CHAPITRE XX
ORDRE DES KHELOEATYA
OMAR-EL-KHELOUATI (An 800 de l’Hégire. — 1397-1398 de J.-C.)
On fait, le plus souvent, remonter à l’ascète Ibrahimez-Zahid-el-Kilani l’origine de l’ordre des Khelouatya, qui est la branche - mère des Rahmanya algériens et des Hafnaouya égyptiens.
Nous n’avons pu avoir, sur ce personnage, aucun détail précis ; il est possible cependant qu’il ne soit autre que Ibrahim -el-Mesri- Abou-Tadja-el-Mokhtar-ben-Mohammed-el-Zahid, mort en 658 (1) de l’Hégire (670 (2) selon d’autres), et commentateur distingué des livres de théologie et de scolastiques de l’imam Abd-el-Hassen- Mohammed-el-Kodouri, mort en 428 (3) de l’Hégire. Cet Ibrahim aurait, alors, été un savant distingué et une personnalité religieuse ayant eu une certaine notoriété.
Quoi qu’il en soit, d’ailleurs, le nom de l’ordre viendrait de son successeur spirituel et disciple, Mohammed-el-Khelouati, sur lequel nous n’avons pas non plus de détails. El-Khelouati est un surnom que l’on pourrait traduire par : « celui qui fréquente les ermitages ; » les Khelouatya sont les disciples de Khelouati (et non pas les solitaires ou ermites, comme on pourrait le croire à priori ,
(1) 658 de l’Hégire. — 1259-1260 de J.-C.
(2) 670 de l’Hégire. — 1271-1272 de J.-C.
(3) 428 de l’Hégire. - 1036-1037 de J.-C.
car Khelouatya (1), pluriel de Khelouiat (2), signifie aussi solitaires).
En Orient, et plus particulièrement en Turquie, ce n’est pas encore Mohammed - el - Khelouati qui est regardé comme le véritable organisateur de l’ordre, mais bien Omer-el-Khelouati, mort à Kassaria, l’an 800 de l’Hégire, 1397-1398 de J.-C.
Ce dernier était un Saint, vivant dans une retraite absolue, se livrant souvent à des abstinences rigides et restant, de temps à autre, douze jours consécutifs sans prendre autre chose qu’un peu de pain et d'eau. Il faisait cela en l’honneur des douze imam ; et cette pratique s’est conservée, sous le nom de retraite spirituelle, ou kheloua (3).
On raconte qu’un jour, ayant quitté sa retraite, le Saint entendit une voix céleste lui crier : « O Omar-el-Khelouati ! pourquoi m’abandonnes-tu ? » Ce fut par obéissance pour cet avertissement céleste, qu’il consacra le reste de sa vie à des œuvres de pénitence, et qu’il fonda l’ordre religieux des Khelouatya.
A partir de ce moment aussi, il porta la retraite spirituelle (kheloua) à quarante jours de suite, ce qu’on appelle la quarantaine jl).
Pendant cette retraite de quarante jours, les khouan Khelouatya prient pour l’expiation des péchés, la sanctification des âmes, la gloire de l’Islam, le salut général du peuple musulman et (en Turquie et en Égypte) pour la prospérité de l’État. Ils demandent au Ciel de préser-
De khelouàt (oijkk), pluriel de ïjLk (solitude, retraite, désert), se forme l’adjectif relatif (homme des solitudes, des
retraites). — Si cet adjectif relatif se formait du singulier, il ferait khelouy.
(3) ifjLk.
ver la Nation de toutes les calamités publiques, telles que: la guerre, la famine, la peste, les incendies, les tremblements de terre, etc
L’ordre des Khelouatya est un des ordres cardinaux (oussoul) de l’Islam, et l’un des plus vénérés dans tout le monde musulman; c’est même (toujours en Turquie et en Égypte) l’ordre qui, avec celui des Nakechibendya, marche en première ligne, comme considération de la part des détenteurs du pouvoir, car il a donné naissance, dans ces pays, à une foule d’ordres secondaires.
