ÉBAUCHE DES UNITÉS MINEURES
Anlienne.
Le mineur est le côté faible de la Tribu ou Phalange sérisophe ; elle aura en accords majeurs d'Amitié et d’Ambition pleine marge selon . l'opinion, c’est-à-dire que ses prétentions, même en semblant gigantesques, seront applaudies. Conquête du monde, opulence universelle, il n'est pas un Civilisé qui ne sourie à cette perspective ; la législation, la religion, tout sera pour la Tribu annonçant qu'elle va ranger le monde civilisé, barbare et sauvage à l'unité administrative et religieuse. On raillera sur ses espérances, mais en louant ses desseins.
Même faveur à ses plans d'amitié et de philantropie universelle. fc la philosophie même sera obligée de déguiser sa malveillance et d'applaudir du bout des lèvres à l'engagement d'opérer en 7 mois ce que la science promet en vain depuis 3000 ans.
Mais tout devient entrave pour la Tribu dès qu’elle spécule en mineur ; sur l'accord de famillisme elle manque des liens de consanguinité directe par lengrenage collatéral des familles. On ne forme pas ces liens avec le secours de l’art ; il faut donc y renoncer et ce n'est pas une médiocre lacune.
Reste la parenté indirecte ou adoption, lien peu en crédit et blèmé en secret par l'égoïsme général qui veat qu’un père laisse mourir de faim les enfants du voisin pour amasser aux siens propres un immense héritage.
L'entrave est pire en Amour. Tout est réduit aux accords exclusifs de tierce et seconde, les seuls permis en Civilisation. Les accords de #* sont proscrits comme adultères, ceux de simple matériel ou cynisme sont réputés abjects, ceux de simple spirituel ou céladonie sont voués au ndicule, ceux de seconde hors de mariage sont infàmes à titre de prostitution, ceux de tierce hors de mariage sont criminels à titre de fornica-
‘tion et immoralité. Le pauvre amour est doné réduit à un bien faible essor s’il veut se concilier avec la philosophie et la Civilisation, qui le tiennent pieds et poings liés. Qu'il est habile à s'en dédommager secrètement et que la science est dupe de ne pas transiger avec lui!
La Tribu, obligée par bienséance de déguiser sa politique en c genre, n'adoptera pas moins en secret le principe d'harmonie, qui est de former tous les liens possibles et de former au moins quelques liens transcendants, comme 1°", 5° pour le contrepoids des subceadants
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ge, 3°, &°, qui sont essentiellement discordants, à moins qu'on ne parvienne à les combiner avec les liens 4.6. 6.7. 8. , auquel cas ils donnent de très-belles harmonies.
Cependant l'accord de prime spirituelle ou céladonie est couvert de ridicule en Civilisation ; l'accord de quinte ou phanérogamie confuse est réputé infâme. Ces deux accords méritent ce discrédit en Civilisation, où l’un conduit à la duperie, l’autre n’engendre que l’infamie, effets inévitables des sociétés subversives qui dénaturent les bons germes et en font nattre l’ivraie.
La Tribu ne veut employer ces 2 accords amoureux qu’en sens noble, qu'en essor harmonique et favorable aux unités sociales. Il faut Jongtemps à l'avance en prévenir les lecteurs afin qu'ils se gardent de croire que la Tribu veuille favoriser ni même tolérer ce qui tendrait à Ja débauche ; elle veut, au contraire, établir sur chacune des 42 passions les équilibres qui préviennent tout excès. Or on n'arrive à l'équilibre que par une balance judicieuse des liens transcendants avec les subcendants, et qu'importe que les transcendants produisent des infamies en Civilisation puisque nous traitons d’une autre société, qui est à la Civilisation ce que le papillon est à la chenille et qui va opérer pareille métamorphose sur les amours céladonique et phanérogame!
Je serais blämé par les lecteurs décents si j'oubliais de les prévenir de cet effet qu’il faudra fréquemment leur rappeler. Je vais dans quelques chapitres passer en revue les moyens que fournit la Tribu pour opérer des accords d'amour par les méthodes connues et les moyens de Civilisation. Après le tableau de ces moyens, nous y appliquerons les 2 ressorts céladunique et phanérogame; ce sera le sujet des deux derniers chapitres.
On pourra reprocher aux 5 chapitres suivants une teinte libidineuse, lorsqu'on oubliera que c'est une revue des moyens que fournit l’état actuel des choses et que tout ce qui parattra licencieux dans ces5 chapitres sera corrigé par l’alliage des accords de prime et quinte exposés aux chapitres 6 et 7.
Ces deux accords seront un puissant secours pour acheminer au lien de famille indirecte.ou adoption, seule ressource. que: nous ayons pour tirer de la &° cardinale quelques liens d'unité sociale, et, d'autre part, les adôptions contribueront très-efficacement à l'unité amoureuse dont nous allons nous occuper. Passons à l’examen des moyens qu’elle pourra tirer de l’état sociétaire avant l'introduction des 2 ressorts céladonique et phanérogame.
