‹ Manuscrits de FourierChapitre 89 sur 134 · TOME X · texte numérisé non relu

TOME X

ques et attrayantes selon les poètes, qui n’ant jamais osé vanter beaucoup la charrue ; mais #3 ont vanté avec raison k soir des jardins, vergers et troupeaux, lorsque ces fonctions sont présentées avec luxe d’édifices et collection de belles races. Elles sont même, en Civilisation, le plus noble délassement des grands, quoique la Civilisation, meublée de fourbes, de fripons et de grossiers, ne puisse attacher à ces fonctions aucun des ehermes. qu'y réumira la Tribu exerçant par séries passionnelles.

En resserrant ses travaux sur un espace très-circonscrit, elle donnera aux rassemblements beaucoup activité. Elle doit tendre à un seul but : réduire les séances à 2 heures au plus, le feu de la Composite ne pouvant pas se prolonger plus longtemps. Cest dene une règle à suivre invariablement ; car, si on manque la Composite, on manque les 2 autres distributives ; et, en règle générale, on ne peut pas assurer l'essor de l’une des 3 sans celui des 2 autres.

Voilà notre houssole, et, pour ne pas nous en écarter, excluons de la Tribu mixte tous les grands travaux, comme labourage et manufacture compliquée.

En même temps il faut donner le plus grand essor aux branches auxquelles on se sera fixé. Ce serait une spéculation des plus absurdes que d'adopter tous les travaux de la Phalange, en les réduisant au tiers; il faut, au contraire, n’en adopter, s'il se peut, que Îe tiers, et s'élever approximativement à la variété, à la division et aux rivalités dont 1l serait susceptible dans la Phalange. En suivant cette méthode, on aura peu de séries, mais on les aura bonnes, bien graduées, bien contrastées et aptes à produire de vastes accords, qu'on n’obtiendrait pas d’une foule de menues séries.

Le charme industriel n’est que du côté des jardins, vergers, serres et troupeaux. Point d'attraction du côté des manufactures. C'aurait donc été une absurdité que de les infroduire d'emblée dans la Fribu, trop faible en ressorts d'harmonie pour s'atonner aux travaux peu suscepiibles de charme.

Cependant, aux approches de l'hiver, il faudra bien songer à occrper la Tribu, que les frimais vont bannir des jardins. Il ne restera, pour intriguer ses graupes, ses séries, que le travail des étables et bassescours, des cuisines et de l'immense fruiterie qu’on aura prodigieusement remplie par les achats d'été et d'automne. Elle sera pour la Tobu une forte branche d'occupation et de bénéfice. jusqu'au retour de la belle saison. La Tribu se muaira d'un bateau à vapeux ou d'autre pour la conduite de ses provisions de fruits, tant à l'achat qu'au retour.

Dès le mois de septembre on admettra une centaine de manufacturiers très-experts ; ce sera le complément numérique des 600 sectaires..

DE LA SÉRISOPHIF. : 163

Li-dessus s'élève la question de savoir pourquoi on ne les ferait pas entrer dès le début pour les exercer, dans tout ke cours de la belle saïson, aux intrigues industrielles et les initier aux cabales de série, dans lesquelles ils seront très-novices à leur entrée en automne. Ce seront des sectaires de peu de valeur, sans émulation, neufs et inactifs, maladroits, comme on l’est toujours dans an début. Il n'eût pas plus coûté, dira-t-on, d'en former, en mars, 400 que 300 ; n'est-ce pas se donner double tâche pour obtenir moins de bénéfice, moins de liens sociaux ?

C’est raisonner comme s’il s'agissait de renforts matériels, comme de recrues pour un régiment. Sans doute il vaudrait beaucoup mieux les lever et exercer tous à la fois, mais mous avons ici des considérations fort différentes. Le vice de notre petit établissement est. de ne pouvoir pas spéculer sur le plus puissant des leviers d'harmonie, sur le clavier général des 810 caractères. À défaut de cette boussole, il faut marcher en tätonnant. On ne forme pas an demi-clavier n1 un quart de clavier; on peut tâcher d’en approcher ; mais on coarra le risque de s’encombrer de certains carartères et manquer de quelques autres. Cela n'arriverait guère sur une masse de 1,306 personnes rassemblées selon la loi des inégalités graduées ; on en extrairait assez facilement, sauf les moyens convenables, un clavier de 816 touches de titre.