En dehors des Rahmanya algériens, le plus connu des ordres dérivés directement des Khelouatya est, en Égypte, celui des Hafnaouya (ou Hafenya), dont le cheikh Mahmed-ben-Salem-el-Hafeni-el-Mofti fut le fondateur. Ce cheikh était en même temps moqaddem des Chadelya, aussi avons-nous déjà signalé son ordre parmi ceux issus de la philosophie mystique des Chadelya.
Les Khelouatya se rattachent, par leur chaîne mystique, aux Seherourdya, ou plus exactement aux Djenidya, car Abou-Nadjeb-Seherourdi, qui figure dans la chaîne mystique, que nous donnons ci-après, était Djenidi, et ce fut son disciple et neveu qui fonda l’ordre des Seherourdya.
Voici, au surplus, la chaîne des Khelouatya dans l’ordre descendant :
Dieu. — L’ange Gabriel. — Le Prophète. — 1, Ali-ben-Abou-Thaleb. — 2, El-Hassen. — 2 bis, El-Hocein. — 3, El-Hassen-el-Bosri. — 3 bis, Kamil-ben-Ziad. — 4, Habib -el-Adj ami. —5, Abou-Sliman- Daoud-ben-Nador-et-Taï. — 6, Marouf-ben-Feirouz-el-Kerakhi, dont le tombeau est à Bar’dad. — 7, Abou-el-Hassen-Moufilès -Seri- Sokti (253 de l’H., 867 de J.-C.). — 8, El-Djeneidi-el-Bar’dadi (296 de l’H., 908-809 de J.-C.). — 9, Si Mechad-Omar-ed-Dinaoueri. — 10, Si Mohammed-el-Bekri. — 11, Ouadjih-ed-Din-Abou-Omar-Mohammedes-Seherourdi. — 12, Abou-Nedjib-Dia-ed-Din-Abd-el-Qahir-es-Seherourdi (562-563 de l’H. — 1167 de J.-C.). — 13, Kotb-ed-Din-el-Abhari (Sid El-Bekri). — 14, Rokn-ed-Din-Mohammed-en-Nedjachi. — 15, Chehab-ed-Din-Mohammed-ech-Chirazi. — 16, Djemal-ed-Din-Taberizi-ben-ëd-Dridjani. — 17, Ibrahim-ez-Zahed-el-Kilani (750 de l’H., 1349-
1350 de J.-C.). — 18, Si Mohammed-el-Khelouati. — 19, Si Omar-cl- Khelouati (800 de l’H., 1397-1398 de J.-C.).
Les successeurs spirituels de Omar-el-Khelouati furent :
20, Mohammed-ould-Ibrahim-el-Khelouati. — 21vEl-Hadj-Izi-ed-Din.
— 22, Seder-ed-Din-el-Djiani-el-Andalousi. — 23, Sid Yahia-el-Bakouli.
— 24, Sid Mohammed-ben-Beha-ed-Din-ech-Cherouani-el-Aouadjeti. — 25, Sid Soltan-cl-Mokades-Djemal-ed-Din-el-Khelouati. — 26, Kheired-Din-et-Tekadi. — 27, Chaban-el-Kestamoun. — 28, Ismaïl-Saïd-el- Djermi, originaire de Djorm, près de Badâa, et enterré en Syrie. — 29, Cheikh-Ali-Effendi-Kara-Bacha. — 30, Mostfa-et-Taïbi, fils du précédent. — 31, Mostfa-Effendi-el-Adenaoui (d’Aden). — 32, Abd-el- Attif-el-Khelouati-el-IIalabi (d’Alep). — 33, Mostfa-ben-Kemel-ed-Dinben-Ali-el-Bekri-es-Sediki. — 34, Mohammed-ben-Salem-el-Hafnaouiel-Mosri. — 35, Mahmoud-el-Kheurdi.
