‹ Marat inconnu, l'homme privé, le médecin, le savantChapitre 23 sur 86 · ESTAMPE SATIRIUUE CONTRE MARAT · texte numérisé non relu

ESTAMPE SATIRIUUE CONTRE MARAT

(Cf. Maurice Tournelx. Bibliographie de la Révolalion, t. IV, n° 23.914.)

Chaque cours consistera en huit leçons, durant lesquelles ou fera les diverses expériences qui servent à établir la nou velie théorie du feu. Ou y joindra les explications nécessaires à l'entier développement de cette théorie.

Les premiers cours seront ouverts le -18 de ce mois ; ils se feront dans la granie galle, hôtel d'Aligre, t*Ué Saiiit- Ilonot-é, prèâ la croix du Traiioir. (Joninic la plupart des expériences de M. Marat exi^^ent la présence du soleil, pour profiler du temps favorable on ouvrira en incme temps deux cours, dont l'un se fera de une heure à deux, et l'autre de quatre à cinq heures après midi.

Les pL-rsonnes qui désireront suivre ce cours intéressant sont priées de âoasc^ire chez M. Jombett lils aîné, Lbralte du Roi, rue Dauphinc, chez lequel on trouve le gr^ad ouvraj^e de l'auteur sur le feilî On peut souscrire aussi chez .M. Voëkes, opticien du Roi, place du Palais Royal, où l'on trouve l'appareil d instruments de l'auteur

L'annonce eut un plein succès. S'il faut en croire Marat, on accourut en foule et, pendant six mois, il eut chez lui la Cour et la Ville. (1). Ceux qui ne

(1) Il a figuré, dans un catalogue d'autographes, un exemplaile des Bèchêrches physiques sur le Féii, au verso du faux^ titre duquel so lisait l'envoi suivant^ écrit tout entier de la main de Marat: « Madame, madame la duchesse de Cossé, do la part de son très humble et très obéissant serviteur, » La situation de Mai^dt auprès du comté d'Artois explique sufflsâm^ ment ces relations, mais on peut y voir aussi Une ceHalne curiosité des femnlei^ du monde pour les eîtpériences de physique du docteui' Marat. Il était de bon ton de s'y montrer, comme aux cours de l'abbé Nollet, auxquels se rendaiehl les u«iiiRà tlp. I;i inei'.U^ni'p s^^'ièLé ; tic mènie <iijV!lIt'.^.uuoiji( nui plUhS

ISO MÂIIAT INCONNU

purent trouver place dans son cabinet se rendirent aux cours de son disciple. Des princes du sang, les personnages les plus éminents de l'Etat, envoyèrent leur souscription (1).

On reconnaissait, généralement, que Marat était un expérimentateur adroit, mais que le don de la parole lui manquait : il s'exprimait avec la plus grande difficulté et sentait que ce défaut nuirait à la dilîusion de ses recherches ; pour ce motif, il avait un moment songé à s'assurer le concours d'un homme qu'il devait plus tard retrouver sur sa route^ dans le camp de ses adversaires.

Pas plus que Marat, Brissot ne songeait, à cette heure, au rôle qu'il était appelé à jouer. Tout occupé de physique, il s'était naturellement abouché avec un homme dont il estimait les travaux, dans une Jjranche qu'il cultivait lui-même.

Dans son Traité de la Vérité (2), Brissot rend hommage au « génie d'observation » de son futur collègue ; il vante son « ardeur infatigable pour la recherche de la vérité » ; il le félicite d'avoir « courageusement renversé l'idole du culte académique,

tard au baquet du thaumaturge Mesmer et aux jongleries du charlatan Cagliostro.

(1) Lettre de M. de Marat (sic) qui contient le récit de ses transactions dans les différentes sciences où il a porté la lumière et la uén/é (20 novembre 1783).

(2) Pp. 173-174.

A B B A HA M - L 0 U I s B K E G U E T

[Dibliotltèque de l'Inslilal.)

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et substitué au système de Newton sur la lumière un système de faits bien prouvés, bien enchaînés... »

Marat écrit à Brissot les lettre^ les plus affectueuses (1), le remercie avec effusion ides compliments que lui dicte son amitié, et d'aider non seulement à répandre ses livres, mais de lui chercher des traducteurs en Angleterre : Brissot répétait les expériences de Marat à Londres, où il séjournait alors (2).

