CHAPITRE IL APPLICATION DE LA MÉTHODE MIXTE À LA PHILOSOPHIE
Nous passons des convenances religieuses aux convenances philosophiques ; nous allons voir la doctrine de l’Attraction s'identifier parfaitement avec celle des philosophes en sens conditionnel, comme l'application temporaire , la modification relative. Je choisis pour exemple une thèse trop fameuse, les droits de lhomme. Ce sont des biens que la philosophie n’a su qu’entrevoir et non pas établir. La théorie d’Attraction, qui va les assurer au genre humain, est donc la meilleure amie des philosophes, elle comble tous leurs vœux, n'importe par quels moyens. Aurait-elle tort aux yeux de ces savants, parce qu'elle renverse plusieurs de leurs systèmes ou tous à la fois? Elle ne fait en cela que les imiter ; chacun d'eux est l’antagoniste des autres. Lycurgue détruit le système de Solon; Chrysippe combat celui d'Aristippe, et Voltaire celui de Rousseau; enfin chaque philosophe en voit cent autres démolir son édifice, comme il a sapé les leurs, et pourtant ces savants, si opposés entre eux, forment corporation , ils ont la propriété de se soutenir, quant au but collectif, malgré la diversité des moyens individuels; ils peuvent donc envisager la Théorie de l'Aftraction comme une philosophie nouvelle, qui, selon l'usage, détrône toutes celles des prédécesseurs, et malgré cette usurpation consacrée par l'usage, ils peuvent me traiter en confrère, dignus intrare in nostro docto corpore, pourvu que je tende aux fins assignées par eux tous. 1l ne reste qu'à constater l'identité de leur but et du mien.
Je vais établir la comparaison d'un extrème à l’autre, en commençant par les partis extrêmes, réputés odieux et repoussés de tous les autres, comme les démagogues ou champions d'égalité pure et de loi agraire. Quelles sont leurs vues ? A les supposer bien intentionnés, ils savent par l'exemple de Rome que cette loi ne dure que 24 heures ; que le paresseux, le dissipateur vont le lendemain revendre leur portion de champ à l'homme économe ; la loi agraire n’assure donc point au peu-
ple ce bien-être que ses flatteurs voudraient lui procurer ; en outre le peuple veut des plaisirs, panem et circenses, et il faut renoncer aux spectacles en pays de loi agraire. Elle ne conduit donc pas le peuple aux divers buts de son ambition; elle n’y conduit guère mieux le démagogue; 1l n'arrive que rarement et pour peu de temps à la domination qui est son vœu secret.
Voici une théorie qui conduit l’un et l’autre à leurs fins; elle donne au peuple beaucoup plus que les faibles avantages qu’il obtiendrait de la loi agraire, d’abord une table somptueuse, qui est le bien suprême pour la populace , puis des plaisirs adaptés à chaque genre de travail, des spectacles gratuits , etc. , le tout à perpétuité, sous la seule condition de vivre sans inquiétude. La même théorie donne au démagogue l'objet de ses désirs secrets, le rang suprème. Tout homme qui a assez . d'audace et d'esprit pour être démagogue {ce qui n’est pas le rôle d’un sol) est assuré de parvenir dans l'Harmonie à quelqu'un des sceptres de divers degrés. |
Si la théorie de l’Attraction satisfait et outrepasse les désirs du parti exagéré ou démagogique, elle entre bien mieux dans les vues des philosophes modérés, qui ne s’offusquent pas de voir le peuple dans l'indigence et qui pourtant seraient bien aises de l’en garantir. Examinons leurs différentes prétentions connues sous les titres de Liberté, Égalité, Fraternité, Unité, etc. Sur tous ces points la nouvelle doctrine peut les absoudre aux yeux du public et aux leurs, ce qui est plus fort, car il est assez douteux que ces champions d'égalité et de fraternité se pardonnent leurs propres systèmes, depuis l'épreuve récemment subie. Tout va s'excuser par l’Attraction expliquée en mode mixte.