Cette liste est celle des grands maîtres de l’ordre, d’après les Rahmanya d’Algérie ; elle est à peu près reproduite par Si Snoussi, mais celui-ci indique en outre, une deuxième chaîne mystique, pour la branche où l’investiture se donne par la poignée de main. Cette chaîne, qui semble composée en majeure partie de simples moqaddem, comprend cependant plusieurs noms assez remarquables pour qu’il paraisse utile de l’indiquer ici, à titre de renseignement :
Elle se détache de la précédente (âu n° 12) à Nedjeb-es-Seherourdi, et se continue par : 13, Nedjeb-ed-Din-Ali-ben-Berkech-ech-Chirazi. — 14, Nour-ed-Din-Abd-es-Semed-el-Mendari. — 15, Beder-ed-Din-et-Touni. — 15 bis, Nedjem-ed-Din-el-Assebehani. — 16, Hassan-ech-Chemsiri. — 17, Aboul-Mehassen-Djemal-ed-Din-ben-Youcef-ben-Abdallah-el-Kourani. — 18, Zin-ed-Din-Abou-Beker-Mohammed-ben-Ali-el-Khouafi. — 19, Chehab-ed-Din-Ahmed-ben-Ali-el-Demiali-ez-Zeliani. — 20, Cheikhel-Islam-Zakaria-el-Ansari. — 21, Le célèbre Abd-el- Ouahab-ben-Ahmed'ben-Ali-ech-Chàrani, né dans le Behnaca (Haute-Égypte), l’an 899 de l’H. (1493-1494 de J.-C.) et mort en 973 de l’H. (1565-1566 de J.-C.) (1).
(I) Voir dans la Revue africaine de 1870, p. 209 et 247, deux articles de M. le docteur Perron sur Chârani.
— 22, Ben-Cheikh-Abd-el-Khedous-el'Abassi-ech-Chenaoui. — 23, Son fils Ali. — 24, Son fils Aboul-Mouhcb-Ahmed-ch-Chenaoui-el-Mezi. — 25, Es-Safi-el-Kechachi. — 26, Mouley-Ibrahim-ben-Hassan-el-Kourani.
— 27, Mohammed-ben-Mohammed-el-Boudiri. — 28, Mohammed-ben- Salem-el-Hafni, qui est le même que le n° 34 de la liste des grands maîtres.
Ce qu’il y a de curieux dans cette liste, c’est d’y voir figurer Abd-el-Ouhhab-ech-Chàrani qui, précisément, s’est élevé dans ses écrits (Balance de la loi musulmane) contre ceux qui vivent loin du monde, loin de leurs frères, et qui mettent leur bonheur dans les macérations et la solitude absolue, menant ainsi une existence stérile.
Chârani, qui prêchait volontiers le travail avec la vie d’édification, et qui voulait la vie productive pour le bien de la religion et de la société, s’exprime ainsi au sujet des derwich ou khouan :
« Ces hommes finissent par tomber dans les aberrations et par être^ » le jouet de visions futiles, quand ils se sont épuisés par l’absti- » nence, par le silence, par l’insomnie, par l’isolement complet. Ils » voient alors des fantômes engendrés par leur exaltation et qui leur » parlent, ou bien ils voient des lumières, ou des ténèbres, ou de hi- » deuses images, telles que des chiens, des vipères, des scorpions,
» etc La sainteté (l’état qui caractérise le véritable Saint) est un
» don de Dieu, non une chose acquise. Celui qui, par la vie solitaire,
» isolée, par les pratiques de mortification, cherche à devenir un » Saint, se leurre lui-même.