Ici au contraire nous ne pouvons pas-dass le rassemblement graduer les inégalités. J'ai sappesé qu'on travaille pour une société qui n’a que des capitaux limités ct qui comptera même sur un surcrott d’actionnaires que Hai obtiendront ses premiers succès. Jusques-là je suppose qu’eHle est haroelée par la détraction ct ne veut rien hasarder ; nous ne pouvons donc pas adopter un système d'opérations pleines et régulières , comme si la fondation était faite par un puissant monarque, dont la protection entraînerait les courtisans , ferait affluer les actionnaires et imposerait aux détracteurs. |

Dans da comoncture pénible sur laquelle nous spéculons, le ‘parti le plus sûr est la marche progressive. En admettant 3 renforts successifs en avril, juillet, septembre, nous n’aurons que des sectaires de choix et:qu'on aura pu éprouver en divers sens avant l'admission. Les 8 renforts donneront 300 touches de titre à peu près garanti, et il n'y'aura de défectuosité que dans l'assortiment des 300 touches de première ongine, dent plusieurs se trouveront impropres, mais on aura obvié à ce | ] dans les admissions successives, etla Tribu sera beaucoup plus forte en gammes matériclles que si elle eût admis d’abord tout son nombre sans connaitre individuellement et par épreuve les titres de chacun.

À la vérité les 100 seraie admis seront assez novices en n cabale

nn Pan: PRES SAS An An-- se SAnANe An ‘nc sé ir. LU Te LENS . ?

puisque notre but est d'arriver aux accords passionnels, attachons-nous strictement aux moyens d'atteindre au demi-clavier. La cabale agricole, surtout pour les jardins et vergers somptueusement gérés, est si agréable, que les derniers admis se façonneront bien vite au printemps suivant, pour peu qu'ils aient eu trois mois d'exercice la première année, etils auront cet exercice, car avant de les admettre en septembre on les aura éprouvés en juillet et août.

Si l’on ne peut pas au début exécuter en plein l'opération du débrouillement des caractères sur une masse de 4,300, capable de fournir les 810, on serait fort embarrassé d'une moindre masse de peuple, et dans ce cas le petit nombre serait plus onéreux que le grand. En voici la raison : Il faut pour cette opération donner une absolue liberté d’essor passionnel , il n’y a pas de danger à la donner à 1,300 personnes bien graduées en tout sens et dont on tirera à coup sür de quoi remplir à peu prés les 810 touches, et il y a beaucoup de danger à la donner à 600 personnes dont on ne serait pas sûr, quant à la gradation générale, si comme je le suppose la société fondatrice de la tribu est limitée en moyens pécuniaires et hors d’etat de donner à son entreprise le lustre nécessaire pour attirer des sujets de choix et pouvoir avant l'inauguration réunir une masse de candidats dont on puisse admettre 600 élus en parfaite gradation.

C’est lourdement s’abuser que de croire que les demi-opérations soient aussi faciles que les opérations complètes. Si au sortir du port un vaisseau perd dans une tempête moitié de ses voiles et de sa mà4ture, si une sécheresse enlève à telle usine moitié de sa prise d'eau, croyez-vous qu ensuite 11 sera facile au pilote de réduire sa marche à moitié par heure, au meunier de réduire sa mouture à moitié par heure ? Non: il faudra que tous deux aient recours aux expédients. Le meunier vous dira : mes rouages perdant moitié de leur activité , ont perdu en outre moitié de leur efficacité; la mouture, depuis ce rallentissement, est imparfaite, inégale, il v a déperdition de telle et telle espèce. Le pilote vous dira : depuis que j'ai perdu la moitié de mes agrès, ma manœuvre est incertaine , mal assurée , et tout en diminuant ma marche de moitié, elle diminue en même rapport la sûreté de mes manœuvres; je n'oserais pas, sans risque de naufrage, me hasarder sur tels parages dangereux, où je passais à pleines voiles quand ma manœuvre était assurée par l'intégralité de mâture et d’agrès.

