CHAPITRE EL
APPLICATION SRÉCIALE A LA PHILOSOPHIE. — DISTINCTION DE LA RAISON EN INCOHÉRENTE RT COMBINÉE, HOMOGÈNE ET HÉTÉROGÈNE.
Pour abréger sur les défiditions, débutons par un exemple tiré de l'opposition des vues de Dieu avec les vues de la philosophie.
Dieu nous excite au plaisir. Son interprète, l’Attraction, ne donne jamais d’autre conseil, l’homme est toujours disposé à obéir à Dieu en se livrant au plaisir ; il est donc de sa nature homogène avec ‘Dieu. Mais la raison intervient et nous oppose 800,000 volumes de philosophie pour nous détourner des routes du plaisir ; elle‘est donc hstérogène avec Dieu et l'homme. Quel est le moyen de ramener la raison à l'homogénéité ? c'est de l'associer aux opérations de Dieu, l’employer au raffinement des plaisirs, la faire intervenir pour nous indiquer le parti le plus voluptueux, et pour enchérir sur l'Attraction qui parfois pourrait nous pousser à-un seul plaisir, tandis qu'une marche mieux calculée peut nous procurer deux plaisirs au lieu d'un. Quand la raison sera ramenée à cet emploi, elle secondera pleinement les vues de Dieu et de l'homme, elle sera homogène avec l’un et l’autre. Aujourd'hui elle est complétement hétérogène, car elle ne se fait entendre que pour contrarier l'impulsion divine et la volonté sus ou Attraction.
Sur ce, elle répond par de solides arguments sur le danger des plaisirs et les maux qu'ils nous préparent. Cela est vrai en Civilisation ; mais qu'elle cherche donc un ordre différent où les plaisirs ne soient plus nuisibles et où la raison puisse prendre le rôle homogène en s'accordant avec Dieu et l'homme, en secondant l'attraction qui est-vœu:tle Dieu et de l'homme.
’ De toutes les ‘imperfections civilisées, iln’en est pas de plus'frappante que l'imprudence de l'individu livré à lui-même et toujours entrainé par la nature à une conduite qui lui est préjudiciable, tandis que l’animal n'est entratné qu'à des actions convenables à son bien-être. A: qui doit-on imputer cette inconséquence naturelle du civiisé,icette dissidence de l'homme-avec ses propres intérêts, vice dont l'animal n'est point \dffligé? Là-dessas s'élève une question vainement üébattue, celle de savoir si l'homme est mé‘bon et enclin ‘au bien, ou:s’il est-né mauvais et enclin au mal.
S'il estiné bon, si la natvre l’a‘bien formé tel qu'il est, ral dans
DE LA MÉTHODE MIXTE. 123 sa plaine.lihesté nese porté-til qu'aux actions:qui: tdi serent nuisibles? Pourqnoi veitem le jeune:homme dissiper son patrimoine, compromeître. sa santé par des excès et devenir'l'artisan de son prochain malheur ? Pourquoi voit-on l’homme fait se souiller de crimes dans les affaires d'intérêt et encore plus dans:les intrigues: politiques, dès qu’on laien ouvre:la. carrière, se perdre: pan: le: jeu, les folles entreprises, etc. ? Pourqnei enfin le nombre des gens raisonnables qui savent se garder du vise et de l’impradence estil si limité’? Pourquoi n’offre-t-il. que des exceptions qui. confirment la règle et accusent de déraison les sept.huitièmes des: hommes livrés au libre exercice de leurs passions ? |
ILest, peu de problèmes ples embarrassents: pour nos sages qui, sur cette énigme, se sont perdus dans la controverse. D'abord la masse des philosophes prétendit que:l'homme, étant né vicieux, avait besoin d'étre étayé du-socours de la raison; mais l'expérience en'a démontré l’impuissance. Elle est en: défaut de quatre mantères :
4° Les sept huitièmes des civilisés ne savent pas lire et n'auraient ni l.temps. de lire ni le moyen de se procurer lés 100,000 traités de rai- S0R ;
® Ces 400,000 volumes, ne s’accordant nullement entre eux, laissent leur lecteur plus indécis que celui qui ne les a pas lus;
3° Leurs systèmes de raison mis‘en pratique dorment dés résultats diamétralement opposés aux promesses:: notre génération n’en a que ÿtop fait l'épreuve.
4° L'homme; après avoir compuisé tous ees-systèmes, n'acquiert pas l force de se diriger selon leurs avis, foree dont manquent les auteurs mêmes,, qui sont encore plus vicieux que le commun des hommes.
