SECONDS MARIAGES
Les femmes ont tellement besoin de soutien , les hommes de confident, les uns et les autres d’une alliance, que non seulement un premier mariage, mais un second , un troisième, sont, tranquillement parlant, un engagement raisonnable. Les enfans remplissent votre vie, mais de l’amour que vous avez pour eux ; vous ne voudriez pas les occuper de vos peines secrettes , les ennuyer de vos angoisses morales et physiques. Ce n’est pas à eux de vous donner du courage, ce n’est pas à eux de vous avertir qu’il est tard déjà pour vous aimer encore j il y auroit un renver-
sement d’ordre , un manque de convenance , un defaut de goût , du moins, à en faire des compagnons de votre vieil âge , a les associer à Votre pauvre histoire. Iis vous honoreront sans doute , mais il faut d’autres relations, il faut un autre amour, pour trouver du charme dans la foiblesse de l’objet qu’on aime.
Si doue la mort d’une e'pouse ou d’un epoux vous isole , remariez-* vous, ne fût-ce que pour vous soustraire à la domination de vos domestiques ; car devenant vieux avec vous, ils s’abandonnent à l’humeur, et vous rendent victime de leur caractère.
» Je donne un conseil , et je sais qu’il ne s’applique ni à toutes les positions, ni à toutes les personnes; car si votre premier allie dans la vie remplit votre souvenir, si vous l’avez aime d’un sentiment qui ne s’eteint jamais , un nouveau lien est impos-
sible. Ne le reconnoîtriez-vous pas cet autel, où l’on vous demanderoit de poser une seconde fois la main ; et ce regard si doux, si tendre et si malheureux , ce regard qui vous a été jeté en passant dans les bras de la mort, vous a-t-il dégagé de votre foi ? vous a-t-il annoncé que vous étiez libre ? Et quel présent feriez-vous à une âme sensible qui voudroit être aimée comme elle vous aimeroit? Non , non , vivez d’amour encore; mais que le même souvenir fasse à lui seul le sort de votre vie.