Quel parti prendront les deux individus s'ils sont judicieux? Le pilote opinera qu'il vaut mieux rentrer un mois dans le port, s’y radouber et réagréer en plein que d'entreprendre un voyage qui à l'inconvénient des lenteurs joindrait celui des fausses manœuvres, impuissantes contre l'orage ct les écusils. Le meunier opinera qu'il vaut

DE LA SERISOPHIE. 4168

mieux s'arrêter un jour et amasser dans le bief une masse d'eau snffsante pour fournir de deux jours l’un une mouture active et parfaite.

Ainsi , les opérations à demi-moyens ne sont admises par aucun homme sensé, et la hardiesse avec des demi moyens n’est plus qu’une témérité folle. Quand on est limité en manœuvre, il faut louvover et ne rien hasarder. Je suis plus que tout autre ennemi des demi-mesures et peu enclin à hésiter en opérations, mais il est des circonstances qui l'exigent et il faut savoir y céder. A toute règle il y a exception, et quoique le mouvement en système général exige de la hardiesse, il faut admettre les cas d'exception , le 418, où il est prudent de déroger aux règles et louvoyer.

Qu'on me donne une masse de 4,300 personnes, j'en saurais extraire en un mois une foule de séries adaptées au clavier des 810 caractères. Ces séries ébaucheraient les grands accords d’extrèmes entre riches et pauvres, entre jeunes et vieux. Je ne peux pas obtenir pareilles séries d’une petite masse de 600 titres inconnus. J'ai suffisamment pesé toutes les doses d'attraction que cette petite masse peut fournir; j'ai essayé toutes les modifications, entre autres l’exclusion de Ja grande culture et des fabriques, et définitivement je me suis vu entravé, hors d'état de déployer sur toutes passions avec si peu de monde ; il faut donc dans cette perplexité user de stratagème et marcher la sonde à la main, c'est-à-dire faire une fondation progressive où rien ne sera donné au hasard. Sur des épreuves aussi critiques il est prudent de s’en rapporter au maitre et dire en pleine confiance comme les disciples de Pythagore et d’Aristote : Zpse diæit.

Venons au choix des manufactures qui composeront le renfort postérieur ; les plus faciles seront les plus convenables. Ce genre de travail est très-répugnant par lui-même dans l’état actuel , où l’on pousse les séances à une furnée de 45 heures au lieu de 4 412 ou 2 heures au plus. On saura dans l'harmonie élever l'attraction manufacturière presque au même degré que l'attraction agricole, mais il faudra pour y parvenir observer la règle générale prescrite selon les 3 distributives, la réduction désignée à 4 ou 2 heures ; il faudra en outre organiser les rivalités extérieures entre phalanges, les intrigues et habitudes contractées dès l'enfance, le plein établissement du négoce véridique, l’entier développement du mécanisme passionnel. Comment la Tribu mixte, frèle embryon qui n'aura rien de tous ces moyens, pourraitelle prétendre à créer l'attraction manufacturière, même en faible degré ?

Cependant elle a sur ce sujet un très-beau problème à résoudre , c'est celui des effets proportionnels aux moyens, l'art de créer une

attraction manufacturière en dose égale aux faibles ressorts d'harmo nie que possède la Tribu. Il faudra faire choix de À fabriques extrémement faciles , comme de simples tissus en fil ou coton, des broderies ordinaires , ‘enfin des occupations qui n ‘exigent pas plus d'un mois d'étude, à peine six semaines.

