Subversive composée causera la chute en lymbe obscure
23. Subversive simple. Roquée ; causera la rentrée momentanée en lymbe
mixte et peu après la fin de l'humanité.
Vibration descendante.
J'ai dit que nous pouvons obtenir à volonté les 2 créations numérotées 3, neutre simple, et &, neutre composée, parce que la simple (qui s'opèrera comme Ja 2° en pivot de continent américain) est affectée à la 7° période sociale indiquée au tableau. Or, comme nous franchirons cette période pour passer immédiatement à la 8°, nous pourrons avoir les deux créations simultanément, les matériaux étant prêts. Les aromes du globe, tout vicié qu'en est le système, ne sont pas moins en degré apte à l'Harmonie. 1l suffira, pour les purger et raffiner, d’une très courte opération, que la planète même exécutera par son anneau boréal. Une fois élevée au titre de création &, elle sera d'autant mieux au titre de la 3°. C’est pourquoi elles seront cumulées ou jumelles, et commenceront, l’une sur le nouveau, l’autre sur l’ancien continent, sitôt après l'inauguration de l'Harmonie. Ainsi, tout homme vivant peut se flatter de les voir, non pas en entier , car, malgré l'extrême accélération que les astres y mettront, l'ouvrage comprendra au moins une sièclade, 444 ans, mais il sera opéré d'urgence et avec suspension des
méthodes régulières. Le tourbillon planétaire s'en occupera, toute affaire cessante, parce qu'il à un besoin pressant. de réinstaller notre planète en fonctions, où elle ne peut pas rentrer pleinement sans un nouveau mobilier ou équipement complet. On y procèdera comme dans les risques d'inondation, où l’on rassemble tous les travailleurs pour enlever en deux heures telles récoltes qui, en temps ordinaire, ne seraient enlevées qu’en deux jours. Cette [ ] ne fatiguera point la planète qui. .... [lacune].
$ Ter. — Règne minéral.
Un globe qui ne recevrait pas périodiquement des créations nouvelles, tomberait dans le même épuisement qu’une terre qui ne recevrait pas d'engrais, et qui serait excédée de cultures. On verrait les végétaux s’y abâtardir. Tel est l’état de notre globe : c'est un champ ruiné. La création dont nous usons aura été suffisante pour servir durant le cours de la lymbe obscure, encore sous condition que la durée de cette lymbe n’exeèderait pas un temps, une période convenue , et qu'on ne forcerait pas [ 1, comme il est arrivé. Aussi la création actuelle ne peut-elle plus suffire à notre globe. Examinons son inconvenance dans les règnes divers.
4° En minéral, nous n'avons bientôt plus d'or et d'argent. Nous sommes dénués de diamants et de pierreries : nous le sommes de divers minéraux très utiles en industrie, comme le platine, le zinc, l’antimoine, et même l'étain et Je mercure. L'Amérique, pendant 3 siècles, a bien fourni en métaux et diamants, parce qu’elle était vierge ; mais elle n’est maintenant qu'une beauté fanée. Le Potose n’est aujourd’hui Potose que de nom : c'est une mine agonisante. Le Mexique fournit encore, mais il est en déclin sensible. On compte sur l'intérieur de l'Afrique ; il est certain qu'elle récèle plus d’un Potose, grâce à l'absence de civilisation ; car les civilisés ont bientôt détruit les mines. D'ailleurs , l’Afrique a aussi des mines de grain ou de superficie qui contiennent l'or à la surface de la terre aussi abondant que le fer dans les champs de Franche- Comté. L'Afrique est le corps de réserve du globe (en minéralogie ). Les Anglais le sentent bien, aussi envoient-ils force voyageurs sous prétexte de philanthropie et d'exploration géographique. Il est évident que le but secret de ces philanthropes est de découvrir les Potoses de l’Afrique, après quoi il sera facile de s'entendre avec les roitelets du pays pour l'exploitation : d'autant mieux que le droit canon. joint aux moyens de séduction et d’intrigue, les mettrait hien vite à la raison : et’ Angleterre
verait en Afrique de brillantes ressources; elle y réussirait plus tôt
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ou plus tard, ef, aventurant quelques caratanes avec des présenis, elle finirait par s’immiscer dans...