» J’ai entendu Ali-el-Kaouas dire à un individu qui s’était retiré de » la société, vivait chez lui, évitant tout contact avec ses frères,
» priant abondamment, souffrant la faim, tout cela dans l’intention » de parvenir à la sainteté : « Mon frère en Dieu, sors de ton isole- » ment ; ce qui t’est réservé ne peut manquer de t’arriver. Mais la » sainteté essentielle et réelle ne s’obtient pas par des actes : elle est » un privilège céleste, venant de Dieu, ainsi que la qualité de Pro- » phète, et elle n’a pour précédent aucune œuvre. Quant à la sain- » teté ordinaire, commune, elle s’acquiert au contraire par des actes,
» par des œuvres. C’est là ce que veut dire le Coran par les paroles » divines : « Mon serviteur est celui qui ne cesse de se rapprocher de moi » par les pratiques surèrogaloires de piété , afin que je l'aime. » Oui, mon » frère, quand même ton cheikh te mettrait en retraite et te comman- » derait de souffrir de la faim pendant trente ans, tu n’arriverais
» pas à la hauteur clc cette sainteté à laquelle tu prétends atteindre » par le moyen des souffrances de la faim que tu endures. — Je ne » sortirai point de ma solitude, répondit l’individu. — Renonce à cette » résolution et repens-toi de ton obstination. Adore ton Dieu con- » formément à ses volontés simples, car ta fin approche. — L’individu » refusa de suivre ces sages conseils ; il mourut de faim deux jours » après. J’en instruisis le cheikh Ali-el-Khaouas qui me dit alors : Ne » prie pas sur ses restes mortels , car cel homme est mort coupable ; il s'est » suicidé par la faim. Le cheikh ajoutait : « Employons en bonnes œuvres , » en œuvres utiles , le temps qui nous est donné. »
Il est difficile de condamner d’une façon plus formelle la vie ascétique et solitaire vantée par les Khelouatya, aussi doit-on se demander si c’est par ignorance, ou par politique, que le cheikh Snoussi a donné dans cette chaîne, le nom de Sid Abd-el-Ouahhab-ech-Chârani.
Quoi qu’il en soit, d’ailleurs, de la valeur de cette seconde chaîne et des considérations que peuvent soulever certains noms, voici, d’après Cheikh-Snoussi, affilié à cet ordre, ce que nous apprennent les livres des Khelouatya sur le fond même de leurs doctrines :
Les principes fondamentaux de cet ordre sont l’invocation la plus agréable (à Dieu), c’est-à-dire : Il n'y a de dieu que Allah , en prenant la posture suivante : on s’asseoit, les jambes croisées, et on répète pendant un certain temps II n'y a de dieu que Allah , en portant la bouche alternativement de dessus l’épaule droite au devant du cœur sous le sein gauche. Ensuite, .on récite l’invocation qui consiste à articuler les noms de Dieu qui impliquent l’idée de sa grandeur et de sa puissance, en ne citant que les dix suivants, dans l’ordre où ils se trouvent placés : Lui, Juste, Vivant, Irrésistible, Donneur par excellence, Pourvoyeur par excellence, Celui qui ouvre à la vérité les cœurs des hommes endurcis, Unique, Éternel, Immuable. Une des conditions essentielles en vigueur parmi les affiliés consiste, pour l’aspirant, à n’aborder le second de ces noms que lorsque Dieu, par l’intermédiaire de son cheikh, lui a fait transmettre les révélations afférentes au premier, et ainsi de suite pour tous les autres. En dehors de ces prescriptions, l’adepte doit, à la suite de chacune des invocations, réciter cent fois la Sourate de la Fatha, puis dire cent fois aussi : 0 Dieu répandez vos bénédictions sur notre Seiyneur Mohammed , votre serviteur , votre Prophète, votre Envoyé , votre ami, le
Prophète illettré , ainsi que sur sa famille et ses compagnons ; accordez lui le salut ! Lorsque l’aspirant a pu arriver à pouvoir réciter les dix noms, après avoir reçu les révélations nécessaires les concernant, il ajoute aux prières ou invocations dont il vient d’être question, la Sourate d’El-Kouther qu’il récite cent fois, et cette autre invocation :
« Il n'y a de dieu que Allah , le souverain maître , le juge indubitable. »
Les affiliés observent, dans leurs pratiques, de se former en cercle lorsqu’ils sont réunis pour faire leurs prières particulières. Celui qui les récite, en disant Lui rentre la tête au milieu du rond en l’obliquant à droite, puis il là reporte en arrière, du côté gauche, vers la partie extérieure. Un seul d’èntre eux commence à dire le mot Lui, après quoi tous les autres en chœur, en faisant aller la tête à droite, puis à gauche. Leur signe distinctif est le vêtement noir.