Ces sciences répressives sont donc un double affront pour l’homme qvilisé. D'abord elles le placent au-dessous des animaux en supposant qu'il n'a pas comme eux uue raison naturelle et'suffisante à se diriger ; d'autre part, elles ne lui procurent à force d’études qu'une raison peutêtre pire que le mal, si l'on en juge par le caractère vicieux des distributeurs de raison qui ne savent pas se guérir eux-mêmes des vices dont ils veulent guérir autrui.
Voilà les médecins positifs en défaut. — ConsuKons une autre classe de médecins, les négatifs ou rétrogradateurs, qui ont prétendu que cette déraison. de l’homme social était une punition de ce qu'il a abandonné l'état de nature ou état sauvage, opinion doublement inconséquente. Elle suppose que l'initiation à l’industrie, aur suiences et aux aris serait pour nous un don:funeste de le Diviniié. C’est accuser à la fois Dieu et la Civilisation sans prouver en faveur de l'état sauvage dent les peuples Le-soné pas maine déraisoanablesque:noes, quand: ils ont ies'occasions
de pécher. Qu'on leur donne à discrétion des liqueurs fortes, ils s'en gorgeront à tel point que moitié de la horde sera morte au bout d'un mois par les suites de l'ivresse et des querelles qu'elle occasionnera. Le Sauvage ne montre pas moins de déraison dans ses guerres et ses haines nationales. Il n’est sage que lorsqu'il n’a pas les moyens d’abuser ; un Sauvage privé de liqueurs fortes n'a pas de mérite à en éviter l'excès, de même qu’un paysan français qui n’a pour dîner qu'une poignée d’orties, n’a pas de mérite à être sobre. Ce n est pas un brevet de raison qu’une sagesse forcée. Donnez à ces deux êtres, au sauvage et au paysan, la fortune de Lucullus, et vous pourrez juger s'ils sont sages dans l'essor des passions. Ce n'est que sur les gens riches qu'on peut asseoir cette épreuve dans laquelle ils se montrent tous ou presque tous vicieux en divers sens.
On ne peut donc pas prétendre que l’homme actuel soit né bon et enclin au bien , puisqu'il n'y arrive ni dans l’état policé avec le secours des distributeurs de raison, ni dans l'état sauvage nommé simple pature.
D'autre part, si l’on admet, selon les pessimistes, que l’homme soit né vicieux et enclin au mal, c’est tomber dans une triple contradiction :
4° Accuser Dieu comme créateur malfaisant se plaisant à engendrer le vice ;
2° Accuser la Civilisation comme arène des misères qu'un Dieu malfaisant se serait plu à organiser ; :
3° Accuser la raison comme Esculape impuissant qui s'efforce en vain de corriger l'ouvrage de Dieu ou impulsion passionnelle.
Toutes ces alternatives sont un cercle vicieux sur lequel on ne peut arriver à aucune conclusion. Tout balancé, on ne peut pas jusques-là décider si l'homme est né bon ou mauvais, ce problème ayant la propriété commune à toutes les questions philosophiques, celle de jeter dans le cercle vicieux, quel que soit le parti auquel on se fixe.
Puisqu'on ne peut opter ni pour l’affirmative ni pour la négative, puisque l’homme est mauvais dans l'état libre ou sauvage, dit naturel, mauvais dans l'état civilisé ou industrieux, il faut recourir à un parti mixte, inventer un état qui soit à la fois naturel et industrieux. Cette eombinaison de deux germes qui sont vicieux isolément devra nous donner un bien selon les règles de la fausseté harmonique indiquée ailleurs. En conséquence les 2 conditions radicales de l’état sauvage et de l’état civilisé, savoir, la liberté et l’industrie, sont les 2 buts que la science devait assigner dans la recherche d’un nouvel état social. C'est le parti mixte qui spécule sur la combinaison et l’amalgame des méthodes connues.
J'ai résolu le problème par la théorie exposée aux neuf premières
sections. Elle développe dans leur plénitude la liberté, qui ne réside que dans l'essor de l'attraction et l’industrie, qui ne s'élève au plus haut degré que par la grande association ou mécanique des séries passionnelles; d'où l’on voit qu’en recourant au parti mixte ou combinaison de 2 ressorts isolément vicieux, on peut arriver au bien avec les éléments du mal et faire éclore une foule de biens par l’amalgame des innombrables vices contre qui la raison déclame depuis 3000 ans.
Pour mieux faire sentir cette vérité, posons la question sous quelque autre point de vue qui donnera gain de cause à cette philosophie que je condamne sans cesse. Puisqu’on a l'option sur les philosophes comme sur les cultes, je vais opter pour Aristippe et Épicure, qui valent bien les rigoristes et démagogues. Ces deux sophistes ont pour système la recherche du plaisir, sauf l'emploi des moyens les plus sages pour y parvenir. Je vais mettre en scène leur philosophie ou raison humaine, sauf une seule condition qui est de la subordonner à la raison divine ou attractive. C’est un parti mixte, un amalgame des 2 ressorts Attraction et Philosophie, qui se disputent le sceptre du monde social.