Cette perspective n'est qu'un sujet d'alarmes, en sens miéralogique, et plus encore en sens politique. Les pauvres eontinentaux sont déjà assez eschves du minotaure commercial, ei pour peu que l'Angleterre en vienne à posséder les mênes d'Afrique, mines intactes et par conséquent très fécondes pour deux ou trois siècles , il faadra que tout le continent se réduise à un esclavage encore plus humble, s'il se peut ; l'Europe, aajourd'hui, fait le service de journalier qui se vend pour un temps déterminé, pour là moisson ou la vendange, en d’autres termes pour la durée du subside, mais si l'Angleterre parvient à tenir les mines d'Afrique, il faudra que la misérable Europe en finisse comme les pauvres välageois qui abandomnent la charrue et voni se réduire en domesticité.
Envisageons plus grandement [ce sujet], faisons abstraction des trois siècles de domesticité que cet évènement ferait nattre pour l’Europe, et supposons-nous parvenus à l'époque où les mines d'Afrique seraient déclinantes comme celles d'Amérique, et bientôt après épuisées, comme le Mexique le sera sous un siècle. I suffirait de 500 ans pour amener cet [épuisement]. Alors il ne resterait rien ser le globe en mines précieuses ; on n'aurait pour ressources que les 400,000 volumes philosophiques où l’on apprend que l'or et l'argent sont de vils métaux, des métaux perfides qu'il faut jeter dans le sein des mers avides; mais encore sont-ils moins perkides que le cuivre qui nous empoisonne, cause quelquefois la mort d’une famille entière par ke fait d’une casserole enduite de vert de gris. L'or, tout vil qu'on le dit, ne nous joue pas pareille farce. Il est donc permis d'estimer l'or, quoi qu’en disent les philosophes, et de s’a- Jlarmer pour l'instant où le globe commencera à manquer d’or et d’argent. Tant de gens, dès à présent, s’alarment à l’idée de manquer de ces vils métaux ! Que sera-ce quand touies les mines seront épuisées ; quand l’usé de l’orfèvrerie et des refontes , quand les manies des enfouisseurs si communs dans l'Inde et en Europe depuis les révolutions, quand les naufrages et autres absorhants auront tout consommé !
Alors faudra-t-il en vear aux vertus des Spartiates, à la monnaie de fer ou de cuivre ? Mais le eurvre même s’épuisera; les mines de Coperberg et d'Ekaternikourg ne sont pas loin du déclin, si déjà elles n’y sont arrivées, et que deviendrait nstre globe sous mille ans, s'il ne reçoit aucune nouvelle création en minerai comme en d’autres règnes ? Ainsi, tandis qu'on ne s'occupe qw à perfectionner les fumées scientifiques, les perceptions de sensation d'intmition de la cognition, il est trop certain que tout ce qui tient aux biens solides va en déclinarit , et. ce nest pas un médiocre deimage que la perte prochaine-des métaux précieux, déjà
si rares même aux époques de fécondité des mines ! Elles n'ont jamais fourni seulement de quoi subvenir au service d'utilité urgente, comme le couvert d'argent. Les neuf dixièmes du genre humain sont réduits à employer les cuillers d’étain, de fer et de bois. Quelle pauvreté ! Diogène et Sénèque ne nous persuaderont pas qu'un couvert de fer soit aussi propre qu'un d'argent; qu'une casserole de cuivre, sujette au vert de gris, vaille une casserolle d'argent, qui ne saurait nous nuire; et sur ce point comme sur tant d’autres, on doit sentir le besoin d’une nouvelle création qui nous donnera en abondance les métaux purs, si nécessaires aux usages domestiques. La création actuelle n’a donné le bien qu’en exception, la prochaine le donnera en dominance ; elle nous fournira de l'or et de l'argent semés en grains comme le fer à la surface de certaines contrées qui auront des fonderies d'or, comme aujourd'hui des fonderies de fer. Alors (et ce [ ] peut commencer sous cinq ans) toute la classe pauvre du genre humain, composant les 2/3 de la population sera servie, par économie, en vaisselle plate. Les ferrements d’apparat, comme harnais, serrures, batteries d'armes ou de cuisine , enfin tout ce qui sera sujet au maniement de l’homme ne seront fabriqués qu’en métaux purs, brillants, exempts de rouille et de poison, comme sont aujourd'hui l'or, l'argent et le platine, et comme seront beaucoup d’autres métaux que la création donnera aussi abondamment que celle-ci a donné le fer, le cuivre et autres substances impurés : pouvait-elle manquer à prodiguer les produits immondes en règne minéral, végétal et animal, puisqu'elle devait représenter hiéro— glyphiquement les effets des passions qui n'engendrent qu’immondices politiques dans la lymbe obscure ou chaos civilisé, barbare et sauvage ?