4° La Philosophie eut raison de vanter la liberté, c'est le premier vœu de tous les êtres , mais elle oublia que dans les sociétés policées la liberté est illusoire sans la richesse individuelle du peuple ; à défaut, l'indépendance des classes de salariés ressemble à une maison sans fondations qui ne tarde pas à s’écrouler. L'homme libre et sans fortune retombe à l'instant sous le joug du riche; l'esclave à peine affranchi s’effraie du besoin de subsistance et court se revendre pour échapper à cette nouvelle inquiétude, qui est pour lui l'épée de Damoclès. En lui donnant inconsidérément cette liberté dépourvue de fortune, on le fait passer du supplice corporel au supplice idéal. Il ne trouve dans ce nouvel état qu’une existence onéreuse. Aussi les nègres n'usent-ils de la liberté que pour courir au brigandage, à la horde qui a par ellemême un attrait particulier, l'esprit d'agression, de guerre contre les civilisés. L'homme, dans cet état, est stimulé par l'espoir de capture qui soutient le chasseur dans ses fatigues et l’étourdit sur les chances de mauvaise fortune. De là vient que tous les esclaves affranchis cou-
Lu *LA PHALRANGE.
sent à-la horde.ou-tembent dans l'inquiétude enandiune beanre yvolite les-empêche de former la horde..il faut donc, en -dennanut lalibertérau peuple, l'étayer de 2 appuis qui sont l« garantie d'aisance et l’attraction industrielle, appuis dont lestthéeries philosophiques ne peuvent pas même créer l'ombre, et dont on ne trouve:la réalité que dans:la théorie de l’Attraction. Ainsi les philosophes ,itant ravakés aujourd'hui sur la fâcheuse épreuve de leurs théories de liberté, peuvent: sortir triomphants de cet échec en se ralliant à l’Attraction qui donnela kberté au peuple , mais qui pourvoit à la'fonder surles bases primordiales de la subsistance et de l'appât industriel.— Contiauons l’exarmen des autres vœux de la philosophie avant de conclure sur ses erreurs en moyens d'exécution.
2° L'égalité de droits est encore une-chimère, louable abstractivement, et ridicule quant aux moyens employés pour introduire en Civilisation. Le premier droit des hommes est le droit au travail et au m1inimum. C'est précisément ce qu’on omet de reconnaître dans toutes les constitutions ; elles ne s'occupent d’abord que des favoris qui n’ont pas besoin de travail; elles débutent par un pompeux tableau des éles des familles privilégiées à qui la loi assure 50 et 400,000 fr. de-rente pour la commode fonction de gouverner les peuples ou siéger dans une siége curule et opiner du bonnet dans un sénat. Si la première page des constitutions est consacrée à garantir l'opulence et la paresse aux administrateurs, il conviendrait que la deuxième page s’occupât un peu du sort des classes inférieures, du minimum proportionnel et du droit au travail, qu'ont oubliés toutes les constitutions, et du droit au plaisir, qui ne se trouve que dans le mécanisme des séries industrielles. En réparant cet oubli, selon le précepte errare humanum est, les phiosophes acquerraient le droit de censurer les sciences rivales qui n'y ont pas mieux pourvu, et d'exiger que les unes et les autres fussent enfin soumises au creuset de l'expérience, à l'épreuve de l'attraction ou science rivale. Il résulterait de cette expérience que la philosophie:a eu raison de proclamer l'égalité des droits, puisque, en régime d'unité passionnelle , tout individu, homme ou femme , a droit à un minimum splendide et de plus droit et accès aux postes les plus brillants de la magnature, et droit personnel à trois des trônes suprêmes du glohe, st droit éventuel au quatrième dans la personne du successeur dont:il pant être le père ou l’aïeul. Dès-lors la philosophie, sur le problème de l'égalité comme sur celui de la liberté, sera triomphante sous :le rapport intentionnel; il lui restera l'honneur d'avoir bien jugé le bat:de la nature. Quant à l'erreur qu'elle a commise sur les moyens d'exécntion, elle est excusée d'avance. par le principe errare humanum est, principe dent l'admission. lui assure le double avantage de se justifier
ewsexs’mtentionnel et de forcer ses ennemis à la résipiseence en leur oppesant. leur propre sentence, perseverare autem. diabolirum.