Si on commettait l'imprudence d'introduire dans la Tribu des manufactures difficiles , il faudrait donc qu'elle v passât son hiver en vaines tentatives avant d'arriver au degré d'habileté où commence à s'établir l'attraction. Telle fabrication, comme les brocards de Lvon ou les tapis des Gobelins, exige au moins dix ans d'étude chez l'ouvrier , surtout dans'lc cas où if travaillerait à peine 2 heures par jour. Ces fabriques seront bonnes pour les phalanges bien équilibrées, bien enracinées, qui ayant déjà 400 séries de pleine harmonie , pourront sans péril y adjoindre une série manufacturière de 10 ans d'études prépa— ratoires. Qu'importera qu'elle échoue, qu'elle manque d'équilibre pendant ces 10 ans , puisque l'harmonie sera consolidée par 400 strigs de plein concert ? En pareil cas un échec sera un sujet de facétie comme celui d'un [ 1, qui ayant réussi vers 40 femmes, est refusé par Ja 14°. Il en badine lui-même et considère ce petit revers comme une diversion amusante à ses nombreux triomhes.

La Tribu naissante ne pourra pas envisager sous ce rapport un insuccès en manufacture ; elle devra se ménager les moyens de réussite, d'autant mieux qu'elle a besoin d'aliment industriel et cabalistique pour l'hiver. Il faudra donc le créer promptement par des manufactures faciles, ct si la Tribu réussit dans le cœur de hiver à bien organiser l'esprit cabalistique , les rivalités de partis sur des fabrications aisées, on en conclura qu’un corps dix fois ct vingt fois plus intrigué, comme Île seront les phalanges, pourra de même appliquer la cabale émulative à des fabrications vingt fois plus difficiles. Ainsi sera résota le problème de l'attraction manufacturière, proportionnelle aux moyens d'intrigue. On y échouerait si, dans le début, en avril et mai, où les ens seront à peine ébauchés, où les séries mal intriguées auront assez de peine à régulariser les cabales agricoles, on allait compliquer le mécanisme par des tentatives de cabale manufacturière, très-inutile,. à cette époque, où l’on est suffisamment occupé aux cultures. C’est une des nombreuses raisons qui militent pour renvoyer à l’arrière-saison l'in troduction des fabriques de pure cabale et n'admetire dans le principe que celles d’absolue nécessité, comme sellerie, carosserie, charonpage, dont la Tribu aura un besoin journalier. Supposons donc 3 maaufactures dont on entreprenne peu à peu l'introduction en octobre ; l'apprentissage, estimé à six semaines , conduira ] jusqu a la mi-novem-

Lun mm +. = . 4 s1-

DE LA SÉRISOPHIE. az

moment la tribu trouvera dans ses fabriques un supplément efficace aux lacunes d'agriculture; elle pourra dès la fin de novembre avoir des cabales nombreuses et actives sur ses 3 manufactures, qu'il faut, je le répète, choisir dans la catégorie la plus facile, afin que l'apprentissage soit assez court pour que l'intrigue et l'émulation naissent avant le gros de l'hiver et forment supplément aux lacunes de cabale agricole, et remède aux calmes passionnels dont on sera menacé pour l'hiver.

Le système de cabale manufacturière et d'équilibre passionnel en ce genre serait bien incomplet, s’il ne roulait pas au moins sur 7 ou 9 divisions principales. Je viens d’en indiquer 3 en tissus, introduites fort tard et seulement en octobre, puisque les manufacturiers auront employé tout septembre à s'initier aux cabales agricoles. Examinons d’où proviendront les 6 autres et comment je surmonterai la difficulté d’en établir neuf, quand j'avoue moi-même qu’il sera difficile d’en établir 3 à l'entrée de l'hiver.

C’est supposer qu'on aura déjà jeté les fondements des 6 autres et qu'elles se trouveront combinées avec les travaux d'été de la tribu, qui n’aura pas toujours un temps serein et sera quelquefois emprisonnée par les pluies. Il faudra donc dès l'été qu'elle se ménage des moyens de relais:aux fonctions agricoles, souvent paralysées. J'établis ces relais sur 6 branches, dont 3 permanentes et 3 accidentelles.

