‹ Manuscrits de l'ancienne abbaye de saint Julien, à BrioudeChapitre 2 sur 36 · LETTRE · texte numérisé non relu

LETTRE

et cette lettre n'a pour but que de vous en raconter l'histoire passée^ et de vous en expliquer la future destination.

Voilà vingt et un an. Monsieur^ que nous nous connaissons^ quoique^ à vrai dire ^ sans nous connaître : vous m'écrivez , je vous écris y et jamais nous ne nous sommes vus :

nous avons fait l'un avec Tautre un échange de sentiments et d'idées , tel qu'il est bien rare entre ceux mêmes qui s'appellent amis^ et pourtant nous risquerions de nous coudoyer vingt fois sur le même pavé sans nous saluer ou nous rien dire : nous sommes amis enfin ^ mais toujours à cent lieues l'un de l'autre ; nous sommes frères , mais en science , comme on l'était dans ce seizième siècle y si dédaigné maintenant y et qui fut le beau temps des lettres , le véritable âge

de l'érudition. Est-ce trop présumer, mon

cher Monsieur, de cette amitié scientifique, de cette fraternité littéraire qui nous unit , que de confier en ce moment à vos soins le plus cher de mes intérêts? Vous comprenez qu'il s'agit de mon manuscrit. Mais

DE M. F AS. f

j'oubUe qu'avant tout je vous en dois l'histoire.

Bien que je ne vous en aie rien dit encore^ vous soupçonnez sans doute quelle doit être tous les jours ma vie. Seul avec une tante ^ de quinze ans plus vieille que jnoi> j'habite dans la montagne une petite maison qui fait partie du yiUa^e de St. *****, mais en est de trois cents pas éloignée. L'âge et surtout une grande paresse de corps ^ m'ont fait perdre le goût des violents exercices, qui d'ordinaire chez les montagnards s'associent avec leur vie retirée. Je n'ai point touché un fusil depuis nombre d'années ; je hais la promenade , parce que je ne puis m'y accompagner de mes livres , presque tous d'une dimension peu portative. Aucune affaire d'intérêt ne m'appelle hors de chez moi; et je ne bouge en un mot de ma chaise, que pour me rendre à l'église le dimanche , et quand le temps est favorable , aller ensuite visiter quelques-unes des vieilles ruines qui nous environnent. Quand j'y suis (je puis m'en accuser en passant), on

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