Mêmes observations à faire sur les diamants et pierreries, sur les perles, marbres et tout ce que le règne minéral produit de précieux. La création primitive nous a donné ces divers objets avec une parcimonie vraiment ironique. 11 semble que la nature ait voulu nous dire : « Je pouvais créer le bien, je me borne à vous le montrer pour vous faire sentir que vous en êtes privés. L'or, le diamant, le marbre si utiles à la . parure de vos personnes, à la structure de vos habitations seront relégués dans des lieux inabordables, d’où vous ne pourrez les extraire qu'avec des peines inoules. Je ne vous en donne qu’une ombre pour vous faire connaître que vous êtes disgraciés et réduits à l’indigence générale. »
J'entends les philosophes répondre que nous n’avons que faire des marbres ni des perles, et qu'il suffit à un farouche républicain d’avoir du pain, du fer, du salpêtre et des vertus, (phrase de 1793), et une femme qui lui prépare des raves cuites à l’eau, comme la ménagère de
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Phocion en faisait manger à son digne époux ! On pensera bien différemment dans l'Harmonie , et indépendamment de la bonne chère, sur laquelle j'ai disserté, on sera d'avis qu’en vertu de l'unité du système, tant réclamée par les philosophes, l’homme doit être paré à l'instar de l'univers. Celui-ci est parsemé de soleils, l’homme doit être parsemé de diamants ; et de toutes nos modes , la plus judicieuse est celle du vêtement à paillettes et broderies. C'est le costume des Dieux et des Rois sur la scène. Tel est le vœu de la Divinité et le but de l'Harmonie : vœu auquel adhère la philosophie même, sans s'en apercevoir ; car elle dit que. l'homme est miroir de l’univers : il doit donc, pour la fidélité du tableau, être, comme l'univers, étoilé en ses vêtements, splendide en ses édifices. Un seul bain d'arome unitaire suffira pour blanchir l’intérieur de certaines chaînes de rochers, en coaguler le grain, et former des marbres de toute espèce et y pratiquer par leur condensation une foule de [ ] qui seront une source de richesses végétales par... [à l'interligne le mot : sources.]
D'autres bains d’arome nous donneront à profusion l'or, l'argent, les diamants et les perles, non dans des lieux inaccessibles, non dans les entrailles de la terre, mais à sa surface, et (amusement. it. zinc. corail mer. besoin d’un bain). On verra dans le chapitre du règne animal en quel rapport de contre-moule seront distribuées les nouvelles créations.
$ II. — Règne végétal.
Passant au règne végétal, j'aurai plus d’un assaut à livrer aux naturalistes qui débuteront par vanter les doux présents de Flore, de Cérès et de Pomone. Pauvres dupes, ces trois divinités se moquent de vous : Flore vous donne des amusettes au moment où il faudrait des subsistances. Le système végétal est organisé de manière à persiffler le civilisé dans les famines périodiques auxquelles il est sujet. Trois grands mois de belle saison s'écoulent avant que l'homme recueille la moindre pâture, car je compte pour rien quelques brimborions , petites raves et minuties que nous donne le printemps. La famine , quand elle se met en scène, . comme en 4812 et 4817, reste famine en dépit de Flore, et pendant tout le règne de Flore nos peuples affamés voient en mai fleurir les roses , vrais gratte-culs pour des malheureux qui, mourants de faim, voudraient des fruits et non des fleurs.
