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SYNTUËÈSE DE LA CIVILISATION

La carrière sociale du genre humain considéré dans son ensemble, se compose de périodes successives, comme les échelons déjà parcourus , 4. Éden, 2. Sauvagerie, 3. Patriarcat, 4. Barbarie, 5. Civilisation, et les échelons à parcourir, 6. Garanties solidaires, 7. Association simple, 8. Association composée, etc., etc.

Chacun de ces échelons se subdivise à son tour en phases d’accroissement et décroissement , analogues aux phases de la vie humaine, qui sont, l'enfance, l'adolescence, l'apogée, la virilité et la caducité. Dans les divers traités qui prétendent analyser la Civilisation, l'on n'a jamais songé à faire ce tableau des phases et de l'apogée, en indiquer les caractères distinctifs. 11 règne sur ce sujet une confusion extrême.

Je passe à l'examen spécial de quelques-uns des caractères de chaque phase de la Civilisation. Le plus digne d'attention est le pivot de la 4re phase.

Concession de droits civils à une épouse exclusive. C'est la porte d'entrée en Civilisation. L'on peut y parvenir par d’autres voies, mais celle-là est la plus directe et la plus efficace, et ce qui prouve que le mariage exclusif est voie d'entrée en Civilisation, c’est que si on rétablissait la réclusion et l'esclavage des femmes, on sortirait par le fait du mécanisme civilisé pour retomber à peu près dans celui des Chinois, peuple métis, qui n'est ni civilisé, ni barbare, mais mi-parti des caractères de Civilisation, Barbarie et Patriareat.

La 2° phase a la propriété de créer cette liberté du peuple dont les philosophes anciens ont tant raisonné sans savoir l’établir. La févdalité, l'enchatnement à la glèbe, objets de tant de diatribes, étaient le germe de liberté que la philosophie ancienne n’a pas su inventer, et que la philosophie moderne ravale fort mal à propos; car c’est la voie naturelle de l’affranchissement du bas-peuple, qui n’est guère moins malheureux après ce dégagement. La Civilisation a pour ton dominant les illusions chevaleresques en 1" phase ; on en a vu la preuve au Xe siècle, et les illusions de liberté en 29 phase; on en a vu la preuve à Rome, à Athènes ct à Sparte, où l’on a tant parlé de liberté, quoique le peuple fût dans le plus affreux esclavage.

L’apogée ou plein est une phase moyenne dont nos méthodes ne tiennent aucun compte, ni en mouvement social, ni en matériel. C'est pourtant la portion la plus remarquable de toute carrière : nos sciences ne veulent pas lui accorder un rang distinct, un espace mitoyen. On le considère comme un point, on ne lui donne qu’un instant de durée, sans lui assurer ni caractère ni fonctions. Cette erreur s'étend au matériel ; aussi, dans le calcul des phases de la lune, la physique omet-elle de distinguer un apogée ou plein. |

Si l’on est dans une période malheureuse comme la Civilisation , il faut, lorsqu'elle a acquis toute sa force, rassembler les moyens qu’elle fournit et tâcher d'atteindre l'échelon supérieur (voyez le tableau {des échelons sociaux), se faire jour à travers le chaos des misères sociales et recourir aux méthodes neuves, sortir de l’ornière. C’est un effort dont la philosophie n’a pas été capable; elle a suivi servilement l'impulsion des circonstances, elle s'est enchatné à l'esprit mercantile par le seul fait de l'enrichissement colossal du commerce et de l’agiotage, qui maintenant joue au dé la fortune des empires. Ainsi, la 3e’ phase de Civilisation s’est pleinement établie soit par les fortunes gigantesques de l'agiotage, soit par le monopole maritime qui l'a emporté après une lutte long-temps prolongée contre les forces de Europe. Nous avons pleinement parcouru cette 3° phase dont nous recueillons aujourd’hui les fruits, le monopole maritime et l'influence industrielle des compagnies actionnaires qui font aller les entrepre-

neurs en carosse et la multitude en sabots. Voilà tout le freit de nos modernes systèmes d'industrialisme.

Les illusions économiques, sont le ton dominant de La 3° phase, ton qui commence déjà à décliner, car l'illusion devient trop visikle, et les derniers évènements de Manchester, combinés avec le pregrès des dettes publiques, prouvent trop clairement que toutes les hilevesées d’économisme ne servent qu'à appauvrir collectivement et individuelle ment les masses : — collectivement par le progrès des dettes et des intérêts ; individuellement par la baisse du salaire et les E ]de travail.