3* Passons à la fraternité. Discussion plaisante, répugnante et savante &la fois: elle-est plaisante quant à l'imliécillité des théories qui ont prétendu l'étahhir. Elle répugne par le-souvenir des horreurs auxquelles œnom a: servi de masque; enfin, c'est un problème des plus: dignes d'occuper la science, en considérant queles sociétés n'auront-atteint lèer but, n'auront élevé l’homme à sa: dignité ,. que lorsqu’on:sera arrité au point de fraternité universelle’, c'est-à-dire’ à un: degré d'intimité générale qai ne peut s'établir qu’à l'aide des quatre conditions :
Aisance du peuple et assurance d’un minimum splendide ;
Édweation et instruction des classes inférieures ; Véracité générale dans les relations industrielles ;
Services réciproques des classes inégales.
Ces quatre conditions une fois remplies, e riche Mondor sera en fraternité réelle avec Irus, qui, malgré sa pauvreté, n’aura nul besoin de protecteur, nul motif de tromper personne, et qui pourra, vu sa bonne éducation, figurer parmi les princes, comme on voit dans nos capitales civilisées tant de littérateurs et artistes pauvres qui brilleraient à la cour mieux que les courtisans. Tels seront dans l'Harmonie les individus de classe inférieure, qui généralement raffineront sur l’éducation et les manière; l’homme riche, en se liant avec eux , n’aura jamais à redouter d’importunes demanges. Au lieu de sollicitations à essuyer d'eux, il n'aura que des services à en recevoir ; il sera donc amical et'fraternel avec eux. Quant à présent, comment la fraternité pourrait-elle s'établir entre des sybarites pétris de raffinements et des paysans grossiers, affamés, couverts de haillons et souvent de verminre, de maladies contagieuses comme typhus, gale, plica et autres fruits de la misère civilisée? Est-il de fraternité à établir entre des classes d'hommes si hétérogènes ? Elle ne pourra naître que dans une société riche et polie, où les derniers du peuple seront, par leur éducation et leur bonne tenue, présentahles aux assemblées des grands. Cette politesse générale ne saurait s'établir dans l’ordre civilisé. J'ai cité plus haut les divers obstacles qui s’y opposent et qui établissent au lieu de fraternité une jalousie réciproque. Eh! comment vaincre ces obstacles dns l’ordre civilisé, où destravaux ingrats, ne conduisant le peuple qu’à l'indigence et au désespoir, doivent exciter en lui la haine des oisifs qui nagent dans l'abondance, oisifs qui n'existent pas dans l'Harmonie, où les travaux, métamorphosés en plaisir, entraînent les riches à coopérer par amusement à tout ce qui peut augmenter les biens du
parvre:
B'Uhité, autre vœu des philosophes, ne peut de même être satisfaite
que par la chute de la Civilisation. Elle est si antipathique avec les unités, qu’on ne peut pas y introduire celles d’urgente nécessité, comme le système métrique : on n’a pas pu en vingt ans d'efforts le généraliser dans le royaume qui en a fait le travail et pris l'initiative. La difficulté est bien plus grande sur les unités de langage et autres, qui exigeraient de longues études ; on n’y astreindra jamais les peuples civilisés. C’est bien pis des unités administrative , religieuse et commerciale, comment étendre, je ne dis pas aux Barbares et Sauvages, mais seulement aux Civilisés ces trois dernières unités, surtout celle de libre circulation, absence de douanes et entraves ? On ne peut pas même le tenter, et l'on traite avec raison de visionnaires ceux qui ont, comme l’abbé de Saint-Pierre, des projets de paix civilisé ou de libre circulation. L'obstacle serait bien plus grand pour étendre aux Barbares et Sauvages ces unités que la Civilisation ne peut s’inoculer à elle-même. Combien sur ce point la philosophie est éloignée d'atteindre au plus louable de ses vœux, car il n’en est pas de plus sage que celui de l'Unité universelle. On ne connatt pas même les moyens dont il faudrait tenter l'emploi et présenter l’appât : ce sont l'attraction industrielle, la richesse , la vérité; mais l’ordre civilisé ne peut mettre en jeu que les ressorts opposés. Aussi ne peut-il organiser que l'incohérence universelle. IT n'est donc pas de science qui offre, quant au but, plus d'affinité avec la philosophie que celle de l Attraction, qui établirait subite ment toutes les unités imaginables.