a Eh ! ne faut-il pas que la fleur précède le fruit ? ne faut-il pas dans » la nature un ordre, un { ] établi ? C’est à nous à nous ré- » gler sur celui qui existe et à ménager nos provisions , etc. » Beaux
rsisonméments | l'ordre tivilsé ei toutés les sociétés de iymbe obscure
m'ont pas la propriété dé faire des provimots anticipées : elles sont
nécesswremernt victimes d'an système végétal qui ne commente à
fournir Fret si Le (( ni ei difiracté, ))
Nous voyons tant de végétæut donner ka fleur avant la feuille , pourquoi n’en avéns-nous pas qui donnent un fruit , us objet mangeablé avant de downer la fleur? Pour nous substantér en ce genre, l4 nature aurait pu créer des végétaux roqués, croissunt sous les neiges et four nsant un uliment à l'hounme, de même que les motisses de Lapomie , ko Ictros des Cordilières , ménagent sous la neige des provisions aux rennes et aux vigognes, La nature , dans là truffe noire how démontre Pinfinité de ses moyens quant sax transitions : elle nous donne en fruit sans feuilles, ni tige, ni racine et, qai plus est, sas semailles. La trufle, bien plus sarprenante que le champignon, prouve que la nature a deg procédés pour ménager des liens et transitions de toute espèce, même des semis d’aromes, car'‘la traffe n’a pas d'autre origine. Comment, cette nature, si ingénieuse à lier tout son système, négliget-elle de [relier} Fhiver et l'été par des récoltes roquées ou antérieures à la saison des fleurs ? La création pouvait en ce sens nous pourvoir de deux maxières, d’abord par des comestibles à feuilles grasses , qui auraient dès le printemps leur feuille avant la fleur sans intervertissement de l’ordre établi, ensuite par des racines qui, semées comme le blé à la fin de l'automne, auraient mûri sous les neiges (( ou dans les eaux )) et donné à l’époque des fontes leurs tubercules. Au moyen de ces munitions , nous aurions été à l'abri de la famine; car, dès qu’on aurait vu des risques de famine (et chaque empire peut s'en assurer dès le mois d'octobre par le recensement des récoltes} on aurait semé en abondance les deux classes de végétaux dont il s'agit, l’on en aurait recueilli use ample pâture dès le mois de mars et d'avril, à l’équinoxe de printemps où la famme commence à se faire sentir quand il y a eu rareté de récoltes céréales.
Voilà donc notre règne végétal enavortement composé sur les produits roqués ; il en est pour les animaux, mais point pour l’homme. Or, une opération est manquée quand elle ne se lie pas avec le foyer du mouvement, qui estl'homme. Sur 30,000 végétaux il eût suffi de 4/40000, seulement quatre plantes formées de racines ou de feuilles grasses mangeables au printemps et croissant sous les neiges comme les mousses. Ajoutons que si la création était régulière, l’homme aurait à son service non pas 4 plantes mais au moins 40 en cé genre. Voilà dônc la sage et prévoyante nature qui n'a rien prévu sur les garanties de famine. Est-ce
faute de moyens? Non eortes. Si nous pouvions parcourir une pla nète bien organisée comme Jupiter, nous y trouverions les plantes roquées aussi nombreuses , aussi variées que les fruits de nos vergers. Notre globe est complètement dépourvu de ce genre de végétaux, et il est évident que cette création n'est qu'un avorton en mouvement roqué, malgré sa prétendue richesse de 30,000 espèces dont 29,000 ordures. Je le prouverai plus loin.
Les planètes ignoraient-elles qu'il faut en système régulier ménager un service de mouvement roqué , une anticipation de récolte ? Non sans doute. Le roquage est une des règles fondamentales de mouvement ; règle qui est devinée d'inspiration par les esprits caractéristiques (4). Aussi, l'inventeur du jeu d'échecs l’a-t-il mis en usage quoique avec trop de restriction; mais il a du moins l'honneur de n'avoir pas méconnu un grand principe du mouvement dans un jeu qui, en fait d'amusettes, est la plus belle conception de l'esprit humain.
