M' DE ROBESPIERRE. AVOCAT
(D'après le livre de M. Paris.)
M. de Vissery, qu'à ses yeux le progrès scientifique était en cause ; il était décidé à s'en faire le déterminé champion.
Dès le 9 août 1780, il se mettait en rapport avec un météréologiste bien connu de Tépoque, le P. Cotte, supérieur de l'Oratoire, qui observait à Montmorency les météores « par ordre du roi ». Il lui fit part du procès intenté par le tribunal de Saint-Omer qui, lui écrivait-il, menait grand bruit.
L'oratorien raille, dans sa réponse, ces singuliers juges, (( qu'on croirait appartenir encore au quatorzième siècle », et qui, s'ils avaient eu la moindre teinture de physique, « auraient du moins suspendu leur jugement, pour consulter des gens au fait de cette matière et instruits par l'expérience... » Il engage son correspondant à décider l'Académie d'Arras à prendre fait et cause pour le plaignant; de son côté, il va prendre l'avis, au point de vue juridique, d'un des plus habiles conseillers du Ghâtelet.
Peu de jours après, le P. Cotte transmet à l'avocat artésien une véritable consultation, dont celui-ci ne manquera pas de tirer profit au bénéfice de son client.
Mais c'est surlout l'Académie des Sciences dont il importait d'avoir l'appui. Le P. Cotte s'y em-
Vellay, publié dans les Annale.^ réuolulionnaires, janvier-mars, avril- juin 1909.
ploie avez zèle, écrit lettres sur lettres à Condorcet, qui en est alors le secrétaire perpétuel, et finit par obtenir de lui une réponse, d'ailleurs assez évasive : l'Académie est dans l'usage, en pareille circonstance, d'attendre que le tribunal qui doit juger lui demande son opinion; au lieu d'une consultation particulière d'avocats, il serait plus à propos de faire imprimer à Paris un mémoire signé par un avocat, dont le travail serait guidé par des physiciens ; ce mémoire serait annoncé dyns tous les journaux, et ce serait le moyen le plus propre à faire réussir cette affaire.
Conformément à ces avis, l'avocat allait se mettre en quête des éléments nécessaires, pour la rédaction du mémoire où serait exposée bien plutôt la défense du paratonnerre que celle de son client.
A cet elïet, M^ Buissart demandait au P. Cotte de lui fournir, s'il en était à sa connaissance, « quelques exemples frappants autres que ceux qui sont rapportés par les Académies, qui prouvent (prouvassent) indubitablement l'utilité du paratonnerre». Il sollicitait des renseignements analogues du secrétaire de l'Académie de Dijon, Hugues Maret ; de l'abbé Bertholon, professeur de physique à Montpellier, qu'avaient fait connaître ses recherches sur l'électricité; d'un membre de TAcadémie des Sciences, le physicien Le Roy, etc. Les noms de Beaumarchais, du comte de Tressan,
d'Élie de Beaumont, de Tavocat Target et nous le verrons, de Marat, se trouveront associés aux discussions de ce grand procès, dont Paris (1) et la province devaient s'entretenir.
Au mois de juillet 1782, Buissart mettait la dernière main à son factum, imprimé l'année suivante sous ce titre : Mémoire signifié par M"" Charles Dominique de Vissery de Bois-Valé, avocat au Parlement^ demeurant en la ville de Saini-Omer, défendeur et appellanl, contre le petit Baillij de la même ville^ partie publique^ demandeur et intimé {'!). C'est de ce mémoire que nous allons donner l'analyse essentielle.
Dans une première partie, l'avocat s'attache à démontrer que le jugement du magistrat de Saint- Omer, qui a condamné le sieur de Vissery à démolir son paratonnerre, est « irrégulicr quant au fond ».
Après avoir rappelé les découvertes de Descartes, Boyle, Otto de Guericke, Sgravesande, ^luschcmbroeck ; celles de l'abbé Nollet, Winckler, etc., Buissart cite les expériences décisives de Franklin, Dali'^ard, Delor, Lemonnicr et Richmann, ce dernier foudroyé pour n'avoir pas observé les règles prescrites. 11 rappelle les essais et observations de de Romas, Le Roy, Barbier de Tinan, Toaldo, Bar-
(1) Cf. Mercure de France, 1784, p. 45.
(S) Br. In-." «i«6fi p. Arra«, JTSa, ïiiiUl. N*f,, 8* P».