Les 3 accidentelles rouleront sur un atelier indispensable à la Tribu, celui de sellerie, carosserie et charonnage ; elle perdrait la majeure partie de ses profits si elle était obligée de passer par les mains des loueurs de chevaux et de voitures pour transporter les milliers de curieux qu'elle recevra et hébergera. Il faudra pour suhvenir à ce service qu’elle ait un fort atelier des 3 genres que je viens de citer. Elle aura d’ailleurs une masse énorme de chars et harnais à soigner, et l'atelier du train sera pour elle d’urgente nécessité. Elle devra donc en faire une de ses manufactures fondamentales ; elle sera sûre d’en tirer grand bénéfice , car clle pourra se réserver le fret des curieux, à qui elle fournira des voitures aussi bonnes qu’ils en puissent avoir, et de plus économiques. Nul curieux ne se soucierait de conduire à trois lieues de Paris ou de Londres deux chevaux et deux domestiques pour les y nourrir à frais de gîte pendant deux ou trois jours qu’il passera dans la Tribu. Chacun aimera mieux user, moyennant un prix raisonnable, d'une belle voiture qu'eile fournira et qu'elle fera [ ] par une compagnie de cochers enrégimentés, afin de ne pas distraire du travail et des intrigues journalières ses sectaires qu'elle est obligée d’exercer au mécanisme cabalistique.

Aux 3 manufactures, { de raffinement, 1 de comestibles liquides et 4 de broderie,

Aux 3 manufactures de sellerie, carosserie et charonnage ,

Il en reste 3 à ajouter pour compléter le nombre 9, récessaire à l'équilibre. 11 pourrait bien exister à 7, mais ne craignons pas de forcer la dose, puisque les 9 fabriques envisagées comme séries de genre n'auront pas de concurrence établie avec des rivaux de même espèce et formés en tribu.

Il nous reste donc à ajouter 3 fabriques dont l’amalgame soit facile avec les cultures et les travaux habituels. Pour faire un choix judicieux et adapté aux convenances de la Tribu, il faut se fixer au genre le plus décrédité en civilisation par les fourberies. Je n’en connais pas de plus fallacieux que celui de la mixtion et fabrication des liquides , vins, eaux-de-vie et liqueurs. Ce genre d'industrie est le superlatif de la fausseté ; il n’est pas possible de pousser plus loin la fraude et l’effronterie. Déjà au temps de Regnard, le légataire disait du marchand de vin : C’est un fripon qu'il faut envoyer aux galères. À quoi Crispin répond : Quand ils y seraient tous, on ne les plaindrait guères.

Que dirait donc Regnard aujourd'hui où l’on ne peut pas, au poids de l'or, obtenir une goutte de vin naturel, ni de liqueur naturelle chez les marchands”? Ils en ont sans doute, mais ils ne livrent au commerce rien de naturel , rien qui n'ait passé à l’officine. Dans le traité de Civilisation je les [ ] sur ce sujet , et notamment sur leur insolente coutume d'injurier celui qui paraît douter de [ 1; la multitude imbécile se laisse prendre à ces [

Plus cette branche d'industrie est dévergondée , © plus il convient à la Tribu de s’en emparer et de profiter de la propriété des séries qui ne peuvent pas plus meatir à autrui qu’à elles-mêmes. En achetant d'une série passionnelle, bien contrastée, bien équilibrée, vous êtes assuré de savoir en compulsant les registres et résumés de gestion tout ce que fait, tout ce qu'a fait la série, tout ce qu’a pensé chacun de ses membres notables.

Par exemple, tel jour on a procédé en séance d'œnologie à délibérer sur des mélanges de tels vins en telle proportion ; les opinions ont été débattues, enregistrées, et on a arrèté de faire les mélanges en telle proportion, à la majorité de tels opinants et tels opposants, dont suivent les noms.