Je me borne à ce grief contre l’aimable Flore. J'en pourrais donner vingt autres à sa charge, et faire changer sa couronne de roses en couronne de chardons, mais il faut ménager les jolies femmes. Cette déesse des fleurs nous la baille belle avec son doux printemps qui ne régale que les yeux ! je ne puis mieux le comparer qu’à une fête donnée à Lyon par certain général, qui avait fait un mois à l'avance grand étalage de cette soirée. On briguait l'admission, et divers spéculateurs avaient , dit-on, pris, dès la veille, médecine et clystère pour préparer les voies. Disons sans exagération que plusieurs y arrivaient avec des ventres de 24 heures, calcul usité chez certains convives. Le début fut brillant pour les yeux : la jeunesse dansait, la vieillesse devisait en attendant le souper. Minuit arrive ; une heure sonne sans qu’on entende parler de rien. Les impatients trouvaient à peine quelques verres de limonade qui ne servaient qu'à creuser l’ablme. On jugeait le souper trop différé. Enfin deux heures sonnent ; tous les oracles décident qu'on ne peut pas tarder un seul instant à servir le souper , et l’on en avise tout franchement
(1) J'emploie ces mbts d'esprite caractéristiques pour corrgetif au mot d'inspiration. Je suis loin de croire aux inspirations, mais il est évident que certains esprits sont affectés par caractère à un travail, et qu’ils en devinent ingénieusement eu machinalement, si l’on veut, les méthodes naturelles : témoin Homère pour l'épopée, témoins Archimède et Paacal pour la géométrie. Un mendiant détermine, trois mille ans avant nous et dans un siécle d’ignorance, les règles d’un genre de poésie transcendante fort inconnue de son temps, genre auquel nos savants, en forçant d’études, ne peuvent pas atteindre, malgré les secours de l’art qui leur sont prodigués | Et comment douter, après cela, qu'il n'existe des caractères en qui l'excès d'aptitude naturelle équivaut à une inspiration? Et moi, ne suis-je pas en théorie d'harmonie ce que fut Homère en épopée? J'en appelle à la postérité. (Vote de Fourier.)
un des chefs de la maison; mais , Ô triste et douloureux déconfort ! il répond que c’est une fête dansante, et qu'il n'y a point de souper ! Je jaisse à penser quelle impression ce coup de foudre fit sur l'assemblée. Chacun aurait voulu recourir au traiteur, mais en province les traiteurs sont endormis à pareille heure, surtout en hiver. La majorité de l’assemblée déserta et alla éveiller qui elle put pour se restaurer. Les gourmands furent badinés le lendemain sur leur déconvenue et les plus sobres méme s’avouèrent mystifiés ; car il n’est point de bonne fête si la table n'est mise ; et j'en voulais venir à ce grief contre la ridicule saison de
Flore, qui nourrit de fumée le pauvre genre humain après un hiver passé le plus souvent dans les privations.
Vient ensuite Cérès avec ses tristes moissons. Que de peine pour recueillir et préparer ce misérable pain , et que le Dieu des Juifs eut bien raison de dire à notre premier père : « Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front ! » L'Écriture, en nous représentant cette culture du blé comme un supplice infligé à l’homme, n’a point exagéré. Il n’est pas possible de cumuler plus de fatigues et de dégoüûts qu’on en éprouve dans les travaux nécessaires à donner à cette chétive nourriture. Elle est pourtant le pivot du système alimentaire de l'homme. Beau trophée pour ceux qui ont imaginé cette création vantée par nos naturalistes ! Les astres qui l'ont faite en ont pitié pour nous. La grossièreté aromale du globe ne permit pas à cette époque de mieux opérer , mais on verra dès la prochaine création comment travaillent les astres sur un globe qui leur fournit de bons matériaux ! et ce sera alors que les dons de Cérès en graminées seront appréciés à leur médiocre valeur.
