I.E SVAANT
Dans un Manuel de l' Electricité paru en 1809, et qui a pour auteur Claude Veau Delaunay, docteurmédecin, professeur de physique et de chimie et membre de l'Académie de médecine, entre autres physiciens qui sont indiqués « comme ayant enrichi cette partie de la physique », et à côté de grands noms comme Boyle, Priestley, Gavendish, Jallabert, Saussure, Nollet, etc., figure en bonne place Marat. L'hommage a d'autant plus de prix, que celui qui le rend se reconnaît l'élève et Tadmirateurde M. Charles, avec lequel Marat a eu un démêlé fameux, dont nous parlons plus loin. Dans l'ouvrage en question, Marat n'est pas cité moins de quatre fois (pp. 8, 239, 255, 256) .
A l'étranger, la réputation de Marat n'était pas moins établie. Le secrétaire perpétuel de l'Académie de Berlin, Formey, bien connu par ses relations avec toutes les personnalités littéraires ou scientifiques de l'Europe, Formey qui correspondait directement avec Voltaire, écrivait à Marat pour l'encourager dans ses intéressantes recherches. Il lui annonçait que la commission, nommée par l'Académie de Berlin, avait remis un rapport des plus favorables (i).
(1) V. cette lettre dans notre première édition, p. 317 : cf. Chèvremont, Marat, Esprit politique, II, 417. Nous connaissons au moins deux lettres adressées par Formey à Marat, l'une du 19 février 1779, l'autre du 26 avril 1788. Dans la première de ces lettres, Formey accuse réception de l'envoi à l'Académie de Berlin du mémoire de Marat sur le feu ; la seconde concerne le livre de Marat sur l'Optique de Newton.
Le Hollandais Van Swinden, « professeur de philosophie dans l'Université de Franeker, associé étranger à la Société royale de médecine de Paris, etc. », cite maintes fois Marat, dans ses Mémoires sur Vèleclricité et le magnétisme^ parus en 178/i (1).
Dès leur apparition, les trois volumes de Marat sur le feu, la lumière et Télectricité, avaient été traduits en allemand par Weigel, professeur à l'Université de Greiswald, doyen de la Faculté de Médecine, etc. L'ouvrage avait paru à Leipzig et l'édition avait été rapidement épuisée (2),
D'autre part, voici en quels termes le Journal helvétique^ qui se publiait à Neuohâtel, rendait compte des Recherches physiques sur l'Electricité :
Quand vous ne connaîtriez pas le beau travail de M. Marat sur l'électricité, le nom seul de cet habile homme à la tête d'un ouvrage de ce genre suflirait pour aDiioiicer qu'il est rempli de recherches approfondies, de découvertes importantes, car en remaniant les sujets les plus rebattus, l'auteur a toujours l'art de s'ouvrir des routes nouvelles (3) . ..
Enfiu, il n'est pas jusqu'à Goethe, Gœthe, rimmortel auteur de Werther et de Faust^ moins connu
(1) A La Haye, chez les libraires associés (1784), t. I, pp. 22, 25, 44, 46, 48, 57, 58, 103, 133, 134, 142, 180, 202, 327; t. II, 9. C'est à M. Alex. Duval que nous devons la connaissance de cet ouvrage d'un savant des plus estimables, et qui mériterait d'être plus connu chez nous.
(2) Leipzig, chez Siegfried Lebrecht Crusius, 1782, 1783, 1784.
(3) Le Qlérard, loc. cit.
pour ses dissertations scientifiques, du plus haut intérêt cependant, qui n'ait rendu justice aux qualités de Marat, considéré comme homme de science :
On a vu que Marat avait osé contredire les préceptes jusqu'alors admis dans l'école sur la foi de Newton. En étudiant les rayons lumineux et colorés émis par les corps portés à une haute température, et réfractés à travers Tobjeclif d'un microscope solaire, il concluait que la réfraction peut très bien se produire, sans quil y ait, apparition de couleurs, et que dans la didraction, il ne s'agit pas d'une dilïérenccde réfrangibilité, mai^d'une difïérenced'inflexiondans les rayons lumineux (1)...
