TROISIÈME PHASE. — PRÉPARATIFS ULTÉRIEURS DE LA TRIBU
Déjà la Tribu a franchi les sentiers de ronces. Elle a pendant les mois d'avril et mai formé les liens les plus difficiles, ceux d'initiative. Parvenue en juin , elle est, quant aux accords sociaux, dans un chemin de fleurs; ses cultures sont faciles et séduisantes, ses groupes exercés par deux et trois mois de travail le sont bien plus encore par les habitudes amicales et par l’assortiment de caractères auquel ils sont parvenus ; ses travaux , même dans la saison des chaleurs, sont des récréations, parce qu’on ne cultive que sous des tentes mobiles que le groupe soulève et transporte en un instant à mesure qu'il parcourt un carreau de terre.
Dès le mois de juin, la Tribu commence à jouir d’une hante considération. Divers curieux admis par faveur spéciale ont pu admirer ses concerts sociaux, ses méthodes parfaites dans l’assemblage , la variété, le contraste et la gradation des groupes. De nombreux aspirants sollicitent l'honneur d'y être admis , offrent déjà de payer double et triple valeur des actions. C’est le moment que choisira la Tribu pour introduire un renfort que je n’estime qu’à 75 personnes qui, jointes à 405, donneront un total de 480. C’est le tiers maximé d’une Phalange qui peut à la rigueur être portée à 4,440.
Ce renfort de 75 ne sera pas admis en proportion des âges. Il n'a pas pour but d'augmenter la Tribu en nombre, mais de renforcer seulement certaines fonctions sur lesquelles on va opérer en juillet pour procéder aux opérations d'unité. |
Répartition de 15 entrants, puis.de 29 auéres. Anciens... 405 = 36 — 18.21.24.27.50.83.96— 30.27.2E.21 .48.45.12—9.
Nouveaux. 75 = — — 8. &. 5. 6. 1. 8. 9— 6. 5. 6. 3. 3. 3. B—
Derniers. 20 = —— 14. 4. 4. 4. 4, 4. 4— 4.4. 4. 2. 2. 2. 2—
Totaux. 500 — 36 — 22.26.30.34.38.42.46— 37.33.29.96.93.0047—9.
Pendant le courant de rai on se sers appliqué à observer quels titres de caractère manquent à la Tribu et y causent des lacunes capables d’entraver le mécanisme ; on aura en même temps éprouvé parmi les aspirants quels sont ceux qui semblent pourvus des titres de caractère dont on ressent le besoin.
On admettra à peu près 39 personnes choisies parmi ces titres et à répartir, savoir, comme À suit :
Dans les chœurs & 3. &8. 5 6. — 12 Dans les chœurs L 8. 9. 19. — 10 Dass les chœurs 44. 42. 48. 44. 45. — 8
On :admettra en outre 45 personnes #n 3 divisions affectées aux fonctions sur lesquelles va reposer l'opération d'avèuement à l'unité, le choix dewra comperter environ
48 ‘enfants aptes eux Fonctions des petttes herdes, 15 pubères aptes aux fonctions du faquirisme, 42 villards de a classe riche.
Ces 45, joints aux 30 précédents, complètent le nombre de 75, qui portera fa ‘tribu mixte de #05 à 580. | 4 Avant d'expliquer l'emploi de tes 75 aspirants, je réponds à une éhjection sar te retard de teur entrée. Pourquoi, dira-t-on, n'avoir pas porté d'emblée la Tribu à 488 , qui seraient ben plus exercés et avræent par leur nombre favorisé les pénibles essais d’équilibres #ciaux ? — Ce serait mal spéculer : comme ñ est impossible d'atteindre d'emblée à une assortiment régulier des caractères, et comme il est certain qu'on trouvera avec le temps beaucoup de lacunes très-préjudiciables, il vaut bien mieux se ménager des moyens de complément, que de se porter d’abord au nombre plein et se voir dans le cas de con-
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gédier quelques sectaires superflus qui entraveraient le mécanisme par affluence de caractères en titre identique et lacune en d’antres titres. D'ailleurs, en juin, les travaux du jardin exécutés sous tente mobile sont si variés et si intéressants, que les sectaires nouveaux seront bien vite formés. Ajoutons qu’on n’admettra que ceux qui, dans les épreuves subies en mai, auront dénoté une aptitude particulière, et ils réussiront d'autant mieux qu'ils n’entreront qu'aux emplois que l’expé rience aura démontrés vacants et indispensables.
Au moyen de ces tardives recrues la Tribu aura fait un bénéfice réel à retarder son complément ; le cadre général sera d'autant plus parfait et pourra approcher à peu près d’un demi-clavier des 810 caractères , car la recrue de 75 personnes n'admettant rien ni en patriarches ni en bambins, limités à 36 et 9 — 45, il restera en titres actifs une masse de 435 touches de caractère sur lesquels on pourra à peu près discerner le demi-clavier général de 405 ; au moins arrivera-t-on à une bonne approximation.