Le mélange ne peut s ‘exécuter qu'en présence des commissaires de la classe des opposants, qui ne jugent pas l'opération valable et ne prétendent pas que leur nom y soit attaché. Point d'harmonie sériaire sans opposition et mixte; les 2 partis, opposant et mixte, ont assisté par délégués à l'opération qu'exécutent les sectaires positifs, et l'on est assuré que ce mélange, s’il n’est pas consenti par la masse de lasérie , est au moins une mixtion savamment raisonnée par le parti qui ne

DE LA SÉRISOPHIE. 169

peut pas cacher une syllabe de ses procédés, puisque l’opposition le suit et le signale pas à pas. Dès lors les différences d'avis ne sont que des variétés de perfectionnement. Le mélänge qui est aujourd'hui la plus infâme branche de l’industrie, deviendra la plus noble. En effet :

La Tribu a acheté une masse de vendanges et de vins nouveaux des environs de Paris, vins des plus médiocres et dont l’empereur Sévère, s’il revivait, ne serait pas enthousiaste comme il le fut jadis.

La Tribu entreprend de perfectionner selon les procédés indiqués par tel traité, soit celui de Chaptal ou autres. Sur 9 groupes de ses œnologues, il en est 4 qui opinent pour tel mélange avec des vins du Midi ; 3 pour tcl mélange d'autres vins, 2 pour la correction avec le sucre ou autres denrées salubres pendant le travail de cuverie. Les vendanges et vins achetés seront livrés aux 9 groupes, selon la proportion des opinions ; savoir, 419 aux uns; — 319 aux autres ; — 2/9 aux autres.

Chacun opèrera selon ses procédés favoris, et il ne pourra pas y avoir de fraude puisque chacun des 3 partis opère devant les commissaires des 2 autres qui ont protesté et surveillent cabalistiquement l’opération qu'ils dénoncent et dont ils soignent l'exécution conformément aux procédés ballotés en concurrence. Il n’y a point là de séance perdue, car les surveillants mêmes travaillent pour leurs opposants à charge de réciprocité.

Chaque acheteur qui viendra déguster et acheter connaîtra pleinement la manutention mentionnée sur les registres, elle n'aura dans les mélanges et procédés rien dont on ait à [ ]. Celui qui proposerait en séance d'une série passionnelle de faire du vin de civilisé, du vin de marchand avec le bois d'Inde, la litharge, etc., serait accueilli par la série comme le serait un soldat qui proposerait au régiment assemblé de fuir devant l’ennemi : le colonel lui brülerait la cervelle, et de même la série chasserait ignominieusement celui qui oserait proposer quelque procédé dont la Tribu aurait à rougir et qui la ferait soupçonner de participer aux fourberies mercantiles, de vouloir s’assimiler à des marchands et des pendards.

Comme la Tribu ne fera aucune vente aux marchands, et que selon les lois d'harmonie elle ne traitera qu'avec les consommateurs et avec garantie de consommation directe, ses ateliers de manutention des liquides seront comme une sauvegarde anti-mercantile, et pour peu qu'elle gère avec intelligence, qu'elle s’adjoigne quelques œnologues expérimentés, elle sera assurée d’un débouché énorme et qui deviendra pour elle une fort belle branche d'industrie. C’est le 3° ordre de manufactures que j'opine à lui adapter.

Comme on aura déjà organisé dès le printemps les 3 manufactures

du 2° ordre, sellerie, carrosserie, charonnage, il n'y aura que 2 œéres à faire entrer en septembre, ceux des tissus et ceux des liqmdes. On aura dû préparer en conséquence les ateliers, et exécuter les achats préparateires, la régence y aura vaqué, en s'adjoignant quelque gens de l’art, et lorsque les 400 recraes du système manufacturier fe— ront leur entrée dans le courant d'août, il n’y aura pas d'autre procédé à suivre dans leur admission que ceux déjà suivis pour les renforts précédents. | |

Il est donc inutile d'entrer dans aucun détail sur l'introduction de ce renfort postérieur qui complétera le système industriel de la Tribu et fai fournira pour l'hiver une diversion aux calmes passionnels qui doivent naître de la stagnation des cultures et la réclusion des troupeaux. Là se borne l’exposé d'organisation de la 4° phase ; il ne nous reste qu'à récapituler sur la tactique passionnelle de la Tribu et insister par quelques chapitres sur la prédominance qu’elle doit donner dans sa

manœuvre, à l'ordre majeur, et aux cardinales d'amitié et d'ambitton,

les seules sur lesquelles elle puisse pivoter et moduler en plein déveioppement.

Page 1