. J'en dis autant de ceux de Pomone qui, la plupart, ne brillent qu’en sens négatif, par la raison que les borgnes sont rois chez les aveugles. Il y a sans doute quelques jolis fruits, mais trop d'insectes à qui il faut les disputer. En outre, la durée en est trop courte, la conserve trop difficile et la répartition très intempestive. La zone tempérée manque de fruits dans la saison où ils sont les plus nécessaires , dans les grandes chaleurs. Il y a un grand mois de chômage entre les fruits rouges et ceux d'automne ; la prune et l’abricot, qui occupent l’interrègne, sont fiévreux et répugnés de beaucoup de gens.
Je parle ici pour la consommation populaire. Sans doute les riches, au moyen des primeurs, sont toujours bien pourvus; le prince Potemkin mangeait à Pétersbourg des cerises au mois de janvier en les payant un écu pièce; mais en dissertant sur l'abondance ou rareté d’un comestible, il est entendu qu’on parle dans le sens du peuple , et sous ce rapport on dira que l'habitant de Londres n’a pas de melons, quoique les riches puissent à grands frais s'en procurer.
En résumé, si l'on observe combien les 30,000 végétaux fournissen
peu de variétés sur nos tables, on ne peut manquer de s'ébahir sur la pauvreté de cette création, et de souhaiter que le genre humain s'évertue à Ja faire au plus tôt remplacer, saufà en conserver les bons végétaux distingués qui, après la nouvelle, seront d’autant plus précieux qu'elle nous donnera en règne animal les contre-moules ou destructeurs de ces légions d'insectes qui dévorent nos légumes et nos fruits. En culture comme en d'autres [fonctions], l'honnêète industrieux ne travaille que pour les fripons, et la nature qui l’a entouré d’une légion de fripons à figure humaine, devait, par analogie, par unité de système, assaillir ses greniers, champs et jardins de fripons qui, sous la forme d'insectes, lui enlèvent de toutes parts le fruit de ses travaux. Qu'’était-il besoin de créer 33 espèces de charançons pour dévorer nos blés? quand le Diea des Juifs condamnait Adam à recueillir ce blé à la sueur de son front, au moins devait-il lui laisser ce blé si péniblement obtenu, et ne pas déchatner contre lui 33 espèces de ravisseurs en un seul genre! Qu'il faut être ennemi du bon sens pour voir dans une création si odieuse l'œuvre d’un Dieu bienfaisant, et pour se refuser à reconnaître une monstruosité provisoire, forcée par les circonstances et que ses auteurs sont impatients de remplacer |
J'ai dit que les créations vieillissent et deviennent avec le temps inconvenantes pour un globe; la nôtre en fournit la preuve, elle ne donne rien de bon pour la grande majorité : elle réduit les villageois à des mets grossiers, des choux et des haricots, des fèves, des pois. D'autre part. cette piètre création, en privant le pauvre de vins et de toniques parfumés, le réduit à user de l'ail, qui contribue à l’empuantir… c'est une infection d'ordre composé, qui transforme les civilisés en fumier ambulant : digne fruit d’une création si bien distribuée pour la perfection aromale de l’homme ! Ces grossières productions pouvaient suffire dans les âges primitifs de l’industrie, lorsque des rois, comme Ulysse, vivaient du produit de leur troupeau, et que la princesse Nausicaa tirait vanité d’aller laver ses robes. Les temps sont changés, le progrès des lumières a créé plus de besoins pour la classe bourgeoise que n’en avait la classe des rois au siècle d'Homère. Cependant la création n’a point augmenté en produits : les nouveaux tributs des deux Indes, sucre, café, etc., ne sont point répandus chez le peuple, et il est évident que notre peuple vit plus pauvrement que celui de l'antiquité, qui dévorait de grands quartiers de viande, tandis que le nôtre n’a parfois que des légumes et du mauvais pain. La création a donc vieilli en ce qu'elle ne coïncide plus avec les besoins du monde social ; elle serait encore plus disproportionnée si-nous étions parvenus en 6° période ou Garantisme.
Dès Îles premiers âges elle a présenté des lacunes inexcusables, entre autres celle des fruits. L'on a vu qu'ils nous manquent au plus fort des