Contre des preuves si évidentes, le bel esprit dede devient tout-à-fait impuissant, aussi le ton dominant de 3° phase, l'illusion em économie, est-il à peu près tombé, quoiqu'oa soit encore en 3° phase, et déjà l'opinion cherche des illusions nouvelles dans une chinsère toute récente, l'esprit d'association fausse et bornée aux compegnies d'actionnaires. Les publicistes ne. la tournent qu'au détriment de la classe populaire, en fournissant au fisc des moyens d'augmenter les impôts, dévorer l'avenir, et au commerce des moyens d'&croitre les fourberies, les rapines, altérer impunément toutes lesdensées sous le masque de la concurrence.

Le monopole maritime (caractère pivotal de la 3° phase civilisée} est aujourd'hui trop en force pour qu'on puisse s’abuser sur les bévues de l'esprit mercantile et sur ses tristes résultats; il est done naturel que l'opinion, rassasiée des illusions de 3° phase, s'accroche à celles de : £° phase, même avant d'être entré en 4° phase. Aussi danne-t-elle an— jourd’hui à corps perdu dans les [ ] d'association fausse om association de chefs actionnaires, qui, loin d'associer les nombreex subalternes au bénéfice d'une entreprise, ne leur garantissent pas même le travail ingrat dant ils subsistent.

Ces nouvelles chimères, décorées si mal à propos du nom d’assoeiation, sont une ruse des sophistes, qui, voyant leurs théories mercantilcs en discrédit, ont besoin de mettre en scène quelque illusion nou velle, créer de noutelles philosophies et remanier les vieux sophismes qui sont très | }, car le siècle est confus de ces duperies en industrie; on aperçcit une tendance à un nouvel osdre; on parle d'as-

socration saus oser aborder le problème : c'est dans l'agriculture que l'association pourrait [ 11e

Sur un sujet aussi neuf et aussi étrange que la théorie de l'association domestique agricole et de l’attractian passionnée, le lecteur est em droit d'exiger des preuves surabandantes. Je vais donc, suivant La méthode mathématique , ajouter aux démonstrations positives déjà

données un système de contre-preuves ou démonstrations négatives et indirectes. Elles seront tirées de l'ignorance où sont les modernes sur les caractères et les propriétés, sur la marche et la fin de la Civilisation, dont ils ont la bonhommie d'espérer quelque perfectionnement, et sur les voies qu’aurait pu suivre leur génie tâtonneur et limité, pour arriver par degrés à des progrès réels dans l'échelle sociale.

C'est ici qu'on va désabuser ceux qui se bercent d'illusions sur le progrès de la Civilisation, démontrer qu'elle n'est dans ses # phases qu'un cercle vicieux reproduisant à peu près les mêmes fléaux sous diverses formes et donnant aux perfidies sociales des couleurs variées qui fardent les plaies sans cn fermer aucune, et en forment de nouvelles.

On va se convaincre, d’une part, que les prétentions des modernes au perfectionnement, aux garanties sociales, sont une tendance à sortir de la Civilisation, à s'élever à un échelon supérieur (6° période) ; — d'autre part, que les fausses mesures adoptées par natre siècle, notamment son système d'industrie anarchique et de concurrence individuelle, et surtout sa bévue de prendre la régie actionnaire pour l'association, nous précipiteraient bientôt en 4° phase de Civilisation , état diamétralement opposé aux garanties sociales.

Pour préluder à cette anglyse, posons d’abord contre l’état civilisé deux chefs d'accusation, que personne ne déclinera. Ce sont le régime des monnaies et celui des assurances. Tous deux sont des dispositions extra-civilisées, deux enjambements ou cngrenages dans la période 6°, dite Garanties sociales. On ne trouve la garantie de vérité que dans le régime des monnaies ; — on ne trouve Ja garantie de secours social que dans le régime des assurances. Mais sur quoi sont fondées ces deux garanties collectives, à peu près les seules qu'on trouve en Civilisation ? Elles reposent sur des principes essentiellement contradictoires avec les principes de l'Economie politique.