On se souvient que Marat réduit les couleurs du spectre à deux : le bleu et le jaune. Gœllie se rallie sur ce point à Topinion de Marat :
On doit penser, remarqae-t-il à ce sujet, que les recherches de Marat furent accueillies avec peu de faveur par les observateurs, et surtout par TAcadémie. Il s'éloignait trop franchement de la route suivie, delà doctrine adoptée, bien qu'il en adnn't un des résultats essentiels, la décomposition de la lumière. Le rapport des commissaires (de l'Académie) nous offre un modèle des ellurts et des grimaces du mauvais vouloir, lorsqu'il s'agit de mettre de côté des assertions qu'il n'est pas possible de contredire complètement. Quanta nous, nous croyons que Marat avait traité avec beaucoup de perspicacité et d'exactitude le point délicat de la doctrine des couleurs, relatif à la réfraction et à l'inflexion. C'est un
(1) Œuvres scientifiques de Gœlhe, traduction Faiviœ, pp. 2G9-
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sujet digne de recbercbes ultérieures, et nous espérons qu'en y portant la lumière, on réalisera un véritable progrès dans la théorie (1).
Et le traducteur ajoute:
Marat est aussi l'auteur dobservations sur les ombres colorées ; ces remarques ont acquis quelque notoriété dans la science, mèîie après les travaux de t.éonard de Vinci, de Bullon et de Noilet. Elles prennent place à côté des observations de Darwin sur le spectre oculaire de la lumière et des couleurs.
H eût été facile de multiplier les citations; celles que nous venons de produire établissent sans conteste la valeur des travaux de Murât. L'épisode que nous allons conter aurait pu suffire, à lui seul, pour témoigner de sa notoriété scientifique,
(1) Op. cit., p 288.
ROBESPIEllRE, MARAT ET LE PARATONNERRE
Ce qui s'iit se passait en 1780.
Un avocat de Saint-Omer, grand amateur de sciences naturelles, M. de Vissery de Bois-Valé, encore sous rinfluence de la lecture qu'il venait de faire d'un mémoire sur Tefficacité des paratonnerres, s'avisait d'armer sa propre maison d'un conducteur électrique, qu'il fit élever sur la plus haute de ses cheminées.
L'appareil fut terminé dans le courant du mois de mai. Quand il fut établi, ce fut un concours de gens de l'endroit venant s'extasier, ou plaisanter, devant cette pointe de fer qui menaçait le ciel.
Il y avait à peine un mois que l'appareil était en place, qu'un sieur Yalour, « petit bailli » de la ville, venait signifier à M. de Vissery, que « cette nouveauté alarmait le voisinage, et qu'il y avait requête par laquelle on demandait aux échovins la destruction du paratonnerre », comme nuisible et dangereux.
M. de Vissery ne tardait pas à apprendre que la tracasserie venait d'une dame avec laquelle il avait eu un démêlé de mitoyenneté, et qui était arrivée à persuader à quelques-uns de ses voisins et voisines, que le nouvel instrument attirait le feu du ciel et que leurs maisons couraient un véritable danger.
Peu de jours après, un jugement des « maieurs et échevins de la ville et cité de Saint-Omer » était rendu, où il était dit, entre autres choses : que l'expérience du sieur Vissery était dangereuse en ellemême ; que cette expérience jetait d'autant plus d'alarme dans le voisinage, que le sieur de Vissery, pouvant nêtre pas grand physicien^ avait pu aussi s'être trompé dans les dimensions de sa machine ; que, du reste, différents physiciens, le fameux Bcrnouilli entre autres (1), avaient péri, en faisant semblables expériences. Pour ces raisons, il était enjoint au susdit de supprimer sa machine, « on dedans vingt-quatre heures pour tout temps » ; sinon et faute de ce faire, le petit bailli était autorisé à la faire ôter, aux dépens et frais de l'intimé.
L'affaire fut portée devant le Conseil supérieur d'Artois, siégeant à Arras.
En même temps que le Conseil d'Artois, l'Académie d'Arras s'était émue; or, elle comptait parmi ses membres un avocat s'occupant, comme M. de Vis-
(1) Il s'agissait, en réalité, de Richmann et non de Bernouilll.