Le mois de juin tout entier sera employé à façonner ces nouveaux sectaires , à l'appui desquels la tribu va définitivement entrer en modulations unitaires. C’est ici le coup de partie qui doit terrasser l'hydre.
En vain prétendrais-je que la Tribu intimidera les philosophes , si d'avance je.divulgue la manœuvre. Une ruse de guerre n'est plus une ruse quand elle est connue ; elle devient une niaiserie à laquelle personne ne se laisse prendre. Si vous construisez une batterie masquée et que les espions en instruisent l'ennemi, il saura bien la tourner sans en essuyer le feu , et votre batterie sera inutile.
Comment donc espérer quelques succès de la manœuvre que je vais divulguer ? Füt-elle excellente, elle sera nulle par la publicité. Ainsi raisonneront les critiques. Il est deux réponses à leur faire.
40 Si j'indique une opération, j'en puis mettre en jeu d'autres. Dèslers jene dévoile qu'un de mes secrets et je me réserve la faculté d'opérer mystérieusement sur les autres. |
æ Si la manœuvre que j'indique est régulière, méthodique et assortie aux convenances, elle pourra être mise en jeu malgré que je l'aie dévoilée. Elle pourra lutter contre la philosophie comme une armée qui, sûre de sa manœuvre et de ses moyens, n’en cache rien et joue à jeu découvert, comme celui qui ayant les belles cartes dédaigne toute ruse et déclara qu'il gagne forcément, que san adversaire ne peut pas résister.
Tel sera le résultat de la manœuvre passionuelle que je vais décrire;
je puis en termes de l’art mettre cartes à bas et gagner forcément en montrant mon jeu.
Cependant j'ai commencé une opération capable de terrifier les phi- Josophes et leur faire lâcher pied sans combat. Pour juger de cette assertion., il faut supposer qu’un prince ou une compagnie fondant la Tribu me donnent carte blanche pour l’organiser à ma volonté et que le secret des opérations ne soit connu que de moi, pas même des chefs; car on “dit qu'un secret n’en est plus un quand il est su de 3 personnes. Je crois qu’il est bien aventuré, même quand il est su d'un second. Pour plus de süreté je ne le confierais à personne, mais je peux sans inconvénient divulguer le trébuchet que je tendrais à la philosophie : ce n’est qu’un des 20 pièges que je veux lui tendre, et je ne risque rien à en divulguer un; il en reste assez d'autres en réserve.
Le moyen dont il s’agit et que j’emploierais contre les philosophes, même après l'avoir divulgué , c’est le christianisme adapté aux 5 branches de charité, qui n’est autre chose que l’amitié inverse en amour, ambition, amour, famillisme et unitéisme.
C'est une vraie mine de miracles en fait de charité que la religion chrétienne , rién ne lui est impossible. Rome s’enorgueillit d'avoir produit des Curtius et des Décius. On en trouve par milliers quand on veut mettre en jeu les dogmes charitables du christianisme. Aucune religion n'a mieux réussi à exciter le dévouement aveugle et l'abnégation de soi-même. Témoin les trappistes, les missionnaires, les pères de la rédemption , et tant de corporations qui ont brillé et brillent encore dans la charité et dans les autres branches du dévouement. La religion chrétienne a souvent abusé de ses moyens, elle a produit les Ravaillac et les Clément et tant d’autres scélérats, mais ceci est un abus de la chose et n'en infirme pas le mérite réel: ainsi, quoique le fusil puisse être employé à tuer un honnête homme , il n’est pas moins vrai que l'arme à feu est un des plus beaux trophées de l’industrie.
La philosophie ne redoute rien tant que la religion chrétienne , et si dans la Tribu elle voyait à la levée de la toile la religion chrétienne employée à propos et mise en jeu pour obtenir des hommes un léger effort de charité, les philosophes s’écrieraient : Nous sommes perdus! la Tribu opèrera tous les prodiges de charité si elle emploie le christianisme.
Mais à quoi se borneront ces efforts ? À bien peu de chose, à des travaux beaucoup moindres que ceux qu’on voit exercer journellement par les femmes vraiment pieuses qui servent les hôpitaux et qui sont si mal payées de tant de fatigues. Lorsqu'on les voit prodiguer si généreusement de pénibles soins, ne pourra-t-on pas obtenir de la Tribu le
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quart seulement en ajoutant au levier de la religion celui de l’amourpropre et de la gloire.
Nous allons extraire de la Tribu un corps d'élite ou croisade, composé du tiers des sectaires actifs, soit 444. On va voir que leur tâche, d'où dépend la conquête sociale du monde, n’exigera pas le quart des fatigues endurées chaque jour par les pieuses [ ]; et quand on voit cette religion suffire à électriser et soutenir pendant tout le cours d'une longue carrière les [ ], peut-on douter du succès d’une ligue religieuse qui , pour le quart de ces fatigues, aura la perspective d'opérer en trois mois la délivrance du monde et s'élever à l’immensité de fortune et de gloire ?