L’AISANCE DE SON ÉTAT
Un grand moyen de bonheur, c'est l’aisance de son état; on éloigne ainsi de soi le sentiment habituel de ce qui nous manque. L’aisance de son état est une idée qui peut s’appliquer et à la fortune, et à l’ambition, et à la vanité. Vous connoissez l’étendue de vos propriétés et de vos
ressources ; tenez vos dépensés un peu au dessous , et réglez votre état de maison en proportion ; vous vous préserverez ainsi de la crainte sans cesse renaissante d’un dérangement dans vos affaires. Il y a, de même, en amour-propre une aisance de son état ; resserrez vos prétentions dans le cercle de vos moyens , vous n’essuyerez aucune défaite , et vous ne serez pas humiliés par des rivaux. On est bien, à l’aide de l’habitude, dans toutes les positions, pourvu que des comparaisons avec les autres ne viennent pas nous avertir, à tout moment, de ce qui nous manque.
Ce sont les femmes sur - tout , qui , dans l’âge de plaire, ont besoin d’imposer de sages limites à leur coquetterie ; elles seront continuellement en peine , si elles veulent toujours essayer leur puissance , et si elles s’exposent ainsi à recevoir de rudes leçons de l’àge , ou des nom-
breux hasards qui flétrissent la beauté avant le terme commun de son règne.
C’est donc pour les diverses situations de la vie, pour la fortune et les vanités de tout genre, que l’aisance de son état est un moyen de bonheur.