Dans l'état civilisé, la direction divine ou Attraction est vicieuse, car elle ne nous conduit qu’au mal. La direction humaine ou Philosophie est également vicieuse et ne donne que des remèdes pires que le mal. On peut les concilier toutes deux par l’association dont j'ai donné la théorie aux neuf premières sections ; l'on a vu par le tableau de ce nouvel ordre social que les 12 passions radicales, en quelque sens qu’elles se développent, y trouvent des contrepoids ou options qui préviennent l'excès de chaque plaisir et maintiennent l'équilibre des jouissances alternativement goûtées. Cet ordre est donc un raffinement des dogmes d’Aristippe et d'Épicure, un emploi des voies les plus sages pour arriver au plaisir. De là résulte une combinaison des 2 raisons, divine et humaine, de la raison divine ou impulsion attractionnelle , et de la raison humaine ou impulsion philosophique, théorie raffinée des plaisirs, méthode prêchée par Aristippe et Épicure. Analysons le mécanisme plus en détail.
Dans l’ordre sociétaire, où l’on a fréquemment et d'heure en heure des options sur divers plaisirs et sur les voies d'amalgame, un homme peu judicieux qui se livrerait à l’attraction brute pourrait bien prendre la voie la moins voluptueuse; il ne serait pas pour cela malheureux, mais il arriverait à un moindre bonheur, quoique dirigé par la raison divine ou attraction. Si l’on y joint la raison humaine ou raffinement calculé, elle fournira des moyens de tirer plus de parti de l'Attraction, sans cesser pour cela de lui obéir. Dans l’un et l’autre cas, ce sera Dieu qui aura dirigé l'individu; mais dans le premier cas, l’homme ne sera arrivé qu'au bonheur de l'animal , qui ne sait point raffiner ses plaisirs,
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et danse sesond-eesien adjoignant la raison!liumaine à l'impulsion di, vine, i anra-atteint: à, un-bonbour supériesr à celui de l'annal.
Ainsi l’homme est.né bon conditionnellement. L'Atéraetion et la Phi. losophie sont bonnes et .sociables conditiannellement,, sauf l'organiss, tion de l’état sociétaire, où-les 2 sagesses divine et.humaine, l’Attraotion et la Philospphie, se clasœænt à leur rang, la première en di. rection suprôme la. deuxième en. direction socondaire, favorisant les impulsions,de la première. Dans cet:ordre, les passions, sûres de trouver partout un équilibre ,. un contrépaids: aux excès, n'ont plus besoin de méthode répressive, mais seulement de: veies de développement très-étendu dont La raison humaine calcule et indique les voies. Cet ordre, tout en assignant à la: raison humaine un rang distingué , ne porte aucune atteinte à la suprématie de l'Attraction, mais dans l’ordre civilisé,. où la raison humaine dite Philosophie, adopte un système répressif de l’Attraetion,, ele imite.un ministre qui, voudrait réprimer le roi et faire prévaloir sa.volonté sur celle du chef suprème:dont il doit seconder les: vues; elle place l’homme au-dessus de Dieu. elle ravit à Dieu la direction du-mouvement. Qu'en-arrive-tl? que Dieu ne cède paint, que l’Attraation continue. dominer pour notre malheur, car si elle est destinée à produire l'opulence et l'unité dans le régime socié- . taire, elle:doit preduire la discorde.et: la pauvreté. dans tout régime social qu'inventeront les-hemmes, en.-s'arrogeant le. pouveir de faire des lois, et méconnaissant la suprématie da: Dieu, tant en égislation qu'en direction permanente.
La-raison:a’est donc.paint faite -pour nous gouverner, mais s'entsaider au gouvernement que-Dieu doit-exercer par l'Attraction. Notre sa gosse humaine ou Philosephie ne -peut:-intervenir utilement qu'à titre d’acolyte de l’Aitraction, occupée à caleuler ses développements, rafe finer l'ouvrage de Dieu, coopérer au développement. des..impulsiens voluptueuses qu’il nous distribue , mais qui ont besoin de 2 appuiss savoir, la détermination de l’état sociétaire où-elles troavent leur équilibre , puis l'intervention de la raison humaine pour ealculer les raffnements praticables dans chacuna des 42 branches d'attraction , dans chaque volupté des sens etde l'âme.