Dans cet ordre, de même que dans celui des Fekerouya, les adeptes croient fermement à l’interprétation des visions qui se manifestent en songe, si bien que quelques-uns d’entre eux ont avancé que les bases sur lesquelles leur ordre a été fondé avaient cette croyance pour pivot. Je vais citer quelques-unes de leurs versions, que je ferai suivre d’explications particulières indiquant les pratiques auxquelles ils se livrent dans le cours des extases de la vie spirituelle dont nous appellerons les divers degrés les sept remparts (de la foi).
Je dirai donc, avec l’aide du Dieu Très-Haut, qu’une vision est ce que l’on aperçoit en songe, et qu’une perception est ce qui frappe les sens pendant que l’on est dans cet état, intermédiaire entre le somme et la veille, qui est la somnolence. Or, dans ces deux situations, il existe des circonstances particulières qui ne méritent aucune attention, et d’autres qui doivent au contraire la fixer. Certaines de ces visions et de ces perceptions ne sont que le fait de conceptions ordinaires de l’esprit. D’autres sont susceptibles d’être interprétées, mais seulement quand il ne s’agit pas d’apparitions se manifestant pendant l’état de veille.
Voici la manière d’interpréter les songes, d’après les principes établis :
Il importe d’abord de tenir compte de la situation du visionnaire, tant à l’égard de ce qui se rapporte à sa personne que du but de ses aspirations. Ceci observé, on saura que : voir l’essence du Prophète (que Dieu répande sur lui ses bénédictions et lui accorde le salut ! ) veut dire que l’on jouira de l’apparition de l’Être Incommensurable (Mohammed). —Voir ses enfants, signifie que ceux-ci seront assistés ; — voir son père, indique une intelligence qui se fera jour; — voii son cheikh, est un indice de sagesse ; — voir l’âme (?) représente le monde et tout ce qu’il comporte ; — voir ce que l’on possède dans le monde, c’est-à-dire sa mère, sa femme, sa fille, son fils, indique les
vertus du cœur et ce qui en découle ; — voir des aliments, indique une découverte de richesses ; — voir quelque chose de la nature des aliments, signifie un rang illustre avec tout ce qui y est attaché; — voir les attributs de cette qualité est un signe de turpitude ; — voir un animal mort ou une de ses parties, telle que son sang ou autre, annonce les choses défendues ; — voir des fruits tels que des raisins ou autres semblables est une marque de bonnes œuvres ; — voir des bêtes de somme dont la chair est illicite, indique une tendance de l’âme à se rapprocher du bien dans les limites de sa nature ; — voir des boissons, telles que le vin, le lait aigre, l’eau, le miel, dpit être interprété d’après les observations relevées sur le visionnaire ; ainsi le vin indique la science de la théologie absolue ; le lait aigre, les sciences occultes ; l’eau, la théologie pratiquée par les âmes agréables à Dieu; le miel, les sciences mystiques; — voir du vinaigre, signifie que l’âme sera touchée par les préceptes des sciences occultes et mystiques ; — voir des fruits en général, tels que des dattes, des olives ou autres, est une marque de bonnes œuvres. La prière signifie la proximité du Dieu Très-Haut vers lequel on arrivera ; — un bain {général), indique la purification des souillures et des péchés ;
— voir une réunion de personnes priant en cercle ou une assemblée de docteurs, veut dire qu’un concile s’occupe des choses sacrées ; — voir un cercle do chanteurs, de musiciens ou autres semblables, comme aussi voir la forme du démon, est un signe que le visionnaire doit se purifier de la manière qui lui sera indiquée par son cheikh ;
— voir vivant un homme qui est mort, est un signe de bonnes œuvres ;
— l’inverse indique la chose contraire V oir sa mère ou son ami,
indique que l’on s’aperçoit de sa propre conduite ; — voir un étranger, est un signe d’autorité extérieure en rapport avec la valeur du visionnaire. Celui-ci doit être assez sage pour savoir ce qu’il lui est permis de faire ou de ne pas faire en cette circonstance.
Telles sont les principales lois de la divination et les secrets de certaines interprétations. Tels sont aussi les cas qui doivent être soumis au cheikh pour que celui-ci puisse sainement les apprécier.
