LE GOUT DANS. LES MANIERES
La grâce naturelle ne se donne pas , mais on peut acquérir du goût
dans les manières, et ce -goût perfectionne supplée à la grâce et la remplace. Les gens de la Cour de France avoient tous l’air d’avoir de la grâce, et cepencîant ils n’étoient distingués que par leur goût dans les manières. Ce n'étoit pas seulement à la flexibilité du caractère national qu’ils étoient redevables de ce goût. On peut le rapporter, en grande partie, à l’effet de leur situation. Ils songeoient à captiver deux maîtres, le Prince et l’opinion ; le Prinee qui distribuoit les places lucratives et les titres honorifiques, l’opinion qui introduisoit des rangs dans la société, et qui fixoit les degrés d’estime et de considération. Les gens de la Cour, qui recherchoient les deux genres de récompense , modifièrent dans ce sens leur conduite, et par degrés ils donnèrent à leur respect des formes nobles, et une sorte d’aisance aux soins les plus attentifs. Et comme
on n’a pas la liberté du langage à la Cour comme à la ville , autour du Prince comme au milieu deses égaux, c’est par des manières que les courtisans furentoblige's d’exprimer les sentimens qui leur ëtoient imposes.
Ainsi le goût dans les manières appartient uniquement aux hommes parvenus à une sorte de rafinement dans leurs rapports civils et politiques , tandis que la grâce peut servir d’ornement aux hommes les plus près de la nature.
C’est à la flatterie et à la galanterie que le goût dans les manières s’appliquent particulièrement. Et ce goût, compose' par degré des nuances les plus fines , étoit devenu si subtil, qu’aux premières influences de la Révolution, il s’est dissipé comme un nuage.