Jusqu'à présent les Philesophes n’ont pas voulu entendre à ce part mixte, à eette.assaciation de la raison divine ou attractive avec la raison humaine ou raffinement. A la vérité , ils n’en connaissent pas.les moyens, je les leur ai:indiqués dans. la. théorie. des Tourbillons pas sionnels,
Maintenant il reste un: parti mixte à leur reconmander, c'est celui de la pratique. Puisqu’ils. ont.obtenu -l’esgai de:leurs systèmes par de grands empires de-48 à.60 millions-d'änes, qn'ils-sollicitent l'essai. de
la Théorie divine sur.un bourg: de mille habitants. À défaut, .on.les accusera de vouloir tout-pour.eux, rien pour Dieu et les hourmes ; obslination d'autant plus-blâmable qu'en se ralliant à la: méthode minte que je viens d'indiquer ,.en consentant à placer la philosophie en s0ciété subordonnée à la raison divine, ils‘peuvent .proclanger le:triomphe des sciences philosophiques. Leurs sectes ne peuvent dans :auçun cas régner toutes à:la-fois, puisqu'elles sont en contradiction de systèmes, dont l’un vaut l’autre. Or, en cptant pour ceux d'Épicure et Aristippe , vers qui l'âge moderne incline spécialement, il leur sera facile, moyennant quelque modification de dogme, de former une nouvelle école pleinement ralliée à l’Attraction, tout en s'appuyant sur cette branche de l’ancienne philosophie voluptueuse, la seule qui puisse trouver accès au près des modernes.
On a vu dans le cours de ce chapitre combien il est facile de résoudre toutes les questions qui ont le plus embarrassé les philosophes, comme celle du naturel bon ou mauvais de l’homme ; tout débat sur de semblables objets est éclairci par la seule hypothèse d’un emploi.des passions dans l’état d'Harmonie ou destinée. On pourrait recueillir et résoudre ainsi tous les grands problèmes qui ont divisé les philosophes, opposer les abertations des sectes diverses, les cercles vicieux de chacune et la solution donnée exclusivement par le mécanisme du tourbil- Jon passionne! ; il en résulterait une collection fort intéressante qu’on pourrait intituler les erreurs célèbres ou les cercles vicieux de la raison humaine isolée de la raison divine. C'est.une des nombreuses perles dont la récolte s'offre à tous ‘nos beaux esprits ; ils se plaignent sans cesse du défaut de sujet; ma découverte peut leur en fournir 100 plus brillants les uns que les autres , indépendamment des calculs du mouvement et à ne parler que des accessoires littéraires, comme le recueil des erreurs célèbres et autres critiques de la philosophie et du régime civilisé.
Par exemple , maintenant qu’on connaît le régime du vrai bonheur ou développement complet des 12 passions dans le tourbillon à 810 caractères, il serait curieux d’opposer, en fait de bonheur, les opinions des plus fameux philosophes , en évitant toutefois le fatras, comme les 278 opinions que l’on comptait à Rome sur le vrai bonheur au temps de Varron. Il serait également curieux de comparer les principaux systèmes d'éducation avec celui d'éducation naturelle. Tous ces débats élant aujourd'hui jugés sans appel par la Théorie des Destinées , on verrait avec intérêt en quel sens les divers sophistes ont pu en approcher, ou plutôt l’on verrait à la confusion de l'esprit humain que tous étaient presque également éloignés du but. Ces 2 sujets et tant d’autres du même genre qui peuvent fournir des compilations et tableaux
piquants conviennent parfaitement aux érudits versés dans l'étude de la philosophie ancienne et moderne, mais en tant qu'ils se rallieront à la doctrine de l’Attraction, cette comparaison étant maintenant le seul moyen de mettre en scène la philosophie, devenue insipide par ellemême depuis qu'elle a si vilainement abusé les peuples ; mais du moment où l’on connatt le remède aux misères sociales , il sera amusant de rapprocher et classer les fautes des célèbres et pitoyables médecins entre les mains de qui s'était jeté l'esprit humain.
ES
La découverte du calcul de l’Attraction force l'esprit humain à opter entre les deux opinions suivantes : ou que la sagesse et la vertu naturelles ne résident point dans l’ordre civilisé qui retient le genre humain dans la pauvreté, la fourberie, la discorde et l’asservissement, ou que si la sagesse et la vertu résident dans l’ordre civilisé, elles produisent donc la condamnation du genre humain à la pauvreté, la discorde, la fourberie et l’asservissement. Si l’on opte pour la première opinion, il faut chercher une issue de cet ordre civilisé incompatible avec la sa gesse et la vertu. Si l’on opte pour la deuxième opinion, il faut chercher à s'affranchir de la sagesse et de la vertu civilisée, qui donnent en résultat les quatre fléaux redoutés. Laquelle qu’on adopte des deux opinions, ce sera conclure directement ou indirectement à l’abandon de la Civilisation [5° période sociale] et à l'épreuve facile de la découverte
qui en ouvre l'issue [et mène aux périodes plus élevées dans l’échelle sociale],
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