LA MODE
C’est line autorité singulière que l’autorité de la mode. Les coramandemens qui en émaneut, promulgués sans bruit, sont entendus de tout le monde, et l’on y obéit plus exactement , plus minutieusement qu’à des lois écrites ou publiée* à •son de trompe. La mode est, dit-on, un roi sans gardes, sans trône, sans palais , et pourtant ou en parle toujours comme d’une puissance visible j c’est qu’elle forme l’idée' du jour la plus présente de toutes , c’est qu’elle gouverne par la foi , et qu’elle inflige aux mécréants le châtiment du ridicule , le plus redoutable de tous, au jugement de la société. Aussi , par une distinction bizarre, la mode est obéie,quoiqu’ellesoit un maître dont les opinions et les goûts changeât à
tout moment , et la mode encore est un souverain universellement respecte, quoiqu’il soit du bon ton de s’en moquer sans cesse.