le diamètre de ladite boule, elle deviendrait par degrés si petite à nos yeux que nous ne la verrions plus avant d'être seulement à moitié de cette distance; car toute masse lumineuse devient un point pour l'œil qui en est éloigné de 100,000 diamètres ou même de 40,000. Vénus, étoile de même grosseur que notre globe, ne semble déjà qu'une cerise quand elle est rapprochée à distance de 4,000 de ses diamètres.
Ainsi notre univers vu à la distance de dix mille de ses diamètres nous semblerait un point, une petite étoile. Nous le verrions confondu avec des fourmilières d’autres points ou univers semblables; nous verrions ces univers agglomérés par millions ne former bientôt qu'une boule qui serait un bin-univers ou amas sphérique d’univers distribués entre eux comme sont les étoiles et tourbillons du nôtre.
En s'éloignant encore de ce biu-univers jusqu'à 40,000, 400,000,
4,000,000 de ses diamètres, on verrait une foule de bin-univers distribués entre eux comme nos étoiles et formant un trin-univers sphérique ou touche de deux degrés supérieure à notre univers; puis, en s’éloignant progressivement, on verrait des quatri-univers, déci-univers, vingti-univers , centi-univers, milli-univers ou touche de millième puissance dans le clavier des créatures harmoniques.
Raisonnons seulement sur la troisième. Én supposant qu'il faille un million d’univers comme le nôtre pour former un bin-univers, il faudra eaviron un million de bin-univers pour former un trin-univers, lequel contiendra déjà un trillion d’univers comme le nôtre, et n'aura encore que la grosseur d’un point pour l'œil placé à 40,000 de ses diamètres.
Sans pousser plus loin la progression , j'en ai dit assez pour faire juger du ridicule de ceux qui croient voir les limites du monde en voyant les étoiles ultérieures et ne comprennent pas que cette boule d'étoiles nommée univers est un atome proportionnel. Je les compare à un ver à soie qui, renfermé dans son cocon, croirait qu’il n'existe rien au-delà de cette cellule. Nous avons commis pareille bévue au sujet de notre cellule étoilée que nous nommons univers d’après les préventions et les fausses idées attachées à ce mot. Il sera impossible de s’en servir pour désigner l'ensemble de la matière et de ses distributions. Il faudra procéder à une nomenclature méthodique des créatures ou touches d'harmonie qui composent le monde, le système général de la matière.
Mais n’allons pas nous engager d’abord dans ces immenses détails; je les renvoie au chapitre où je classerai en claviers ces grandes créatures qui se forment de centillions d'univers comme le nôtre, et je nommerai Poly-vers la série générale de ces créatures ou touches d’harmonie dont je me borne à indiquer une octave en commençant par la basse touche qui est l’homme.
Gamme polyversale. — 1r° octave.
Ut. .. monovers. . . un homme-couple.
Ré. . . Bi-vers. . . . une planète.
Mi. . . tri-vers. . . . un univers.
Fa. . . quatri-vers. . 4,000,000 d’univers.
Sol... quinti-vers. . 4,000,000,000,000 d'univers.
La. . . sexti-vers. . . 4,000,000,000,000,000,000,000,000 d'univers. Si. . . septi-vers. . . 4 suivi de 48 zéros, quinzillion d’univers.
Ut. . . octi-vers. . . 4 suivi de 96 zéros, vingt-trois-illion d’univers.
Ce tableau dénote que la masse que nous nommons univers est une créature de 3° degré, et si l’on monte seulement à la 6° touche, il faut pour la former un septillion d'univers. Qu'on juge combien
c’est peu de chose qu'un univers, et combien ce mot implique contradiction par le sens que l’usage lui donne. Cependant pour capituler autant que possible avec l'usage, il m'est facile de conserver le nom d’univers à cette boule étoilée dont notre soleil occape le centre, et qui doit ea gamme exacte s'appeler tri-vers, puisqu'elle est touche de 3° degré.
On se rappellera que sous le nom de Polyvers, je désigne toutes les touches du clavier, dont je n’ai nommé que la première octave.
En nous bornant aux limites de notre univers dans cette 4'° [notice] ce serait déjà effaroucher le lecteur que de le faire voyager dans les astres de la voûte qu’on prétend si éloignée et qui le sont beaucoup moins qu'on ne croit. Il faudra donc débater par l'examen d'objets plus rapprochés, comme nos planètes et comètes.
Il est assez embarrassant d'adopter ici une méthode régulière, car il faudrait procéder ou par analyse ou par synthèse ; l’une et l'autre ennuieraient le lecteur. L'analyse exigerait que pour descendre de l'ensemble aux détails je raisonnasse d’abord sur notre univers et sa destinée, son âge, ses rapports avec les univers voisins que nous ne voyons pas. Ainsi, lorsqu'on enseigne à un enfant la géographie, on commence par l'instruire sur la mappemonde ou ensemble de l’objet à étudier; mais cette méthode rebuterait le lecteur : c’est assez d’avoir donné le premier chapitre, celui du Polyvers.
Il serait de même indiscret de procéder par la synthèse. Il faudrait ({( passant d'un extrême à l’autre }) débuter par la mécanique des atomes, qui, malgré leur petitesse, parattraient assommants comme les énormes quintivers et sextivers. Quelle règle faut-il donc suivre, si l'on ne peut procéder ni par analyse ni par synthèse? L’initiation irrégulière, — se mettre à la portée du lecteur sans assujettissement à aucun ordre gênant; laisser dire les pédants qui ne révent que méthodes etstyle; commettre au besoin cent péchés contre la méthode et la rhétorique, pourvu qu'on parvienne à initier doucement et insensiblement les esprits : toute méthode est bonne quand elle atteint le but. On a critiqué d'Alembert sur ce qu'il proposait d'étudier l’histoire à rebours , en commençant par le présent et finissant par le passé. Cette manière serait bonne pour certains esprits. Il n’y a de faux en méthodes que celle qui veut tout assujettir à une règle uniforme : l’unité ou harmonie se compose de variétés et non de monotonie.
Je tâcherai de distribuer les matières dans l’ordre que je croirai le plus engageant. Je commencerai par les sujets sur lesquels on a beaucoup divagué sans y rien connaître, comme les comètes, les soleils, les ma-
Jadies des astres et surtout celles de notre globe. De là je passerai aux sujets moins familiers.
COSMOGONTE. sa