LES ELEVES DE MAUAT
C'e.-t principalement à l'endroit des hommes qui suivaient la mômo carrière, que jMarat nourrissait une hostilité qu'il ne cherchait pas à dissimuler. Un seul d'entre eux trouva grâce devant lui : ce fut précisément ï^rissot, qui s'était employé, dans la sphère de ses moyen3 et de son influeriee, à répandre sa réputation et comme médecin et comme physicien : il avait, surtout, beaucoup contribué à la vente de ses ouvrages et de ses boites d'instruments.
BrissQt avait amené aux leçons de Marat Cham^ bon de Montaux, qui sera plus tard maire de Paris, en 1792 ; Villar ; Tabbé ]\Iiolan (1), qui s'était livré à
(1) Il est question de cet dhhé Miolari dans ce passage d'un ouvrage presque contemporain de Marat : « Ce Marat, si fameux dans la dévolution française, exerça d'abord à Paris le métier de charlatan. Il demanda à lAcadémie des sciences des commissaires pour constater la découverte du fluide igné qu'il [)ré-
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des expôrlonçog Tnfllbeuronses d'aéro.stoliquc ; Letoiirneur, connu par une traduction de Shakespeare: Brissot avait rencontré ce dernier cbe? Mercier. L'auteur du Tableau de Paris lui-même avait tenu à voir Marnt de près ; plus tard, il se sauvait à son approche.
M. dç Pougens, inembre dg F Académie des Insf criptions, avait demandé à Brissot de le conduire chez M^rat, «Je mp rendrai cbfz^^çug, lui écrivaitil, si vous le permettez, afin de vous demander votre jour et votre heure pour aller ensuite che? M. de Marat. Mon infirmité (il était atteint de cécité) ne sera, je l'avoue, quç le prétexte dont je m^ servirai pour entendre et admirer d^ près un homme aussi recommandable que lui par ses connaissances. »
Brissot devait également ni^ttre en rapport Murât avec Fourcroy, dont les cours de ehin^ie attiraient le public, L'éléganee et la netteté de sa diction, la facilité de son élocution contrastaient avec l'hésitation, Ternbarras et l'àpreté de ton dont Marat ne pouvait arriver h se défaire, Fourcroy niettait la science à la portée de tous, et les gens les
tondait aypir faite. // ouvrit un cours pubUc d'oblique, quai de lÉcole, qu'il fit desservir prir l'abbé Mioiant, autre jongleur, qui fut si conspué au Luxeinbourg, pour son ballon immobile, n Supplément aux Instititlions de Physique, par B. G. Sage, p. 29, Ilote 1.
moins instruits et les moins disposés à s'instruire trouvaient encore du plaisir à l'entendre.
Mais Fourcroy ne se souciait aucunement d'entrer en relation avec un homme qu'on lui avait représenté comme particulièrement violent, et qui menaçait ses contradicteurs de les tuer. Il se souvenait trop de la querelle que Marat avait eue avec Volta ; il ne tenait pas à être le héros d'une pareille aventure.
Marat avait aussi manifesté le désir de connaître Lavoisier ; mais le célèbre chimiste, alors dans tout le rayonnement de sa gloire, n'était pas très abordable. N'ayant pas réussi à l'approcher, Marat écrivit contre lui un article (1), dans lequel il préten-' dait que Tacadémicien s'était approprié les découvertes de l'anglais Cavendish. Lavoisier n'eut pas de peine à démontrer la fausseté de l'accusation, et à prouver qu'il avait toujours cité la source de ses emprunts (2).
Serait-ce le point de départ de cette animosité
(1) Dans le Palrlote français, journal de Brissot.
(2) Ce n'est pas la seule fois que Lavoisier a été accusé de plagiat ; n'a-t-on pas dit également qu'il avait fait des emprunts à Priestley? : « Priestley étant venu à Paris, écrit le minéralogiste Sage, répéta ses expériences chez M. de Trudaine, à Montigny, en présence de Lavoisier, çu/s'e/2pe;2e/ra, et les produisitle premier à rAcadémie des sciences, en 1777, dans la séance où Joseph II, empereur d'Allemagne, se trouvait; séance dans laquelle je rappelai à la vie, par de l'alcali volatil fluor, l'oiseau que Lavoisier avait, dit-il, frappé de mort par lair fixe. » Sup-
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contre Lavoisîer, qui aurait poussé, plus tard, Marat à insérer, dans son Ami du Peuple^ une dénonciation contre le fermier général ? Nous avons discuté ailleurs cette inculpation (1). Quoi qu'il en soit, le portrait satirique qu'a tracé Marat de Lavoisier, dans son pamphlet contre les Académies, prouve que l'A mi du Peuple avait la rancune tenace.
Nous avons longuement parlé des rapports qui unirent Brissot et Marat ; les hasards de la politique devaient remettre Marat en présence* d'un autre de ses élèves, qui deviendra un de ses plus implacables ennemis.
Barbaroux, dont les contemporains vantent à Tenvi la i)eaiité et l'éloquence, avait suivi uri cours d'optique professé par Marat (2). Il avait, paraît-il, consigné ses impressions sur les leçons qu'il avait entendues; malheureusement, cette partie de ses Mémoires n'a point été retrouvée. On pense que, sous la Terreur, le dépositaire de ces papiers précieux les aura livrés aux flammes, afin de les soustraire à de dangereuses perquisitions. Nous en avons d'autant plus de regret, que Barbaroux était, mieux que tout
plément aux Institutions de Physique, par B. G. Sage, fondateur et directeur de la première École des Mines, membre de l'institut impérial de France; Paris, 1812, p. 206".
(1) V. nos Indiscrétions de rilisloire, III, pp. 307 et suiv.
(2j Cf. Cliarlolle Corday et les Girondins, par Cn. Vatel, III, 374-3S0.
liiO MARAt I^ÎCONNU
autre, qualifié pour juger de là Valeur scientifique de Mârâtî dès l'âge de dix-sept nns, il avait été Uti des correspondants du Journal de PhijBiqae de l'abbé Rozier, une des publications périodiques les plus esti^ mées de l'épocjue; Barbûroux' s'était plus spéciale^ ment attaché à l'étude de l'électHcité et de ses appli= cations à la médecine* Il serait môme (1) finventeur d'un éleotromôtre et l'aUtéUr, qu'oti ne soupçonne guère, d'une Ode sur VÉleclricilé.
Faut'-ilrappelerjà ce propoSjqueMarat s'est beaucoup occupé,luiaussijd'électr*icilé? En 1/82, paraissaient ses Recherches phijsi(/ues sur rÉleciricllé et, un peu plus tard ^ son mémoire sur rélectricite médicale^ sur le(|uel nous aurons àrevenir; mais, au préalable, nous devons dire quelques motsdè ses Découuerles sur la Lumière, qui avaient suivi de près ses travaux suf la nature du feu.
(1) D'après Vatel, Ihisloriographe des Giroiidins, lue. ciL
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