Nous dirons maintenant que les apparitions ne peuvent frapper l’adepte que dans la solitude et, seulement, à la suite de longues pratiques de piété. Alors lui apparaît la lumière résultant des ablutions et des prières, puis la lumière du démon en même temps que celle des honneurs. Il voit ensuite la vérité se manifester dans tout son éclat, tantôt sous la forme de choses inanimées, comme le corail, tantôt sous celle de plantes et d’arbres tels que le palmier, tantôt sous celle d’animaux, comme les chevaux, tantôt sous la sienne propre et, enfin, sous celle de son cheikh. Ces sortes de visions ont causé la mort d’un grand nombre de personnes. L’adepte jouit ensuite de
la manifestation d’autres lumières qui sont, pour lui, le plus parfait des talismans.
Le nombre de ces lumières est de soixante-dix mille; il se subdivise en plusieurs séries et compose les sept degrés par lesquels on parvient à l'état parfait de l'âme. Le premier de ces degrés est Yhumanité. On y aperçoit dix mille lumières, perceptibles seulement pour ceux qui peuvent y arriver ; leur couleur est terne, elles s’entremêlent les unes dans les autres; cet état permet en outre de voir les génies. Ce premier degré est facile à franchir, l’âme étant naturellement poussée à fuir les ténèbres pour rechercher la clarté.* Pour atteindre le second, il faut que le cœur se soit sanctifié ; alors on découvre dix mille autres lumières inhérentes à ce second degré qui est celui de l'extase passionnée , leur couleur est bleu clair.
Conduit ensuite par le bien que l’on a fait, qui appelle sur vous d’autres biens et blanchit les âmes élevées, en leur faisant absorber les mérites conquis par le cœur et en les purifiant de leurs souillures, on arrive au troisième degré, qui est l'extase du cœur. Là, on voit l’enfer et ses attributs, ainsi que dix mille autres lumières dont la couleur est aussi rouge que celle produite par une flamme pure * seulement, pour les apercevoir, il faut que les aliments dont on se nourrit soient dégagés des choses que l’on aime le plus et dont on est le plus friand, sinon elles apparaissent mélangées d’une fumée qui en ternit l’éclat. Si ce phénomène se produit, on ne doit pas aller plus loin. Ce point est celui qui permet de voir les génies et tous leurs attributs, car le cœur peut jouir de sept états spirituels, accessibles seulement à certains affiliés.
S’élevant ensuite à un autre degré, on voit dix mille lumières nouvelles, faisant partie des soixante-dix mille qui nous occupent, et inhérentes à l’état d'extase de l'âme immatérielle. Ces lumières sont d’une couleur jaune très accentuée, on y aperçoit les âmes des Prophètes et des Saints.
Le cinquième degré est celui de l'extase mystérieuse ; on y contemple les anges et dix mille autres lumières d’un blanc éclatant.
Le sixième est celui de l'extase d'obsession ; on y jouit aussi de dix mille autres lumières dont la couleur est celle des miroirs limpides. Parvenu à ce point, on ressent Un délicieux ravissement d’esprit qui a pris le nom d’El-Khadir et qui est le principe de la vie spirituelle. Alors seulement on voit notre Prophète Mohammed (que Dieu répande sur lui ses bénédictions et lui accorde le salut ! )
Enfin on arrive aux dix mille dernières lumières cachées, en atteignant le septième degré, qui est la béatitude. Ces lumières sont vertes et blanches, mais elles subissent des transformations successives, ainsi elles passent par la couleur des pierres précieuses pour prendre ensuite une teinte claire, puis enfin acquièrent une autre teinte
qui n’a pas de similitude avec une autre, qui est sans ressemblance, qui n’existe nulle part, mais qui est répandue dans tout l’univers. Parvenu à cet état, les lumières qui éclairent les attributs de Dieu se dévoilent et on entend les paroles du Seigneur, rapportées dans le récit de la tradition, aux passages commençant par ces mots : « Je
l'ai entendu , etc Il ne reste plus que la vérité. » Il ne semble plus
alors que l’on appartienne à ce monde, les choses terrestres disparaissent pour vous.
Certains cheikhs, pour traiter la question de ces lumières, ont dressé un tableau explicatif que voici :
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