‹ Manuscrits de FourierChapitre 7 sur 134 · DU GARANTISME VISUEL EN ÉDIFICES SPÉCIAUX · texte numérisé non relu

DU GARANTISME VISUEL EN ÉDIFICES SPÉCIAUX

(Plan d’une ville de 6° période.)

Qu'on se rappelle la thèse, bizarre si l’on veut, que je me suis chargé de démontrer : c'est qu’une nation, un siècle qui ne sait pas pourvoir au luxe général des édifices, ne peut faire aucun progrès dans la carrière da bonheur social.

Nous sommes exercés en fait de luxe partiel. Tout sybarite sait bien orner son habitation au dedans et au dehors, mais il s’agit ici de l'ornement collectif gradué, l’art de garantir collectivement et individuellement une perspective d’édifices, beaux et commodes ; pour faire connaître cet art bien ignoré de nos architectes, il faut donner le plan descriptif d’une ville de Garantisme dont nos architectes n'ont aucune idée.

Sur les édifices, comme sur tout autre détail du matériel ou du spirituel, il y a des procédés affectés à chaque période. Une ville barbare est formée d'édifices assemblés fortuitement au hasard, sans aucun plan préalable, et confusément groupés entre des rues tortueuses, étroites et

mal percées, malsaines. Teïles sont en général les villes de France, 4°

où l'on trouve à peine un quartier heuf qui s'écarte du mode barbare.

Les villes civilisées ont un ordre monotone, imparfait, une distribution en échiquier, comme l'île de Pétersbourg, comme Philadelphie, Amsterdam, Londres neuf, Nancy, Turin, Marseille neuf, et autres villes qu’on sait par cœur, quand on en a vu trois ou quatre rues. On n'a pas le courage d'en visiter davantage : elles ont le don d’affadir et attrister la vue, et l'on préfère bien vite une ville de style barbare, si elle est un peu ornée et variée comme Paris. Les villes de Strasbourg et Francfort, qui n’ont rien de régulier, plaisent mieux que Nancy et Manheim , avec leurs tristes échiquiers entremèlés de murs mitoyens, bien nus, bien hideux, selon la méthode civilisée. Passons à celle de 6° période ; il faut d’abord la décrire avant d’en expliquer les règles appliquées à l'essor des douze passions.

Chaque année l'on construit des villes neuves. La plupart des petits souverains d'Allemagne en ont fait bâtir; à présent même, on construit encore une petite capitale en Finlande et une grande aux Etats-Unis On parle d'en construire une au Brésil. Nous pouvons donc supposer qu'un des souverains qui ont besoin de remplacer une vieille capitale par une ville de bon goût ou qui veulent faire construire quelque nouveau port, comme Odessa, opine à bâtir une ville de garantisme visuel. J'en vais donner le plan que la Russie aurait eu bon besoin de connattre lorsqu'elle a rebâti Moscou: elle en aurait fait une capitale qui aurait fait honte à toutes celles du monde policé, et prouvé à la Civilisation que si en 3000 ans elle n’a pas même découvert l’art de se loger, il n’est pas surprenant qu'elle ait manqué la science plus difficile de l'harmonie des passions et qu'elle ait méconnu le germe de cette harmonie qui consiste à allier toujours le beau et le bon, en conciliant les intérêts collectifs et individuels, règles bien inconnues aux civilisés, dans les têtes de qui jamais idée harmonique n'a pu entrer. Nul débat n’est plus propre à le prouver que celui que nous allons traiter sur l'harmonie neutre des édifices, et j'entends par harmonie neutre celle qui concilie l'ordre incohérent avec l'ordre combiné. Quand on aura analysé nos ridicules en distribution matérielle, et dont les correctifs eussent pu être inventés par tout architecte, où jugera par induction de l’impéritie de nos architectes passionnels.

Page 1