DE L’ AUTEUR
Dans une conversation^ dont le roman de Delphine fut le sujet, on soutint que les seules affections domestiques pouvoient amener, aussi naturellement qu’un autre amour, les situations les plus tragiques; cette opinion fut contestée , et par une sorte de défi, on provoqua l’ëcrit suivant, dont le fond est véritable.
Cet avertissement est de mon père ; il avoit consenti à laisser publier cette Nouvelle l’année dernière dans un Journal , mais à la réflexion , il y renonça.
Moi j’ai pensé que ce seroit presque lais*
ëer sa réputation incomplette que dè
tie pas luire connoilre un ouvrage Si admirable en lui-même , si extraordinaire aussi par le nom de l’Auteur: (’
Il mé conviendroit bien peu certainement de fait e ressortir la morale d’un ouvrage de M.r Necker , cependant il me semble que les suites terribles du désordre dails lés affaires , sont montrées dans cet* Ecrit avec, une forée qui n?exisle mille part , et dont l’application est ; d’une importance Habituelle.
Dans, 1# plupart des romans qui ont un but moral , on peint d’un cote . dès per-1- ' sonnages parfaits , et de l’antre des personnages complètement odieux: il me ro'îri ni. -i ;
semblç qùe de tels écrits ne foqt aucune impression sur la seule classe susceptible de s’améliorer , celle qui est tout à la fois foihle et bonne. Ce qui est vraiment utile , c’est d’inspirer de ia lerreuf pour les fautes. -commises (>ar des êtres JijttwrçUcntent Honnêtes, de'li-
iio s»in;n
Jlv't ii
•'.•1 u •) '..Il :• -y i
cals et sensibles; c’est, à eux seulement que les conseils peuvent profiler, c’est eux qu’ün funeste exemple peut épouvanter. JLcs êtres vicieux ont une nature si étrangère à. la. nôtre , que les écrits, quels qu’ils soient , ne pénètrent jamais jusqu’à leur conviction ; le langage , les scniimens , les espérances , les craintes , tout est différent , et rien ne peut faire effet sur eux que les e'vénemens de leur propre vie.
Je n’ai pas besoin , je pense , de dire qu’un auteur dramatique n’approuve pas les personnages qu’il représente , et qu’il n’en est pas moins un moraliste sévère , soit qu’il peigne l’enchaînement des fautes et leurs conséquences funestes , soit qu’il montre la suite des bonnes actions et leur récompense ; on a presque honte , aux yeux de l’Europe littéraire , de répéter des idées qui sont reconnues par-tout jusqu’au point d’être entièrement superflues. Mais en France, où les partis politiques comprimés ne peuvent plus s’essayer que sur le champ desséché
de la littérature , il faut tout expliquer en réfutant ceux qui , j’en conviens , comprennent tout , mais gardent extérieurement leur sérieux en disant ce qu’ils ne pensent pas , et en se moquant en secret de la bonne espèce de lecteurs disposés à les croire.