‹ Marabouts et Khouan. Étude sur l'Islam en AlgérieChapitre 35 sur 60 · X^.cs. j dit -^Lssm^w · texte numérisé non relu

X^.cs. j dit -^Lssm^w

1,000 fois: Allah! dit.

La légende musulmane veut que ce dikr ait été donné à Ali, par le Prophète, qui le tenait de l’ange- Gabriel, qui le tenait de l’ange Michael, qui le tenait de l’ange Israphil, qui le tenait de Dieu lui-même.

C’est, au dire du Prophète et de la tradition, le meilleur de tous les dikr et celui qui conduit infailliblement au salut, s’il est fidèlement observé.

Cependant, à certains frères qui s’élèvent au-dessus des autres par leur ferveur, on recommande encore de réciter aussitôt après la prière de l’aurore, celle dite : « Oudifet Sidi-Ahmed-Zerrouk. » Un grand secret est attaché à la récitation de cette prière privilégiée, secret qui n’est dévoilé qu’à un petit nombre d’adeptes : « Mais » on sait, en outre, que celui qui fait le matin cette prière » avec un cœur pur et tout le recueillement désirable, » est absolument préservé de tout malheur pendant la » journée. »

Les pratiques d’austérité, de prières continues, de renoncement aux biens de ce monde, sont, non-seulement enseignées chez les Zianya, mais observées d’une façon effective. Les chefs, khalifas et moqaddem, passent pour être pauvres, malgré l’affluence des ziara, toutes employées, disent-ils, en œuvres pieuses.

Les doctrines de l’ordre de Si Mahmed-bou-Zian ne paraissent pas d’ailleurs présenter de points particuliers, qui les différencient de celles des Djenaïdia et des Chadelia.

Dans la pratique, la spécialité des Zianya est de conduire les caravanes et de les protéger contre les brigands et les coupeurs de route ; ils sont les pilotes du Sahara. Pas un commerçant n’oserait faire partir un convoi de marchandises dans le Sud, sans en avoir, au préalable, assuré la protection par les Zianya. En échange de la ziara fournie et .de l’acte de déférence fait vis-à-vis de lui ou de ses moqaddem, le chef de l’ordre donne sa bénédiction et un rekkab muni d’une lettre portant son cachet. Ce rekkab sert à la fois de guide et d’imam à la caravane.

Outre la connaissance qu’il a des chemins et des hommes du pays, il est, par son caractère religieux et sa qualité de frère-profès de Si Mahmed-bou-Zian, la meilleure sauvegarde possible pour les chameliers et pour leurs chargements.

Les bénéfices que rapporte à la zaouïa mère ce genre de service est considérable, surtout dans les temps de troubles. Aussi, les propriétés des Zianya sont-elles nombreuses, tant à Kenatsa qu’au Tafilalet, chez les Beni- Goummi et dans l’oued Draâ. Cependant la vie des chefs de zaouïa reste toujours très austère et, personnellement, ils paraissent pauvres, car tous les revenus sont dépensés.

Tous les ans, des khalifas, appartenant tous à la famille du chef de l’ordre et munis par lui de pouvoirs spéciaux, sont envoyés en inspection dans les tribus ; ils font rentrer les ziara, procèdent aux nominations des moqaddem présentés par les adeptes, donnent les instructions du grand maître, stimulent l’envoi des caravanes, enfin s’occupent à la fois des affaires spirituelles et temporelles de la communauté.

C’est, en somme, un ordre animé d’un grand esprit de tolérance; presque tous ses membres vivent très dignement, en dehors des choses de ce monde, faisant du bien autour d’eux, se livrant à l’enseignement du Coran et continuant à donner à l’ordre le relief de sainteté qui lui attire la vénération des fidèles, de nombreux adhérents et des ziara fructueuses.

Hâtons-nous de dire que l’hospitalité se donne largement dans toutes les zaouïa des Zianya ; que les aumônes faites sont considérables et que moqaddem et khouan évitent, avec le plus grand scrupule, de se mêler aux soffs locaux ou régionaux, leur impartialité absolue, en tous temps et en tous lieux, étant une question essentielle pour le maintien de leur influence et la réussite de leur action protectrice sur les caravanes.

Les zaouïa donnent asile aux vaincus ; les moqaddem

s’interposent pour la paix, mais ils refusent leur concours à tel ou tel soff; l’empereur du Maroc, comme aussi les Taïbya, se sont souvent heurtés à la force d’inertie opposée par les Zianya à leurs influences politique ou religieuse. Les Ouled-Sidi-Cheikh n’ont pas, non plus, réussi à entraîner les Zianya dans leur parti, bien qu’un certain nombre de Cheraga se soient affiliés à leur ordre, parce que plusieurs familles des R’raba étaient affiliées aux Taïbya. Les Zianya sont restés bien avec les uns comme avec les autres.

Leur conduite, à notre égard, a été toujours conforme à ces principes : ils ont donné asile à nos ennemis, mais ils n’ont jamais excité personne contre nous. Nous devons même signaler à ce propos que les premiers insurgés du cercle de Géryville, qui ont fait volontairement leur soumission en 1881, étaient des individus appartenant aux Tidjanya et aux Zianya. En cette circonstance, l’attitude du marabout de Kenadsa a été très bonne.

En tous temps ses khalifa s’efforcent d’entretenir de bonnes relations avec les autorités de la frontière, et, s’ils ont des gens à envoyer pour recueillir des ziara, ils le demandent officiellement, dans des termes convenables et en renouvelant toujours leurs protestations d’amitié pour la France, amitié qui, du reste, ne les a jamais fait se départir de leur stricte neutralité vis-à-vis de nos dissidents. Ceux-ci s’approvisionnent chez eux sans difficulté aucune, cela étant considéré, par les marabouts de Kenadsa, comme une affaire de conscience et de commerce, et non comme une alliance de guerre.

En 1870, lors de l’expédition de l’oued Guir, le générai Wimpffen a obtenu très gracieusement, du chef de la zaouïa de Kenadsa, de l’orge et surtout des animaux de boucherie dont il avait grand besoin.

Les Zianya ont des adeptes nombreux dans le Maroc, à Aïn-Thaïr, au Tafïlalet, à l’oued Draâ, chez les Beni- Snassen,les Doui-Menia, les Beni-Guil, les Ouad-Djerer,

chez les Mehaia, à Figuig, etc. L’empereur les a en grande considération : il les exempte de tout impôt et, de temps à autre, leur envoie des présents.

Dans le Sud indépendant, les Zianya ont des khouan chez les Beni-Goumi, dans le Touat, le Gourara et jusque dans le Soudan.

Sur la frontière même il y a de nombreux Zianya, chez les Angad et les Hamyan, tant Marocains qu’ Algériens.

Dans la province d’Oran, ils sont ostensiblement en bons termes avec les Taïbya, les Kerzazya, les Qadrya et les Tidjanya; mais ces apparences peuvent et doivent certainement cacher des rivalités secrètes.

Le nombre de leurs adhérents, dans cette province où ils ont quatre zaouïa, est de 91 moqaddem et 3,088 khouan.

Dans la province d’Alger, ils ont 6 moqaddem et 217 khouan, mais ils n’ont pas d’adeptes dans la province de Constantine.

C’est donc un total de 3,400 affiliés pour toute l’Algérie.

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