Sans prolonger ce parallèle, concluons que si la découverte de l’Attraction conduit le genre humain tout entier aux divers buts entrevus et désirés par les philosophes, elle devient pour eux une planche de salut, et ils doivent, en faveur du succès qu’elle leur assure, faire abstraction des contrariétés dogmatiques. La situation des philosophes est comparable à celle d'un mineur qui s’est ruiné à de nombreuses fouilles sans atteindre aucun filon d'or. Si quelque voisin, en fouillant sur un … point négligé, trouve la mine et en livre gratuitement le secret, ne serait-ce pas folie de lui reprocher qu'il n’est pas mineur de profession et que sa découverte rend inutiles tous les autres puits ouverts avant le sien ? loin de là, on le remerciera avec transport, parce qu'on ne tient pas aux puits, mais à la mine. Îl en est de même des systèmes de la philosophie. Tient-elle à ses dogmes ou bien au bonheur social qui en est l’objet? Sa réponse n’est pas douteuse; en ce cas, elle doit être l'amie du nouveau calcul qui la mène à son but, comme le mineur abandonnerait volontiers tous les puits inutiles pour le nouveau qui conduirait seule à la mine. En adoptant ce sage parti, les philosophes, même les défunts, seront réhabilités sous le rapport de l'intention, dont leur science perdrait le mérite si elle contrariait l'épreuve de l’Attraction.
Ma doctrine leur donne gain de cause sur le dogme religieux qui renvoyait à l'autre monde le bonheur, dont la philosophie voudrait avec raison nous assurer la jouissance ‘dès celui-ci; elle les débarrasse du fardeau des systèmes dont ils défendent péniblement la caduque renommée. Je les dégage d'un mauvais poste, d’un travail ingrat; en leur livrant une théorie dont l'exploitation leur vaudra une moisson de gloire et de fortune, c’est leur donner des biens qu'ils n’osaient pas même désirer , et je n'exagère pas en disant que chacun d'entre eux me devrait des actions de grâces. [A l’interligne] Messie philosophe, titre que je craindrais.
On concilierait de même l’Attraction en sens conditionnel avec les coutumes qu'elle proscrit le plus, comme celle du commerce mensonger ou libre exercice de la fraude ; on louerait les marchands d’avoir eu l'art de maintenir leurs libertés industrielles au sein de l’esclavage universel, d’avoir su opposer à l'avidité fiscale une digue insurmontable et amortir sa tendance au monopole général. On pourrait, au moyen de quelques arguments captieux, amalgamer bien ou mal la fausseté mercantile avec le dogme de fausseté harmonique. C’est ainsi qu'en procédant par la méthode mixte on pourrait produire la doctrine de l'Attraction sous des couleurs flatteuses pour tous les partis.
Dieu fait un si grand cas des moyens conciliatoires qu'il a assigné à l’ordre mixte, un septième dans le clavier aromal ou planétaire et dans le clavier des caractères. Il a dà, selon cette règle, donner à sa théorie sociale des propriétés de conciliation avec les dogmes de tous les partis. Chacun d'eux peut disposer le calcul de l'attraction de manière à y trouver l'apologie de ses méfaits. Ce n'est pas équivoque ni duplicité dans la science, car l’Attraction, en conciliant et absolvant les divers partis, n'en trompe aucun et satisfait les vœux de tous, précaution digne de la sagesse de Dieu, qui dut sentir que le bienfait du code divin perdrait de son prix, et que l'épreuve en serait retardée si à son apparition il offensait les divers partis civilisés. Il conviendrait donc à l'inventeur d'adopter cette méthode mixte et conciliante, mais je ne saurais m'assujétir au genre louvoyant et flagorneur de nos faiseurs de systèmes. Si j'avais cette souplesse de caractère, je n'aurais pu ni inventer ni suivre le calcul de l’Attraction. Je laisse donc à d’autres l'emploi de la méthode mixte dont ils pourront tirer grand parti en s’'accommodant à l'Attraction. C’est une manière qui fera rechercher leur livre plus que le mien ; elle convient à une foule de littérateurs français très-habiles à crier selon le temps : Vive le roi, vive la ligue. Chacun d'eux, en produisant de cette manière la nouvelle science, pourra se faire porter aux nues par quelque parti flatté. Pour moi je n’ambitionne pas ce genre de succès et je persiste
#22 | LA RHALANGE.
dans la méthotle:cürecte, la franche -critique .dasidfamies.civilisées tt des sciences,incentaines qui en sont les suppôts.