[Dans les chapitres que Fourier indique ici, il énonce des idées déjà exprimées dans les ouvrages publiés de son vivant; néanmoins nous ajournons
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la publication de ces chapitres, pour ne pas fournir un nouveau texte à l'indignation des hommes prétendus vertueux qui, sans vouloir prendre la peine d'étudier Fourier, sont saisis d’une si sainte horreur lorsqu'il paris de liberté amoureuse.
En remplacement de ces chapitres nous dommerons une esquisse ufficielle du véritable état des mœurs. Nous le &rens du Monttenr et do la sémace de l’Assemblée nationale du 21 février 1849.
M. Pierre Leroux avait proposé un amendement pour exclure les.adultènes du droit d'être nommés représentants. Get amendement souleva une grande tempête dans toute la droite, où siége le parti honnête, modéré et religieux, et qui se dit moral par excellence. Ce parti repoussa l’amendement; mais, ne voulant pas que le nom de ses membres qui s’opposaient ainsi à une mesure morale fût connue des électeurs, probablement parce que, dans beau- Coup de cas, les électeurs auraient trouvé une contradiction flagrante entre le vote et la conduite connue du votant, il demanda à deax reprises difKrentes le scrutin secret. L’amendement fut adopté par 286 voix contre 229.
C'est qu’en fait d'amour, le monde a deux morales : la morale publique, officielle, et la morale privée. Les paroles, les démonstrations extérieures somt conformes à la morale publique : les actes réels, la vie réelle du monde soaf abandonnés à la morale privée ou liberté. C’est ce qu'exprimait très-bien dans les discussions sur l'amendement de M. Pierre Leroux, un des opposants de la droite, M. Baze. Lisons le Moniteur.
Le citoyen Baze. Messieurs , j'espère que l’Assemblée , rendue au calme habituel de ses délibérations, me permettra de combattre un amendement que quelques-uns de vous pourraient peut-être être disposés à adopter par un estrainement louable, mais, permetter-moi de vous le dire, irréfléchi.
Voix diverses. L'aldultère est pire que le vol.
Le cisoyen Baxe. Messieurs, il faut traiter sérieusement les choses graves, et c'est une chose grave que d'établir une incapacité, une indignité d’être élu représentant.
Sans doute le rpspect de la famille doit être une des premières lois de la conduite de tout citoyen, et bien plus encore de ceux qui aspirent à l’honneur d'être élus; mais il y a des torts qui relèvent encore plus de l'opinion que de ta loi... (Réclamations et murmures à gauche.)
Le ciloyen Pascal (d'Aix). Et l'attentat à la pudeur !
Plusieurs membres. Effacer da Code des peines contre l'adultène, xskers.
Le cioyen Baxe. Ma pensée a été mal comprise. J'ai wnulu dre sulsment qu'entre les diverses incapacités, il y en avait qu'il fallait élever, par ‘ane disposition législative, à la hauteur d'une incapacité légale, et qüiy avait d'autres incapacités morales, dont il fallait nécessairement,
à raison de l’infirmité humaine, abandonner le jugement aux électeurs euxmêmes. (Nouvelles réclamations. — Interruption prolongée.)
a U y a des torts qui ne relèvent que de l'opinion, ou qui relèvent easore Plus de l'opinion que de la loi. » À notre avis cela ns veut pas dire autre
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chose que ceci : Il y a des torts qui sont torts seulement lorsque l'opinion les connaît, seulement lorsque, par la publicité , ils offensent une morale convenue ; mais en eux-mêmes ces torts ne sont pas des torts, et la preuve en est que jamais cette espèce de torts n’a été reprochée aux hommes, et que chez les femmes seules ils ont passé pour des fautes ou des crimes.
Ka distinction entre ka morale publique et la morale privée est aussi contenue implicitement dans le discours d’un autre opposant, M. Billault: mais auparaxent achevons le disscers de M. Bare sur la partie plaisante des pièges que-sèmeraient l'amour et le momie pratique antour d'un candidat.
Le ciloyen Baze. Remarquez , messieurs, que si vous adoptiez l’amendemené , vous créeriez des dangers immenses et dont vous. ne vous êtes pas rendu compte.
Le délit d’adultère ne peut être poursuivi que sur la plainte du mari... (Bruit général.) Le délit d’adultère est de ceux qui ne peuvent pas être poursuivis d'office par le ministère public. (Le bruit va croissant.)
Le citoyen président. J'invite l’orateur à ne reprendre la parole que quand le silence sera tout-à-fait rétabli.
Le citoyen Base. Je disais, messieurs, que l'adoption de l'amendement caéerait des dangers et des inconvénients dont il faut se rendre compte.
Le délit d’adultère est de ceux qui ne peuvent être poursuivis que sur la plainte du mari, et le mari peut même abandonner la poursuite en se désistant.
Or, savez-vous ce qui arrive ? C’est qu'on fera des spéculations scanda- Jleuses.…… (Oh ! oh ! — Oui, c’est vrai !) C’est là qu'est le danger politique de l'amendement qu’en vous propose. (Le bruit des conversations coavre la voix de l'orateur.)