Marat lui conte ses déboires, ses difficultés avec le monde officiel, le peu d'empressement que met l'Académie à sanctionner ses découvertes. Il l'avise qu'il vient d'abandonner la médecine, qui n'est à l'aris qu' « une profession de charlatan, indigne de lui ». ^lais, ajoute Brissot, il n'en vendait pas moins, quand il en trouvait roecasion, « des remèdes et des bouteilles dont il garantissait l'efficacité, et il était très soigneux d'en réclamer le prix », Un jour, xMarat lui ayant vu une dartre à la main, s'était e.iipreâsé de lui envoyer une eau fort limpide, dont Brissot ne fit, du reste, pas usage. Marat ne manqua

(Ij Voir notamment celle <iui a paru dans les Mémoires de Brissot, ancienne édition, pp. 352-3.ji.

(2) C'est à Londres que Marat avait chargé Bréguet,avec qui il entretint longtemps des relations, de lui vendre ses bijoux personnels (Cf. Autour de la Révolution, par le comte dHÉnissoN, lOij-108). Il constitua, plus tard, le même Bréguet, son exécuteur testanaentaire {Chronique médicçile, 1*' janvier 1904, p. 27), V. sur les rapports de Mar^t avec le physicien Breguet, la /?evue filst. de la Rév. /"rarîça/se, janvier-mars 1010, pp. 224-228.

pas (le lui réclamer douze livres pour prix de sa drogue.

Par contre, Brissot convient que Marat savait très simplement et que la dureté qu'il témoignait aux autres, il se l'appliquait à lui-même.

« Insensible aux plaisirs de la table et aux agréments de la vie, il consacrait tous ses moyens à ses expériences de physique, jour et nuit occupé à les répéter; il se serait contenté de pain et d'eau, pour avoir le plaisir d'humilier l'Académie des Sciences. Celle ci ayant loué les expériences de Newton, Marat n'eut point de cesse qu'il ne fût arrivé à en démontrer la fausseté. Combattre et détruire la réputation des hommes célèbres était sa passion dominante (1). »

Si la science officielle a peut-être eu le tort de trop marquer son dédain pour celui qu'elle jugeait un hardi novateur, il faut reconnaître que la susceptibilité, l'irascibilité de ce dernier ne s'accommodaient pas de la moindre observation (2).

Brissot en fut le témoin tout à fait involontaire. Le célèbre physicien Volta avait été curieux de voir opérer devant lui Marat, qui s'était vanté de renverser la théorie de Franklin sur l'électricité. A peine lui eut-

(1) Mémoires de Brissot, t. II, édition Claude Perroud.

(2) On verra un exemple de cette susceptibilité dans une anecdote qui met en scène Marat et un jeune médecin et physicien, nommé Skricart, qui ne dut qu'à son sang-froid de ne pas payer de sa vie l'audace d'avoir tenu tète à son redoutable interlocuteur (V. aux Pièces justificatives, la note L.)

il présenté une ou deux objections, que Marat, sentant que Volta ne partageait pas son avis, se mit à l'invectiver sans mesure, aulieud'essayer de le convaincre.

Franklin a vanté cependant l'habileté de Marat comme expérimentateur. L'académicien Le Roy convient, de son côté, que les expériences de Marat sur le prisme ne manquaient pas d'une certaine ingéniosité et, s'il n'avait dépendu que de lui, qu'il en eût fait l'éloge, dans le rapport académique dont l'avaient chargé ses collègues ; mais quelques académiciens l'avaient forcé, prétendait-il, à supprimer le passage qui rendait justice à Marat.

Afin de dissiper cette prévention, celui-ci dut recourir à un artifice, pour obtenir un éloge auquel il attachait d'autant plus de prix qu'on le lui marchandait davantage. A force d'insistance, Marat avait obtenu du secrétaire-interprète du cdmle d'Artois, le grammairien Beauzée, membre de l'Académie française, de signer une traduction des Principes d'Optique de Newton, dont Marat était l'auteur (1) : les commissaires de l'Académie, pensait-il, ne bal.mceraient pas à donner leur approbation à un ouvrage dont le signataire leur était connu, et, grâce à ce subterfuge, cette traduction, « dédiée au Roi par M. Beauzée, l'un des quarante », obtint le succès oue Marat avait escompté.

(1) Cf. Journal de Paris, 7 janvior 1787.

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