En effet, la monnaie est une régie exclusive fcontre-balancée. Ce n'est point un monopole, car le monopole n’est pas contre-balancé comme la monnaie qui a double contre-poids dans le change et l’orfevrerie, et ces deux rivaux jouissent du libre exercice : tandis que le monopole n’a qu’un seul contre-poids non libre qui est la contrebande, ét n'est pas contre-balancé régulièrement par double concurrence. Aussi est-il vexatoire autant que le régime des monnaies est tutélaire. Ce dernier est la plus belle disposition du mécanisme civilisé, et pourtant c'est une régie exclusive, le contraire de la libre concurrence prônée par les économistes.

Autre démenti pour Rs science. La seconde garantie qui se trouve en

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188 LA PHALANGE. à

de concurrence individuelle et non solidaire sur laquelle repose tout le mécanisme civilisé. Il repose sur l’industrie conjugale ou subdivision morcelée en petits ménages d’un seul couple, cultivant sans asso ciation solidaire avec les couples voisins. Si on changeait cet ordre, on sortirait de la Civilisation qui a pour base le plus grand morcellement possible et la plus petite combinaison possible. 11 existe moins de mor— cellement dans les phases où règne l'esclavage ; mais cet état de choses est considéré comme ‘civilisation imparfaite et non comme civilisation perfectionnée. D'où il est évident que le sceau d’une parfaite Civilisation est le plus grand morcellement possible, et quand nos économistes votent pour l’association dont ils raisonnent sans cesse, ils votent pour la chüte de la Civilisation, qui est fondée sur le morcellement et la con- ‘ currence individuelle ou anarchique.

Le régime des assurances est un mécanisme tout opposé et tout-à-

fait anti-civilisé ; car il oblige solidairement une très-nombreuse masse pour le soutien d'un individu. Mille maisons sont assurées à une compagnie ; chacune des mille a pour garante les 999 autres dont les propriétaires ont payé d'avance le remboursement de celle qui brülera. Les mille propriétaires sont donc solidaires les uns des autres. Mais si un villageois a sa récolte gelée ou brûlée, personne n'est solidaire pour l'indemniser.

L'assurance est donc le régime de sagesse, l'esprit de Dieu. Toute société fondée sur d’autres hases que l'obligation solidaire de la masse pour les biens de l'individu n’est qu’un chaos d'injustice et d’égoïsme. C'est ce qu'on nomme civilisation perfectible qui, tout en prônant ses progrès, n'avance vers le but qu’autant qu'elle se greffe sur la 6° période et qu’elle en emprunte pièce à pièce quelques caractères.

Observons qu’en accusant cette perfide société, je ne lui oppose pas des systèmes de mon crû, des correctifs arbitrairement imaginés. Je ne la condamne que sur des faits notoires, sur ce que possédant les 2 germes de garantie, le régime des monnaies et celui des assurances, elle n'en fait aucunc application aux autres branches du mécanisme social où il faudrait les introduire pour s'élever à la période des Garanties.

Ici la Civilisation est prise en flagrant délit, en charlatancrie évidente, car qu'avait-elle à faire pour échapper à elle-même et arriver aux Garanties? {1 fallait appliquer au commerce le régime des monnaies, la régie exclusive contre-balancée et appliquer à l'industrie productive, aux & facultés agricole, manufacturière, domestique et enseignante, le régime des assurances, ou obligation solidaire des masses pour les individus.

Remarquons aussi que ces deux fanaux de garantie, le régime des monnaies et celui des assurances n'ont pas été des fruits de la science

politique. Elle a pour caractère la stérilité en inventions et applications. C’est l'instinct des gouvernements qui a inventé le régime des monnaies; c'est l'instinct des commerçants qui a inventé le régime des assurances. La Politique vient après coup faire du bel esprit sur un germe de bien dont elle n'est point créatrice, maïs seulement profanatrice, car elle ne sait ni ne veut en faire application, en étendre l'usage. Elle ne propose même pas ces applications ; elle ne loue ces germes du bien que pour en paralyser la culture, en empècher l'extension, persuader que tout est fait quand tout reste à faire, et que l’état social est parfait quand il foule aux pieds les germes de perfectionnement réel que la nature à placés sous ses yeux.

Je signalerai plus loin d’autres menus germes disséminés en civilisation, sans qu'on songe à en déduire des principes et des méthodes de garantie : tels sont les hypothèques, les lettres de change, les réserves corporatives. les caisses d'épargne, les hôpitaux, etc.

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