+ Plusieurs voix. Attendez ! attendez ls silence !
Le citoyen Baze. Je supplie l’Assemblée d’être attentive à cette considération du danger que l’amendement va introduire dans nos mœurs politiques. On sèmera de pièges, de séductions, la situation d’un candidat... (Rires et exclamations prolongées.) Je vous assure que, si je n’avais pas regardé la question comme infiniment grave et périlleuse, je n'aurais pas voulu encourir la responsabilité du rôle que je viens remplir à cette tribune ; mais cela est très-grave. |
Jai dit qu’on sèmerait de pièges la carrière parlementaire. Un mari estimera s0n injure tout juste autant qu’il supposera que peut valoir un siège dans le parlement; voilà ce qui arrivera. (Réclamations.)
Ce sera là le résultat le plus clair de l'amendement qu'on vous propose ; et au lieu d’avoir introduit dans vos lois une disposition favorable à la morale, vous aurez introduit dans nos mœurs, sans le vouloir, un véritable
chantage parlementaire.
En ceci, nous sommes à peu près du même avis que M. Baze ; toutes les mesures morales ou prétendues telles, comme l'amendement de M. Leroux, allant contre la nature des choses, présentent encore plus d'inconvénients
que d'avantages, et compliquent encore plus les mouvements, déjà si embarrassés dans ce milieu faux et compressif, des passions humaines. Mais arrivons à l’opinion de M. Billault.
Après avoir considéré la proposition de M. Pierre Leroux comme une simple malice, il ajoute :
L'honorable M. Pierre Leroux a raison, l’adultère est un fait aussi condamnable que le vol. Et si, dans la mollesse de nos mœurs, l'opinion publique n’assimile pas et ne flétrit pas au même degré ces deux faits, cela est regrettable.
Mais quand le Code pénal a voulu réprimer cette sorte d'attentat aux mœurs, il a senti avec quelle circonspection il fallait en ces matières faire agir la main de la justice.
Le respect de la famille commande, non-seulement que les lois en protègent les mœurs, mais qu’elles n’en violent pas volontiers et sans précautions sérieuses les secrets intimes. La société ne refuse pas au mari outragé le droit, s’il le désire, de réclamer au grand jour de la justice une punition exemplaire, mais elle a compris que ce qu’il y a presque toujours de plus sage et de plus prudent dans les choses tristes de la famille, c’est le secret et le mystère. (Très-bien ! très-bien !) Elle a senti qu’il n’était bon ni pour la morale publique, ni pour la paix et l'honneur du foyer domestique, de livrer trop facilement à la grande lumière de la justice les égarements de la vie intime. Elle a donc formé autour de ces délits spéciaux une sorte d’enceinte de pudeur publique, elle a défendu mème au procureur de la République d'y pénétrer. C’est le chef de la famille qui, seul, peut agir; elle a réservé la disposition de ce secret pour lui seul. (Très-bien ! très-bien !)
Vous voulez, à cette prudente circonspection, substituer les indiscré-"
. tions des passions politiques. Nous aussi, je dois le dire, dans la commission, au premier abord , nous avions voulu ranger ce délit au nombre de ceux qui ne permettent pas à un homme de siéger dans cette enceinte. Mais, à la réflexion, les difficultès de la pratique nous ont arrêtés: il y a un article du Code pénal qui punit l’homme libre commettant l’adultère avec une femme mariée, et un autre article qui punit, mais faiblement et seulement dans certaines circonstances, l'homme marié coupable d’un adultère avec une femme libre.
Mais ce même code, justement respectueux du secret de la vie privée, n'a pas osé punir l’homme qui, marié, et devant sa fortune, son temps, son affection à sa femme, à ses enfants légitimes, passe ses jours, passe ses nuits dans des lieux infâmes , dans des liaisons honteuses, et y perd trop souvent Son temps, sa fortune, et jusqu’à toute affection pour sa famille ; celui là aussi est coupable et mérite d’être flétri, et cependant la loi n’a pas osé l’atteindre ; elle a craint tous les périls du scandale de la poursuite et du scandale du jugement ; elle a vu un mal, mais elle a craint, dans la répression , un mal plus considérable encore. Serez-vous plus hardis dans un intérêt électoral? Nous avons reculé devant un remède qui pouvait être pire que le
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mal, et, par respect pour la morale publique, nous repoussons l’amendement qu’on vous propose. |
Comme on le voit, ce qui est toujours en cause, c’est la morale publique. Il ne faut pas attaquer, il ne faut pas offenser la morale publique ; or, tous les éclats l’offensent, et, d’après les paroles de l’orateur, on serait tenté de dire : Les éclats seuls l’offensent. Aussi désire-t-il qu'il y ait le moins d’éclats possibles; il faut enfermer dans le secret et le mystère les infractions à la morale publique. Voilà où en est arrivé le législateur. Pourquoi ? Parce que réellement il n’a pas une foi sincère dans ses principes de morale.]